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Dans les médias

Marc Fesneau : « Nous avons fait ce que nous savons faire le mieux dans ce pays : de la dépense publique à l’aveugle »

Marc Fesneau MF

Dans L'Opinion, Marc Fesneau, notre président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée nationale et premier vice-président du MoDem, expose les sérieuses réserves nées de la présentation du budget par Sébastien Lecornu.

En annonçant un budget qui ne mécontente pas une majorité de députés et l'usage du 49.3, Sébastien Lecornu a-t-il sifflé la fin de la partie budgétaire ?

Le risque quand une situation se prolonge, c'est de laisser des gens en abuser. 

Le compromis, ce n'est ni le chantage, ni le mépris, ni la négation de la réalité. Or, c'est ce à quoi s'est livré le PS, singulièrement depuis début janvier. 

 

Ils ont pratiqué la menace permanente à la motion de censure. Ils n'ont cessé de dire qu'ils « arrachaient des mesures à la macronie ». Personne n'arrache rien à personne. On cherche des compromis ou on s'affronte, ce ne peut pas être les deux en même temps.

Vous vous en prenez aux socialistes mais quelle est la responsabilité du gouvernement ?

On aurait dû sans doute dire aux socialistes, à un moment, « ça suffit ». Nous, nous avons toujours alerté sur le fait que plus le gouvernement tarderait à recourir au 49.3, plus il prenait le risque de voir une surenchère de propositions démagogiques. 

Par exemple les repas à un euro pour tous les étudiants, sans distinguer les revenus des parents ! Les étudiants à qui vous promettez 1 euro, vous leur promettez aussi d'avoir à rembourser la dette que cet engagement creuse. On invente le repas à crédit. 

Maintenant, il ne reste plus qu'à souhaiter au moins que nous serons bien à 5% de déficit. Et que ce ne soit pas un 5% de cavalerie budgétaire.

 

« Cavalerie budgétaire », c'est-à-dire ?

Serons-nous réellement à 5% de déficit dans les prochaines semaines, si le pays doit faire face à des crises climatiques ou internationales ? Le coût des nouvelles dépenses annoncées n'est-il pas sous-évalué ? Dans ce cas, ce n'est pas un discours de vérité.

Comment atteindre 5% de déficit avec un tel budget ?

En assumant de faire des choix. 

La théorie du moindre effort propagée par le PS pour redresser une situation budgétaire est délétère et mensongère. 

 

Nous pouvions envoyer un signal sur le PLF, mais, encore une fois, dans les derniers mètres, nous avons fait ce que nous savons faire le mieux dans ce pays : de la dépense publique à l'aveugle. Et la facilité collective de la lâcheté budgétaire.

Vendredi, Olivier Faure a refusé que les efforts pèsent sur les Français.

Mais si ça ne pèse pas sur les Français, ça pèse sur qui ? Sur les Américains ? Sur les Japonais ? Quand vous ponctionnez les entreprises françaises, ça pèse sur les Français, et leurs emplois. Quand vous asphyxiez ceux qui essaient de développer des activités, c'est la France que vous fragilisez.

Vous dites cela alors que l'examen budgétaire touche à sa fin. N'est-ce pas trop tard ?

Ne pas s'être donné les moyens d'une adoption du budget en décembre a conduit, comme je le craignais, à la surenchère. Vendredi, nous avons découvert un certain nombre de mesures produites de ce que je considère comme des oukases de dernière minute du PS.

Que pouvez-vous faire ? Jamais vous ne censurerez, non ?

Non, c'est exclu. Nous ne sommes pas irresponsables. Nous l'avons démontré depuis des mois ! 

Je ne vais pas dénoncer le chantage des uns en le pratiquant moi-même. Mais cela ne m'empêche pas de dire ce que je pense. La responsabilité n'impose pas le silence. Et la nécessité de stabilité ne nous rendra ni muet, ni sourd, ni aveugle.

 

(...)

Quelle leçon tirer de la méthode Lecornu ?

Je ne sais pas encore. Nous ne sommes pas au bout du processus. Nous verrons bien à la fin si nous sommes réellement sous les 5% de déficit. 

Je reconnais à Sébastien Lecornu ses qualités de dialogue. Et je remarque que dans cette fin de séquence, on a le sentiment qu'il n'y a que des gagnants. On n'augmente pas la fiscalité. On engage des dépenses supplémentaires. On tient les 5%. 

Ce n'est plus une méthode, c'est de la magie. Et moi, je ne crois pas à la magie en matière budgétaire. 

 

Au MoDem, nous serons très vigilants à ce que la trajectoire soit tenue. Et s'il y a des choses à sacrifier, ce sera peut-être aussi dans les mesures demandées par le PS.

 

Lire l'entretien complet dans L'Opinion.
 

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