Sandrine Josso : « La soumission chimique n’est pas une technique de drague, c’est une technique de viol »
Invitée de l'émission Quotidien de TMC le 28 janvier, au lendemain de la condamnation du sénateur Joël Guerriau pour l’avoir droguée en vue d’une agression sexuelle, notre députée Les Démocrates de Loire-Atlantique Sandrine Josso est revenue sur son procès, son combat et l’urgence d’une mobilisation collective contre la soumission chimique.
Au lendemain d’un procès éprouvant, Sandrine Josso n’a pas cherché à masquer la violence de l’épreuve traversée. « Alors ce procès c’était bien sûr quelque chose de difficile pour moi », confie-t-elle, soulignant toutefois l’essentiel :
Ce qui était important c’était qu’on puisse reconnaître sa culpabilité.
La députée rappelle que la condamnation prononcée est significative : « la peine est lourde, voilà ce que je peux dire ce soir », même si un éventuel appel reste possible, l’avocat du mis en cause l’ayant évoqué publiquement.
Le moment le plus dur reste, pour elle, la première journée d’audience. « Je me suis retrouvée à la barre vraiment à 70 centimètres de mon agresseur. Ça, c’était assez perturbant pour moi », explique-t-elle, évoquant également la difficulté de « raconter de nouveau ce que j’ai vécu ». Dans cette épreuve, le soutien a été déterminant : « on a toujours besoin de soutien quand on est victime ». Entourée de ses filles, d’une amie et de son avocat, elle insiste sur un point fondamental :
C’est à partir du moment où une victime est soutenue qu’elle va avoir plus de force pour s’en sortir.
Sandrine Josso rappelle aussi la singularité de sa position, à la fois victime et députée. Un « double statut » qui l’a conduite à porter la voix de « toutes les victimes de l’ombre qui n’ont pas cette possibilité de parler, qui sont marginalisées, parfois désocialisées ». Deux ans après les faits, le traumatisme demeure : « il faut du travail », dit-elle, alertant sur la « victimisation secondaire » et le « manque d’empathie », qu’elle qualifie de « première marche de la violence, minimisée ».
Deux ans après les faits, le traumatisme est toujours présent, qui, en fait, au fur et à mesure du temps, bien sûr, diminue, mais il faut du travail.
Notre députée démocrate met des mots précis sur ce que peuvent vivre les victimes qui prennent la parole, comme elle : un « retour de bâton », qu’elle nomme aussi « le sexisme de conséquence ». Elle cite ces « petites phrases » qui banalisent, minimisent ou déplacent la faute, rappelant que « ce n’est pas normal dans notre société » et que « beaucoup de choses » doivent changer, à commencer par l’éducation.
Toutes ces choses, ces petites phrases à l'emporte-pièce, on ne s'en rend pas compte. On m'a dit « mais il faut le laisser, M. Guerriau, il est gentil, M. Guerriau ». Ce n’est pas normal dans notre société, ça m'interpelle. Il y a beaucoup de choses à changer, à commencer par l'éducation de nos enfants.
Au cœur de son message, une clarification essentielle :
La soumission chimique ce n’est pas une technique de drague, c’est une technique de viol.
Un crime qui repose sur « une confiance trahie », souvent par « quelqu’un de notre entourage ». L’élue insiste sur l’importance des preuves factuelles, notamment numériques, et décrit « un mode opératoire savamment orchestré », souvent « sériel », que les prédateurs perfectionnent avec le temps. Un constat nourri par sa mission gouvernementale sur le sujet.
Face à cela, Sandrine Josso appelle à une responsabilité collective. Elle détaille les « bons réflexes » à adopter : tendre la main aux victimes, conserver un verre suspect, des vêtements, ou tout élément pouvant contenir des traces. Elle plaide pour « une vraie grande campagne de sensibilisation, grand public », comme elle l’a recommandé dans son rapport, afin que la société soit pleinement solidaire.
Son combat est aussi tourné vers les plus vulnérables : les enfants, les victimes d’inceste par soumission chimique, les personnes en situation de handicap. « C’est vraiment une technique de viol qui est là, qui est présente. Et c’est insupportable », martèle-t-elle, soulignant l’amplification du phénomène par les réseaux sociaux.
Aujourd'hui, évidemment, il y a eu la culpabilité de ce sénateur, mais on sait ô combien ce mode opératoire est de plus en plus présent et en plus accéléré par les réseaux sociaux.
Sandrine Josso appelle enfin à des politiques publiques « beaucoup plus ambitieuses » et affirme sa détermination à poursuivre ce travail « à l’Assemblée nationale, mais pas que ». Un engagement constant pour que la parole des victimes soit crue, protégée et soutenue, et pour que la société tout entière se mobilise afin d’endiguer durablement la soumission chimique.