Isabelle Florennes : « Les Français qui vivent ces rodéos au quotidien n'en peuvent plus »
Invitée de Sud Radio le 21 juin, la sénatrice des Hauts-de-Seine et co-rapporteure du projet de loi Ripost, Isabelle Florennes, est revenue sur les principales mesures de ce texte adopté au Sénat. Face à la multiplication des rodéos urbains, rave-parties illégales ou usages détournés du protoxyde d'azote, elle défend une réponse pragmatique fondée sur l'efficacité et la protection du quotidien des Français.
Un constat partagé : « Il faut maintenant riposter »
Adopté au Sénat par 242 voix, le projet de loi Ripost est né d'un constat de terrain que les élus locaux, les forces de l'ordre et les habitants remontent depuis plusieurs années. Pour Isabelle Florennes, le texte répond à des phénomènes qui ont profondément évolué : rodéos motorisés, usage illégal de mortiers d'artifice, rave-parties sauvages ou encore consommation de protoxyde d'azote.
La sénatrice souligne que ces comportements ne relèvent plus seulement de simples incivilités mais de véritables atteintes à la tranquillité publique.
Il faut maintenant riposter. C’est répondre immédiatement au phénomène qui troublent l'ordre public.
La co-rapporteure rappelle que certains dispositifs existent déjà, notamment contre les rodéos motorisés. Mais les résultats demeurent insuffisants. « On a commencé à légiférer en 2018 sur les rodéos. Puis on s'est aperçu que ça ne suffisait pas », constate-t-elle. Désormais présents « dans la France des villes et dans la France des campagnes », ces phénomènes alimentent un sentiment d'abandon chez de nombreux habitants.
Le projet de loi naît de l'idée que les publics qui agissent, qui sont les personnes qui commettent ces délits, sont maintenant aussi des personnes qui agissent avec beaucoup de violence, qui utilisent les réseaux sociaux pour être très réactifs sur les lieux notamment de rassemblement, et qui sont beaucoup plus jeunes.
Pour Isabelle Florennes, les auteurs de ces délits sont également plus jeunes et utilisent les réseaux sociaux pour organiser rapidement leurs rassemblements. Face à cette évolution, « on a des outils qui n'étaient plus adaptés » et une sanction qui « ne fait pas peur ».
Rodéos, rave-parties, protoxyde : « On n'a pas forcément les bons outils »
Le texte se présente comme une véritable « boîte à outils » destinée à apporter des réponses concrètes à plusieurs formes de nuisances du quotidien.
Concernant les rave-parties illégales, Isabelle Florennes rappelle qu'elles reposent souvent sur l'occupation sans autorisation de terrains publics ou privés.
La rave-partie, c'est un droit qu'on met en cause, c'est le droit de propriété qu'on met en cause quand on est sur ce terrain-là.
Sur les rodéos motorisés, le projet de loi prévoit notamment d'accélérer les procédures de confiscation et de destruction des véhicules utilisés. Une réponse inspirée des retours des policiers et gendarmes confrontés quotidiennement à ces situations. « Arrêter quelqu'un et deux jours après le voir recommencer, pour les forces de l'ordre, évidemment, c'est écœurant », rapporte la sénatrice.
Autre priorité : la lutte contre le protoxyde d'azote, détourné de ses usages médicaux ou culinaires pour ses effets stupéfiants. Face à l'explosion des cas graves recensés ces dernières années, le Sénat a renforcé le texte initial et notre porte-parole espère voir cette mesure conservée lors de l'examen à l'Assemblée nationale :
Nous, au Sénat, on a été même plus durs que la proposition qui a été faite par le ministre de l'Intérieur. On a interdit carrément la vente du protoxyde d'azote.
Vidéosurveillance intelligente : « Les Français l'approuvent »
L'une des mesures emblématiques du projet de loi concerne l'extension de l'expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique, testée notamment lors des Jeux olympiques de Paris 2024.
Pour Isabelle Florennes, les résultats obtenus démontrent l'intérêt de ces nouvelles technologies.
Les Français approuvent la vidéosurveillance algorithmique, et très largement, à plus de 80 %, ils sollicitent cette utilisation de ces technologies.
La sénatrice insiste également sur les garanties entourant ces dispositifs, examinés par le Conseil d'État et la CNIL. À ce stade, il s'agit toujours d'une expérimentation, même si elle souhaite à terme sa pérennisation.
L'objectif est avant tout opérationnel : permettre une détection plus rapide des situations à risque dans les transports, les gares ou l'espace public. « La caméra intelligente va détecter l'agression. Elle va détecter le vol », explique-t-elle, afin de faciliter l'intervention rapide des forces de sécurité.
Sécurité du quotidien : « protéger les plus vulnérables »
Pour la sénatrice, la sécurité ne se résume pas à la lutte contre la délinquance organisée. Elle concerne aussi la protection des personnes les plus exposées, notamment les femmes.
La sécurité, c'est aussi pour protéger les plus vulnérables.
Très investie sur les questions de sécurité dans les transports, Isabelle Florennes estime que les outils de détection automatisée peuvent permettre d'anticiper certaines agressions et de mieux protéger les usagers.
Au-delà des mesures techniques, elle voit dans le projet de loi Ripost une réponse au sentiment d'impuissance parfois exprimé par les citoyens. « Quand on dit impunité, c'est que les gens sentent le gouvernement, en tout cas l'État, désarmé », observe-t-elle. L'enjeu est donc de fournir « les bons outils, les bons moyens » afin de produire davantage d'efficacité sur le terrain.
Après son adoption au Sénat, Isabelle Florennes appelle désormais à une inscription rapide du texte à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. L'objectif est clair : transformer les remontées du terrain en réponses concrètes pour renforcer la sécurité du quotidien et restaurer la confiance des Français dans l'action publique.