Marc Fesneau : « C’est ce chemin, celui du dialogue et de la responsabilité, que les députés Démocrates continueront à emprunter »
Ce lundi 2 février était examinées et votées les deux motions de censure déposées par les députés en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution, sur la lecture définitive du projet de loi de finances 2026. Retrouvez ci-dessous le discours de Marc Fesneau, président du groupe Les Démocrates et premier vice-président du MoDem, à la tribune.
Seul le prononcé fait foi.
Madame la Présidente,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mes chers collègues,
Quatre mois.
Quatre mois, certains diront même sept depuis la présentation par votre prédécesseur, François Bayrou, d’un premier projet de budget pour 2026. Quatre mois, donc, pour parvenir à ce jour. C’est dire combien pour vous, comme pour nous, le temps a pu paraître long.
Long pour les Français.
Long pour les chefs d’entreprise.
Long pour les responsables associatifs, les élus locaux, et bien sûr pour beaucoup de responsables politiques que nous sommes.
Long avant d’atteindre cet objectif essentiel, celui de doter la France d’un budget.
L’impatience était réelle. La colère aussi. Et l’incompréhension, souvent.
Et pourtant, tout devait nous inciter à la responsabilité :
La guerre à nos portes.
Les alliances bouleversées.
L’État de droit fragilisé.
Les guerres commerciales.
Des dérèglements économiques et climatiques majeurs.
Et malgré cela, certains, de patients ingénieurs du chaos, présents dans cette assemblée, ont cru possible de continuer à danser sur le volcan.
Sans changer.
Sans évoluer.
Sans faire les pas nécessaires.
Ils ont pensé que l’impuissance et le blocage pouvaient tenir lieu de politique et rendre service à notre pays.
Depuis le début, la conviction des Démocrates a été claire et constante. Il y avait une exigence : disposer d’un budget pour avancer.
Et une seule méthode possible, compte tenu de la configuration de cette assemblée : le dialogue et le compromis.
C’est le choix que nous avons fait avec vous, Monsieur le Premier ministre.
Pour nous, le compromis n’est ni une conquête, ni une soumission.
Le compromis, c’est un acte de clarté devant les citoyens
Le compromis c’est dire ce que l’on peut accepter.
C’est dire ce que l’on ne peut pas accepter.
Et c’est dire ce qui est essentiel pour un pays.
C’est sortir de la logique du tout ou rien.
Et entrer dans la recherche d’un point d’équilibre réaliste, pour la France et pour les Français.
Le compromis, ce n’est pas additionner les demandes, surtout lorsqu’elles sont démagogiques. C’est arbitrer, c’est hiérarchiser, c’est construire une cohérence d’ensemble.
Et je veux le dire clairement : un compromis ne peut jamais être présenté comme une victoire sur l’autre. Ce n’est pas l’écrasement d’un adversaire. Ce n’est pas un trophée brandi contre qui que ce soit.
C’est un accord dans lequel chacun reconnaît une part de ce qu’il est et une part de ce qu’il accepte de laisser à d’autres et qu’il assume comme tel.
C’est cela qui lui donne, au fond, sa solidité politique.
Et c’est cela qui a un sens aujourd’hui, dans cette assemblée fragmentée. Mais sans doute aussi demain.
Car le compromis fonde des décisions reposant sur l’adhésion, plutôt que sur la contrainte, sur le respect des oppositions et des minorités. C’est donner vie, d’une certaine façon, au pluralisme.
Et donc à l’essence même du Parlement et de la démocratie.
On ne peut pas, à l’extérieur, prôner le dialogue multilatéral
et le respect des minorités, sans s’appliquer ces principes au sein même de notre système parlementaire.
Telle est et telle a été la vision des Démocrates.
Nous avons cherché à faire vivre ici une culture du compromis.
Force est de constater que nous n’y sommes pas encore pleinement parvenus, sur le fond, comme sur la forme.
Mais grâce à votre action, la vôtre, le monsieur le Premier ministre et celle de votre gouvernement, de vos ministres, madame de Montchalin, madame Rist, monsieur Farandou, monsieur Lescure, entre autres, et à la bonne volonté de plusieurs d’entre nous, nous avons au moins appris à dialoguer. À tenter de nous comprendre.
Ce fil, nous l’avions perdu. Le fait majoritaire l’avait rompu
pendant des années.
Certains ont appris, parfois réappris, à gauche comme à droite,
ce qu’était l’esprit de responsabilité.
Et c’est une bonne chose. À l’heure où tant de démagogues nourrissent la vie politique et s’en nourrissent.
Mais il reste un long chemin.
Donner un cadre.
Donner une méthode.
Inscrire cette volonté et cette méthode dans la durée.
Non comme une contrainte, mais, je le crois, comme un atout.
C’est ce que font la quasi-totalité des grandes démocraties.
C’en est même le fondement.
Sur le fond, et sans revendiquer de victoires,
trois priorités ont guidé l’action des députés de mon groupe dans ce budget.
La justice fiscale et sociale.
Le soutien à l’activité.
La maîtrise durable de la dépense publique.
La justice sociale et fiscale, d’abord.
Le redressement du pays ne se fera qu’avec une certitude : celle que les efforts demandés sont justes.
Avec Jean-Paul Matteï, nous avons défendu des propositions pour lutter contre l’optimisation et contre la rente.
Nous saluons la pérennisation de la contribution minimale sur les hauts revenus.
Mais nous regrettons de ne pas être allés au bout de la réforme de dispositifs dont chacun reconnaît les effets d’aubaine.
On peut refuser le matraquage fiscal. On doit le faire, même.
Mais on ne peut pas accepter que certains échappent à ce point à la solidarité nationale et fasse du détricotage des dispositifs fiscaux un sport national. C’est d’abord, cela, la justice fiscale.
Nous l’avons dit avec constance : la fiscalité doit servir
le travail, l’activité, l’entreprise et l’investissement.
Aucune surtaxe n’est indolore mais nous devrons un jour ou l’autre revoir de fonds en comble nos dispositifs fiscaux. C’est surtout cela, la question de justice.
Deuxième priorité : le soutien à l’activité.
Nous avons par exemple porté des initiatives sur le logement.
Avec les premières bases du statut du bailleur privé, défendues par Mickaël Cosson, pour relancer la construction et remettre des logements sur le marché.
Nous avons soutenu l’agriculture et la forêt avec Sophie Mette et Pascal Lecamp notamment. Des secteurs économiques, mais aussi stratégiques pour notre souveraineté comme pour la transition écologique.
Nous avons enfin défendu l’investissement dans l’avenir. La recherche et l’innovation sont clés de la maîtrise de notre destin collectif. Avec Didier Padey, nous avons porté ces budgets avec constance.
Enfin, sur les collectivités, et en revanche, nous pouvons regretter qu’au Sénat — et personne n’est dupe du contexte électoral qui s’ouvre — des efforts aient été reportés trop facilement sur les seules intercommunalités.
Elles ne produisent peut-être pas de grands électeurs. Mais elles sont le principal levier d’action du bloc communal. Et nous pourrions en payer le prix dès l’année qui s’ouvre.
Troisième priorité : l’efficacité de la dépense publique.
Nos concitoyens doivent avoir une certitude : que l’argent public est utile, qu’il est contrôlé, qu’il est orienté vers l’essentiel.
En 2026, la dépense publique diminuera de 0,2 point de PIB. Soit près de dix milliards d’euros d’économies nettes. Nous aurions souhaité, vous le savez aller plus loin.
Notre dette est abyssale. Et près d’un tiers des efforts budgétaires de 2026 sera absorbé par la seule hausse des intérêts de la dette. Qui peut s’en satisfaire, alors même que notre pays connaît l’un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés au monde ?
Notre groupe sera particulièrement vigilant au respect de l’objectif de déficit à 5 %. C’est une question de responsabilité envers les Français. Et en particulier envers les plus jeunes.
Mais le vote d’aujourd’hui, vous l’avez souvent dit Monsieur le Premier Ministre, ne dit pas tout.
Un budget est un cadre. Mais, au fond, un point de départ, pas une fin en soi.
D’ici 2027, d’autres décisions devront être prises. Parce que des urgences ne peuvent attendre. Nous devrons renforcer notre souveraineté. Notamment par un chantier de simplification, pour adapter notre modèle normatif aux réalités. Il ne s’agit pas d’affaiblir l’État de droit. Il s’agit de donner de l’agilité à ceux qui innovent et qui entreprennent.
Je veux enfin évoquer un enjeu majeur, celui la natalité et l’enfance. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, notre pays compte plus de décès que de naissances. C’est un sujet central pour l’avenir national. Il devrait tous nous préoccuper.
Monsieur le Premier ministre, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les ministres, chers collègues, notre devoir, dans les mois qui nous séparent de 2027,
est donc d’être utiles. Et servir les Français, c’est refuser le chaos.
Utiles aux Français et au Pays, tel est donc l’objectif qui doit être le nôtre.
Et pour cela, le Parlement doit travailler dans un esprit de responsabilité. Refuser le cynisme. Préférer l’efficacité au symbole. Et assumer ses décisions devant les Français.
La responsabilité de cette assemblée, c’est d’abord de ne pas se déposséder de sa capacité à débattre en préférant systématiquement la censure ou en brandissant en permanence la menace. Gouverner comme aspirer à gouverner suppose un dialogue transparent, pour distinguer clairement ce que nous pouvons porter ensemble et ce qui relève du choix démocratique de l’élection présidentielle.
La responsabilité de cette assemblée, c’est aussi d’assumer que tout ne relève pas de la loi. Nous ne pouvons pas continuer à produire toujours plus de normes, souvent inappliquées ou jamais évaluées. Légiférer doit rester un acte utile et concret, articulé avec le dialogue social, la contractualisation dans les territoires et l’expérimentation.
La responsabilité de cette assemblée, c’est enfin de produire des avancées réelles pour les Français. De préférer des textes qui changent leur quotidien à des textes purement symboliques, dont nous savons qu’ils ne font que mettre en scène notre impuissance et alimenter, en définitive, l’antiparlementarisme et le populisme.
Et puis, il y a une responsabilité fondamentale qui est celle de refuser le cynisme. Nous n’avons pas à légiférer contre la science, contre la liberté des médias, contre les corps intermédiaires ou les contre-pouvoirs. L’État de droit n’est pas un obstacle, c’est une protection. Nous avons été élus pour assumer nos décisions devant les Français, pas pour chercher des boucs émissaires, ni affaiblir ce qui protège le plus faible et nous protège tous de l’arbitraire.
C’est ce chemin, celui du dialogue et de la responsabilité,
que les députés Démocrates continueront à emprunter. Et c’est pour cela que nous ne voterons pas cette motion de censure.
Je vous remercie.