Jean-Noël Barrot répond à la question « la guerre est-elle indispensable à la paix ? »
Sur la chaîne YouTube Sphere 5, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, a donné un entretien à Ophélie Meunier et Carole Juge-Llewellyn, dans une discussion qui mélangeait parcours professionnel, équilibre de vie et réflexions politiques sur l’état géopolitique actuel.
L’échange long d’une heure a été articulé autour de la question centrale « La guerre est-elle indispensable à la paix ? ». Cet angle d’interview a permis à Jean-Noël Barrot d’aborder la situation géopolitique internationale et le rôle de l’Europe vis-à-vis de celle-ci, puis de développer de façon plus générale quels sont les enjeux de la diplomatie. Dans une optique plus personnelle, les deux journalistes se sont intéressées au parcours professionnel de Jean-Noël Barrot, et ont questionné son équilibre de vie autour de ce qu’elles ont appelé « les cinq sphères de la vie » : amour, amitié, travail, santé, âme.
« La guerre est-elle indispensable à la paix ? »
Sur cette question qui introduit l’échange, Jean-Noël Barrot répond catégoriquement par la négative, avant d’affirmer :
Ce qui est indispensable à la paix, c’est l’équilibre des forces.
Le recours à la force ne peut être envisagé que dans des cas spécifiques, avec le consensus de la communauté internationale, incarnée par l’ONU.
L’Europe : « le nouveau modèle pour l’organisation des échanges internationaux »
Jean-Noël Barrot qualifie l’état mondial actuel de « période de transition hégémonique », avec la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine. Pour éviter la multiplication des crises auxquelles nous assistons, il faut « que l’Europe se lève » et qu’elle ouvre une « troisième voie ».
Lorsque la journaliste lui demande si la paix est possible, il affirme qu’elle l’est, par le biais de deux ressorts : « l’équilibre des forces pour dissuader la menace » et la projection « dans des logiques de dialogue, de coopération ». C’est ainsi que le rôle de l’Europe et de l’Union européenne est primordial à la paix et l’équilibre des puissances. Il cite l’exemple de Robert Schuman et son intuition visionnaire de l’Europe pour éviter à nouveau la guerre sur le continent.
C’est donc une vision enthousiaste de l’Europe et de son futur sur la scène internationale qu’il présente. Il dit falloir une vision partagée par les 27 États et une plus grande volonté, pour amener à « des décisions courageuses » et à terme une indépendance de l’Europe vis-à-vis des deux Empires.
« Des décisions courageuses », lesquelles ?
Jean-Noël Barrot présente trois axes à prioriser, tant en France qu’à l’échelle de l’Europe.
D’abord, « une révolution sur la manière dont sont répartis les pouvoirs et les responsabilités ». Se libérer de nos carcans pour « libérer notre potentiel ». Ensuite, l’impératif de « faire confiance à la jeunesse, aux travailleurs et aux entrepreneurs » en ne les entravant pas avec trop de cotisations, de charges et d’impôts, notamment. Enfin, la nécessité de restaurer le civisme, pour « prendre tous notre part au redressement du pays et de l’Europe ».
« Le diplomate mobilise sa part d’humanité pour aller éveiller la part d’humanité de son interlocuteur »
Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères présente une perception optimiste de son métier qu’il qualifie de « mission passionnante ». Il insiste sur le fait que le dialogue fonctionne pour arrêter la guerre, même si cela peut prendre du temps et que pour débloquer certaines situations, le diplomate doit faire appel à son humanité, pour éveiller celle de l’autre.
« Une forme de spiritualité est indispensable pour ne pas se perdre »
L’interview menée porte une dimension plus personnelle que les prises de paroles ponctuées du ministre en direct à la radio ou à la télévision. Jean-Noël Barrot aborde ici la précarité de l’équilibre de vie entre travail et vie personnelle. Pour maintenir une équilibre de vie sain, il faut la pratique d’une activité sportive, régulière si possible, mais aussi la nécessité d’une forme quelconque de spiritualité « pour ne pas se perdre dans un monde où notre attention est en permanence happée par de multiples sujets ».
Le service des autres, de la France : « le fil rouge de ma vie professionnelle »
Quand il revient sur les étapes de son parcours de vie, il explique s’être détaché dans un premier temps de son héritage familial. Son grand-père Noël Barrot était résistant et homme politique, et son père Jacques Barrot un homme politique démocrate-chrétien. Il se dirige vers la politique en 2017, après une carrière d’enseignant-chercheur au MIT. Il explique avoir gardé pendant ces années aux États-Unis des liens d’affection et d’amitié avec François Bayrou. Mais c’est grâce à la proposition d’alliance du MoDem avec Emmanuel Macron 2017, et après avoir redécouvert l’engagement de son grand-père, qu’il s’engage et devient député en 2017. Il est ensuite nommé ministre délégué au numérique puis délégué aux affaires européennes. Cependant, son histoire familiale a marqué sa trajectoire de vie dans son ensemble en lui livrant comme héritage « le goût » du service des autres, « fil rouge » de sa vie professionnelle.
C’est ainsi un discours plein d’optimisme qui ressort de cet échange, et le ministre qui se dit « déterminé » conclut en statuant qu’il se tiendra en 2027 aux côtés de ceux qui partagent cette détermination et un « enthousiasme » politique.