« Éducation, travail, environnement : les vrais leviers de notre santé », par Cyrille Isaac-Cibille
Dans ce billet d’humeur, Cyrille Isaac-Sibille, député du Rhône, revient sur la mission gouvernementale sur la prévention primaire en santé qui lui a été confiée. Il y défend une approche globale de la santé, fondée sur les conditions de vie, pour renforcer durablement notre système de soins et réduire les inégalités.
On l’oublie souvent, mais notre santé ne se construit pas d’abord dans le système de soins. Elle se façonne, pour l’essentiel, dans nos conditions de vie. Éducation, travail, environnement : ces déterminants représentent près de 80% de notre état de santé, quand le soin, aussi indispensable soit-il, n’en explique qu’environ 20%. C’est cette réalité qui fonde la mission gouvernementale sur la prévention primaire en santé qui m’a été confiée.
En France, nous pouvons être fiers de notre système de soins. Universel, solidaire, structuré, il permet à chacun d’accéder à des soins de qualité. Depuis 1945, ce choix collectif a largement contribué à l’allongement de notre espérance de vie.
Mais aujourd’hui, pour continuer à progresser, nous devons regarder la réalité en face : le soin ne fait pas tout.
Les études sont claires : près de 80 % de notre santé dépend de facteurs extérieurs au système de soins. Ce sont les déterminants de santé — l’éducation, les conditions de travail, le logement, l’environnement, l’alimentation, l’activité physique, le lien social. Le soin, aussi essentiel soit-il, n’intervient qu’à hauteur d’environ 20 % dans notre état de santé global.
Autrement dit, notre espérance de vie, et surtout notre espérance de vie en bonne santé, se construit bien avant l’apparition de la maladie.
C’est précisément là que la prévention primaire prend tout son sens. Elle ne consiste pas à culpabiliser les individus, ni à transférer la responsabilité de la santé sur chacun. Elle vise à créer les conditions favorables à une bonne santé, dès le plus jeune âge et tout au long de la vie.
L’école est un lieu clé où se jouent les bases de la santé future. Le travail est un déterminant majeur, à la fois facteur d’équilibre ou de fragilisation. Les territoires, l’environnement, l’accès aux services, le cadre de vie influencent profondément nos parcours de santé.
Or, en France, ces politiques de prévention existent, mais elles restent trop souvent fragmentées. De nombreux acteurs sont mobilisés, mais sans toujours disposer d’un cadre clair, lisible et coordonné.
C’est pour répondre à cet enjeu que le Premier ministre m’a confié une mission gouvernementale sur la prévention primaire en santé, menée de manière interministérielle, en lien avec sept ministères. Pendant six mois, il s’agit de réaliser un état des lieux complet, d’évaluer les dispositifs existants, de s’inspirer des expériences internationales et d’auditionner l’ensemble des acteurs concernés.
L’objectif est simple et ambitieux à la fois : définir une véritable politique de prévention primaire, structurer un système aujourd’hui trop dispersé, et mieux coordonner les acteurs nationaux et territoriaux. La prévention doit se penser dans les lieux de vie, à l’école, au travail, dans les territoires, auprès des personnes âgées, et mobiliser l’ensemble des parties prenantes : État, collectivités, professionnels, associations, complémentaires.
Je suis convaincu que la prévention est une politique d’avenir. Une politique qui permet de vivre plus longtemps, mais surtout en meilleure santé. Une politique qui réduit les inégalités plutôt que de les subir. Une politique qui donne de la cohérence et de la durabilité à notre système de santé.
Investir dans les déterminants de santé, ce n’est pas affaiblir le soin. C’est lui permettre de continuer à jouer pleinement son rôle, au service de tous.
Cyrille Isaac-Sibille, député du Rhône
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