Journée de restitution des Villages Démocrates
Le samedi 6 décembre 2025 avait lieu, au siège du 133bis rue de l’Université, une grande journée de restitution des travaux des Villages Démocrates.
En un an, ces groupes thématiques se sont réunis régulièrement et ont mené des auditions pour formuler ensemble des propositions fortes, réunies dans un livret d’étape. Le début d’une grande aventure et de notre projet démocrate !
👉 Accédez au document de restitution des Villages Démocrates
📺 Pour revoir :
- la matinée (partie 1) de l'événement, cliquez ici.
- l'après-midi (partie 2), cliquez ici.
Notre secrétaire générale Maud Gatel exprime sa fierté pour cette journée des Villages : une mise en réseau de toute la richesse de l’expertise de nos adhérents, pour réfléchir, débattre, construire ensemble ce travail collectif piloté par le député du Finistère Erwan Balanant. Au Mouvement Démocrate, on parle des idées et on est convaincu que les idées mènent le monde.
Erwan Balanant remercie chaudement les Villages pour les contributions disponibles aujourd’hui en ligne, document de synthèse de tout le travail, plus détaillé dans les documents accessibles également. C’est un travail de fond, d’un grand intérêt. Le document présenté aujourd’hui est sans filtre, c’est la remontée par capillarité des experts de notre mouvement. Marc Fesneau, président du groupe Les Démocrates à l’Assemblée nationale et premier vice-président du MoDem, adresse un message d’amitié et de gratitude aux Villages, qui irriguent la réflexion de notre mouvement. Notre détermination à nous placer sur le débat d’idées plutôt que sur le terrain fertile des invectives est essentielle. Nous devons construire un compromis utile au débat.
La première table ronde s’intitule : « Relier les générations, grandir et s’épanouir en Europe », avec la politiste Speranta Dumitru, la secrétaire générale adjointe Alice Le Moal pour le Village Famille, enfance & bioéthique, l’urbaniste Camille de Ruielle et le député Mickaël Cosson pour le Village Logement et Pierre-Luc Vervandier, animateur du Village Europe & international.
Comment vivre mieux aujourd’hui en Europe ? Speranta Dumitru reconnaît que c’est complexe, mais il faut reprendre le projet européen là où il en était au début : un projet de partage de valeurs et de mobilités. Camille de Ruielle évoque deux thèmes principaux : le logement étudiant et Erasmus ; le sujet des normes européennes, et comment elles s’inscrivent dans notre territoire. Mickaël Cosson, sur le logement, explique que l’on est en train d’atterrir sur un statut de bailleur privé. À chaque étape, le logement est devenu un problème. Comment réhabiliter les logements anciens et avoir une offre qui corresponde aux besoins ? Il faut réinvestir dans la pierre, en créant de l’incitation, pour que devenir propriétaire ne soit pas juste une utopie. Renoncer à un emploi ou à fonder une famille à cause de la difficulté à se loger est fréquent. Il faut une mallette à outils. Alice Le Moal livre des réflexions sur la place de l’enfant, le lien entre les générations et la baisse de la natalité. La députée Anne Bergantz, présente également, avait identifié cette question comme un enjeu majeur. Nous nous honorerions à remettre les enfants au cœur de nos sociétés, dans les 1 000 premiers jours mais aussi tout du long de leur développement. La dimension de la citoyenneté est fondamentale : Alice Le Moal mentionne l’éducation populaire, et notamment le scoutisme, la vie associative, les initiatives locales. Sur la démographie, le logement constitue un enjeu très concret. Pierre-Luc Vervandier, animateur du Village Europe & international, explique que le Village a formulé des propositions transversales. Le premier sujet, c’est la fin de la guerre en Ukraine, sans laquelle rien ne sera possible. Nous ne pouvons pas vivre mieux tant que l’on a la menace russe à notre porte. Pierre-Luc habite en Belgique et représente les Français de l’étranger pour le MoDem. Où est le chemin ? Le citoyen belge n’a pas choisi que les Russes placent de l’argent en Belgique. Pierre-Luc salue l’action de Jean-Noël Barrot. Il y a plein de sujets concrets : nous avons un commissaire danois, chargé du logement, ce qui est nouveau. La crise du logement en Europe se manifeste dans tous les États-membres. Il y a un impact du surtourisme. Par exemple, à Prague, Barcelone, Madrid, des fonctionnaires, pompiers, infirmiers, ne peuvent plus se loger. Comment construire et rénover des logements plus vite ? Le sujet est débattu à Bruxelles, ce qui ne s’était jamais fait dans l’histoire de l’Europe. Le droit à rester, comme nouvelle liberté, développé dans le rapport Letta, est important. Alice Le Moal rappelle que le Village a une proposition sur le logement intergénérationnel, peut-être par l’incitation fiscale. Un des leviers à actionner, ce sont les fonds Feder, souligne Camille de Ruielle. À travers ces fonds, on peut réunir des projets à grande échelle. Nous devons interpeller nos élus européens dans ce sens. Il faut garder cette échelle locale et régionale. On a dévitalisé les centres-villes : le programme « Villes de demain », pour retrouver les villes d’hier, il y a là une certaine ironie.
La politiste Speranta Dumitru donne un éclairage de théorie politique. Le projet européen initial est de mobilité et d’accessibilité. Si l’on revient à la fin du XIXe, Henry George a proposé une politique de logement en réduisant toutes les taxes à une taxe unique (in Progrès et Pauvreté). À New York, on constate un écart. Il propose cette taxe unique que pour le logement. Imposer une taxe très élevée pour que les gens les plus productifs puissent rester. Cette idée nous paraît farfelue. Elle avait été proposée en 2017 dans la campagne, et assez mal reçue. La propriété toute seule n’apporte pas de richesse : comment intégrer la richesse patrimoniale dans le cercle économique ? Pour l’Ukraine, on ne doit pas s’arrêter, mais il faut aussi adapter nos politiques à la grande incertitude. Peut-être qu’avec le logement, et d’autres pans de l’économie, on pourrait imaginer comment revenir à l’origine du projet européen, de mobilité et d’adaptabilité.
Le député européen Sandro Gozi remarque que le mot-clé de ce panel renvoie bien aux grandes questions politiques et sociétales. Sandro rentre d’une mission à Washington, où le mot d’ordre est affordability, l’idée d’une vie digne. La question se pose en Europe. Il faut trouver des solutions concrètes à la fracture sociale. À Bilbao, avec Sarah El Haïry, un pacte européen pour l’enfance a été annoncé. Pierre-Luc tient à parler d’Europe en positif. On a fait l’élargissement par nos impôts. On ne doit pas alimenter une spirale négative. On doit rappeler comment on vit mieux en Europe par rapport à il y a vingt ans, dans beaucoup d’États-membres. Alice Le Moal indique le succès de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant. La convention avait été réunie par François Bayrou, à la suite d’une lettre de saisine. Cela vient de notre famille politique ! En Roumanie, se souvient Speranta Dumitru, pendant le régime communiste, on n’imaginait pas sortir du pays et voir des étrangers. Les générations d’aujourd’hui ne se rappellent pas comment il était difficile d’imaginer le voyage. On devrait faire beaucoup plus d’histoire. Mais la compétence de l’éducation nationale est strictement nationale. Réaliser des manuels ou des films européens serait très utile. Erwan Balanant rebondit sur l’idée des manuels européens : « oui, Marine, nous ; on aimerait bien qu’il y ait une citoyenneté européenne qui se vive pleinement ». Pierre-Luc parle de l’Europe de la société civile qui se construit, par les fédérations professionnelles notamment. Les politiques, mais aussi les médecins, les géomètres, etc. Aujourd’hui, une excellente idée née en Estonie se diffuse et se répand dans les deux ans. Quand on détricote, on détricote aussi les partenariats. Camille de Ruielle rappelle que les municipales approchent : les campagnes doivent s’emparer de ce sujet Europe, dans vos vies de villages, de villes. Anne Bergantz indique que les projections de naissances baissent de mois en mois, même si nous restons les bons élèves de l’Europe. C’est un sujet mondial. Il y a une singularité française sur les allocations, où l’on ne les propose pas dès le premier enfant. Anne Bergantz a porté cette proposition de loi.
Le sujet de l’immigration en Europe est important. Comment accueillir ? Est-ce qu’on décide d’accueillir ? En France, 58 000 titres de séjour pour l’emploi. La procédure est très complexe. Quand l’autorisation de travail est refusée, la personne obtient une OQTF. C’est dommage pour l’Europe : on forme des étudiants, mais on ne les garde pas. Ce n’est pas le cas partout. En Pologne, c’est 6 fois plus de titres de séjour pour l’emploi. Pareil en Allemagne, au moment de la crise en Syrie.
Le président François Bayrou adresse aux Villages un message de sympathie : les Villages Démocrates, c’est un dispositif, une organisation inventée au moment de 2007 à partir d’une analogie. La circonscription de François Bayrou, c’était 90 Villages, la ville de Pau et nombre de villages, le plus petit étant de 18 habitants. Un pays, c’est comme une circonscription, c’est un ensemble de villages, par professions, par catégories. C’est très intéressant d’essayer de capter la sensibilité de chacun de ces groupes humains. Sur le logement, on a souvent deux réflexes : celui qui consiste à dire « donnez-nous des sous », n’est pas adéquat. Il est plus intéressant d’imaginer des démarches pour trouver des logements à des prix abordables. Le logement étudiant en Belgique propose des logements communautaires, souvent imaginés à partir d’une passion. Cela ne répond pas seulement à la question matérielle du logement, mais aussi à la lutte contre la solitude. C’est une manière de prendre en charge ces solitudes et ces attentes. L’intergénération est également une bonne chose, et cela apporte une sécurité aux personnes âgées. La question du grand-âge sera également traitée par le Village Famille, enfance & bioéthique.
La deuxième table ronde s’intitule « Agir en citoyen conscient et responsable », avec Emmanuel Mandon, Frédéric Zgainski pour le Village Décentralisation, Frédéric Agaud pour le Village Entreprises, commerce & industrie, Marianne Magnin pour le Village Art & culture, Fabien Robert, secrétaire général adjoint, président de l’IFED et fin connaisseur de l’histoire du mouvement.
Erwan Balanant a lu que les Français sont préoccupés en premier lieu par le dysfonctionnement de nos institutions. Comment continuer à créer de la valeur ? Frédéric Agaud, animateur du Village Entreprises, commerce & industrie, reconnaît que notre modèle social est fabuleux. Pourtant, on a le sentiment que rien ne va, que le travail ne paie plus. La montée des extrêmes est une réaction à ce ras-le-bol. Nous avons un déficit abyssal : plus de 40% sur les revenus. Sur le long terme, ce n’est pas durable. L’économiste Jacques de la Rosière nous l’avait rappelé à Guidel. Que propose-t-on ? On cherche souvent plus des coupables que des solutions. Au MoDem, on cherche à rassembler les talents de tous horizons, chefs d’entreprise, syndicalistes, jeunes actifs, retraités. Nous devons retrouver un horizon positif collectif. Le Village a imaginé une cinquantaine de propositions pour un partage plus durable et plus juste de la valeur :
- Travailler sur la renaissance industrielle. En Allemagne, la situation est bien meilleure. On a davantage misé sur l’économie du service, or c’est aussi un sujet social, car cela privilégie les métropoles de plus de 5 000 000 habitants. L’enjeu de dimension sociétale importe (cf. les travaux d’Antoine Foucher).
- En France, l’épargne privée est importante (6 200 milliards), il faudrait en flécher quelques 200 milliards.
- Nous avons un manque de terrains. Il faut être davantage dans l’État régulateur et facilitateur. Décalage entre les lieux de formation et d’emploi. Il faudrait passer de 10 à 15% du PIB pour l’industrie à horizon 2035
Le monde économique de la culture est souvent moins identifié. Or, il est essentiel. Le modèle du respect du droit d’auteur, du partage est central. Marianne Magnin apporte une grille de lecture autour de la topologie du nous. La citoyenneté est d’abord culturelle. Si l’on voit en France une forme de dérive, il y a un besoin de stabilisation. La continuité de rites partagés (école républicaine, fêtes nationales, le marché), la discontinuité (centralisme, fractures territoriales, millefeuille territorial), les ruptures (crises partagées). Les solutions de récursion, pour retrouver une cohérence collective (le récit collectif, les grandes cérémonies). Trois thématiques : les espaces de présence à multiplier ; faire du récit commun, de l’histoire territoriale ; stabiliser les gardiens du lien (artistes, associations).
Pour le Village Décentralisation, le député Emmanuel Mandon et Frédéric Zgainski expliquent qu’ils réfléchissent à la démocratie de la salle à manger. La décentralisation, c’est devenu un millefeuille incompréhensible, où l’on invente des liaisons entre les niveaux. Plus on simplifie, plus cela devient compliqué, sur les questions de finances, de péréquation. Cela alimente le sentiment de frustration. Emmanuel Mandon est heureux qu’on introduise le sujet par la créativité. Se pose la question d’une forme d’identité territoriale. Comment construit-on son espace de vie ? Les départements ont parfois été faits contre les bassins de vie. L’interpellation est forte vis-à -vis de notre système institutionnel dépassé. Frédéric Zgainski expose la méthode de travail en remerciant Elodie Jacquier-Laforge et Jérôme Sourisseau. Des propositions ont été portées sur le statut de l’élu. Le Village a fait des propositions pour améliorer le fonctionnement des conseils municipaux. Les conseils de quartier sont utilisés dans les villes d’une certaine dimension. Les budgets participatifs : il faudrait faire en sorte de les généraliser en veillant au seuil.
Erwan fait remarquer que nos institutions reposent sur le fait majoritaire. Certaines réformes crispent profondément la société, comme la réforme des retraites. Fabien Robert revient sur l’histoire de notre famille politique : en 1923, le député Marc Sangnier défend la proportionnelle et le droit de vote des femmes. Il a un discours serein, mais se fait assaillir de toutes parts. Il dit : le fait majoritaire, c’est fait pour rendre majoritaires des gens qui ne le sont pas. D’où un sentiment de mal-représentation. Ces personnes peuvent alors être tentées par les extrêmes, ou par l’abstention. Mais à chaque sortie de crise grave, on adopte le scrutin proportionnel, pour refaire nation.
Emmanuel Mandon remarque que la décentralisation a été consentie parce que l’État devait se déconcentrer, mais la France n’est pas dans une approche fédérale. C’est contre-productif : on divise pour mieux régner. Qu’est-ce qu’un maire ? Qu’y a-t-il de commun entre les maires de Paris, d’Arras ou d’un village ? Excellente initiative que le printemps de l’évaluation, mais nous n’avons aucune prise. Le jour où l’on a un scrutin proportionnel, cela change tout. On pourra enfin faire des coalitions.
L’ancien sénateur Jean-Marie Vanlerenberghe rebondit : le creuset de la démocratie c’est la commune. 35 000 communes, c’est une chance, c’est la possibilité d’élaborer, bénévolement, des politiques de proximité. Sur le millefeuille, il y a un ras-le-bol. À quoi sert un conseiller régional ? À Arras, les gens connaissent seulement le maire et quelques adjoints. Il faut tout reconstruire, c’est cela la subsidiarité. Les communautés de communes, c’est une chance, là il y a un numéro de téléphone. La plupart des communautés épousent à peu près les bassins de vie. Une personne atteinte de trisomie a été élue à Arras et participe pleinement à la vie communale et est innovante. Marianne Magnin affirme que le substrat de la politique, c’est la culture. Erwan remarque que la culture est particulièrement attaquée par les extrêmes. Aux États-Unis, qu’est-ce qui a été attaqué en premier ? Notre modèle de liberté d’expression et de culture. La culture, ce n’est pas une approche homogène. Frédéric Agaud revient sur l’affectio societatis. Il faut s’adresser à la jeunesse, la confiance dans l’avenir étant le point déterminant. Il faut que la jeunesse ait la conviction qu’en travaillant elle améliorera son pouvoir de vivre.
Puis a eu lieu un dialogue sur la sécurité entre Maud Gatel et Jean-Paul Combenègre, animateur du Village Droit & justice. Jean-Paul a d’ailleurs animé le premier des Villages, parisien, des professionnels du droit. La sécurité n’est pas une question de droite ou de gauche, c’est une question pour nos concitoyens. Jean-Paul Combenègre fait une relation entre les 3 thèmes du Village : la police municipale, l’état des prisons, l’État de droit. Pour les juristes, on distingue deux types de police, la police administrative, du préalable, et puis la police judiciaire. Or, nos concitoyens demandent de voir des uniformes dans la rue. À cela, la police municipale peut répondre. Mais il faut penser au milieu rural. Un projet de loi, en examen au Sénat, tend à développer les compétences de la police municipale, avec un système mixte. Deux mots : l’un très galvaudé, sécurité et un deuxième, sûreté. En 1789, il y a un droit à la sûreté. C’est la protection des droits individuels vis-à -vis de l’État. Il vient d’une évolution historique : 1789, reconnaissance des droits civiques, 1946, reconnaissance des droits sociaux. Vis-à -vis de nos concitoyens, comment promouvoir l’État de droit ? Nous arrivons à une période historique de remise en cause. Un parti propose de faire adopter par voie référendaire une modification profonde de l’État de droit. Comment faire prendre conscience de l’importance de ces principes ? Ce n’est pas facile. Giuliano da Empoli, dans L’ère des prédateurs, dit qu’il y a un problème de communication. Que fait-on ? Il faudrait avoir des influenceurs de l’État de droit, être beaucoup moins raisonnables que nous le sommes. L’État de droit, c’est la liberté individuelle.
Comment être radicalement déraisonnables sur la construction de nos valeurs ? Maud Gatel indique qu’on y travaille : comment être radicalement modérés, avec des algorithmes qui valorisent l’outrance, la violence.
Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, Jean-Noël Barrot, qui a auparavant été ministre du Numérique, salue la présence des parlementaires dans un contexte très dense. L’âme de notre famille politique, c’est la production des idées nouvelles, qui mènent le monde. C’est un principe de subsidiarité, car les idées doivent être conçues avec celles et ceux qui connaissent la réalité des choses. C’est un principe d’engagement. Dans d’autres formations, on confond l’engagement avec la recherche d’un dogme. Or, nous sommes investis de la responsabilité de perfectionner la démocratie elle-même. Le monde tel qu’il est est imparfait et nous indigne. Les travaux des Villages reflètent l’âme de notre mouvement. Il y aurait beaucoup de raisons de baisser les bras. Le monde est de plus en plus inquiétant, et notre famille politique connaît une phase difficile. Le retour des prédateurs, le réveil des empires ont été évoqués. Le monde est en train de se reconfigurer. La revue nationale stratégique américaine appelle à un changement civilisationnel en Europe. À cela s’ajoute la mainmise grandissante des géants du numérique. Hier, pour la première fois depuis 3 ans, la Commission a infligé une amende à X. Mais une déferlante de critiques est venue des États-Unis, qui refusent même le droit au territoire américain. Les catastrophes climatiques sont toujours plus violentes. On voit aussi l’énergie créatrice du peuple français qui a de plus en plus de mal à se manifester. Mais ce n’est pas notre tempérament de baisser les bras. La France dispose de la force d’âme nécessaire. Élus locaux, vous êtes frappés par la vitalité des associations, bénévoles. À condition d’y être pleinement associés et de voir une direction. Nous avons besoin de plus de force et de plus de justice : en libérant l’énergie et l’initiative à tous les niveaux. Il faut refonder l’État, qui n’est pas obèse, mais épouvantablement mal organisé. Il faut revenir à un édifice social et politique rebâti par la base. Notre responsabilité est de cultiver plus d’espérance. C’est un risque à courir, le risque des risques. Jean-Noël invite ardemment les Villages à poursuivre leurs travaux.
Pour la troisième table, « Prendre soin de nous et de nos lieux de vie », l’ancienne députée de l’Yonne Michèle Crouzet, pour le Village Agriculture & alimentation, le représentant du Village Développement durable Patrick Depyl, l’animateur du Village santé Dominique Bellecour.
Commençons par la santé des territoires.
Au sein du Village Développement durable, la santé, c’est l’un des prismes les plus intéressants. L’initiative One Health est pertinente. On est au croisement entre la santé humaine et la santé des écosystèmes. C’est l’angle qui peut le plus mobiliser sur le développement durable. Dans sa carrière de maire, Patrick Depyl indique que les gens venaient souvent vivre dans sa ville pour l’offre de soins. L’offre de soin est une offre d’aménagement du territoire.
Michèle Crouzet a eu une inspiration pour les municipales : pour les communes rurales, qu’on fasse un débat d’orientation agricole avant le débat d’orientation budgétaire. On sait qu’en plus, beaucoup arrivent à l’âge de la retraite. La commune fera attention à la transmission. Il faut reconnecter avec l’agriculteur, ne pas le voir comme agressif.
Le Village Agriculture & alimentation a tenu à travailler sur l’alimentation et la qualité de l’eau, sur les fermes agricoles en général, sur le changement climatique. Jusque-là , on avait de l’eau en abondance et pour pas cher. C’est un bien commun non marchandable, il faut que tous puissent y accéder.
Des terres arables sont irriguées ou irrigables, il faut au niveau de l’intercommunalité les préempter. Comment la capter ? Il y a tellement de variétés de nos territoires qu’on ne peut pas avoir une seule loi nationale. Dans l’Yonne, Michèle a présidé l’institut d’entretien des rivières. Elles débordent car les petits ruisseaux ne sont plus entretenus. C’est le département qui prend toute l’eau.
Dominique Bellecour alerte sur un modèle en crise, l’hôpital. En 2000, l’OMS classait la France 1er système du monde, aujourd’hui on est 16e, on perd chaque année une place. Délais d’attente pour les spécialistes. On ne pourra pas sauver notre système de santé par le financement sécu. 1 Français sur 4 sera malade chronique en 2030. Il faudra faire un gros travail sur la prévention. De quelle prévention ? La 4 P ? Le cadre One Health permet de transposer ce modèle pour la prévention collective. On parle de crise climatique, de l’eau, etc. Il n’y a qu’une seule crise : la désadaptation de nos modes de vie au vivant. One Health relie 4 dimensions : santé humaine, animale, biotope, des filières (qui s’ancrent dans les territoires). Tant qu’on traite séparément les 4 dimensions, on passe à côté de la solution. Il faut assumer et organiser cette politique One Health et sur les territoires. L’approche 4 P : Prédire / Prévenir / Personnaliser / faire Participer.
Elias Kari souligne que les Jeunes Démocrates sont inspirés par les Villages. Les JDems, selon la méthode des auditions, travaillent en ce moment sur la surconsommation. Il y a des modèles de production, de consommation à réinterroger, conjointement avec Démocrates pour la Planète. La surconsommation, c’est de la surproduction. C’est responsable de pollutions. La surconsommation a des impacts sur notre santé (malbouffe). Le ressort de l’addiction joue sur la santé mentale. L’oniomanie, soit l’achat compulsif, est un symptôme. On le voit aussi dans les écrans, surconsommation en ligne. Comment on change cela ? Il faut réfléchir sur les modes de production et de consommation. Réduire / Lutter contre l’obsolescence programmée / Location (ex. les pneus Michelin) / la réparabilité, le recyclage. Pour changer les modèles de consommation, il faut un citoyen. Nutriscore, labels, affichage environnemental sur le textile. Réflexion sur la publicité (obsolescence marketing), on ne peut pas interdire la publicité au niveau européen, pour des raisons environnementales.
Prendre soin de notre santé est à rattacher avec la dignité humaine. S’adresser à l’intelligence des citoyens : consommer moins mais mieux.
Éric Martineau, député de la Sarthe et pomiculteur, revient sur la loi Duplomb, révélatrice de ce qu’elle a pu susciter dans l’opinion. Elle révèle une vraie déconnection entre la société et le milieu agricole. On parle de simplification dans le monde agricole et il y a une levée de boucliers. La difficulté : peut-on dire toutes les vérités avec tout le monde ? Pas forcément, car on va susciter d’autres peurs. Dans des milieux agricoles, Éric Martineau conseille d’ouvrir les fermes, de les faire visiter.
Cette journée extrêmement riche s’est conclue avec le constitutionnaliste Benjamin Morel qui a souligné l’importance de construire un récit collectif. Il a admiré l’amphithéâtre Lecanuet et a rappelé que les lieux de mémoire aident aussi à créer du lien, éveillent l’imaginaire. Certains plaident pour le pragmatisme. L’idéologie est souvent mal considérée. Or, c’est produire des idées et les mettre en cohérence pour construire une mise en récit. Le problème, aujourd’hui, c’est la fin des récits. La deuxième réaction, c’est de considérer qu’il faut incarner le changement qui change. Il ne faut pas tout penser en termes de communication. L’histoire d’un parti, d’un mouvement, est précieuse.
Benjamin Morel travaille en ce moment sur les débats théoriques qui précèdent le régime de Weimar, la controverse Kelsen/Schmitt mais également un auteur peu traduit, Hermann Heller (parti d’Allemagne en 1933). Heller dit que les institutions, c’est d’abord un récit intégrateur. Le rôle du Parlement, ça va être d’intégrer ces récits. Le rôle de l’État, ce n’est pas seulement d’agir, mais aussi de promouvoir ce récit. On a un peu oublié de dire qui nous sommes, les partis politiques, mais aussi le pays en tant que nation.
Les communicants politiques déconseille aux partis de renier leur passé en partant d’une tabula rasa. Un héritage, ça parle, et ça crée la confiance, une vision du monde.
Heller dit que, sans récit collectif, la crise sera telle que nous attendrons que quelqu’un nous dise qui nous sommes et que nous nous projetions en lui.
La politique, c’est comment nous pouvons agir sur notre propre destin. En politique, on a souvent considéré que la femme ou l’homme valait le programme. Cette bataille du récit touche au fondement de ce qu’est le politique.
Merci aux Villages, à Erwan Balanant, à Maud Gatel et à vous tous, pour votre investissement en temps et en idées ! Une belle journée, et il y en aura d’autres !
Pour plus d'infos sur les Villages Démocrates, cliquez ici.
Pour contacter les Villages Démocrates, cliquez ici.