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Éducation

Frantz Gumbs : « Parcoursup est moins le responsable que le révélateur des limites de nos politiques d’orientation »

Parcoursup

Co-rapporteur d’une mission flash sur Parcoursup, notre député de Saint-Barthélemy et Saint-Martin dresse un bilan contrasté de la plateforme. Il défend 51 propositions pour renforcer l’égalité des chances, améliorer l’orientation et favoriser la réussite des étudiants.

Huit ans après sa création, quel bilan tirez-vous de Parcoursup ?

Mon bilan est contrasté : Parcoursup est une réussite sur le plan technique, mais un échec relatif sur le plan politique, au regard des objectifs que lui avait assignés la loi ORE de 2018.

La plateforme a mis fin au tirage au sort d’APB, raccourci la phase d’admission et facilité l’accès à l’information sur plus de 24 000 formations. Elle a aussi ouvert le « champ des possibles » à des lycéens de province, des territoires ruraux et d’outre-mer.

Mais les difficultés persistent : environ 18 % des étudiants se réorientent et seuls 30 % obtiennent leur licence en trois ans. Parcoursup ne sélectionne pas les candidats : ce sont les commissions d’examen des vœux qui les classent. 

Parcoursup est donc moins le responsable que le révélateur des limites de nos politiques d’orientation et du sous-financement de l’enseignement supérieur.

 

Comment mieux accompagner l’orientation dès le lycée ?

Découvrir Parcoursup en janvier de l’année du bac, c’est découvrir trop tard. 

 

Les choix d’enseignements de spécialité interviennent dès la seconde et conditionnent l’accès à de nombreuses formations. Pourtant, les élèves ne bénéficient pas tous du même accompagnement.

Le rôle de l’école est central. Les 54 heures annuelles d’accompagnement à l’orientation prévues au lycée doivent devenir effectives et être financées. Nous proposons également de former les professeurs principaux et de renforcer la présence des psychologues de l’Éducation nationale, avec un objectif d’un professionnel pour 600 élèves, en commençant par les territoires prioritaires, ruraux et ultramarins.

 

Comment concilier la sélection des formations avec l’égalité des chances ?

La liberté des formations a une contrepartie : un devoir de transparence et d’équité envers les candidats. Trop de décisions sont vécues comme une « boîte noire ».

Nous proposons de publier les algorithmes de pré-classement et les critères éliminatoires, d’instaurer un référentiel national de notation du contrôle continu et de supprimer la mention du lycée d’origine dans les dossiers.

 

L’égalité des chances suppose aussi des correctifs sociaux et territoriaux. Les quotas de boursiers fonctionnent et pourraient être étendus aux étudiants boursiers en réorientation. Il faut également faciliter la mobilité, notamment pour les jeunes ultramarins qui doivent parfois parcourir des milliers de kilomètres pour accéder à la formation souhaitée.

 

Comment améliorer la réussite des étudiants après leur admission ?

Parcoursup agit sur l’admission, pas sur l’accompagnement pédagogique. En première année de licence, les étudiants manquent encore trop souvent de tutorat et de soutien méthodologique.

Nous proposons de développer les parcours de remise à niveau et de généraliser les questionnaires d’auto-positionnement dans les filières où les risques d’échec sont élevés.

Il faut également changer notre regard sur la réorientation. 

La réorientation ne doit plus être assimilée à un échec, mais reconnue comme une étape de maturation du projet. 

 

Nous proposons notamment d’expérimenter des places réservées aux étudiants en réorientation et de développer des années de transition pour ceux qui ont besoin de préciser leur choix.

 

Quels indicateurs permettraient de mesurer l’efficacité des réformes ?

Il faut dépasser le seul nombre de candidats affectés. Accepter une proposition ne signifie pas nécessairement avoir obtenu la formation souhaitée.

Nous devons suivre les taux de réorientation et de réussite en licence, la composition sociale des filières, la mobilité géographique des étudiants et les moyens consacrés à l’orientation.

Ces données devraient être réunies dans un tableau de bord public et suivies dans la durée. C’est indispensable pour mesurer les effets réels des réformes et identifier les inégalités qui persistent.

 

Parmi vos 51 propositions, quelles sont les mesures prioritaires ?

Je retiens cinq priorités : 

  • renforcer l’accompagnement à l’orientation au lycée ;
  • garantir davantage de transparence dans la sélection ;
  • faire de Parcoursup une plateforme de confiance ;
  • revoir le calendrier pour réduire le stress des candidats ;
  • renforcer l’égalité territoriale.

J’attends notamment du Gouvernement un financement dédié aux heures d’orientation, un plan de recrutement de psychologues de l’Éducation nationale et des règles plus transparentes pour l’examen des candidatures.

 

Je souhaite également que la régulation de l’enseignement supérieur privé progresse et que les aides à la mobilité soient renforcées pour les étudiants ultramarins.

 

Au-delà de Parcoursup, comment repenser la réussite scolaire et l’orientation ?

Il faut sortir de l’idée d’un parcours linéaire et irréversible. 

La réussite ne se résume pas à l’obtention, du premier coup, de la formation la plus convoitée. Le droit à l’erreur et la possibilité de bifurquer doivent être reconnus et accompagnés.

 

Il faut aussi valoriser toutes les voies de réussite, notamment les BTS, et mieux articuler le lycée avec l’enseignement supérieur. Parcoursup ne peut pas corriger seul des inégalités qui se sont construites tout au long de la scolarité.

Pour que l’effort paie pour tous, chaque jeune, quel que soit son milieu ou son territoire, doit disposer de la même information, du même accompagnement et des mêmes moyens matériels pour tenter sa chance.

 

Accéder au rapport en cliquant ici.

 

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