đŸ“» đŸ“ș François Bayrou, invitĂ© du Grand Jury RTL / Le Figaro / LCI

François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate, était l'invité de Benjamin Sportouch, ce dimanche 4 juillet à 12h, dans l'émission Le Grand Jury RTL / Le Figaro / LCI.

Bonjour Ă  tous, bienvenue dans le grand studio de RTL.

Bonjour à vous, François Bayrou.

Bonjour.

Merci d'ĂȘtre avec nous aujourd'hui.

Cette émission est bien sûr en direct jusqu'à 13 heures. Vous pouvez adresser toutes vos questions, vos interpellations à notre invité sur les réseaux sociaux. Ce sera relayé en fin d'émission.

En avril dernier, vous prĂ©disiez que les Français, je vous cite, « auraient envie d'aller prendre l'air plutĂŽt que d'aller voter aux rĂ©gionales ». L'abstention record vous a donnĂ© raison, François Bayrou, mais quel intĂ©rĂȘt de voir juste, d'ĂȘtre oracle, quand personne ne vous Ă©coute ?

Vous pensiez pourtant avoir l'oreille d'Emmanuel Macron, François Bayrou, mais il ne vous a pas entendu.

Vous avez aussi parlé dans le vide quand vous réclamiez la proportionnelle, tout comme un plan Marshall pour relancer l'industrie française.

Nous y reviendrons dans cette Ă©mission.

Est-ce le signe que votre parole ne porte plus ou que le chef de l'État n'Ă©coute pas, y compris ses propres alliĂ©s, dont vous ĂȘtes, dont le Modem est au sein de la majoritĂ© ou est-ce les deux ?

Du coup, on s'interroge aussi sur votre utilitĂ© vĂ©ritable Ă  la tĂȘte du Haut-Commissariat au plan, censĂ©e dessiner l'avenir, alors mĂȘme que les prĂ©occupations des Français sont d'abord immĂ©diates et qu'ils exigent de leurs politiques qu'ils y rĂ©pondent et dĂšs la prochaine prĂ©sidentielle, ce sera bien sĂ»r dans le dĂ©bat.

Tout cela sur fond de pandémie toujours menaçante.

Ce matin, dans le Journal du dimanche, prÚs de cent médecins réclament la vaccination obligatoire pour les soignants sans tarder. On sait que le Gouvernement y réfléchit.

Considérez-vous qu'il faut franchir le pas, y aller ? Les Députés de votre parti voteront-ils ce texte s'il est présenté à l'Assemblée ?

Depuis le premier jour de l'épidémie - et cela m'a valu bien des polémiques - j'ai pensé que la seule issue était la vaccination.

Je pense qu’un jour ou l’autre, dans un pays oĂč je vous le rappelle chaque bĂ©bĂ© qui naĂźt reçoit 11 vaccinations obligatoires, dans un pays oĂč pour aller dans un dĂ©partement français, la Guyane, il faut ĂȘtre obligatoirement vaccinĂ© contre la fiĂšvre jaune, autrement dit la vaccination fait partie de la vie et c'est probablement la conquĂȘte mĂ©dicale avec l'hygiĂšne la plus importante depuis le dĂ©but des temps et c'est un Français, Pasteur, qui l'a inventĂ©.

J'ai donc toujours pensé que cela finirait par la décision collective de rendre la vaccination obligatoire.

Pour toute la population, la vaccination obligatoire ?

Comme les onze vaccinations que l'on donne au bébé à la naissance.

À partir de quel ñge ?

On peut faire des échéances.

Je vais vous dire quelque chose qui va peut-ĂȘtre vous surprendre. Je vis avec une hantise en face de ce virus, c'est qu'un jour une mutation fasse que le virus devienne nocif et extrĂȘmement nocif pour les enfants.

Jusqu'Ă  maintenant, au fond, la sociĂ©tĂ© n'a pas Ă©tĂ© en profondeur bouleversĂ©e, elle a Ă©tĂ© en profondeur changĂ©e, arrĂȘtĂ©e, mais elle n'a pas Ă©tĂ© en profondeur traumatisĂ©e jusqu'Ă  l'Ăąme, car cela touche des populations plus fragiles et des personnes ĂągĂ©es, ce qui est naturellement extrĂȘmement grave, mais cela ne met pas en cause l'Ăąme d'un peuple.

Si cela touchait les enfants, et les enfants en bas Ăąge, alors je crois que l'on se trouverait devant des vagues qui mettraient en cause la stabilitĂ© mĂȘme de la sociĂ©tĂ©.

Cela, c'est possible si jamais il n'y a pas de vaccination obligatoire ? C'est ce que vous dites.

Comment peut-on faire pour se prémunir contre des mutations ? Pour cela, il faut que l'on freine la propagation du virus.

À partir de quel ñge le vaccin obligatoire ?

On ne peut freiner la propagation du virus que par la vaccination.

Je rencontrais hier des personnes qui font vacciner leurs enfants Ă  l'Ăąge de 12 ans, pour qu’ils puissent avoir la libertĂ© d'aller, de venir, de participer Ă  des rencontres familiales ou amicales.

C'est au médecin de le dire, mais la vaccination est la seule digue contre ce qui nous pend au nez, ce qui menace d'arriver, qui est une quatriÚme vague, pourquoi pas une cinquiÚme.

Vous avez vu les mutations en cours et trĂšs frappantes en Grande-Bretagne.

Si l’on dit : on rend la vaccination obligatoire pour tout le monde.

Je crois qu'on le dira un jour.

Le souhaitez-vous ?

J'ai toujours pensé que c'était la seule issue.

Que fait-on pour ceux qui refusent de se faire vacciner ?

Commençons par la persuasion et l'incitation avant de penser à la répression.

Je connais des personnes de trÚs bonne foi qui ont peur de se faire vacciner. Je pense que cette peur est irraisonnée.

On a 30 millions de personnes vaccinées en France. Combien d'accidents ?

On dit qu'il est trop tĂŽt pour connaĂźtre les effets secondaires, avec un vaccin nouveau dans cette nouvelle technologie, ce fameux ARN messager.

Est-ce vraiment nouveau ? C’est une autre question, mais cela va ĂȘtre, Ă  n'en pas douter, une arme formidable, contre, pas seulement les virus, mais Ă©galement contre un certain nombre de maladies, comme les cancers.

Certaines tumeurs seront éradiquées grùce à l'ARN messager qui est un message envoyé au systÚme immunitaire pour cibler quelque chose.

Il pourrait y avoir en réaction un mouvement d'hostilité si on rend les choses obligatoires.

Quand vous ĂȘtes un gouvernant ou un responsable, il y a toujours la certitude que quelque dĂ©cision que vous prendrez, vous aurez un mouvement d'hostilitĂ©.

Je ne connais pas de décision importante qui n'en ait pas provoquée, mais la grandeur de la responsabilité d'un dirigeant est de dire : En conscience, j'ai profondément consulté, travaillé, réfléchi sur ce sujet, je vous dis que c'est ce qu'il faut faire.

Vous dites il faut persuader.

Je dis que c'est une premiĂšre Ă©tape, persuader, inciter.

On pourrait le faire concrĂštement.

Seriez-vous favorable que l'on réserve l'accÚs aux transports en commun aux personnes vaccinées avec un contrÎle des passeports sanitaires à l'entrée des métros ?

Il n’y a aucun doute que, pour les spectacles et les rencontres sportives, c'est ainsi que cela se passera. Vous ne pourrez rentrer en tribune que si vous faites la preuve que vous avez participĂ© vous-mĂȘme Ă  la lutte contre le virus.

Est-ce qu’on va plus loin, est-ce qu’on le fait pour les restaurants, dans les trains ?

Je pense que cela viendra.

Quand ?

Assez vite. Vous avez entendu les médecins et les épidémiologistes qui disent que la quatriÚme vague se joue maintenant.

C'est au nombre de vaccinĂ©s aujourd'hui que l'on va savoir si l’on peut freiner ou empĂȘcher cette quatriĂšme vague qui nous pend au nez. Vous avez bien vu le variant qui revient


Ce que vous nous dites, c’est que s'il y a un projet de loi du Gouvernement pour rendre la vaccination obligatoire pour les soignants, puis la population gĂ©nĂ©rale, vous le voterez ? Le groupe du Modem ?

Chacun est libre.

Vous ĂȘtes PrĂ©sident du MoDem.

J'essaierai moi-mĂȘme de persuader et d'inciter et de suivre les deux premiers actes que je recommande.

Craignez-vous des tensions entre vaccinés et non vaccinés ?

Non. Sur les 30 millions de vaccinĂ©s, vous auriez fait un sondage il y a 6 mois, 15 millions vous auraient dit : Je ne veux pas ĂȘtre vaccinĂ©.

Puis, ils ont vu autour d'eux que cela se passait trĂšs bien, qu'il y avait deux jours ou un jour et demi oĂč l’on est un peu fiĂ©vreux, souvent la deuxiĂšme vaccination quand ce sont des vaccins Ă  ARN messager.

Bon, et c'est passé et tout le monde en bonne santé et il n'y a aucun problÚme, car il n'y a aucun problÚme.

La vaccination n'est pas un affaiblissement.

Il y a parfois des effets secondaires forts.

Quand vous dites parfois, c'est 1/1000. La vaccination n'est pas un affaiblissement de l'organisme, mais un renforcement de l'organisme.

C'est en quoi Pasteur a été absolument génial en inventant, et dans des circonstances de risques incroyables, le vaccin contre la grippe.

La médecine de l'avenir sera une médecine fondée sur l'immunologie en grande partie, et les thérapies géniques. C'est une mutation qui est en cours.

Il faut donc rassurer. Il n'y a, dans la quasi-totalité des cas, aucun effet secondaire. AprÚs, bien sûr, dans toute activité humaine, il peut y avoir un accident.

J'entendais un grand mĂ©decin raconter que, si l’on vous injectait de l'eau salĂ©e, il pouvait y avoir des accidents - enfin du liquide physiologique.

Vous dites qu'il faut la vaccination obligatoire, certainement Ă  terme. Le Gouvernement devra se prononcer et se positionner. Il est en train de consulter les Ă©lus locaux.

Autre sujet sur lequel le Président de la République va devoir arbitrer, c'est la réforme des retraites. C'est un sujet trÚs important.

Vous avez dit ici mĂȘme il y a quelques mois que vous Ă©tiez dĂ©favorable Ă  une rĂ©forme d'ici la prĂ©sidentielle.

Êtes-vous pour jour sur cette ligne ?

Mon problùme, c’est que je ne change pas beaucoup d'avis et il arrive qu'on me le reproche.

Je pense que la période électorale n'est pas favorable pour faire passer à la va-vite une réforme.

Je pense que le PrĂ©sident de la RĂ©publique, s'il se reprĂ©sente, les candidats Ă  l'Ă©lection prĂ©sidentielle, vont chacun dĂ©fendre un principe de rĂ©forme et cela aura valeur d'une orientation extrĂȘmement forte.

J'ajoute qu'ayant en effet mes lignes de conduite, j'ai toujours pensé qu'une réforme difficile comme la réforme des retraites, il n'y avait qu'un moyen de la faire passer sans bloquer le pays, c'est de dire qu'au terme de sa préparation, ce sont les Français qui choisiront par référendum.

Sur cette réforme, vous dites "pas maintenant".

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire dit : Il faut montrer que la France continue Ă  se rĂ©former, ne serait-ce que parce qu'elle est lourdement endettĂ©e et, donc, il faut rassurer les personnes qui ont prĂȘtĂ© de l'argent.

Nous sommes à dix mois de l'élection Présidentielle. Chacun peut avoir ces préférences quant au rythme.

Je suis extrĂȘmement attentif au caractĂšre de participation des citoyens.

Vous avez vu que tous les syndicats sans exception se sont prononcés, et le patronat aussi, en disant : il faut juste que l'on respire à cette rentrée et, naturellement, il faudra reprendre les réformes aprÚs.

Certains proposent de repousser l'ùge légal à 64 ans sans faire le systÚme universel, sans faire les régimes spéciaux.

Je ne sais pas ce que veut dire faire des fragments de réforme. C'est au Président de la République de choisir.

Vous lui avez dit, votre avis.

Il connaüt mon avis, je crois. Je sais qu’il envisage toutes les hypothùses.

Il envisage cette réforme ? C'est ce que vous dites ?

Permettez-moi deux phrases sur ce que vous avez dit.

Je pense qu'il manque une arme à la démocratie française, une arme décisive, c'est que le référendum est totalement dénaturé - le général de Gaulle l'a voulu comme cela aussi. C'est un couperet, cela veut dire stop ou encore.

C'est une motion de censure ou une motion de soutien en direct de l'opinion, mais cela ne devrait pas servir Ă  cela. Si l’on regarde la Suisse qui, je considĂšre, montre, de ce point de vue, un exemple, le rĂ©fĂ©rendum en Suisse sert Ă  trancher des questions complexes pour que cette dĂ©cision populaire ne soit pas remise en cause.

Avec de trÚs faibles taux de participation, François Bayrou, dans les votations suisses. On va y venir sur l'abstention.

On va y venir. Mon sentiment est qu'il y a un certain nombre de questions dans lesquelles on serait plus fort si on les faisait trancher par les Français et si on les remettait à leur décision.

On fait la présidentielle et juste aprÚs on consulte les Français au moment des législatives ?

Non, cela ne se passera pas comme cela, car d'une certaine maniÚre, la présidentielle va servir d'orientation.

Ce serait dans le programme ?

Je reviens sur les principes.

Si on allait Ă  une rĂ©forme qui soit une rĂ©forme qui heurte, qui rencontre la rĂ©sistance d'une grande partie des organisations syndicales et patronales, que se passerait-il ? Quelque chose d'extrĂȘmement simple, le pays serait bloquĂ©.

Quand vous voyez qu'il y a eu des blocages de certains syndicats dans les aéroports et dans les trains le premier jour du départ en vacances et que cela heurte le sentiment populaire à un point qu'il est difficile d'imaginer


Vous trouvez cela scandaleux, ces grÚves ce week-end ?

Je trouve cela Ă  l'encontre de tous les devoirs que nous avons les uns envers les autres.

Les salariĂ©s en question ont Ă©tĂ© soutenus par l'État et par les grandes entreprises auxquelles ils participent, Ă  100 % de leurs revenus pendant une crise qui a durĂ© un an et, le lendemain, on dĂ©manche des grĂšves.

Je trouve cela insensé. Je trouve que cela heurte le sentiment de bon sens élémentaire qui est celui qui devrait servir de ciment à une nation.

Revenons aux retraites, vous dites référendum ?

Je prends les retraites comme exemple. Je préfÚre une consultation populaire à un blocage du pays.

Cela veut dire que dans les 10 mois qui viennent, on ne peut plus réformer, il faut attendre la présidentielle pour éviter les mouvements sociaux ?

Si, je suis persuadĂ© qu'il y a un certain nombre de rĂ©formes, par exemple en direction des jeunes, qui peuvent ĂȘtre trĂšs importantes, acceptĂ©es dans un consensus large et qui peuvent montrer qu'au contraire ce sentiment rĂ©formateur est extrĂȘmement fort.

Vous pensez à la garantie jeune universelle ?

Je pense Ă  des garanties pour soutenir les jeunes qui entrent dans le monde du travail, doivent y entrer et pour les aider Ă  y entrer.

Le RSA jeune a-t-il vos faveurs ? Donner Ă  tous les jeunes le mĂȘme montant ?

Non, ce n'est pas mon sentiment.

Pourquoi ?

SpontanĂ©ment, j'ai le sentiment que cela ne conduit pas les jeunes vers la responsabilitĂ© et vers le monde du travail qui doit ĂȘtre leur horizon.

Je sais bien que c'est populaire, sûrement cela coûte sûrement trÚs cher, mais ce n'est pas l'argument majeur.

L'argument majeur est le suivant : il faut que la société soit en soutien de ce passage qui est un passage difficile vers le monde du travail.

Vous vous souviendrez que, dans une élection présidentielle, j'avais proposé qu'il y ait un droit à la premiÚre expérience professionnelle.

Quand vous ĂȘtes jeune, quand vous arrivez Ă  l'Ăąge, aprĂšs le diplĂŽme ou avant le diplĂŽme, on vous garantit que vous aurez une premiĂšre expĂ©rience professionnelle.

Vous souhaitez que ce soit dans le programme d'Emmanuel Macron candidat ?

D’abord, s'il se prĂ©sente, s’il dĂ©cide de se prĂ©senter.

Ce n'est pas sûr ?

On ne sait jamais. Lorsque vous ĂȘtes PrĂ©sident de la RĂ©publique, vous avez Ă  la fois l'expĂ©rience et le souci de cette responsabilitĂ©, de cette fonction si importante.

Qu’est-ce qui l'empĂȘcherait d'ĂȘtre candidat ?

À chaque instant, vous vous posez la question. Il est naturel que le PrĂ©sident de la RĂ©publique se la pose. Je ne doute pas qu'il se la pose.

Je pense que sa décision sera de se représenter, mais, jusqu'au bout, il est libre.

Or, c'est un homme


Vous souhaitez qu'il se représente.


C'est un homme qui aime beaucoup sa liberté.

Vous souhaitez qu'il se représente.

Oui, je pense que c'est, aujourd'hui, la personnalité la plus solide et à la hauteur.

S'il n'y va pas, vous iriez vous-mĂȘme ?

Nous poserons la question à ce moment-là, si jamais il venait !

Ce n'est pas non.

Il y a une autre réforme en cours, l'allocation-chÎmage.

Le Conseil d'État a bloquĂ© le Gouvernement qui a dit : Nous allons la faire tout de mĂȘme et rĂ©flĂ©chir Ă  la maniĂšre de la reprĂ©senter.

Il a tort. Vous croyez que cela, aussi, il faudrait le suspendre jusqu'à la présidentielle ?

Non. Quand vous avez conduit un texte Ă  son terme et qu'il est bloquĂ© pour des raisons, comme vous le dites, du Conseil d'État ou d’autres juridictions.

Le Conseil d’État considĂšre que la conjoncture Ă©conomique n'est pas suffisamment bonne pour pouvoir moins bien indemniser le chĂŽmage.

Vous n'avez pas l'air convaincu ?

Je ne veux pas contester le Conseil d'État. 

Mais vous vous rendez bien compte qu'une juridiction qui juge de l'opportunité en fonction de la conjoncture économique, c'est surprenant.

Je constate. Je pense qu'il faut que le Gouvernement regarde de prĂšs l'argumentaire du Conseil d'État, et qu'il prenne la dĂ©cision d'y rĂ©pondre de maniĂšre Ă  ne pas tout bloquer.

Pour relancer l'activité, vous avez proposé un Plan Marshall.

Le Gouvernement a dĂ©jĂ  engagĂ© un premier plan de relance. Beaucoup de voix se sont Ă©levĂ©es pour dire qu’il Ă©tait insuffisant, qu'il en fallait un deuxiĂšme, que Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie refuse.

Quel regard portez-vous lĂ -dessus ? Faut-il aller encore plus loin dans la relance ou est-ce que l’on se contente de ce qui est dĂ©jĂ  engagé ?

Je me suis prononcé sur ce sujet dans une note du Haut-Commissariat au Plan dont je vais essayer de reprendre l'argument.

La relance, cela s'adresse aux activitĂ©s qui existent. J'ai proposĂ© que l'on rĂ©flĂ©chisse Ă  une reconquĂȘte, car il y a un grand nombre de secteurs d'activitĂ© du pays dont nous avons Ă©tĂ© exclus, alors que nous avions toutes les compĂ©tences et toutes les capacitĂ©s pour y figurer.

Et ceci est un problĂšme national. En France, l'industrie dans le PIB, c’est 12 % et peut-ĂȘtre un tout petit peu moins. En Allemagne, l'industrie, c'est 25 %. En Italie, c'est 19 %, en Espagne, c'est 16 %.

Si nous ne voyons pas que nous sommes en train d'ĂȘtre « larguĂ©s » dans des secteurs d'activitĂ© ou nous devrions exister, alors c'est que nous ne faisons pas face Ă  nos responsabilitĂ©s.

Que doit-on faire alors ?

Vous voyez que, la relance, cela ne suffit pas.

J'espÚre qu'il y aura une relance pour l'aéronautique, c'est d'ailleurs en cours. Il me semble que quelque chose est en train d'aller dans le bon sens en la matiÚre, pour des raisons intéressantes et que l'on connaßt maintenant mieux.

Cette reconquĂȘte est nĂ©cessaire.

Je prends un exemple caricatural : nous sommes les premiers producteurs européens de pommes de terre. Mais nous importons nos chips et nos flocons de purée. Est-ce raisonnable ?

Y a-t-il là quelque chose d'un grand pays ?

En réalité, dans un certain nombre de secteurs, nous sommes sur un schéma qui était celui - on apprenait cela à l'école autrefois -  des pays en voie de développement.

On ne va pas demander Ă  l'État de construire des usines de purĂ©e.

Il ne faut pas caricaturer mes propos.

Quelles sont les mesures à prendre ?

En revanche, vous pouvez rĂ©unir les industriels du secteur. L'État peut ĂȘtre un stratĂšge et un fĂ©dĂ©rateur.

Il est tout Ă  fait lĂ©gitime que l'État s'adresse au secteur en disant : vous ne trouvez pas que, dans ce secteur on devrait rĂ©investir ?

Ils diront : Baissez les charges sur les salaires et nous produirons en France.

Non, ils ne disent pas cela. Ce n’est pas vrai.

Nous avons perdu les compétences sur ces filiÚres. Nous pouvons les retrouver et dans de nombreux secteurs.

Quand vous ĂȘtes un pays capable de fabriquer des satellites, des fusĂ©es, des avions, des hĂ©licoptĂšres, sachant que les meilleurs moteurs du monde, je dis cela pour mes compatriotes du pays du BĂ©arn, sont fabriquĂ©s en France, pourquoi ĂȘtes-vous exclu de cela ?

Mais, cette reconquĂȘte, le Gouvernement ne l'a pas engagĂ©e.

Il devra le faire. Pour moi, cette reconquĂȘte est l'Ă©tape essentielle des annĂ©es qui viennent.

Ce sont les 100 Md€ dont vous parlez dans le cadre de ce Plan Marshall ?

Le plan Marshall que j'Ă©voque est un plan de financement - comme on a fait aprĂšs la guerre - des investissements. J'assĂšne ce que je dis.

Le problÚme en France, c'est que l'on confond perpétuellement les domaines de l'investissement et du fonctionnement.

Vous dites que ce seraient des aides pour construire de nouvelles usines ?

Je n'ai pas dit des aides, j'ai dit des aides Ă  l'investissement.

L'investissement, cela a une caractéristique, ce n'est pas de l'argent perdu, vous le retrouvez plus tard.

En France, on confond perpétuellement investissement et fonctionnement.

Il y a une bonne dette et il y a une dette, je ne veux pas dire mauvaise, mais qui ne se rattrape pas.

Pourquoi M. Bruno Le Maire n'en veut pas ?

Je ne sais pas s'il ne le veut pas, et on a bien le droit d'avoir un débat est de défendre chacun ses positions.

La dette pour l'investissement, c’est le meilleur moyen de redresser le pays, car si on ne le fait pas, notre contrat social et insoutenable.

Vous entendez ce que je vous dis ? Le contrat social français, le plus généreux du monde, est insoutenable si nous ne nous rendons pas compte qu'il est entiÚrement fondé sur la contribution des personnes qui travaillent, des personnes ayant des revenus. Ce sont elles qui financent le contrat social.

François Bayrou, est-ce que c’est ce que vous mettez aussi derriĂšre ce que vous avez dit aprĂšs les rĂ©gionales, le fameux coup de semonce.

Vous avez dit que l'abstention trĂšs forte Ă©tait un coup de semonce donnĂ© Ă  l’exĂ©cutif.

Est-ce que ce que vous nous dites lĂ  en fait partie, c’est-Ă -dire que les Français protestent contre le fait que l’État n’est pas assez prĂ©sent pour se projeter dans l'avenir ?

Est-ce cela le coup de semonce ? C’est quoi ? On n’a pas trùs bien compris.

Le coup de semonce, c'est un terme de marine, un coup de canon lancĂ© en direction d'un bateau pour l'avertir qu’il n'y aura pas de seconde fois. La prochaine fois, on le coule.

C'est l'expression que j'ai utilisée. Je peux en utiliser d'autres.

Comme quoi ?

Les Français nous ont adressé un message recommandé et ils attendent l'accusé de réception.

Message recommandĂ© Ă  qui ? À deux destinataires. Le premier, c'est l'organisation de la dĂ©mocratie française.

Ce que les Français ont dit, c'est : Votre démocratie ne nous intéresse plus. Vous nous invitez à voter, on ne sait pas pourquoi on vote.

Et mĂȘme, dans ce studio, si je faisais une interrogation sĂ©rieuse sur les rĂ©gions, les dĂ©partements, les compĂ©tences croisĂ©es des uns et des autres et la loi Ă©lectorale des uns et des autres - on vote pour deux assemblĂ©es qui, au fond, se ressemblent, avec deux lois Ă©lectorales fondamentalement diffĂ©rentes, une liste d'un cĂŽtĂ©, un ticket de l'autre - tout cela, c'est incomprĂ©hensible.

On le fait selon des modes de votation totalement archaïques ?

C'est-à-dire ?

Laissez-moi ajouter deux phrases.

Qu'il faille aller le dimanche car vous ne pouvez pas voter par correspondance. Aux États-Unis - Ă©coutez bien ce chiffre - sur 200 millions de votants pour l'Ă©lection PrĂ©sidentielle, ils ont eu une participation de plus de 75 %.

Le Ministre de l'IntĂ©rieur vous a dit que, le vote par correspondance, c’est trop dangereux en France.

On a le droit d'avoir des dĂ©bats. C'est absurde. La position, non pas du ministre de l’IntĂ©rieur, mais de l’administration.

Aux États-Unis, 100 millions de votes par correspondance et, malgrĂ© les millions investis par l'Ă©quipe Trump, ils n'ont pas trouvĂ© une fraude.

Pour les Allemands, A. Merker a Ă©clatĂ© de rire dans une rencontre sur le fait que les Français n’avaient mĂȘme pas le vote par correspondance.

La Suisse a le vote par correspondance. Ce ne sont pas des démocraties de deuxiÚme zone.

Pourquoi pas chez nous ? Qu'est-ce qui bloque ?

L'État est profondĂ©ment marquĂ© par un immobilisme, une paresse de certains responsables, une techno structure qui s'est changĂ©e en verrouillage et qui, ministre aprĂšs ministre, leur explique que, non, ce n'est pas possible.

C'est la phrase que j'ai entendue le plus souvent quand j'ai Ă©tĂ© au Gouvernement : Ce n’est pas possible.

C'est l'administration qui vous dit cela quand vous ĂȘtes ministre ?

Oui, l’administration et, naturellement, les ministres sont solidaires de leur administration, car c'est ainsi que cela se passe et qu'il faut une dose d'Ă©nergie absolument irrĂ©sistible pour faire bouger tout cela, mais c’est notre responsabilitĂ©.

On va y revenir trĂšs longuement, sur cette organisation de la dĂ©mocratie, peut-ĂȘtre aussi car vous estimez que la proportionnelle devrait ĂȘtre Ă©largie.

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--- 2Ăšme partie de l'Ă©mission ---

 

Nous parlions de comment refonder cette démocratie pour faire en sorte qu'il y ait moins d'abstention.

L'une des solutions ne serait-elle pas que les Français connaissent mieux leurs Ă©lus et peut-ĂȘtre pour cela revenir sur le non-cumul des mandats ?

C'est ce que propose Richard Ferrand ce matin dans le JDD.

L'interdiction du cumul des mandats est une dĂ©cision qui a Ă©tĂ© prise et que j'ai moi-mĂȘme soutenue. Je reconnais que le rĂ©sultat n'est pas celui que nous attendions, car en France, la dĂ©mocratie est soumise Ă  une nĂ©cessitĂ© d'incarnation. On besoin de connaĂźtre les personnes.

Il est vrai que du temps oĂč il y avait un dĂ©putĂ©-maire, on le connaissait mieux. J'ai moi-mĂȘme Ă©tĂ© Maire avec d'autres fonctions locales, tel que PrĂ©sident du Conseil GĂ©nĂ©ral Ă  l'Ă©poque.

En mĂȘme temps, c'est une Ă©volution profonde de la sociĂ©tĂ©, cela ne s'est pas fait par hasard, c’est parce qu’il y avait une demande sociale trĂšs forte.

Les Français le réclamaient.

Il faut que l'on reprenne cela.

En tout cas, une chose absolument certaine : l'imbrication, l'intrication de nos collectivités locales, des différents étages de responsabilités locales - il y en a au moins trois et dans beaucoup de régions, quatre - ce qui rend incompréhensible la démocratie locale et une partie des messages recommandés avec accusé de réception que je décrivais, vient de cette constatation : on n'y comprend rien et à la vérité on ne peut rien y comprendre, car c'est invraisemblablement compliqué.

Il y aurait trop de niveaux de collectivité ?

L'idée que l'on puisse accumuler ainsi les intercommunalités, les départements, les régions, les collectivités


TrÚs concrÚtement, que fait-on ? Ce sont les intercommunalités ou les départements ?

Essayons de ne simplifier, de ne pas ĂȘtre simpliste.

Les intercommunalitĂ©s sont absolument nĂ©cessaires, elles sont devenues nĂ©cessaires. Ensuite l'Ă©tage intermĂ©diaire qui devrait ĂȘtre un Ă©tage de fĂ©dĂ©ration des diffĂ©rents territoires, dĂ©partement et rĂ©gion, ça ne va pas. Cela dĂ©pend, car il y a des rĂ©gions qui vont trĂšs bien : la Normandie, car c'Ă©tait historiquement inscrit, mais la Nouvelle Aquitaine qui est plus grande gĂ©ographiquement qu'un grand État europĂ©en et met dans la mĂȘme rĂ©gion - je parle de ma rĂ©gion - Pau, Biarritz, Poitiers et Limoges, Bressuire, c'est impossible.

Il faut sept ou six heures pour aller d'un bout de la rĂ©gion Ă  l'autre ! C'est inimaginablement irrespectueux de ce que les histoires et la gĂ©ographie ont Ă©tĂ©. De plus, les dĂ©partements Ă  l'intĂ©rieur n’ont* pas exactement trouvĂ© leur place.

Il se trouve que Nicolas Sarkozy et moi, pour une fois sur la mĂȘme ligne, nous avions soutenu l'idĂ©e du conseiller territorial. Je trouvais que l’on aurait pu l'appeler « Conseiller gĂ©nĂ©ral » - c'Ă©tait son nom autrefois, ce qui allait trĂšs bien - qui Ă©tait Ă  la fois un Ă©lu des rĂ©gions et des dĂ©partements.

Autre sujet sur lequel vous vous ĂȘtes beaucoup battu, la proportionnelle.

Nous parlions tout Ă  l’heure du rĂ©fĂ©rendum. Est-ce un sujet sur lequel on pourrait imaginer une consultation des Français Ă  l'automne pour enfin l'introduire aux lĂ©gislatives de l'annĂ©e prochaine ?

Pour moi, c'est indispensable et c'est le seul moyen que cette loi électorale soit adoptée.

Le référendum ?

Oui, le référendum.

Votre ami Patrick Mignola qui est le chef de file des dĂ©putĂ©s Modem, dit « il convient d’organiser ce rĂ©fĂ©rendum Ă  l'automne ». Est-ce que vous soutenez cette proposition ?

Je croyais mĂȘme avoir proposĂ© cela de maniĂšre explicite.

Il s'est inspiré de vous ?

C’est normal, nous appartenons Ă  la mĂȘme Ă©quipe.

Cela peut ĂȘtre l'automne. On pourrait imaginer, au pire, de le faire le jour des lĂ©gislatives afin que ce soit installĂ© dans la loi aprĂšs. Tout cela, je suis prĂȘt Ă  le discuter.

Je sais une chose certaine, c'est que les Français ont le sentiment d'une immense injustice devant laquelle tout le monde est indifférent : vous avez 60 % des Français qui ne sont pas représentés dans leur assemblée. Or, l'assemblée, celle-ci est faite pour le présenter le peuple.

Pourtant il y a de la proportionnelle aux régionales et cela n'a pas conduit les Français à se déplacer.

On parle d'autre chose, du fait que les Français voient dans leurs institutions une justice à laquelle ils peuvent adhérer. Nous avons un Président de la République qui a - ce qui est normal - l'essentiel du pouvoir exécutif entre les mains. Une fois de plus c'est normal - c'est le Général de Gaulle qui l'a voulu ainsi - le Président de la République a la charge de former le Gouvernement. C'est lui qui forme le Gouvernement, ce n'est pas l'assemblée ni les coalitions comme autrefois sous la quatriÚme République.

Les deux sont généralement confondus.

Le Général de Gaulle a dit, c'est le Président de la République qui formera le Gouvernement et a ajouté dans son célébrissime discours de Bayeux : « il formera le Gouvernement en tenant compte des nuances de l'Assemblée nationale ».

Il faut donc qu'elles soient représentatives.

Il n'y a rien de plus simple, il faut qu'elles soient pluralistes et représentatives.

La dĂ©mocratie consiste Ă  donner Ă  chacun son juste droit. Vous ĂȘtes un Ă©lecteur qui vaut en dignitĂ© et en lĂ©gitimitĂ© un autre Ă©lecteur. De ce fait, lorsqu'un courant d'opinion rĂ©unit plus de 5 % - toutes les dĂ©mocraties qui nous entourent le font, cela reprĂ©sente beaucoup plus d'un million d'Ă©lecteurs - il a le droit d'ĂȘtre reprĂ©sentĂ© et un Ă©lecteur vaut un autre Ă©lecteur.

L'Ă©galitĂ© de dignitĂ© et de lĂ©gitimité 

Emmanuel Macron ne vous a pas entendu lorsque vous faites ce plaidoyer.

Qui vous dit cela ?

La preuve en est qu’il n'y a pas de proportionnelle ou il y aura un rĂ©fĂ©rendum ?

Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Il ne faut pas prendre un air moqueur face à tout cela, car ce sont des débats absolument essentiels pour le pays.

Est-il encore temps de changer les rĂšgles d’ici aux lĂ©gislatives 2022 ?

Oui, il est temps de fixer un calendrier. Si le PrĂ©sident de la RĂ©publique est comme je l'espĂšre, persuadĂ© de cette nĂ©cessitĂ©. Nous allons nous retrouver devant des Ă©lections lĂ©gislatives, Ă  supposer mĂȘme qu'il se reprĂ©sente et soit rĂ©Ă©lu, qui ne vont pas prendre l'aspect d'une vague.

Il n'aura pas de majorité.

Chacun a le devoir de réfléchir à cette rÚgle de justice et de représentativité.

Lorsque vous dites qu’il faut Ă©couter les Ă©lecteurs, la majoritĂ© a eu un trĂšs mauvais score aux derniĂšres rĂ©gionales. Des ministres se sont prĂ©sentĂ©s et ont Ă©tĂ© battus.

Emmanuel Macron n'aurait-il pas dĂ» en tenir compte et par exemple remanier le Gouvernement en se sĂ©parant de certains ministres comme Éric Dupont-Moretti ?

C'est le deuxiĂšme message et je n'en tire pas les mĂȘmes conclusions que vous.

J'ai dit qu’il y avait deux messages avec accusĂ© de rĂ©ception, c’est le deuxiĂšme message qui dit « on ne comprend pas bien ce que vous faites, on ne comprend pas comme vous ĂȘtes organisĂ©s et en tout cas, pour nous, on attend du changement, on attend que vous entendiez ce que l'on vous dit ».

Je suis partisan que l'on entende ce que les Français ont dit.

Comment ? Une réorganisation de la majorité ?

C'est au Président de la République d'y réfléchir. Je pense en tous cas qu'il faut refixer le cap, que soient refixés les fondamentaux qui avaient fait la victoire de 2017 et dont il faut retrouver aujourd'hui la ligne directrice.

Ils ne sont pas clairs aujourd'hui ? Le cap n'est plus clair ?

Je ne dis pas cela comme cela, je pense que les Français ont cette opinion.

Ne doit-il pas convoquer le CongrÚs pour s'exprimer devant le Parlement ?

C'est une option.

Vous le souhaitez ?

Il y a d'autres options. Laissez le Président de la République prendre ses décisions, je ne suis pas là pour court-circuiter ses décisions.

Vous les connaissez ?

Je pense nécessaire que le Président de la République fasse entendre aux Français le caractÚre original et la force du projet qui est le sien. Je pense que ce projet du Président de la République est lié à deux questions essentielles, la premiÚre de ces questions : « quelle reconstruction du pays ? »

Nous avons pris l'industrie, c'est une chose ; nous avons des problĂšmes dans le domaine de la santĂ©, l'organisation de la santĂ©, la pharmacie,
 Nous avons des problĂšmes de souverainetĂ©. Il y a, vous le voyez bien aujourd'hui, des ruptures en termes de matiĂšres premiĂšres et des secteurs trĂšs importants sont abandonnĂ©s.

Si vous regardez, nous avons un problùme majeur d'Éducation nationale.

Pour moi, c'est un crĂšve-cƓur ! J'ai toujours aimĂ© et pas seulement aimĂ©, j’ai toujours Ă©tĂ© passionnĂ© par cette mission : que la France, grand pays scientifique qui s'enorgueillissait de ses mĂ©dailles Fields et Prix Nobel, soit aujourd'hui le dernier pays du monde en termes de compĂ©tences mathĂ©matiques Ă  l'Ă©cole, ce n'est pas possible ! Et mĂȘme en matiĂšre de langues, de maĂźtrise de la langue !

Le ministre de l'Éducation s’y est naturellement attaquĂ©.

On ne va pas changer tout cela en 10 mois, nous sommes sur la fin du quinquennat.

Tout Ă  l'heure, votre question Ă©tait : « vous dites que l'on ne peut plus rien faire » et maintenant vous dites « on ne peut pas changer en 10 mois ». On peut s’adresser au pays pour dire ce que vont ĂȘtre les orientations fondamentales de l'avenir.

Pour la suite.

PremiĂšre question. Il y a une deuxiĂšme et je m'arrĂȘterai lĂ .

« Au fond, quel est le rÎle de la France en Europe et dans le monde ? ».

« Qu'est-ce que notre projet national ? »

Je dis bien « national » avec l’identitĂ© nationale dans cette affaire, ce que nous portons tous et chacun.

« Qu'avons-nous à dire à l'Europe et à dire au monde ? »

Ces deux questions, comment on reconstruit et quel est le message de la France, sont essentielles.

Question plus prosaĂŻque : « comment est-ce qu’on le fait, avec quelle organisation ? » Est-ce que par exemple une maison commune prĂ©sidĂ©e par Édouard Philippe pour restructurer la majoritĂ© et la remobiliser aurait vos faveurs ?

Cette maniĂšre de voir les choses n'est pas la mienne. Il y a une question prĂ©alable qui est : sommes-nous aujourd'hui organisĂ©s, mĂȘme imparfaitement, comme il faudrait ou est-ce que notre absence d'organisation et pĂ©nalisante ? Ce Ă  quoi je rĂ©ponds : toutes ces formations - j'en ai fondĂ©es et en prĂ©side une - n’ont plus la capacitĂ© de mobiliser le pays.

Il faut bouger.

Comment ?

Les organisations que nous avons sont sympathiques, intéressantes, enracinées pour certaines, ont une histoire, mais ne correspondent plus au défi du temps.

Que faut-il faire ?

Notamment cette rupture démocratique dont nous parlions.

Il faut donc reprendre comme un architecte.

Créer un seul grand parti ?

En tout cas, il faut une démarche unitaire, un grand mouvement politique qui ait les traits dont nous avons besoin, démocrate pour les uns, républicain pour les autres et populaire.

C'est déjà son titre que démocrate, républicain, populaires.

Je vous assure, on peut rire de la démocratie, on peut rire des partis, tout le monde le fait.

Vous avez déjà pensé cette architecture.

Je m'efforce de ne m'exprimer que lorsque j'ai pensé un tout petit peu.

Pourriez-vous présider ce parti, pourriez-vous le lancer ?

Si vous le voulez bien, Ă©cartons les questions de personnes, y compris la mienne.

Je me suis beaucoup battu, j'ai rompu beaucoup de lances au service de ce courant politique là, de ce grand courant central qui a pour moi vocation à gouverner la France durablement, pas seulement pour la prochaine élection présidentielle, mais pour organiser, rencontrer les forces.

J'en tire cette conclusion des élections : séparés, nous sommes trop faibles.

Il faut donc que personne n’y perde de son identitĂ©, de son histoire, de son patrimoine de valeur, mais il faut une organisation diffĂ©rente et que ce soit une organisation ouverte, dans laquelle tous ces Français qui ne se reconnaissent plus puissent trouver un engagement diffĂ©rent, pas forcĂ©ment un engagement d'adhĂ©rents, mais quelque chose Ă  quoi ils puissent participer.

Avant d'en venir aux questions express, une question d'actualitĂ©. Il y a eu une perquisition au MinistĂšre de la justice en prĂ©sence du Garde des sceaux Éric Dupont-Moretti. Avez-vous Ă©tĂ© surpris, choqué ? Est-ce normal que les juges aillent au MinistĂšre de la Justice comme dans toute autre institution en France ?

On peut ĂȘtre surpris et choquĂ© et en mĂȘme temps penser que les juges ont ce droit, reconnu par la Constitution, de dĂ©clencher des actions, y compris des actions de ce style.

L’avocat du garde des Sceaux dit que les moyens employĂ©s ont Ă©tĂ© excessifs, disproportionnĂ©s.

Oui, j'ai entendu dire que l'on avait dĂ©coupĂ© au chalumeau des coffres-forts vides. Je ne sais pas si cela est vrai, ce ne sont pas des renseignements de premiĂšre main, mĂȘme si j'ai Ă©tĂ© au MinistĂšre de la Justice pendant une courte pĂ©riode.

Je vais dire quelque chose d'un peu sibyllin. Il y a des personnes qui imaginent que la justice doit ĂȘtre un contre-pouvoir et je pense qu'elle doit ĂȘtre impartiale.

Il y a mĂȘme des juges qui considĂšrent que la justice est un contre-pouvoir.

Vous voyez la différence entre un contre-pouvoir qui est une maniÚre de prendre les pouvoirs de la démocratie et d'essayer de les déstabiliser ou de les affaiblir et puis, il y a l'autorité impartiale que la justice doit représenter.

Je suis nettement du cÎté de l'autorité impartiale. J'ai trouvé que le « mur des cons » était une obscénité.

C'Ă©tait une obscĂ©nitĂ© et il n'y a pas eu de sanction. Je pense que lorsqu’un certain nombre de personnes disent il faut aller vers davantage de responsabilitĂ© des magistrats qui n’est jamais mise en cause, je pense qu'ils ont raison. Je pense qu'il y a un malaise entre la justice et la sociĂ©tĂ© et que les citoyens et les justiciables ne se sentent pas assez souvent garantis dans leurs droits.

Enfin, je pense que c'est une reconstruction absolument nécessaire et profonde.

Le garde des Sceaux peut-il rester à ses fonctions de garde des Sceaux ?

C'est la dĂ©cision du PrĂ©sident de la RĂ©publique et du garde des Sceaux. Pour l'instant, je constate simplement qu'il y a eu enquĂȘte et perquisition.

Doit-il partir ?

Vous lui poserez la question ainsi qu’au PrĂ©sident de la RĂ©publique.

Vous n'avez pas l'air convaincu.

Questions express


Êtes-vous pour ou contre l'interdiction du voile pour les assesseurs dans les bureaux de vote ?

Les bureaux de vote, c'est l'espace public et on a le droit, dans l'espace public, de porter un foulard.

Pour ou contre le contrÎle continu pour toutes les épreuves du bac, comme envisagé par Jean-Michel Blanquer ?

Ce qui pose question dans le contrĂŽle continu, c'est l'harmonisation des notes. Mettre sur la tĂȘte ou sur les Ă©paules des enseignants une dĂ©marche Ă  nouveau bureaucratique et compliquĂ©e pour harmoniser toutes les notes de France, c'est extrĂȘmement compliquĂ©.

J'ai lu dans Le Figaro une tribune trÚs intéressante sur ce sujet récemment.

PlutÎt contre si je résume votre pensée.

Pour ou contre la Panthéonisation de Joséphine Baker ?

Je suis le seul Français qui n'aime pas le Panthéon. J'ai dit que je n'étais pas enthousiaste pour Aimé Césaire, pour Dumas, des personnes qui étaient dans leur terre et que l'on proposait d'aller enfermer dans ce monument symbolique et majestueux, mais froid.

Je n'aimerais pas que l'on mette au Panthéon quelqu'un que j'aime.

Simone Veil l'a été.

Oui, et son mari.

Il y a des personnes qui sont fascinĂ©es par le PanthĂ©on. Ce n'est pas mon cas. Il y a des personnes fascinĂ©es par les dĂ©corations, ce n'est pas mon cas. Il y a des personnes fascinĂ©es par les grandes institutions honorifiques, toutes les acadĂ©mies, ce n'est pas mon cas, peut-ĂȘtre car je suis un PyrĂ©nĂ©en un peu Ă©loignĂ© de ce monde des grandeurs d'Ă©tablissement, comme disait un Monsieur qui s'appelait Blaise Pascal. Franchement, lui aurait mĂ©ritĂ© les honneurs.

On s'interroge beaucoup sur les ambitions prĂ©sidentielles Ă©ventuelles d’Éric Zemmour.

Y voyez-vous plutÎt une menace pour la majorité ou une opportunité de diviser la droite et d'affaiblir Marine Le Pen ?

Je suis pour que chacun vive ses aventures, qu'il soit libre de sa vie, qu'il assume le destin qu'il a ou croit avoir.

Il a quelque chose à dire ?

Je connais Éric Zemmour depuis 40 ans. Je ne vais pas me mĂȘler de ce genre de dĂ©bat.

C'est à lui comme citoyen de prendre ses responsabilités.

Vous avez des contacts avec lui, des discussions politiques ?

Cela m'arrive assez souvent mĂȘme si nous ne sommes souvent pas d'accord.

Marine Le Pen a-t-elle été affaiblie, selon vous ?

Oui, bien sûr.

Cela hypothÚque ses chances de victoire pour 2022 ?

La majorité présidentielle a été affaiblie, le Rassemblement national a été affaibli. La démocratie a été affaiblie. Il y a beaucoup d'affaiblissements et assez peu de renforcements.

Mais la gauche et la droite renforcée ?

Ils le croient et vont découvrir que ce n'est pas si simple de dégager un leader. Je parle en connaissance de cause.

Ils vont découvrir que ce n'est pas parce que vous avez une étiquette que les personnes font confiance à la femme ou l'homme qui se présente devant vous.

C'est comme cela.

Autrefois, on votait en fonction des étiquettes. On vient de découvrir que ce n'était pas le cas.

Dans l'actualitĂ© des rĂ©seaux sociaux, cette semaine, Emmanuel Macron a relancĂ© le dĂ©bat sur les crop top, ces vĂȘtements qui arrivent au-dessus de la taille.

Le Président préfÚre qu'à l'école les filles notamment portent une tenue décente.

Vous avez des enfants et petits-enfants, est-ce que cela vous choque ?

J’ai des enfants, pas mal ! Et je suis assez peu choquable.

Pour vous, c'est une tenue décente ?

Vous voyez bien


Il y a une forme de sexisme quand on entend cela de la part du Président de la République ?

J'ai grandi au temps des minijupes, et j'en garde un souvenir absolument chaleureux et Ă©mu.

C'était vraiment, à l'époque, des mini minijupes. Est-ce que c'était décent ?

C'était décent, cela dépend de ceux qui les portent et de leurs attitudes.

Le fait qu'Emmanuel Macron intervienne sur la tenue que doivent porter les jeunes filles


Il y a une chose que je sais avec certitude : je respecte la liberté, y compris des personnes que j'aime bien, et surtout des personnes que j'aime bien.

J'ai trouvĂ© par exemple, cela a Ă©tĂ© beaucoup critiquĂ©, que son Ă©mission avec des youtubeurs, Carlito & McFly, Ă©tait trĂšs sympathique, j'ai trouvĂ© qu'il n'avait jamais abandonnĂ© la dignitĂ© prĂ©sidentielle et qu'en mĂȘme temps, c'Ă©tait complĂštement dĂ©tendu et naturel.

Cela n'a pas mobilisé les jeunes pour autant aux élections.

Oui, mais vous aurez observé que 13 millions de jeunes ont regardé cette production.

Concernant Emmanuel Macron, il s'oppose également à l'allongement de 12 à 14 semaines du délai pour avoir recours à une IVG.

Le chef des députés de la République en Marche, Christophe Castaner, a clairement dit qu'il avait un désaccord avec le Président à ce sujet.

Êtes-vous favorable Ă  l'allongement de ce dĂ©lai ?

C'est une question sur laquelle le comité d'éthique doit se prononcer.

Le comité d'éthique avant. Mais, vous, vous n'avez pas d'avis particulier ?

Vous ĂȘtes pour le maintien Ă  12 semaines ?

Vous voyez bien les problÚmes, la sensibilité que cela pose. Pour moi, ce n'est pas indifférent.

L'enfant qui se dĂ©veloppe dans le sein, comme l’on dit, de sa mĂšre, ce n'est pas indiffĂ©rent.

Cela dit, il y a des lois et le comité d'éthique doit pouvoir dire ce qu'il en pense.

François Fillon entre officiellement au Conseil d'administration d'un grand groupe pétrolier russe.

Pourriez-vous envisager de le faire ? Cela vous choque-t-il ? Estimez-vous qu'il y a un conflit d'intĂ©rĂȘts ?

Est-ce que je peux envisager de faire cela ? Jamais, pas une seconde, ni de prÚs ni de loin.

Quand vous avez Ă©tĂ© un responsable public de premier plan, afficher de cette maniĂšre que vous ĂȘtes sous la coupe d'un puissant État Ă©tranger, il y a quelque chose qui, pour moi, me heurte et m'a toujours heurtĂ©.

On dira qu'il y a des dirigeants allemands qui l'ont fait, M. Schroeder en particulier. Cela me heurte.

Quand vous avez incarné ce qu'un pays a de plus précieux, à mon sens, il ne faut pas le faire.

Merci, c'Ă©tait le dernier Grand jury de la saison.

Merci Ă  nos partenaires et Ă  tous ceux qui contribuent Ă  cette Ă©mission.

Merci beaucoup, François Bayrou.

TrÚs belle semaine, à l'année prochaine.

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