Marc Fesneau : « Je ne vois pas d’autre solution que la primaire pour faire émerger un candidat »
Retrouvez l'entretien de notre président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée nationale et premier vice-président du MoDem, Marc Fesneau, dans La Tribune Dimanche sur l'élection présidentielle.
LA TRIBUNE DIMANCHE — À moins de six mois de la présidentielle, êtes-vous inquiet par l’état de la droite et du centre ?
MARC FESNEAU — Oui. Depuis la rentrée, la situation s’est dégradée. D’un côté, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen voient leurs intentions de vote se solidifier. Cette cristallisation s’explique : tous deux expriment clairement une vision, quoi qu’on en pense.
De l’autre, l’espace central est saturé par des calculs et arrière-pensées, et ses candidats, obsédés par le fait de savoir qui dépassera qui, oublient de parler aux Français.
Ajoutez à cela la crise lycéenne, un sentiment d’impuissance publique généralisé… et vous obtenez le résultat inquiétant que l’on constate aujourd’hui :
Dans un paysage politique où le débat est polarisé entre les deux extrêmes, nous, démocrates et républicains, n’existons, n’« émettons » plus. Il faut un sursaut.
Qui serait aujourd’hui à vos yeux le bon candidat ?
Celui qui saura déterminer les contours d’une coalition politique pour les deux tours de la présidentielle et les législatives qui suivront, non pas contre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, mais surtout pour porter un projet alternatif d’espérance. Il doit incarner une vision qui réponde aux grands enjeux de notre temps, trouver les mots de la réconciliation et affirmer la fierté de ce que nous pouvons faire tous ensemble.
Dans la République, on peut s’affronter sans être condamnés à se détester à ce point.
Parmi les candidats en lice, Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau, aucun ne remplit ces conditions ?
Sans doute certains auraient la capacité de le faire, mais ils ne l’expriment pas aujourd’hui. Nous n’avons droit qu’à une litanie de mesures.
Dans ce contexte, que préparez-vous ?
Puisque l’espace centriste n’a pour l’instant pas de candidat, nous devons, en attendant et en repartant de la base, travailler sur le fond. C’est ce que nous allons faire avec le groupe MoDem de l’Assemblée nationale, le parti et tous ceux qui le souhaitent, comme Élisabeth Borne, afin de répondre à des sujets précis : comment concilier l’État de droit et la démocratie avec une action publique puissante ? Comment redonner du sens à notre pacte social, notamment pour les jeunes ? Comment retrouver notre souveraineté, à commencer par la réduction de notre dette ? Comment réussir les grandes transitions, écologique, démographique et numérique ?
Il faut que ceux de bonne volonté qui jugent la situation très grave et voient de possibles chemins de réconciliation et de reconstruction se fassent entendre.
Et nous ne serons pas crédibles si nous disons que nous partons d’une feuille blanche sans assumer un bilan objectif de ces dix ans. C’est un devoir de vérité et de loyauté envers les Français. Nous sommes tous coresponsables, pas seulement le chef de l’État, trop facile bouc émissaire.
Gabriel Attal a proposé cette semaine une « primaire des démocrates ». Une bonne idée ?
François Bayrou la défend depuis trois mois. Même si la primaire pose des difficultés, je ne vois pour l’instant pas d’autre solution pour faire émerger un candidat. Le périmètre doit néanmoins être le bon. Une primaire uniquement de la droite et du centre nous enfermerait dans des schémas anciens. L’élection présidentielle qui nous attend est nouvelle. Selon moi, cela va des sociaux-démocrates à la droite républicaine.
Dans cet espace, même s’il y a de vraies différences, nous refusons par exemple de nous désengager de l’Europe et du soutien à l’Ukraine, le prétendu « pacifisme patriote » qui n’est qu’une soumission aux empires, la dérive de la dette… Nous refusons aussi toute compromission avec Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen.
J’en exclus donc ceux qui préparent la grande alliance avec l’extrême droite, comme Sarah Knafo ou David Lisnard. Mais, pour être réussie, cette primaire doit être loyale et sans arrière-pensées.
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