Marina Ferrari : « Alpes 2030, on repart sur une logique plus saine »
Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche, notre secrétaire générale adjointe et ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, Marina Ferrari revient sur les Jeux Olympiques de Milan-Cortina qui viennnent de se clôturer et la passation vers les Alpes 2030 en France.
LA TRIBUNE DIMANCHE – La délégation française s’apprête à quitter l’Italie avec un record de médailles. Et donc la satisfaction du devoir accompli ?
MARINA FERRARI – Le bilan nous remplit de bonheur. Les projections établies avec l’Agence nationale du sport prévoyaient une hausse de 50 % de notre quota par rapport à 2022. Cela nous portait à 21 médailles. On y est.
Et on a vécu de magnifiques moments : nos trois relais en or au biathlon, le titre de nos patineurs Guillaume (Cizeron) et Laurence (Fournier Beaudry), la médaille en ski alpin féminin de Romane Miradoli, 24 ans après, et bien d’autres…
La France s’installe-t-elle dans la hiérarchie des nations sportives de pointe ?
La France est une nation historique des sports d’hiver mais c’est vrai que nous étions plutôt une nation du top 10 que du top 5. Je salue le travail au quotidien des fédérations.
Évidemment, nous bénéficions encore cette année de l’incroyable performance du biathlon français mais pas seulement.
En 2030, nous espérons, grâce à un travail ciblé, élargir encore les disciplines dans lesquelles nous pourrons glaner des médailles tout en s’appuyant sur nos points forts.
L’heure est à la passation entre Milan-Cortina et Alpes 2030, dont le schéma sera similaire, avec des sites éclatés. Qu’avez-vous retenu sur le plan opérationnel ?
Le village olympique de Milan, véritable « machine » avec ses 1.500 lits, m’a particulièrement intéressée quant à son devenir après les Jeux. Les bâtiments seront reconvertis en logements étudiants, comme dans le projet mené à Nice.
En visitant les sites, j’ai pu constater que l’accès à certains d’entre eux posait de réelles difficultés. Pour monter à Anterselva, nous avons été confrontés à près de 30 km de bouchons. Il y avait des navettes et des bus, mais aussi beaucoup de véhicules particuliers. Cela confirme qu’il faudra être très vigilant pour éviter les engorgements. On y travaille déjà dans le cadre de notre comité stratégique environnement, avec l’ambition de privilégier des mobilités décarbonées et de limiter la circulation des véhicules jusqu’aux sites.
Latente, la crise au sein du comité d’organisation Alpes 2030 a éclaté aux premiers jours des Jeux, avec le départ du directeur général Cyril Linette. L’image renvoyée n’est-elle pas désastreuse ?
Le timing était très mal choisi et il ne nous a pas fait plaisir du tout. Je n’utiliserais pas le terme de désastre car, fort heureusement, nos athlètes ont été épargnés. J’aurais très mal vécu le fait qu’ils pâtissent de ce mauvais feuilleton, mais ils ont été protégés, un peu dans une bulle, et c’est là une réussite.
Très vite, j’ai souhaité qu’on puisse aller de l’avant car j’en ai plus qu’assez d’entendre une mauvaise ritournelle. Le premier message que j’ai envie d’envoyer est qu’on a de très bonnes équipes opérationnelles, d’excellents cadres, en qui on a confiance.
Sous le président et le directeur, 68 personnes composent aujourd’hui le Cojop. On sait qu’elles bossent et qu’elles avancent. Comme on avance aussi du côté de la Solideo et des collectivités engagées.
(...)
Qu’attendez-vous du bureau exécutif ce dimanche ?
Une vision claire et solide de l’architecture. On pourrait avoir une première proposition d’organisation de la gouvernance. Afin de mettre rapidement en place nos quatre pôles au niveau opérationnel.
Dans ce dossier, on a peut-être pâti d’avoir placé des hommes avant d’être au clair sur les postes.
On est en train de repartir sur une logique plus saine : on définit les postes et nos besoins, et ensuite on met les femmes et les hommes qui correspondent.
La question de confiance à Edgar Grospiron va-t-elle être posée ?
À ce stade, pas à ma connaissance. En revanche, il y a des jalons et des choses que j’aimerais voir délivrer.
Est-il toujours l’homme de la situation ? L’exécutif semble pousser pour un changement de capitaine…
Je ne veux pas rajouter du désordre au désordre, j’attends juste des résultats et du concret. Ce dimanche, j’attends une proposition d’organisation. Nous verrons si cela est suffisamment étayé pour permettre aux membres de statuer immédiatement. Un autre bureau exécutif est prévu le 19 mars, il nous faudra être complètement en ligne à ce moment-là.
Peu de noms se dégagent pour le poste de DG vacant. Parce qu’il y a peu de candidats avec les épaules ou parce qu’il faut d’abord s’assurer qu’Edgar Grospiron va rester en poste ?
Au contraire, le poste suscite beaucoup d’intérêt et je le comprends.
Les JO à domicile, cela n’arrive quasiment qu’une fois dans une vie, c’est une aventure extraordinaire, qui marque ceux qui l’organisent comme les athlètes qui y participent.
Pour les Alpes françaises, c’est l’occasion de valoriser nos savoir-faire et notre patrimoine, sportif, culturel, culinaire. Ce seront les Jeux d’hiver les plus sobres jamais organisés, c’est un défi formidable à relever.
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