Sarah El Haïry : « Il y a quelque chose de criminel dans certaines pratiques des géants du numérique »
Invitée de l’émission « Mardi politique » sur France 24 et RFI, Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance et vice-présidente du MoDem, est revenue sur les mobilisations de la jeunesse, les discriminations et la protection des enfants face aux réseaux sociaux. À l’occasion de la publication de son livre Les Prédateurs chez Albin Michel, elle a appelé à mieux écouter les jeunes et à responsabiliser les plateformes numériques.
Jeunesse et démocratie : « Il faut être à leur hauteur et à leur écoute »
Alors que les mobilisations lycéennes se multiplient, Sarah El Haïry appelle à entendre les revendications des jeunes sans confondre manifestants et auteurs de violences. Elle rappelle qu'une mobilisation exprime à la fois une colère et un espoir.
Une mobilisation, c'est d'abord l'expression d'un espoir mais aussi d'une colère et il faut les entendre.
Elle souligne les engagements concernant Parcoursup, le recrutement d'enseignants supplémentaires et l'investissement dans les établissements scolaires. Au-delà de ces mesures, elle défend une participation démocratique dès le plus jeune âge, notamment à l'école, qui n'est pas incompatible pour elle avec le retour de l'autorité dans l'enseignement.
L'autorité ne vient pas annihiler la discussion, la concertation ou finalement le fait de faire participer les premiers concernés.
Interrogée sur le droit de vote à 16 ans, elle estime que cette proposition mérite d'être examinée, tout en rappelant que la priorité reste de lutter contre l'abstention et la mauvaise inscription sur les listes électorales. Elle confie l'imaginer plutôt sur des scrutins locaux, comme les élections municipales, mais reste lucide sur le fait que ce ne sera pas « une baguette magique ».
Notre démocratie aujourd'hui est bien malade.
Unité nationale : « Nous sommes un bloc : quand on est Français, on est Français »
Interrogée sur l’expression « Français issus de l’immigration », Sarah El Haïry en critique le principe, estimant qu’elle contribue à catégoriser les citoyens. « Tu es français ou tu ne l’es pas. C’est tout, c’est aussi simple que ça », affirme-t-elle. Elle rappelle que la lutte contre les discriminations doit concerner tous les citoyens, sans distinction d’origine ou de religion.
Elle défend une conception de la France « une et indivisible », dans laquelle chacun doit pouvoir appartenir pleinement à la communauté nationale.
Quand tu as en réalité une discrimination, qu’elle soit raciste, antisémite, quelle que soit la personne qui est la cible, il faut tous se lever.
Elle alerte également sur le rôle des extrêmes politiques dans les divisions de la société :
Les haines, les extrêmes fracturent, divisent et alimentent des comportements qui peuvent prendre la forme de comportements violents. Et ça, c’est autant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche.
Elle affirme combattre les projets politiques qui s’appuient sur ces discours haineux. Elle rappelle surtout que le racisme constitue un délit et non une simple opinion, « ça tombe sous le coup de la loi », et donc « il ne faut pas les laisser se banaliser », conclut-elle.
Réseaux sociaux : « Nous n'avons pas le droit de faire ça aux enfants »
Dans son livre Les Prédateurs publié aux éditions Albin Michel, Sarah El Haïry dénonce les mécanismes des plateformes numériques qui captent l'attention des enfants et peuvent nuire à leur santé. Elle appelle à ne plus faire peser toute la responsabilité sur les parents, mais à responsabiliser les plateformes, en changeant de prisme :
Pourquoi ces applications ne font pas le nécessaire pour que, quand elles s'adressent à des enfants, elles n'utilisent pas ces comportements addictifs qui les aspirent comme dans des sables mouvants ?
Elle plaide pour une meilleure régulation et une protection renforcée des jeunes, en citant les mesures prises pour protéger les enfants chinois ou américains des plateformes, et s'interroge : « Pourquoi nos enfants à nous seraient moins protégés que les deux autres ? » Elle évoque également la responsabilité des concepteurs dans ce conflit d'intérêt entre l'utilisateur, l'enfant, et l'économie de l'attention :
Nous n'avons pas le droit de faire ça aux enfants parce que les conséquences, elles sont sur leur santé, sur leur confiance. C'est une dette enfance, on est en train de grignoter leur capital.
Enfin, elle rappelle que les risques dépassent les réseaux sociaux et invite les parents à s'intéresser aux usages numériques de leurs enfants : « Partagez avec vos enfants leurs applications, découvrez ce qui s'y passe : c'est très réel pour les enfants. Alors peut-être, ensemble, on fera un saut de protection. »