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Journée de restitution des Villages Démocrates

Le samedi 6 décembre 2025 avait lieu, au siège du 133bis rue de l’Université, une grande journée de restitution des travaux des Villages Démocrates

En un an, ces groupes thĂ©matiques se sont rĂ©unis rĂ©gulièrement et ont menĂ© des auditions pour formuler ensemble des propositions fortes, rĂ©unies dans un livret d’étape. Le dĂ©but d’une grande aventure et de notre projet dĂ©mocrate ! 

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📺 Pour revoir :

 

Notre secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale Maud Gatel exprime sa fiertĂ© pour cette journĂ©e des Villages : une mise en rĂ©seau de toute la richesse de l’expertise de nos adhĂ©rents, pour rĂ©flĂ©chir, dĂ©battre, construire ensemble ce travail collectif pilotĂ© par le dĂ©putĂ© du Finistère Erwan Balanant. Au Mouvement DĂ©mocrate, on parle des idĂ©es et on est convaincu que les idĂ©es mènent le monde.

Erwan Balanant remercie chaudement les Villages pour les contributions disponibles aujourd’hui en ligne, document de synthèse de tout le travail, plus détaillé dans les documents accessibles également. C’est un travail de fond, d’un grand intérêt. Le document présenté aujourd’hui est sans filtre, c’est la remontée par capillarité des experts de notre mouvement. Marc Fesneau, président du groupe Les Démocrates à l’Assemblée nationale et premier vice-président du MoDem, adresse un message d’amitié et de gratitude aux Villages, qui irriguent la réflexion de notre mouvement. Notre détermination à nous placer sur le débat d’idées plutôt que sur le terrain fertile des invectives est essentielle. Nous devons construire un compromis utile au débat.

 

La première table ronde s’intitule : « Relier les gĂ©nĂ©rations, grandir et s’épanouir en Europe Â», avec la politiste Speranta Dumitru, la secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale adjointe Alice Le Moal pour le Village Famille, enfance & bioĂ©thique, l’urbaniste Camille de Ruielle et le dĂ©putĂ© MickaĂ«l Cosson pour le Village Logement et Pierre-Luc Vervandier, animateur du Village Europe & international.

Comment vivre mieux aujourd’hui en Europe ? Speranta Dumitru reconnaĂ®t que c’est complexe, mais il faut reprendre le projet europĂ©en lĂ  oĂą il en Ă©tait au dĂ©but : un projet de partage de valeurs et de mobilitĂ©s. Camille de Ruielle Ă©voque deux thèmes principaux : le logement Ă©tudiant et Erasmus ; le sujet des normes europĂ©ennes, et comment elles s’inscrivent dans notre territoire. MickaĂ«l Cosson, sur le logement, explique que l’on est en train d’atterrir sur un statut de bailleur privĂ©. Ă€ chaque Ă©tape, le logement est devenu un problème. Comment rĂ©habiliter les logements anciens et avoir une offre qui corresponde aux besoins ? Il faut rĂ©investir dans la pierre, en crĂ©ant de l’incitation, pour que devenir propriĂ©taire ne soit pas juste une utopie. Renoncer Ă  un emploi ou Ă  fonder une famille Ă  cause de la difficultĂ© Ă  se loger est frĂ©quent. Il faut une mallette Ă  outils. Alice Le Moal livre des rĂ©flexions sur la place de l’enfant, le lien entre les gĂ©nĂ©rations et la baisse de la natalitĂ©. La dĂ©putĂ©e Anne Bergantz, prĂ©sente Ă©galement, avait identifiĂ© cette question comme un enjeu majeur. Nous nous honorerions Ă  remettre les enfants au cĹ“ur de nos sociĂ©tĂ©s, dans les 1 000 premiers jours mais aussi tout du long de leur dĂ©veloppement. La dimension de la citoyennetĂ© est fondamentale : Alice Le Moal mentionne l’éducation populaire, et notamment le scoutisme, la vie associative, les initiatives locales. Sur la dĂ©mographie, le logement constitue un enjeu très concret. Pierre-Luc Vervandier, animateur du Village Europe & international, explique que le Village a formulĂ© des propositions transversales. Le premier sujet, c’est la fin de la guerre en Ukraine, sans laquelle rien ne sera possible. Nous ne pouvons pas vivre mieux tant que l’on a la menace russe Ă  notre porte. Pierre-Luc habite en Belgique et reprĂ©sente les Français de l’étranger pour le MoDem. OĂą est le chemin ? Le citoyen belge n’a pas choisi que les Russes placent de l’argent en Belgique. Pierre-Luc salue l’action de Jean-NoĂ«l Barrot. Il y a plein de sujets concrets : nous avons un commissaire danois, chargĂ© du logement, ce qui est nouveau. La crise du logement en Europe se manifeste dans tous les États-membres. Il y a un impact du surtourisme. Par exemple, Ă  Prague, Barcelone, Madrid, des fonctionnaires, pompiers, infirmiers, ne peuvent plus se loger. Comment construire et rĂ©nover des logements plus vite ? Le sujet est dĂ©battu Ă  Bruxelles, ce qui ne s’était jamais fait dans l’histoire de l’Europe. Le droit Ă  rester, comme nouvelle libertĂ©, dĂ©veloppĂ© dans le rapport Letta, est important. Alice Le Moal rappelle que le Village a une proposition sur le logement intergĂ©nĂ©rationnel, peut-ĂŞtre par l’incitation fiscale. Un des leviers Ă  actionner, ce sont les fonds Feder, souligne Camille de Ruielle. Ă€ travers ces fonds, on peut rĂ©unir des projets Ă  grande Ă©chelle. Nous devons interpeller nos Ă©lus europĂ©ens dans ce sens. Il faut garder cette Ă©chelle locale et rĂ©gionale. On a dĂ©vitalisĂ© les centres-villes : le programme « Villes de demain Â», pour retrouver les villes d’hier, il y a lĂ  une certaine ironie.

La politiste Speranta Dumitru donne un Ă©clairage de thĂ©orie politique. Le projet europĂ©en initial est de mobilitĂ© et d’accessibilitĂ©. Si l’on revient Ă  la fin du XIXe, Henry George a proposĂ© une politique de logement en rĂ©duisant toutes les taxes Ă  une taxe unique (in Progrès et PauvretĂ©). Ă€ New York, on constate un Ă©cart. Il propose cette taxe unique que pour le logement. Imposer une taxe très Ă©levĂ©e pour que les gens les plus productifs puissent rester. Cette idĂ©e nous paraĂ®t farfelue. Elle avait Ă©tĂ© proposĂ©e en 2017 dans la campagne, et assez mal reçue. La propriĂ©tĂ© toute seule n’apporte pas de richesse : comment intĂ©grer la richesse patrimoniale dans le cercle Ă©conomique ? Pour l’Ukraine, on ne doit pas s’arrĂŞter, mais il faut aussi adapter nos politiques Ă  la grande incertitude. Peut-ĂŞtre qu’avec le logement, et d’autres pans de l’économie, on pourrait imaginer comment revenir Ă  l’origine du projet europĂ©en, de mobilitĂ© et d’adaptabilitĂ©.

Le dĂ©putĂ© europĂ©en Sandro Gozi remarque que le mot-clĂ© de ce panel renvoie bien aux grandes questions politiques et sociĂ©tales. Sandro rentre d’une mission Ă  Washington, oĂą le mot d’ordre est affordability, l’idĂ©e d’une vie digne. La question se pose en Europe. Il faut trouver des solutions concrètes Ă  la fracture sociale. Ă€ Bilbao, avec Sarah El HaĂŻry, un pacte europĂ©en pour l’enfance a Ă©tĂ© annoncĂ©. Pierre-Luc tient Ă  parler d’Europe en positif. On a fait l’élargissement par nos impĂ´ts. On ne doit pas alimenter une spirale nĂ©gative. On doit rappeler comment on vit mieux en Europe par rapport Ă  il y a vingt ans, dans beaucoup d’États-membres. Alice Le Moal indique le succès de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant. La convention avait Ă©tĂ© rĂ©unie par François Bayrou, Ă  la suite d’une lettre de saisine. Cela vient de notre famille politique ! En Roumanie, se souvient Speranta Dumitru, pendant le rĂ©gime communiste, on n’imaginait pas sortir du pays et voir des Ă©trangers. Les gĂ©nĂ©rations d’aujourd’hui ne se rappellent pas comment il Ă©tait difficile d’imaginer le voyage. On devrait faire beaucoup plus d’histoire. Mais la compĂ©tence de l’éducation nationale est strictement nationale. RĂ©aliser des manuels ou des films europĂ©ens serait très utile. Erwan Balanant rebondit sur l’idĂ©e des manuels europĂ©ens : « oui, Marine, nous ; on aimerait bien qu’il y ait une citoyennetĂ© europĂ©enne qui se vive pleinement Â». Pierre-Luc parle de l’Europe de la sociĂ©tĂ© civile qui se construit, par les fĂ©dĂ©rations professionnelles notamment. Les politiques, mais aussi les mĂ©decins, les gĂ©omètres, etc. Aujourd’hui, une excellente idĂ©e nĂ©e en Estonie se diffuse et se rĂ©pand dans les deux ans. Quand on dĂ©tricote, on dĂ©tricote aussi les partenariats. Camille de Ruielle rappelle que les municipales approchent : les campagnes doivent s’emparer de ce sujet Europe, dans vos vies de villages, de villes. Anne Bergantz indique que les projections de naissances baissent de mois en mois, mĂŞme si nous restons les bons Ă©lèves de l’Europe. C’est un sujet mondial. Il y a une singularitĂ© française sur les allocations, oĂą l’on ne les propose pas dès le premier enfant. Anne Bergantz a portĂ© cette proposition de loi. 

Le sujet de l’immigration en Europe est important. Comment accueillir ? Est-ce qu’on dĂ©cide d’accueillir ? En France, 58 000 titres de sĂ©jour pour l’emploi. La procĂ©dure est très complexe. Quand l’autorisation de travail est refusĂ©e, la personne obtient une OQTF. C’est dommage pour l’Europe : on forme des Ă©tudiants, mais on ne les garde pas. Ce n’est pas le cas partout. En Pologne, c’est 6 fois plus de titres de sĂ©jour pour l’emploi. Pareil en Allemagne, au moment de la crise en Syrie.

 

Le prĂ©sident François Bayrou adresse aux Villages un message de sympathie : les Villages DĂ©mocrates, c’est un dispositif, une organisation inventĂ©e au moment de 2007 Ă  partir d’une analogie. La circonscription de François Bayrou, c’était 90 Villages, la ville de Pau et nombre de villages, le plus petit Ă©tant de 18 habitants. Un pays, c’est comme une circonscription, c’est un ensemble de villages, par professions, par catĂ©gories. C’est très intĂ©ressant d’essayer de capter la sensibilitĂ© de chacun de ces groupes humains. Sur le logement, on a souvent deux rĂ©flexes : celui qui consiste Ă  dire « donnez-nous des sous Â», n’est pas adĂ©quat. Il est plus intĂ©ressant d’imaginer des dĂ©marches pour trouver des logements Ă  des prix abordables. Le logement Ă©tudiant en Belgique propose des logements communautaires, souvent imaginĂ©s Ă  partir d’une passion. Cela ne rĂ©pond pas seulement Ă  la question matĂ©rielle du logement, mais aussi Ă  la lutte contre la solitude. C’est une manière de prendre en charge ces solitudes et ces attentes. L’intergĂ©nĂ©ration est Ă©galement une bonne chose, et cela apporte une sĂ©curitĂ© aux personnes âgĂ©es. La question du grand-âge sera Ă©galement traitĂ©e par le Village Famille, enfance & bioĂ©thique.

 

La deuxième table ronde s’intitule « Agir en citoyen conscient et responsable Â», avec Emmanuel Mandon, FrĂ©dĂ©ric Zgainski pour le Village DĂ©centralisation, FrĂ©dĂ©ric Agaud pour le Village Entreprises, commerce & industrie, Marianne Magnin pour le Village Art & culture, Fabien Robert, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral adjoint, prĂ©sident de l’IFED et fin connaisseur de l’histoire du mouvement.

Erwan Balanant a lu que les Français sont prĂ©occupĂ©s en premier lieu par le dysfonctionnement de nos institutions. Comment continuer Ă  crĂ©er de la valeur ? FrĂ©dĂ©ric Agaud, animateur du Village Entreprises, commerce & industrie, reconnaĂ®t que notre modèle social est fabuleux. Pourtant, on a le sentiment que rien ne va, que le travail ne paie plus. La montĂ©e des extrĂŞmes est une rĂ©action Ă  ce ras-le-bol. Nous avons un dĂ©ficit abyssal : plus de 40% sur les revenus. Sur le long terme, ce n’est pas durable. L’économiste Jacques de la Rosière nous l’avait rappelĂ© Ă  Guidel. Que propose-t-on ? On cherche souvent plus des coupables que des solutions. Au MoDem, on cherche Ă  rassembler les talents de tous horizons, chefs d’entreprise, syndicalistes, jeunes actifs, retraitĂ©s. Nous devons retrouver un horizon positif collectif. Le Village a imaginĂ© une cinquantaine de propositions pour un partage plus durable et plus juste de la valeur :

  • Travailler sur la renaissance industrielle. En Allemagne, la situation est bien meilleure. On a davantage misĂ© sur l’économie du service, or c’est aussi un sujet social, car cela privilĂ©gie les mĂ©tropoles de plus de 5 000 000 habitants. L’enjeu de dimension sociĂ©tale importe (cf. les travaux d’Antoine Foucher).
  • En France, l’épargne privĂ©e est importante (6 200 milliards), il faudrait en flĂ©cher quelques 200 milliards.
  • Nous avons un manque de terrains. Il faut ĂŞtre davantage dans l’État rĂ©gulateur et facilitateur. DĂ©calage entre les lieux de formation et d’emploi. Il faudrait passer de 10 Ă  15% du PIB pour l’industrie Ă  horizon 2035

Le monde Ă©conomique de la culture est souvent moins identifiĂ©. Or, il est essentiel. Le modèle du respect du droit d’auteur, du partage est central. Marianne Magnin apporte une grille de lecture autour de la topologie du nous. La citoyennetĂ© est d’abord culturelle. Si l’on voit en France une forme de dĂ©rive, il y a un besoin de stabilisation. La continuitĂ© de rites partagĂ©s (Ă©cole rĂ©publicaine, fĂŞtes nationales, le marchĂ©), la discontinuitĂ© (centralisme, fractures territoriales, millefeuille territorial), les ruptures (crises partagĂ©es). Les solutions de rĂ©cursion, pour retrouver une cohĂ©rence collective (le rĂ©cit collectif, les grandes cĂ©rĂ©monies). Trois thĂ©matiques : les espaces de prĂ©sence Ă  multiplier ; faire du rĂ©cit commun, de l’histoire territoriale ; stabiliser les gardiens du lien (artistes, associations).

Pour le Village DĂ©centralisation, le dĂ©putĂ© Emmanuel Mandon et FrĂ©dĂ©ric Zgainski expliquent qu’ils rĂ©flĂ©chissent Ă  la dĂ©mocratie de la salle Ă  manger. La dĂ©centralisation, c’est devenu un millefeuille incomprĂ©hensible, oĂą l’on invente des liaisons entre les niveaux. Plus on simplifie, plus cela devient compliquĂ©, sur les questions de finances, de pĂ©rĂ©quation. Cela alimente le sentiment de frustration. Emmanuel Mandon est heureux qu’on introduise le sujet par la crĂ©ativitĂ©. Se pose la question d’une forme d’identitĂ© territoriale. Comment construit-on son espace de vie ? Les dĂ©partements ont parfois Ă©tĂ© faits contre les bassins de vie. L’interpellation est forte vis-Ă -vis de notre système institutionnel dĂ©passĂ©. FrĂ©dĂ©ric Zgainski expose la mĂ©thode de travail en remerciant Elodie Jacquier-Laforge et JĂ©rĂ´me Sourisseau. Des propositions ont Ă©tĂ© portĂ©es sur le statut de l’élu. Le Village a fait des propositions pour amĂ©liorer le fonctionnement des conseils municipaux. Les conseils de quartier sont utilisĂ©s dans les villes d’une certaine dimension. Les budgets participatifs : il faudrait faire en sorte de les gĂ©nĂ©raliser en veillant au seuil.

Erwan fait remarquer que nos institutions reposent sur le fait majoritaire. Certaines rĂ©formes crispent profondĂ©ment la sociĂ©tĂ©, comme la rĂ©forme des retraites. Fabien Robert revient sur l’histoire de notre famille politique : en 1923, le dĂ©putĂ© Marc Sangnier dĂ©fend la proportionnelle et le droit de vote des femmes. Il a un discours serein, mais se fait assaillir de toutes parts. Il dit : le fait majoritaire, c’est fait pour rendre majoritaires des gens qui ne le sont pas. D’oĂą un sentiment de mal-reprĂ©sentation. Ces personnes peuvent alors ĂŞtre tentĂ©es par les extrĂŞmes, ou par l’abstention. Mais Ă  chaque sortie de crise grave, on adopte le scrutin proportionnel, pour refaire nation. 

Emmanuel Mandon remarque que la dĂ©centralisation a Ă©tĂ© consentie parce que l’État devait se dĂ©concentrer, mais la France n’est pas dans une approche fĂ©dĂ©rale. C’est contre-productif : on divise pour mieux rĂ©gner. Qu’est-ce qu’un maire ? Qu’y a-t-il de commun entre les maires de Paris, d’Arras ou d’un village ? Excellente initiative que le printemps de l’évaluation, mais nous n’avons aucune prise. Le jour oĂą l’on a un scrutin proportionnel, cela change tout. On pourra enfin faire des coalitions.

L’ancien sĂ©nateur Jean-Marie Vanlerenberghe rebondit : le creuset de la dĂ©mocratie c’est la commune. 35 000 communes, c’est une chance, c’est la possibilitĂ© d’élaborer, bĂ©nĂ©volement, des politiques de proximitĂ©. Sur le millefeuille, il y a un ras-le-bol. Ă€ quoi sert un conseiller rĂ©gional ? Ă€ Arras, les gens connaissent seulement le maire et quelques adjoints. Il faut tout reconstruire, c’est cela la subsidiaritĂ©. Les communautĂ©s de communes, c’est une chance, lĂ  il y a un numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone. La plupart des communautĂ©s Ă©pousent Ă  peu près les bassins de vie. Une personne atteinte de trisomie a Ă©tĂ© Ă©lue Ă  Arras et participe pleinement Ă  la vie communale et est innovante. Marianne Magnin affirme que le substrat de la politique, c’est la culture. Erwan remarque que la culture est particulièrement attaquĂ©e par les extrĂŞmes. Aux États-Unis, qu’est-ce qui a Ă©tĂ© attaquĂ© en premier ? Notre modèle de libertĂ© d’expression et de culture. La culture, ce n’est pas une approche homogène. FrĂ©dĂ©ric Agaud revient sur l’affectio societatis. Il faut s’adresser Ă  la jeunesse, la confiance dans l’avenir Ă©tant le point dĂ©terminant. Il faut que la jeunesse ait la conviction qu’en travaillant elle amĂ©liorera son pouvoir de vivre. 

 

Puis a eu lieu un dialogue sur la sĂ©curitĂ© entre Maud Gatel et Jean-Paul Combenègre, animateur du Village Droit & justice. Jean-Paul a d’ailleurs animĂ© le premier des Villages, parisien, des professionnels du droit. La sĂ©curitĂ© n’est pas une question de droite ou de gauche, c’est une question pour nos concitoyens. Jean-Paul Combenègre fait une relation entre les 3 thèmes du Village : la police municipale, l’état des prisons, l’État de droit. Pour les juristes, on distingue deux types de police, la police administrative, du prĂ©alable, et puis la police judiciaire. Or, nos concitoyens demandent de voir des uniformes dans la rue. Ă€ cela, la police municipale peut rĂ©pondre. Mais il faut penser au milieu rural. Un projet de loi, en examen au SĂ©nat, tend Ă  dĂ©velopper les compĂ©tences de la police municipale, avec un système mixte. Deux mots : l’un très galvaudĂ©, sĂ©curitĂ© et un deuxième, sĂ»retĂ©. En 1789, il y a un droit Ă  la sĂ»retĂ©. C’est la protection des droits individuels vis-Ă -vis de l’État. Il vient d’une Ă©volution historique : 1789, reconnaissance des droits civiques, 1946, reconnaissance des droits sociaux. Vis-Ă -vis de nos concitoyens, comment promouvoir l’État de droit ? Nous arrivons Ă  une pĂ©riode historique de remise en cause. Un parti propose de faire adopter par voie rĂ©fĂ©rendaire une modification profonde de l’État de droit. Comment faire prendre conscience de l’importance de ces principes ? Ce n’est pas facile. Giuliano da Empoli, dans L’ère des prĂ©dateurs, dit qu’il y a un problème de communication. Que fait-on ? Il faudrait avoir des influenceurs de l’État de droit, ĂŞtre beaucoup moins raisonnables que nous le sommes. L’État de droit, c’est la libertĂ© individuelle.

Comment ĂŞtre radicalement dĂ©raisonnables sur la construction de nos valeurs ? Maud Gatel indique qu’on y travaille : comment ĂŞtre radicalement modĂ©rĂ©s, avec des algorithmes qui valorisent l’outrance, la violence

 

Le ministre de l’Europe et des Affaires Ă©trangères et vice-prĂ©sident du MoDem, Jean-NoĂ«l Barrot, qui a auparavant Ă©tĂ© ministre du NumĂ©rique, salue la prĂ©sence des parlementaires dans un contexte très dense. L’âme de notre famille politique, c’est la production des idĂ©es nouvelles, qui mènent le monde. C’est un principe de subsidiaritĂ©, car les idĂ©es doivent ĂŞtre conçues avec celles et ceux qui connaissent la rĂ©alitĂ© des choses. C’est un principe d’engagement. Dans d’autres formations, on confond l’engagement avec la recherche d’un dogme. Or, nous sommes investis de la responsabilitĂ© de perfectionner la dĂ©mocratie elle-mĂŞme. Le monde tel qu’il est est imparfait et nous indigne. Les travaux des Villages reflètent l’âme de notre mouvement. Il y aurait beaucoup de raisons de baisser les bras. Le monde est de plus en plus inquiĂ©tant, et notre famille politique connaĂ®t une phase difficile. Le retour des prĂ©dateurs, le rĂ©veil des empires ont Ă©tĂ© Ă©voquĂ©s. Le monde est en train de se reconfigurer. La revue nationale stratĂ©gique amĂ©ricaine appelle Ă  un changement civilisationnel en Europe. Ă€ cela s’ajoute la mainmise grandissante des gĂ©ants du numĂ©rique. Hier, pour la première fois depuis 3 ans, la Commission a infligĂ© une amende Ă  X. Mais une dĂ©ferlante de critiques est venue des États-Unis, qui refusent mĂŞme le droit au territoire amĂ©ricain. Les catastrophes climatiques sont toujours plus violentes. On voit aussi l’énergie crĂ©atrice du peuple français qui a de plus en plus de mal Ă  se manifester. Mais ce n’est pas notre tempĂ©rament de baisser les bras. La France dispose de la force d’âme nĂ©cessaire. Élus locaux, vous ĂŞtes frappĂ©s par la vitalitĂ© des associations, bĂ©nĂ©voles. Ă€ condition d’y ĂŞtre pleinement associĂ©s et de voir une direction. Nous avons besoin de plus de force et de plus de justice : en libĂ©rant l’énergie et l’initiative Ă  tous les niveaux. Il faut refonder l’État, qui n’est pas obèse, mais Ă©pouvantablement mal organisĂ©. Il faut revenir Ă  un Ă©difice social et politique rebâti par la base. Notre responsabilitĂ© est de cultiver plus d’espĂ©rance. C’est un risque Ă  courir, le risque des risques. Jean-NoĂ«l invite ardemment les Villages Ă  poursuivre leurs travaux.

 

Pour la troisième table, « Prendre soin de nous et de nos lieux de vie Â», l’ancienne dĂ©putĂ©e de l’Yonne Michèle Crouzet, pour le Village Agriculture & alimentation, le reprĂ©sentant du Village DĂ©veloppement durable Patrick Depyl, l’animateur du Village santĂ© Dominique Bellecour.

Commençons par la santé des territoires.

Au sein du Village Développement durable, la santé, c’est l’un des prismes les plus intéressants. L’initiative One Health est pertinente. On est au croisement entre la santé humaine et la santé des écosystèmes. C’est l’angle qui peut le plus mobiliser sur le développement durable. Dans sa carrière de maire, Patrick Depyl indique que les gens venaient souvent vivre dans sa ville pour l’offre de soins. L’offre de soin est une offre d’aménagement du territoire.

Michèle Crouzet a eu une inspiration pour les municipales : pour les communes rurales, qu’on fasse un dĂ©bat d’orientation agricole avant le dĂ©bat d’orientation budgĂ©taire. On sait qu’en plus, beaucoup arrivent Ă  l’âge de la retraite. La commune fera attention Ă  la transmission. Il faut reconnecter avec l’agriculteur, ne pas le voir comme agressif.

Le Village Agriculture & alimentation a tenu Ă  travailler sur l’alimentation et la qualitĂ© de l’eau, sur les fermes agricoles en gĂ©nĂ©ral, sur le changement climatique. Jusque-lĂ , on avait de l’eau en abondance et pour pas cher. C’est un bien commun non marchandable, il faut que tous puissent y accĂ©der. 

Des terres arables sont irriguĂ©es ou irrigables, il faut au niveau de l’intercommunalitĂ© les prĂ©empter. Comment la capter ? Il y a tellement de variĂ©tĂ©s de nos territoires qu’on ne peut pas avoir une seule loi nationale. Dans l’Yonne, Michèle a prĂ©sidĂ© l’institut d’entretien des rivières. Elles dĂ©bordent car les petits ruisseaux ne sont plus entretenus. C’est le dĂ©partement qui prend toute l’eau. 

Dominique Bellecour alerte sur un modèle en crise, l’hĂ´pital. En 2000, l’OMS classait la France 1er système du monde, aujourd’hui on est 16e, on perd chaque annĂ©e une place. DĂ©lais d’attente pour les spĂ©cialistes. On ne pourra pas sauver notre système de santĂ© par le financement sĂ©cu. 1 Français sur 4 sera malade chronique en 2030. Il faudra faire un gros travail sur la prĂ©vention. De quelle prĂ©vention ? La 4 P ? Le cadre One Health permet de transposer ce modèle pour la prĂ©vention collective. On parle de crise climatique, de l’eau, etc. Il n’y a qu’une seule crise : la dĂ©sadaptation de nos modes de vie au vivant. One Health relie 4 dimensions : santĂ© humaine, animale, biotope, des filières (qui s’ancrent dans les territoires). Tant qu’on traite sĂ©parĂ©ment les 4 dimensions, on passe Ă  cĂ´tĂ© de la solution. Il faut assumer et organiser cette politique One Health et sur les territoires. L’approche 4 P : PrĂ©dire / PrĂ©venir / Personnaliser / faire Participer.

Elias Kari souligne que les Jeunes DĂ©mocrates sont inspirĂ©s par les Villages. Les JDems, selon la mĂ©thode des auditions, travaillent en ce moment sur la surconsommation. Il y a des modèles de production, de consommation Ă  rĂ©interroger, conjointement avec DĂ©mocrates pour la Planète. La surconsommation, c’est de la surproduction. C’est responsable de pollutions. La surconsommation a des impacts sur notre santĂ© (malbouffe). Le ressort de l’addiction joue sur la santĂ© mentale. L’oniomanie, soit l’achat compulsif, est un symptĂ´me. On le voit aussi dans les Ă©crans, surconsommation en ligne. Comment on change cela ? Il faut rĂ©flĂ©chir sur les modes de production et de consommation. RĂ©duire / Lutter contre l’obsolescence programmĂ©e / Location (ex. les pneus Michelin) / la rĂ©parabilitĂ©, le recyclage. Pour changer les modèles de consommation, il faut un citoyen. Nutriscore, labels, affichage environnemental sur le textile. RĂ©flexion sur la publicitĂ© (obsolescence marketing), on ne peut pas interdire la publicitĂ© au niveau europĂ©en, pour des raisons environnementales.

Prendre soin de notre santĂ© est Ă  rattacher avec la dignitĂ© humaine. S’adresser Ă  l’intelligence des citoyens : consommer moins mais mieux.

Éric Martineau, dĂ©putĂ© de la Sarthe et pomiculteur, revient sur la loi Duplomb, rĂ©vĂ©latrice de ce qu’elle a pu susciter dans l’opinion. Elle rĂ©vèle une vraie dĂ©connection entre la sociĂ©tĂ© et le milieu agricole. On parle de simplification dans le monde agricole et il y a une levĂ©e de boucliers. La difficultĂ© : peut-on dire toutes les vĂ©ritĂ©s avec tout le monde ? Pas forcĂ©ment, car on va susciter d’autres peurs. Dans des milieux agricoles, Éric Martineau conseille d’ouvrir les fermes, de les faire visiter.

 

Cette journĂ©e extrĂŞmement riche s’est conclue avec le constitutionnaliste Benjamin Morel qui a soulignĂ© l’importance de construire un rĂ©cit collectif. Il a admirĂ© l’amphithéâtre Lecanuet et a rappelĂ© que les lieux de mĂ©moire aident aussi Ă  crĂ©er du lien, Ă©veillent l’imaginaire. Certains plaident pour le pragmatisme. L’idĂ©ologie est souvent mal considĂ©rĂ©e. Or, c’est produire des idĂ©es et les mettre en cohĂ©rence pour construire une mise en rĂ©cit. Le problème, aujourd’hui, c’est la fin des rĂ©cits. La deuxième rĂ©action, c’est de considĂ©rer qu’il faut incarner le changement qui change. Il ne faut pas tout penser en termes de communication. L’histoire d’un parti, d’un mouvement, est prĂ©cieuse.

Benjamin Morel travaille en ce moment sur les dĂ©bats thĂ©oriques qui prĂ©cèdent le rĂ©gime de Weimar, la controverse Kelsen/Schmitt mais Ă©galement un auteur peu traduit, Hermann Heller (parti d’Allemagne en 1933). Heller dit que les institutions, c’est d’abord un rĂ©cit intĂ©grateur. Le rĂ´le du Parlement, ça va ĂŞtre d’intĂ©grer ces rĂ©cits. Le rĂ´le de l’État, ce n’est pas seulement d’agir, mais aussi de promouvoir ce rĂ©cit. On a un peu oubliĂ© de dire qui nous sommes, les partis politiques, mais aussi le pays en tant que nation.

Les communicants politiques déconseille aux partis de renier leur passé en partant d’une tabula rasa. Un héritage, ça parle, et ça crée la confiance, une vision du monde.

Heller dit que, sans récit collectif, la crise sera telle que nous attendrons que quelqu’un nous dise qui nous sommes et que nous nous projetions en lui.

La politique, c’est comment nous pouvons agir sur notre propre destin. En politique, on a souvent considéré que la femme ou l’homme valait le programme. Cette bataille du récit touche au fondement de ce qu’est le politique.

 

Merci aux Villages, Ă  Erwan Balanant, Ă  Maud Gatel et Ă  vous tous, pour votre investissement en temps et en idĂ©es ! Une belle journĂ©e, et il y en aura d’autres !

 

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