Jean-Noël Barrot : « L’irresponsabilité des forces politiques qui laissent prospérer la violence ne doit pas éclipser la responsabilité individuelle »
Invité de Questions politiques sur France Inter, France Info et Le Monde ce 22 février, Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, s'est exprimé pendant près d'une heure les grands sujets d'actualités en France, en Europe et dans le monde.
Mort de Quentin Deranque : « Nous refusons toute instrumentalisation de ce drame qui endeuille une famille française. »
Le 14 février dernier, Quentin Deranque, étudiant et militant d'extrême droite identitaire nationaliste est mort à Lyon des suites de blessures survenues après un affrontement avec un groupe de militants antifascites. Samedi, un rassemblement s'est tenu pour lui rendre hommage.
Interrogé sur les saluts et les signes nazis ainsi que sur les insultes racistes et homophobes qui ont eu lieu, Jean-Noël Barrot s'est exprimé :
Je condamne évidemment les signes et saluts nazis qui ont été observés hier lors de la manifestation et la préfecture du Rhône a eu raison de saisir la justice à leur sujet.
Jean-Noël Barrot condamne fermement les faits et a précisé que « la question de la violence et du civisme est posée. » Il a ajouté que :
Des débats qui portaient à mon sens sur la responsabilité ou l’irresponsabilité de certaines forces politiques, par leurs discours, leurs ambiguïtés, par leur manque de clarté créé un terreau propice au développement d’autres propos et parfois au passage à l’acte.
Pour lui, l'irresponsabilité de certaines forces politiques ne doit pas exclure la responsabilité civile et individuelle de chacun :
Ce qui fait la grandeur d’un pays et même d’une civilisation, c’est sa capacité à repousser, à rejeter la violence et cela dépend de la capacité de chacun de ses membres à s’y opposer.
Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a rappelé qu'il était important de donner des moyens aux instruments de la République pour qualifier les faits, former les citoyens à rejeter la violence notamment à l'école et sur les réseaux sociaux :
Nous avons laissé s’introduire, nous nous sommes habitués, à une forme d’ambiguïté, à une forme d’acceptation, de tolérance de la violence par les actes mais y compris dans les paroles.
À cette égard, et notamment sur la responsabilité des extrêmes dans la montée en puissance de la tolérance à la violence, Jean-Noël Barrot a rappelé sa position vis-à-vis de LFI :
Je n’ai aucune complaisante avec le discours de La France Insoumise que je condamne et que j’attaque régulièrement sur les sujets internationaux.
Sur les réactions des autres pays face à ce drame, notre ministre a annoncé que Charles Kushner, ambassadeur américain en France, était convoqué au Quai d'Orsay suite à son commentaire. Il a également indiqué que le commentaire de Georgia Meloni n'étais pas approprié. À ce sujet, Jean-Noël Barrot a appelé :
Ce que nous demandons à nos partenaires et nos amis, c’est de respecter un principe auquel nous tenons : pas d’ingérence dans nos affaires.
Droits de douane américains : « Nous allons prendre les mesures pour répondre. »
Aux États-Unis, la Cour suprême a déclaré que les droits de douane imposés par le président américain sont en réalité illégaux, un revers important. Jean-Noël Barrot a réagi :
C’est une nouvelle qu’on ne peut pas qualifier de mauvaise !
Il a précisé qu'en réalité, elle est bénéfique pour les entreprises américaines qui avaient d'ailleurs dénoncé la décision de Donald Trump. Notre vice-président a souligné :
Des études ont montré que c’était les ménages américains qui étaient les plus impactés, et finalement la Cour Suprême leur a donné raison.
Cette décision a conduit Donald Trump a annoncer une nouvelle vague de taxes douanières à hauteur de 15%, Jean-Noël Barrot commente :
Nous allons analyser l’impact d’une potentielle décision sur l’économie européenne, nous allons essayer de comprendre si l’accord qui avait été trouvé par la Commission européenne et les États-Unis est toujours valable.
Dans ce contexte, l'accord justement négocié entre l'Europe et les États-Unis est remis en cause et notre ministre a annoncé que « nous allons prendre les mesures pour répondre. » De nouveaux échanges entre la Commission européenne et les États-Unis risquent de se tenir, il a donc ajouté que « rien n’empêche la France de donner son avis, ce que nous ne nous priverons pas de faire. »
Enfin, sur les États-Unis, Jean-Noël Barrot a précisé que l'économie américaine a un besoin vital de l'économie européenne et a indiqué : « Nous sommes deux économies très interconnectées. » Par exemple, les géants du numérique font la moitié de leurs profits en Europe et l’épargne européenne finance très largement les entreprises américaines en déficit. Il a enfin dit :
Une guerre commerciale entre les États-Unis et l’Europe ne pourrait avoir de bénéfice pour l’économie américaine, et donc nous espérons que sur cette base là on puisse construire des accords équilibrés.
Ukraine : « Après quatre ans, le bilan de Vladimir Poutine est cuisant et humiliant. »
Ce mardi 24 février 2026, cela fera quatre ans que la Russie a envahi l'Ukraine. Jean-Noël Barrot a continué de souligner le « courage inouï » des Ukrainiens et Ukrainiennes. Sur le bilan russe, il est intransigeant :
Pour Vladimir Poutine, la guerre en Ukraine est un échec cuisant et humiliant. Le Kremlin ruine son économie, affaiblit son armée et discrédite son propre peuple. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
En effet, notre ministre des Affaires étrangères et de l'Europe a précisé : « Ça lui coûte très cher. La Russie va entrer en récession. Les caisses de la Russie sont vides. L’essence est rationnée dans un grand nombre de régions russes. Et maintenant, ce sont les télécommunications, les applications, qui sont bloquées. »
Interrogé sur de potentiels échanges entre la France et la Russie, Jean-Noël Barrot a annoncé que la France ne les a jamais exclus à condition qu'ils soient utiles et menés en transparence avec l'Ukraine. Il a aussi rappelé le soutien indéfectible de l'Europe envers l'Ukraine :
L’Europe est devenue le premier soutien à l’Ukraine sans aucune comparaison possible : premier soutien financier et premier soutien militaire.
Il a ainsi cité deux exemples : le prêt de 90 milliards d'euros agréé au niveau européen, permettant à l'Ukraine d'aborder un peu plus sereinement les deux prochaines années sur le plan financier ; ainsi que la coalition de volontaires mise en commun à l'extérieur de l'OTAN avec des forces et capacités militaires de plus de 30 pays afin d'assurer la paix. Il a enfin annoncé l'aide financière de la France pour l'Ukraine :
Nous avons annoncé le deuxième volet d’un fonds, 71 millions d’euros, qui permet aux entreprises françaises d’aller développer des projets en fonction des besoins ukrainiens.
Europe : « Ce que nous voulons c’est que l’Europe demain, soit aussi forte que la France d'aujourd’hui. »
Interrogé sur le commentaire du chef de la diplomatie allemande qui a affirmé que les efforts de Paris pour la défense sont insuffisants, Jean-Noël Barrot a répondu :
Étant donné l’ampleur des défis et des transformations que nous vivons aujourd’hui, il est normal d'avoir, avec nos plus proches partenaires comme l'Allemagne et la Pologne, des divergences. L’important, c’est que nous puissions avoir des débats et apaiser le dialogue.
Ainsi, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a précisé que tous les débats doivent se faire sur la clarté et la vérité.
La France est le pays de l’Union européenne qui a le plus investi dans sa défense depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Jean-Noël Barrot s'est aussi défendu sur les critiques allemandes en expliquant que la France avait le choix de l'indépendance depuis 1945 dans notre dissuasion nucléaire et dans nos forces armées. Il a ainsi rappelé sa volonté de construire un modèle d'indépendance à l'échelle européenne :
Cette indépendance aujourd’hui, qui est un vrai modèle que le monde entier nous envie, nous devons pouvoir en faire un exemple pour l’Europe.
Jean-Noël Barrot s'est aussi exprimé sur le système de combat aérien du futur mené notamment avec l'Allemagne. Le chancelier allemand a affirmé qu'il doutait du besoin pour son pays d'avoir le même avion de combat que défend la France. Jean-Noël Barrot se défend :
C’est un projet essentiel pour la sécurité de la France, pour la sécurité de l’Allemagne, et pour la sécurité de l’Europe. Ça fait huit ans qu’on y travaille et on se battra jusqu’au bout pour qu’il aboutisse, jusqu’à la dernière seconde.
Il appelle donc les industriels à faire un pas l'un vers l'autre car, pour lui, ce n'est pas un projet militaire mais un projet politique.
Jean-Noël Barrot a également été interrogé sur la venue d'une commissaire européenne au Conseil de la paix organisé par le Président américain, sans l'accord des États membres :
Quand la Commission européenne part assister à une réunion à Washington sans en avoir reçu le mandat des États membres, c’est en quelque sorte une violation des droits de l’Union européenne.
Il rappelle ainsi qu'il est donc indispensable que les règles de droit et d'équilibre entre les institutions soient appliquées et respectées au sein de l'Union européenne.
Palestine : « Tous les discours de haine d’où qu’ils viennent prenant parti d’un côté ou de l’autre, je les condamne. »
Enfin, Jean-Noël Barrot a réagi aux propos tenus par Francesca Albanese, rapporteuse de l’ONU pour les territoires palestiniens, qui est accusée d'avoir désigné Israël d'« ennemi commun de l’humanité » :
Ces propos sont condamnables ; je les ai condamnés. Et ils s’ajoutent à une longue liste de propos inacceptables, comme la justification et la relativisation du 7 octobre, pire massacre antisémite de notre histoire au cours duquel 51 de nos compatriotes ont perdu la vie.
Face au journaliste, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a défendu sa position en précisant que « dans l'ambiguïté, dans l'absence de clarté, se propage des discours de haine. » Ensuite, il a souhaité rappeler l'importance de la reconnaissance de l'État de la Palestine, initiée par la France en septembre dernier :
Je vais vous dire pourquoi nous avons reconnu l’État de la Palestine l’année dernière : parce que nous refusons que le camp de la guerre l’emporte sur le camp de la paix.
Sur le conflit Israël/Palestine, Jean-Noël Barrot condamne à la fois les extrémistes israéliens niant que le peuple palestinien ait « le droit à la dignité de se tenir debout, sur la terre dans laquelle plonge ses racines. » Il condamne également « les extrémistes de l’autre côté, ceux du Hamas et de leurs soutiens, qui nient à Israël le droit à l’existence et à la sécurité. »
Ainsi, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères précise sur la position de la rapporteuse de l'ONU :
Ce que j’ai dit, c’est que la succession des provocations, dans un chemin que nous essayons de tracer vers la paix, devrait l’amener elle-même à avoir la dignité de démissionner de ses fonctions.