« Le transport maritime à la voile » par Jimmy Pahun
Dans ce billet d’humeur, Jimmy Pahun, député démocrate du Morbihan, mêle récit personnel et conviction politique pour défendre le renouveau du transport maritime à voile. Face à l’urgence climatique, il appelle à soutenir pleinement une filière vélique porteuse d’avenir, afin de faire de la France un leader de la décarbonation du secteur.
Mon père, Francis Pahun, capitaine au long cours, avait fait un pari audacieux à la fin des années 1970 : celui du retour de la marine à voile. À Étel, petit port breton alors en perte de vitesse, il rêvait avec d’autres d’un avenir affranchi du pétrole, porté par le vent. Trois thoniers à voile devaient voir le jour. Le projet était visionnaire.
Car le vent, cette force ancestrale qui a fait naviguer les hommes pendant des siècles, revient au cœur de nos ambitions maritimes. Les enjeux sont grands. Il s’agit pour la France de contribuer à la décarbonation du transport maritime international, un secteur responsable d’environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Dans ce contexte, la propulsion par le vent offre une réponse concrète et immédiatement mobilisable. La France dispose d’atouts uniques : un savoir-faire reconnu, un tissu industriel déjà structuré, et une capacité d’innovation remarquable. Des projets comme Neoline, Grain de Sail ou encore TOWT en témoignent.
La filière vélique française repose sur deux composantes complémentaires : la propulsion par le vent principale et la propulsion par le vent auxiliaire.
D’un côté, la propulsion par le vent auxiliaire permet d’équiper les grands navires de commerce afin de réduire leur consommation de carburant. Une réduction de quelques pourcents seulement représente déjà des millions de tonnes de CO₂ évitées chaque année.
De l’autre, la propulsion par le vent principale incarne une autre vision du transport maritime : plus sobre, plus locale, plus résiliente. Des voiliers-cargos assurent des liaisons directes, réinventent les circuits logistiques et renouent avec une économie maritime à taille humaine.
Ces deux approches se complètent. Elles dessinent ensemble les contours d’un nouveau modèle qui mérite toute l’attention des pouvoirs publics.
C’est tout le sens de la proposition de loi que nous portons avec plusieurs de mes collègues, dont Agnès Firmin Le Bodo et Jean-Paul Lecoq. Car aujourd’hui, la filière vélique reste émergente.
Notre texte vise donc à lever les freins, à adapter les dispositifs fiscaux, à intégrer pleinement le maritime dans les mécanismes de transition énergétique, comme les certificats d’économie d’énergie. Il s’agit aussi de tenir les engagements pris par l’État, notamment dans le cadre du pacte vélique signé en 2024 sous l’impulsion de Roland Lescure et Hervé Berville.
La France a tout pour être un leader mondial du transport maritime décarboné. Mais cela suppose de la constance, de la volonté politique, et surtout de la cohérence dans l’action publique.
Je repense parfois à ces thoniers à voile qui n’ont jamais vraiment navigué. Je ne sais pas bien ce qu’ils sont devenus, je sais que l’un d’eux peut être observé gisant à l’entrée du Blavet, ancré dans la vase et rongé par la marée. Cimetière de bateaux mais pas celui de nos espoirs. Le rêve perdure. Là est l’essentiel. Là est le moteur de notre ambition et la raison de nos succès.
À nous, désormais, de hisser les voiles.