Connexion
Nos parlementaires

Pascal Lecamp : « Les États-Unis menacent aujourd'hui directement la souveraineté territoriale de l'Europe »

Aux questions au gouvernement ce mardi 20 janvier, notre député de la Vienne, Pascal Lecamp, a interrogé le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sur la situation internationale.

Question de Pascal Lecamp : 

Ma question s'adresse à Monsieur le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. 

Monsieur le ministre, en 1945, l'Europe se reconstruisait et contribuait à l'établissement d'un nouvel ordre mondial fondé sur le droit international et l'idéal d'une paix tant attendue. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Abîmé par son immobilisme, parfois son impuissance, le système multilatéral s'essouffle, en particulier quand son architecte américain lui porte des coups assimilables à des déclarations de guerre qui pourraient bien être fatales. Les États-Unis menacent aujourd'hui directement la souveraineté territoriale de l'Europe et exercent un chantage aux droits de douane. 

Dans ce contexte, plus question de ratifier l'accord avec les États-Unis négocié par la Commission européenne cet été. En effet, quel crédit y apporter quand le président Trump en change les termes au détour d'un tweet ? En même temps, le Conseil de la paix que le président Trump veut mettre sur pied, au mépris de l'OTAN, s'apparente à un système multilatéral parallèle, privatisé, reposant sur la seule puissance financière. Nous ne pouvons légitimer cette farce par notre participation. La présidence à vie des États-Unis ne ferait que coaliser un pôle américano-centré, régnant par la force contre le droit. 

Cette nouvelle donne bouleverse. Elle bouleverse car depuis 1945, nous, Européens, ne savons pas envisager la paix sans les États-Unis. Notre logiciel est trop souvent celui issu de la guerre froide : à l'est l'ennemi, à l'ouest l'allié, le protecteur, le rempart, l'hyperpuissance sous l'aile de laquelle nous nous sommes parfois réfugiés avec complaisance. 

La France a souvent été lucide, du général de Gaulle au président Macron, en passant par Jacques Chirac. Nous avons défendu une moindre dépendance atlantiste, mais nous n'avons jamais réussi à convaincre pleinement et emmener nos partenaires européens. 

Alors, Monsieur le ministre, quelles méthodes, quels outils la France compte-t-elle activer pour garantir l'unité européenne face aux provocations incessantes du président Trump ? Sur sa dernière menace tarifaire hier, seuls six pays de l'Union européenne sont ciblés. Comment persuader nos partenaires européens d'actionner, le cas échéant et en solidarité, l'instrument anti-coercition ?

 

Réponse de Jean-Noël Barrot : 

Madame la présidente, mesdames et messieurs les députés, monsieur le député Pascal Lecamp.

La France ne se soumet à aucun chantage et ne se soumettra jamais. Elle conçoit la souveraineté comme indivisible pour elle-même comme pour les nations du monde. Alors bien sûr, elle se souvient avec gratitude du sang versé par les soldats américains sur les plages de Normandie pour qu'elle puisse être libérée. Elle entend cultiver sa relation historique avec les États-Unis, 250 ans après leur indépendance à laquelle elle a apporté une contribution décisive. Elle souhaite aussi œuvrer avec les États-Unis au service de la paix et de la sécurité du monde, comme elle le fait aujourd'hui au Liban ou encore en Syrie. 

Mais lorsque les États-Unis formulent une proposition qui est inacceptable, elle assume pleinement de leur dire non. Non à la remise en question de l'intégrité d'un territoire européen placé sous la protection de l'OTAN. Non à la remise en cause, à la contestation de règles que les peuples d'Europe se sont donnés librement et démocratiquement pour protéger leur débat public. Non aux sanctions qui ont visé récemment des personnalités européennes et notamment un ancien ministre et vice-président de la Commission européenne français. 

Oui à la mise en œuvre du plan de paix présenté par le président des États-Unis que nous soutenons sans réserve, mais non à la création d'une organisation telle qu'elle a été présentée qui viendrait se substituer aux Nations Unies. Non, enfin, à la menace de droits de douane brandit comme un chantage pour obtenir des concessions injustifiables. 

Dans ce contexte, la France soutient la suspension de l'accord commercial avec les États-Unis, voulu par le Parlement européen. Et si la coercition devait se matérialiser, alors l'Europe en tirerait toutes les conséquences. La Commission s'y prépare, elle l'a dit, et elle dispose pour cela d'instruments très puissants. Non, monsieur le député, la France ne cèdera devant aucun chantage, aucune coercition, d'où qu'elle vienne, d'où qu'elle provienne et quelle qu'elle soit, et que ceux qui peinent encore ou qui en doutent encore se plongent dans notre histoire pour s'en convaincre.

 

Thématiques associées
Filtrer par