Jean-Noël Barrot : « La répression la plus violente de l’histoire contemporaine de l’Iran est en cours »
Face aux crises internationales, la diplomatie française tient une ligne claire : fermeté sur les principes, protection des Français et défense du droit international. Invité de la matinale de RTL, Jean-Noël Barrot a détaillé l’action de la France sur l’Iran, le Groenland et l’accord Mercosur.
Iran : « La répression la plus violente dans l’histoire contemporaine de l’Iran »
Interrogé sur la situation en Iran, Jean-Noël Barrot a d’abord rappelé l’extrême gravité des événements en cours, rendus encore plus difficiles à documenter par la coupure d’Internet décidée par les autorités iraniennes. « Nous ne savons que peu de choses malheureusement puisque les autorités de l’Iran ont décidé de couper Internet sans doute pour mieux masquer l’étendue de l’horreur », a-t-il expliqué, évoquant ce que la France soupçonne être « la répression la plus violente dans l’histoire contemporaine de l’Iran ».
Ce que nous soupçonnons, c'est qu'il s'agit là de la répression la plus violente dans l'histoire contemporaine de l'Iran et qu'elle doit impérativement cesser.
Les rares images parvenues à l’étranger témoignent d’une violence extrême : « des manifestants abattus à bout portant par des armes d’assaut, des cadavres qui s’entassent dans des sacs, dans des hôpitaux saturés ». Face à ces scènes, le ministre l’a affirmé sans ambiguïté : la France « a condamné avec la plus grande fermeté la violence d’État qui s’est abattue sur les manifestants », appelant les autorités iraniennes à « cesser cette répression d’une violence inouïe contre des manifestants pacifiques ».
Jean-Noël Barrot a réaffirmé le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes :
Nous souhaitons que le peuple iranien puisse disposer de lui-même et de son propre avenir. C’est aux Iraniens qu’appartient leur propre avenir. C'est aux Iraniens qu'appartient leur propre avenir et c'est cela que doivent entendre les autorités du pays.
Cette exigence politique se traduit aussi par des actes concrets. Au niveau européen, la Commission travaille à de nouvelles sanctions ciblées : « des sanctions individuelles qui gèleront leurs avoirs, qui leur interdiront l’accès au territoire européen, ce qui a évidemment une vertu dissuasive ».
La protection des Français reste par ailleurs une priorité absolue. Le ministre a rappelé que près de 900 ressortissants français se trouvent en Iran et a insisté sur la vigilance des autorités françaises, notamment pour Cécile Kohler et Jacques Paris. La France « appelle à leur libération immédiate et à leur retour sans délai », tout en soulignant qu’ils sont « en sécurité à l’ambassade de France » et entourés d’un soutien constant, de même que leurs familles.
Nous prenons contact avec chacun de nos ressortissants français inscrits sur nos registres et nous les appelons formellement à ne pas se déplacer en Iran du fait notamment du risque de détention arbitraire.
Enfin, Jean-Noël Barrot a réfuté toute accusation de complaisance envers Téhéran. Il a rappelé que la France a réactivé « les embargos mondiaux des Nations Unies » sur les armes, les banques et les équipements nucléaires, et qu’elle a été à l’initiative de sanctions sur « la politique d’otage d’État ». Les Gardiens de la Révolution, déjà sanctionnés, resteront dans le viseur européen : « nous allons poursuivre dans cette voie ».
Groenland : « Le Groenland n’est pas à vendre »
Alors que des déclarations américaines ont ravivé les tensions autour du Groenland, Jean-Noël Barrot a été catégorique. Reprenant les mots des autorités locales, il a rappelé que « le Groenland ne veut ni être possédé, ni être gouverné, ni être intégré par les États-Unis » :
Le Groenland a fait le choix du Danemark, le choix de l'OTAN et le choix de l'Union européenne.
Pour le ministre, toute tentative de pression américaine est non seulement absurde mais dangereuse : s’en prendre à un autre membre de l’OTAN « n’aurait aucun sens » et serait « contraire même aux intérêts des États-Unis ». Dans un monde où « la loi du plus fort » tend à s’imposer, Jean-Noël Barrot a souligné l’urgence de renforcer l’Europe et la France, rappelant que « notre capacité à peser à l’extérieur dépend très directement de notre force intérieure », qu’elle soit militaire, budgétaire, économique ou morale.
Ce chantage doit évidemment cesser.
La France assume pleinement sa solidarité européenne. « Ce qu’il faut évidemment, c’est soutenir le Danemark », a-t-il insisté, « comme nous aimerions que le Danemark et nos partenaires européens nous soutiennent si nous étions dans la même situation ». L’ouverture prochaine d’un consulat français au Groenland s’inscrit dans cette logique : « c’est un signal politique », mais aussi la marque d’une présence renforcée, notamment scientifique, fidèle à une coopération de long terme.
Mercosur : « La messe n’est pas dite »
Sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, Jean-Noël Barrot a rappelé la constance de la position française :
La France s'oppose à cet accord depuis très longtemps et si elle ne l'avait pas fait, ça ferait longtemps que cet accord aurait été adopté.
Pour autant, le combat n’est pas terminé. « La messe n’est pas dite », a affirmé le ministre, rappelant que l’accord doit encore être adopté par le Parlement européen puis ratifié par les États membres. La clé se trouve désormais au Parlement européen, où les parlementaires européens peuvent interrompre la procédure en saisissant la Cour de justice de l’Union européenne. « La question, c’est d’interrompre la procédure et qui peut l’interrompre ? C’est le Parlement européen », a-t-il insisté, appelant les forces politiques à prendre leurs responsabilités.
Le pays, s'il saisit la Cour de Justice de l'Union Européenne, n'interrompt pas la procédure. Le Parlement européen, s'il le fait, interrompt la procédure.