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Soirée-débat France Forum : Le travail dans tous les sens

Mercredi 20 mai, l’amphithéâtre Jean Lecanuet accueillait l’équipe de sa revue partenaire France Forum, pour un débat autour du dernier numéro, consacré au travail.

Patrick Mignola (ancien ministre et chef du groupe à l’Assemblée, chef d’entreprises), qui a préfacé le dossier, Juliette Pfeiffer (fondatrice de Médiation & Inclusion), Anthony Hussenot (professeur des universités en science de gestion, Université de Côte d’azur) et Philippe Garabiol (haut-fonctionnaire, agrégé d’histoire) se sont livrés à une discussion passionnée, animée par Olivia Leboyer (France Forum, Sciences po). 

Aujourd’hui, et pour la campagne présidentielle qui s’amorce, la question du travail, sociale et politique, est absolument centrale. Le travail touche à toutes les dimensions de nos vies, depuis les études où l’on se projette, jusqu’à la retraite où l’activité se poursuit souvent, dans la sphère associative par exemple. De manière frappante, les oppositions à la réforme des retraites ont cristallisé toutes sortes d’angoisses. Comme si le travail était devenu une hantise, et la sortie du travail un havre de paix enfin retrouvée. Comment l’expliquer ? Anthony Hussenot et Sophia Galiere, dans leur article, citent ces chiffres éloquents : en 1984, 64% des Français citaient le travail en 2e position, après la famille, dans les éléments d’une vie réussie. En 2020, ils ne sont plus que 20%. On entend de plus en plus parler de burn-out, de quiet quitting ou de bullshit jobs. Notre approche, pour le numéro, a consisté à identifier les problèmes et à rechercher les solutions pour réenchanter le travail, lui redonner du sens. Le besoin de reconnaissance au sein de la société est essentiel. C’est souvent le travail qui permet de « trouver sa place » ou de « se faire une place ». Un peu comme au sein d’un orchestre, où chacun doit jouer ensuite sa partition, en harmonie avec les autres pour former un ensemble.

DRH, métiers d’art, femmes cheffes d’entreprise, éboueurs (bel article de Simon Nordmann), métiers du bâtiment, nous avons donné une place, dans le dossier, aux expériences vécues, à la chair du travail.

Ce n’est pas tant le travail, qui est rejeté, que la manière dont il est organisé. Anthony Hussenot, spécialiste des théories organisationnelles, souligne que la verticalité du management, une représentation insuffisante des salariés et actionnaires dans les conseils d’administration sont des travers à combattre. Patrick Mignola a rappelé que le travail a un sens pour chacun d’entre nous – sur le plan de sa réussite personnelle – mais aussi, et surtout, pour la collectivité, pour ce qui nous rattache aux autres. Travailler, c’est cotiser, et participer à notre modèle social. La dimension du travail nous dépasse et nous oblige. Le travail entraîne également une influence sur la société, sur le plan écologique par exemple. Il est temps de repenser le travail : dans l’entreprise, la participation et l’intéressement sont nécessaires, pour que les salariés se sentent acteurs et responsables de leur activité, et éprouvent un sentiment d’appartenance vis-à-vis de l’entreprise. Anthony Hussenot aborde également ces questions, prenant l’exemple de la cogestion en Allemagne. Anthony Hussenot nous rappelle que l’on cherche souvent à se réaliser à travers le travail, et que l’on mesure – bien souvent – sa valeur à l’aune de son salaire. C’est légitime aussi, la reconnaissance passant par le regard social. Mais l’on travail rarement pour le travail lui-même, l’objet du désir demeure souvent ailleurs. L’essentiel étant, qu’en définitive, la finalité du travail de tous aille dans le sens de l’entreprise.

Médiatrice, Juliette Pfeiffer nous introduit dans cet univers, où il s’agit de créer l’espace neutre du tiers afin de régler, le plus rapidement possible, les conflits et litiges, parfois couvés et envenimés, entre les salariés ou entre la direction et tel salarié. L’écoute et la patience sont les maître-mots. Dans cette bulle hors du temps, les colères et ressentiments intimes peuvent s’exprimer librement. La méthode, éprouvée et employée par des formateurs agréés, est efficace. La médiation nous invite à ne jamais perdre de vue que le travail, ce n’est pas seulement du profit, c’est de l’humain. Précieux, ce processus de médiation se rapproche du care.

Philippe Garabiol, qui a coordonné le numéro, s’amuse que le japonais ait repris le mot « vacances » du français, ce concept leur étant moins familier qu’à nous ! Avec conviction, il remarque l’importance de trouver sa place dans la société par le travail. Dans le meilleur des cas, c’est une vocation et, sinon, on apprend à l’aimer, on l’apprivoise. Car la fierté du travail bien fait, nous pouvons tous un jour l’éprouver. Dans le dossier, la revue privilégie les comparaisons avec d’autres pays, comme l’Italie, notamment sur la question de l’insertion des immigrés par le travail. Deux articles sont également consacrés au sujet du handicap en entreprise et de la formation des handicapés de naissance, que la France gagnerait à mieux développer.

Stimulant, regorgeant de pistes, notre France Forum sur le travail vous intéressera sûrement à plus d’un titre. Retouvez-le sur www.franceforum.eu

 

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