Connexion
Dans les médias

Marina Ferrari : « Je trouve qu'on est très durs avec Mbappé »

Marina Ferrari

À une semaine du début de la Coupe du monde aux États-Unis, au Mexique et au Canada, la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, Marina Ferrari, a accordé un entretien 100 % football à Ouest-France. Elle y déclare sa confiance dans l'équipe de France, revient sur les règles liées à la parole des joueurs pendant l'événement ou encore sur l'instrumentalisation possible de l'événement par Donald Trump.

Vous étiez à Clairefontaine lundi. Comment avez-vous trouvé les Bleus ?

Très soudés. Les six joueurs du PSG venaient d'arriver et on voyait qu'ils étaient heureux de se retrouver. Ils étaient concentrés, détendus, avec une très bonne ambiance. 

On sent une vraie fierté de porter le maillot bleu. 

 

Le président de la République, Emmanuel Macron, le sélectionneur, Didier Deschamps, et le président de la FFF, Philippe Diallo, ont eu des mots forts. Ce qui ressort surtout, c'est la force du collectif.

Qu'attendez-vous de cette Coupe du monde pour la France ?

Les Coupes du monde sont des moments de grande communion nationale. Quelle que soit la catégorie sociale, les gens se retrouvent pour vivre les matches et célébrer les Bleus. Dans le contexte international, économique et politique actuel, et alors que l'élection présidentielle approche, on a besoin de ces moments d'unité.

L'équipe de France peut-elle gagner ce Mondial ?

On a tous envie de voir les Bleus ramener une troisième étoile. Je suis assez superstitieuse donc je ne fais pas de pronostic, mais on a des atouts : l'équipe est numéro 1 mondiale au classement Fifa. Après, il y a des concurrents sérieux. Le premier match contre le Sénégal, le 16 juin, donnera déjà une bonne indication.

(...)

La défaite face à la Côte d'Ivoire ce jeudi 4 juin ne jette-t-elle pas un froid ?

C'est un match de préparation qui intervient après une semaine d'entraînement physique intense, donc je ne suis pas inquiète. C'est précisément l'objectif de ce type de rencontre : permettre à l'équipe de se préparer et d'identifier les points à travailler. Nous savons que les matches seront difficiles pendant la compétition mais je suis confiante dans le fait que l'équipe sera prête pour le début du tournoi.

Avez-vous un joueur préféré ?

Je les encourage tous. Et ce qui me frappe, c'est qu'il n'y a pas de starisation dans ce groupe. 

On sent une bande de copains soudée autour d'un objectif commun. 

 

Comme au Paris Saint-Germain, qui a gardé son titre européen : on sent émerger quelque chose de plus collectif dans le football français. C'est le fruit du travail mené par les clubs et la Fédération.

Votre finale rêvée ?

Une revanche contre l'Argentine.

Kylian Mbappé a pris position politiquement, notamment contre le Rassemblement National. Qu'en pensez-vous ?

Kylian Mbappé est un citoyen comme les autres. Il a le droit d'exprimer une opinion. 

Plus largement, je trouve qu'on est très dur avec lui en ce moment d'une manière générale. C'est notre capitaine et un de nos meilleurs joueurs. Laissons nos Bleus tranquilles pendant leur préparation.

 

Les joueurs peuvent-ils prendre position pour certaines causes pendant le Mondial ?

En dehors du terrain, ce sont tous des citoyens comme les autres, mais, là, dans le collectif, les règles sont claires : ils porteront le maillot de l'équipe de France et seront concentrés sur la compétition. Ce n'est pas l'objet, à ce moment-là, de défendre des causes spécifiques. Leur mission, c'est de faire rayonner le foot français et d'aller le plus loin possible.

L'hymne national fait partie de nos valeurs républicaines, mais, sur les derniers matches, je n'ai observé personne rechigner à le chanter. Après, certains peuvent être submergés par l'émotion et ne pas pouvoir le faire. Ce qui compte aussi, c'est l'attitude, la ferveur, l'engagement.

Quand irez-vous voir les Bleus ?

Je serai à New York pour leur premier match, contre le Sénégal, le 16 juin. Ensuite, ça dépendra du déroulé de la compétition. Je vais profiter d'être sur place pour des rendez-vous autour de la filière sport française, avec Business France et des entreprises françaises et américaines. Nous irons également voir comment les États-Unis développent le sport féminin, notamment dans le football, où ils sont en avance.

(...)

Prix des places, nombre de matches, distances, pollution… Ce Mondial est celui de la démesure : ne faut-il pas dire stop à un moment ?

Je ne suis pas responsable de l'attribution de cette Coupe du monde. Mais en France, et plus largement en Europe, quand nous organisons de grands événements sportifs, nous faisons attention à la sobriété et aux engagements environnementaux et sociétaux. Paris 2024 a été une réussite sur ce point. Souvenez-vous aussi de la billetterie populaire avec des places à bas prix. Nous sommes aussi attachés à un modèle sportif accessible au plus grand nombre et solidaire. Par exemple, trois quarts des recettes de Roland-Garros financent le tennis amateur français.

Craignez-vous que Donald Trump instrumentalise cette Coupe du monde ?

Les grands événements sportifs peuvent toujours susciter des tentatives de récupération politique. Moi, j'essaie de préserver le sportif du politique. C'est la ligne que j'ai tenue, par exemple, lors des Jeux paralympiques de Milan : du fait de la réintégration sous leurs couleurs des athlètes russes et biélorusses, je n'étais pas présente au moment politique de la cérémonie d'ouverture, mais j'ai assisté aux compétitions. 

On est évidemment toujours sur une ligne de crête mais je veux toujours préserver nos athlètes.

(...)

On a en tête les violences après le succès du PSG. Si la France gagne, on peut imaginer des scènes de liesse mais aussi des débordements, malheureusement. Peut-on encore célébrer une victoire sans violences ?

Je le souhaite et nous mettons tout en œuvre pour ça. 

Une nouvelle fois, il faut distinguer les supporters, dans leur immense majorité respectueux, des casseurs, qu'on retrouve dans différents rassemblements, sportifs ou non. 

 

Personne n'accepte plus de voir ces moments de ferveur gâchés par des individus venus pour semer le chaos et affronter les forces de l'ordre. C'est pourquoi le ministère de l'Intérieur avait mobilisé des moyens très importants : 8 000 policiers à Paris, 22 000 en France. Cela a permis davantage d'interpellations, mais nous devons aller plus loin pour éradiquer cette violence.

Comment ?

Cela passe par un renforcement de la réponse sécuritaire dans le cadre du projet de loi Ripost que nous portons, notamment pour lutter contre l'usage des mortiers d'artifice et étendre les interdictions administratives de stade, mais aussi par la prévention, l'éducation et la transmission des valeurs positives du supportérisme français auprès des jeunes. Je vais d'ailleurs relancer l'Instance Nationale du Supportérisme pour cela. Sans oublier qu'il faut une réponse judiciaire forte.

(...)

Didier Deschamps s'apprête à quitter son poste de sélectionneur. Est-ce une mauvaise nouvelle pour l'équipe de France ?

Je ne sais pas mais il restera un joueur et un sélectionneur qui aura durablement marqué le football français. Si aujourd'hui l'équipe de France est aussi forte, c'est aussi grâce au travail qu'il a accompli. 

C'est une personnalité exceptionnelle, très accessible, très au contact des gens. Il est entré dans le cœur de tous les Français.

 

Que pensez-vous de la future nomination de Zinédine Zidane à la tête des Bleus ?

Bien tenté ! Même si j'avais le nom du futur sélectionneur, je ne dirais rien (rires). Laissons déjà Didier Deschamps faire sa Coupe du monde. Il faut soutenir le coach, son adjoint Guy Stéphan et tout le staff. Le nom de Zinédine Zidane revient beaucoup, mais la France a aussi d'autres entraîneurs de très haut niveau. C'est une richesse.

Qu'attendez-vous de la Coupe du monde sur la pratique du football en France ?

Comme tous les grands rendez-vous, une Coupe du monde crée des vocations et une hausse des licences. Il faut continuer de structurer le foot dans les territoires, à investir dans les terrains, notamment avec les enjeux climatiques qui poussent vers des surfaces hybrides ou synthétiques. 

Il faut aussi poursuivre la féminisation du football, avec des équipements et des vestiaires adaptés, tout en continuant à lutter contre les violences autour des terrains.

 

Quand la proposition de loi sur le sport professionnel sera-t-elle examinée à l'Assemblée nationale ?

Le texte sera inscrit à l'ordre du jour avant mi-juillet. Le retard est uniquement lié au calendrier parlementaire et à la loi de programmation militaire. Certains amendements risquent toutefois d'affaiblir la valeur des droits télévisés, par exemple en imposant davantage de matches gratuits ou d'extraits libres. Il faut encore expliquer ces enjeux économiques aux parlementaires.

(...)

La France du foot n'est pas la seule à briller. En ce moment, Wembanyama, Dupont, Seixas, les frères Lebrun, Marchand, Ferrand-Prévot, Beaugrand… Assiste-t-on à un nouvel âge d'or du sport français ?

Je ne l'espère pas, car je veux croire que nous sommes encore dans une phase ascendante. Les efforts mis sur la haute performance, notamment avec l'Agence nationale du sport, ont porté leurs fruits. Il y a dix ans, beaucoup d'athlètes galéraient encore pour se consacrer pleinement à leur performance. Aujourd'hui, l'accompagnement est meilleur et cela produit des résultats. Et avec notre programme "Ambition bleue", on prépare déjà la génération des JO de Brisbane 2032, en repérant des sportifs toujours plus jeunes et en accompagnant aussi les coaches.

Pourtant, face au manque de bénévoles, à la baisse de certaines subventions, le sport amateur fait souvent part de son inquiétude…

J'entends les craintes. 

Mais entre 2017 et maintenant, le budget des sports a progressé de plus de 30 %. On a capitalisé sur le sport français. Ce sera une des grandes réussites des deux quinquennats d'Emmanuel Macron, n'en déplaise à certains. 

 

On a repensé la politique sportive, et redonné des moyens à la pratique sportive française. L'an passé, certes, on a baissé de 6 % le budget, mais on a limité la casse. Comme tous les autres secteurs, on ne peut pas s'exonérer d'efforts, mais il faut qu'il soit mesuré pour ne pas casser la dynamique.

L'Autorité nationale des jeux (ANJ) a lancé une alerte sur les paris sportifs en ligne et les risques d'addiction à l'approche du Mondial. Vous la partagez ?

Bien sûr. Nous sommes très vigilants sur la lutte contre les addictions et nous travaillons beaucoup avec l'ANJ. Les paris sportifs en ligne participent aussi au financement du sport, donc nous en avons besoin, mais dans un cadre strict pour éviter les phénomènes de dépendance. Sur les grands rendez-vous comme la Coupe du monde, l'attention est renforcée.

Beaucoup de matches seront diffusés tard le soir à cause du décalage horaire. Quel message adressez-vous aux parents qui hésitent à laisser leurs enfants regarder ?

Le débat va vite se détendre, car la plupart des enfants seront en vacances scolaires pendant les phases finales. Cela permettra de regarder plus facilement une demi-finale ou une finale ensemble !

 
Lire l'entretien complet dans Ouest-France.
 
Thématiques associées
Filtrer par