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Bruno Fuchs : « Dans aucun scenario, on ne devenait des ennemis directs des Etats-Unis »

Invité de Radio J le lundi 26 janvier, Bruno Fuchs, président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale et député du Haut-Rhin, est revenu sur les grands bouleversements géopolitiques actuels et sur la situation politique française, appelant à l’unité européenne, à la lucidité face au régime iranien et à la responsabilité parlementaire.

États-Unis : « On n'avait pas imaginé ce revirement total d'alliances »

Face au retour de Donald Trump sur la scène internationale, Bruno Fuchs assume un constat sans détour. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’ordre mondial reposait sur des alliances que l’on pensait solides et durables. Or, reconnaît-il, « dans tous les scénarii qu’on avait imaginé depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale […] on n’avait pas imaginé ce revirement total d’alliances ».

Pour le président de la commission des affaires étrangères, la nouveauté est brutale : 

Dans aucun scénario, on devient des ennemis directs des États-Unis, ou en tout cas des États-Unis dirigés par le président Trump. 

 

Un changement stratégique majeur qui oblige les Européens à réagir vite, collectivement. À Davos, cette réaction a bien eu lieu. Bruno Fuchs salue une Europe qui, lorsqu’elle parle d’une seule voix, sait se faire entendre

On le voit à Davos notamment, que les Européens, le président Macron en premier, ont réagi extrêmement fortement et que lorsqu’on est unis, on est capable de faire valoir son point de vue.

 

Mais le parlementaire met en garde contre une dérive permanente de communication. Si le président Trump impose son tempo médiatique, l’Europe ne doit pas s’y laisser enfermer. « Il faut que nous revenions à un référentiel qui est le nôtre, […] ne répondre qu’à des actes et pas répondre à la communication », insiste-t-il, appelant à une diplomatie européenne fondée sur la constance, la fermeté et l’unité.

 

Iran : « Toutes les tentatives de révolte ont été matées dans le sang »

Interrogé sur l’Iran, Bruno Fuchs revendique une approche pragmatique, fondée sur l’échange avec l’ensemble des acteurs disponibles. Il a notamment échangé en visioconférence avec le prince Reza Pahlavi, l'héritier du Shah d'Iran, qui est en exil aux États-Unis. « Moi je parle avec tout le monde », explique-t-il, rappelant que « depuis plus de 50 ans l’ensemble de l’opposition iranienne est réprimée dans une violence forte », ce qui limite aujourd’hui l’émergence de figures d’opposition de stature internationale.

Le diagnostic est sévère. Selon les analyses qui lui sont partagées : 

Toutes les tentatives de révolte ou de révolution par le peuple iranien ont été matées dans le sang et là de façon absolument barbare par les autorités iraniennes. 

 

Dès lors, la chute du régime apparaît difficile sans leviers extérieurs puissants.

Deux axes sont évoqués lors de sa discussion avec l'héritier du Shah d'Iran : « sans opération militaire ça va être difficile de faire tomber le régime », mais aussi « un blocus beaucoup plus fort économique et financier » contre un pouvoir déjà fragilisé. 

Dans l’idéal, Bruno Fuchs appelle de ses vœux un effondrement interne du régime sous une pression maximale : 

Que la pression […] économique et financière et militaire [soit] suffisamment forte pour que le régime tombe de lui-même. 

 

Et si une intervention devait avoir lieu, elle ne pourrait se concevoir que « dans le cadre de l’ONU », avec un mandat clair du Conseil de sécurité.

 

Parlement : « À un moment, les citoyens ont besoin de stabilité »

Sur le plan intérieur, Bruno Fuchs revient longuement sur la séquence budgétaire et l’usage du 49-3. Pour l’élu de terrain qu’il est, le message des citoyens dans sa circonscription est limpide : « tout le monde me dit quand est-ce que ça s’arrête ? ». Et d’ajouter : 

À un moment les citoyens ont besoin de stabilité, un peu de vision et que nous on passe à autre chose. Il y a tellement de sujets sur lesquels on est attendu pour légiférer ou pour faire évoluer positivement la vie de nos concitoyens. 

 

Au MoDem, la ligne était claire : « on pensait […] qu’il fallait engager le 49-3 avant ». Désormais, l’objectif est d’éviter une nouvelle crise politique. « J’espère que les motions de censure ne seront pas votées », confie-t-il, décrivant une opinion publique à la fois soulagée et lassée.

Mais cette lassitude est aussi alimentée par le comportement de certains groupes parlementaires. Bruno Fuchs dénonce ces agissements qui fragilisent la confiance démocratique, au point que certains citoyens lui disent « moi, j’irais plus voter » : 

Beaucoup de personnes sont déstabilisées, certaines écœurées par le spectacle donné à l'Assemblée, notamment le spectacle des Insoumis qui cherchent à bordéliser l'Assemblée et ça, ça passe très très mal. 

 

Enfin, sur le fond budgétaire, l’inquiétude demeure. Le compromis trouvé sur le budget interroge sur la tenue des objectifs de réduction de la dette, prônée par François Bayrou lorsqu'il était à Matignon. « On a zéro matelas, on est à la merci d’aléas », alerte-t-il, rappelant que le MoDem plaidait pour un effort plus important, « plutôt 4,6 % voire 4,7 % », afin de réduire plus fortement la dette et préparer l’avenir avec sérieux et responsabilité.

 

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