UR 2026 : Intervention de Bernard Cazeneuve
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Seul le prononcé fait foi.
Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs les élus, chers amis, Permettez-moi d'abord de vous remercier pour votre hospitalité chaleureuse, de remercier François Bayrou pour ses mots d'accueil, et j'espère ne compromettre personne dans cette salle, ni ne susciter aucun chagrin en disant que je me sens un peu ici chez moi. D'abord parce que c'est la deuxième occasion qui m'est donnée de venir à votre rencontre pour vos universités d'été. Ensuite parce que nous avons en partage avec François, et cela a donné bien des occasions de rencontres et de dialogues au cours des dernières années, le sentiment d'un moment historique particulier qui justifie que nous soyons quelques-uns à prendre nos responsabilités en essayant de faire en sorte que le discours de la raison puisse s'imposer dans un pays. où parfois les comportements politiques donnent le sentiment que la déraison est devenue contagieuse. Et que nous puissions réussir cela dans un contexte très particulier au plan international, européen et domestique, qui justifie que nous soyons capables ensemble, par-delà ce qui peut nous différencier, de dire quelles sont les lignes claires autour desquelles un rassemblement est possible. Comme notre pays en a connu d'autres à des moments particuliers de son histoire où tout semblait compromis et où la détermination de quelques-uns puis celle du peuple français dans son ensemble ont permis de trouver la force du sursaut. Je crois cela possible. Si cela paraît incertain, il est de notre devoir par notre détermination de le rendre possible. et si je suis venu dans cette région qui est moins près de Paris que Guidel, mais au moins aussi ensoleillée que Guidel. C'est parce que j'avais envie de partager avec vous tous et avec François cette nécessité de la responsabilité du Rassemblement. D'abord, tous les sujets sont liés. Et le remarquable exposé que vient de faire François Bayrou en témoigne s'il en était besoin. Nous savons que tout ce qui affecte le monde, ces désordres, ces guerres, le retour des impérialismes, la prise de distance des dirigeants, y compris du monde libre avec les principes de l'état de droit, dans leur pays, mais je parle aussi du droit international, tout cela... constitue une évolution du monde que le discours des pères fondateurs de l'Union européenne avait voulu éviter par le projet que les peuples d'Europe avaient en partage mais que l'histoire par ses bégaiements, ses répétitions présente à nous comme un nœud de danger qui peut remettre en cause l'état de droit, nos libertés, notre souveraineté. Et si l'on regarde quelques-uns des événements qui ont traversé le monde au cours des derniers mois et qui ont marqué les esprits, parce qu'ils furent pour certains d'entre eux spectaculaires, on ne peut que s'inquiéter de la gravité du moment où nous nous trouvons. Je pense à cette image dans le bureau ovale de la Maison Blanche où le président des Etats-Unis, qui fut longtemps pour les Français, y compris lorsque les Américains, parfois, Témoigner à l'égard de nos grands leaders, je pense au général de Gaulle et aux deux films qui viennent d'être réalisés le concernant. Ces grands leaders américains n'ont pas toujours été plein de mensuétudes pour les grands leaders français, mais nous étions liés les uns aux autres par l'amour de la liberté et comme responsables politiques de la Normandie pendant quelques années. Je ne peux oublier ce que fut le sacrifice des soldats américains débarqués sur les plages du débarquement pour que nous puissions, par leur sacrifice, recouvrer notre liberté. Il y avait ce lien transatlantique, indestructible, indéfectible, lorsqu'il s'agissait des valeurs fondamentales de liberté, de respect du droit, d'équilibre entre les nations. Et les États-Unis avaient pris leur part dans l'ordre du monde. né de la seconde guerre mondiale lorsqu'il s'agissait de l'organiser autour du multilatéralisme et bien lorsque dans le bureau ovale de celui que nous nous sommes toujours représenté comme le leader du monde libre le président d'une nation attaquée par un détecteur usant de la force et de la fureur des armes pour envahir son voisin est présenté comme étant la cause du mal et celui qui a procédé à l'envahissement Comme la victime du président ukrainien, on voit combien la distance est grande de la représentation qu'ont les Etats-Unis du droit international aujourd'hui, comme en témoignent aussi les conditions dans lesquelles ils sont intervenus au Proche et Moyen-Orient, avec les conséquences évoquées à l'instant par François et dont on mesure la gravité pour notre vie quotidienne. Cette prise de distance... Des populismes, des dégagismes, ils existent parfois à la tête de certains pays du monde libre. Ils sont en train de miner de l'intérieur les démocraties européennes, comme en témoigne le résultat des récentes élections allemandes et comme en témoigne la confrontation annoncée entre les deux dégagismes représentés par le RN et la France insoumise en France. Cette montée des dégagismes à travers le monde, que l'on appelle Merci. en leur faisant trop d'honneur populisme. Elle repose sur une idée fausse, pernicieuse et qui peut remettre en cause nos idéaux et notre liberté. Cette idée est celle que la démocratie serait plus forte si elle divorçait des principes de l'état de droit au motif que le droit serait dans la démocratie une forme d'entrave imposée à la volonté des peuples. Au point qu'on voit un parti de gouvernement et son candidat à l'élection présidentielle Préconiser qu'on pût organiser des référendums sur des décisions prises par le Conseil constitutionnel, qui par ces décisions garantit que le Parlement, lorsqu'il légifère, se référera toujours aux principes de proportionnalité et d'équilibre que porte en elle la démocratie, on voit un responsable d'un parti de gouvernement préconiser qu'on pût, par le référendum, détruire les principes de l'état de droit. en remettant en cause le rôle du juge constitutionnel, alors même que tout cela est consubstantiel à la démocratie. En démocratie, si l'on est conscient d'où l'on vient, de la part d'histoire à laquelle on se rattache, on ne peut pas s'éloigner de cette réalité institutionnelle, politique, juridique, philosophique, fondamentale, qui veut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. Alors vous me direz, préconisez devant d'authentiques centristes que le pouvoir pu arrêter le pouvoir n'est pas la meilleure manière d'être impopulaire. Mais partout ailleurs par-delà cette salle, la chose pose problème. Ça pose problème au Rassemblement National dont on voit bien qu'il se propose par référendum Et en utilisant un article de la Constitution, l'article 11, qui précisément n'autorise pas, si l'on s'en tient au texte et à l'esprit de la Constitution, de détruire l'état de droit par le truchement de cet article. Mais il préconise qu'on puisse, par référendum, sortir de la Convention européenne des droits de l'homme, remettre en cause l'indépendance des juges, remettre en cause le rôle du Conseil constitutionnel, en quelques mots, préparer la sortie de l'Union européenne, c'est-à-dire du creuset de valeurs. pour lequel bien des leaders auxquels nous avons témoigné de notre fidélité, dont nous avons accompagné les combats pour lesquels ils se sont battus, tout cela serait la fin de ce que nous constituons comme nation, unie derrière des principes conquis de haute lutte et parfois par le prix du sacrifice et du sang. Et puis il y a ceux qui de l'autre côté prétendent s'ériger contre le fascisme et qui utilisent parfois ces moyens en remettant en cause la prévention que tout démocrate doit avoir à l'égard de la violence. On ne peut pas dans les réunions publiques s'ériger contre le fascisme et accepter de maintenir dans ses rangs ceux qui ont créé des quasi-milices. dont certains des acteurs sont allés dans les rues de Lyon jusqu'à assassiner un jeune dont nous ne partageons en aucun cas les convictions, mais pour lequel nous n'aurions jamais voulu qu'il puisse trouver la mort en raison des convictions qui étaient les siennes. Parce qu'en démocratie, et c'est ça la force de la démocratie, et l'amour que nous avons de la liberté en commun, Nul ne peut accepter que l'on remette par la violence les principes fondamentaux de l'état de droit au motif que ceux que l'on a en face de soi ne pensent pas comme nous voulons nous-mêmes qu'ils pensent. Alors je vous dis cela pourquoi ? Je vous dis cela parce que je veux rejoindre la sagesse des propos tenus à l'instant par François Bayrou. Les deux leaders des dégagismes et leurs troupes autour d'eux coalisées et parfois fanatisé par des discours qui sont là pour faire en sorte que la cohésion vienne de la volonté d'affronter l'autre, c'est-à-dire l'autre qui représente l'autre dégagisme. Mais en réalité, ces deux représentations politiques, ces deux dégagismes, ne sont pas en duel, ils sont en duo. Vous n'avez pas devant vous des fascistes et des antifascistes. Vous avez un duo de dégagistes qui se nourrissent l'un l'autre. Et lorsque les premiers s'en prennent au principe de l'état de droit, ils donnent au second les moyens de s'ériger en force antifasciste. Et lorsque les forces antifascistes préconisent qu'on puisse éloigner les principes de l'état de droit en considérant que tous les policiers... Dans la police de la République, tu es, et que pour cette raison-là, on pourrait affirmer sans aucun problème son insoumission aux lois de la République. Ce sont deux dégagismes éloignés des principes de l'état de droit qui se font, non pas face, mais qui concourent ensemble, dans leur duo, à remettre en cause les fondements de la République. Et si cette bataille devait être gagnée par eux, s'il devait y avoir cette confrontation au second tour de l'élection présidentielle... ce serait la victoire de Marine Le Pen qui serait assurée, en aucun cas celle de l'autre dégagisme. Et par-delà cette victoire, c'est la confrontation violente, loin des institutions de la République et dans la rue, qui serait organisée au détriment de la France, qui serait menacée de décrochage. Et de cela, nous ne devons vouloir à aucun prix. Et c'est précisément... Parce que nous ressentons ce risque, que nous voulons dire ensemble et avec d'autres, qu'il faut créer les conditions de la résistance à l'air du temps. Les conditions de la résistance à l'air du temps, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut avoir le courage d'affronter ce duo qui voudrait occuper tout l'espace politique et confisquer l'élection présidentielle à ce authentique républicain qui s'inquiète de voir le pays s'affaisser. Il faut, si nous voulons résister à l'air du temps, être capable de dire parfois aux médias qui s'accommodent de cette confrontation, parce qu'elle fait turbuler le système, qu'il y a suffisamment de républicains dans notre pays, qui ont des lignes claires, qui ont l'amour de la République au cœur, et qui ont la conviction surtout que la France est infiniment plus grande qu'eux, et qui sont prêts dans la plus grande abnégation à faire le plus grand sacrifice pour faire en sorte que la France... reste conforme à elle-même car finalement, même si tout le monde aujourd'hui est devenu gaulliste et qu'il y a bien entendu dans cet amour soudain pour le général de Gaulle parfois bien des hypocriés et des ralliements de dernière minute, il y a une formule du général de Gaulle que nous devons garder à l'esprit car elle est magnifique de sens et finalement elle nous dicte notre devoir. « Et français, disait-il, celui qui veut que la France continue. » Ça veut dire quoi, et France est celui qui veut que la France continue ? Ça veut dire d'abord qu'il n'y a pas une France à faire renaître, une France sublime qui aurait existé avant, qu'on aurait abandonné par lâcheté, que les gouvernements successifs se seraient employés à oublier et qu'il faudrait faire renaître. Une France traditionnelle, une France figée dans le temps, une France figée dans une grandeur qui n'a jamais existé, la grandeur de la France. C'est la capacité de tous les Français dans les moments les plus difficiles de leur histoire de se dresser pour que leur pays demeure debout. Ce n'est pas une nostalgie rance qui sent la naphtaline qu'on voudrait nous faire ressortir aujourd'hui comme on l'a fait sortir dans les moments les plus tragiques de notre histoire, là où l'ennemi était aux portes et où ceux qui avaient du courage étaient partis seuls pour les chasser du territoire de notre pays en organisant les résistances. Il n'y a pas non plus de France nouvelle, une France nouvelle qui serait surgie d'un coup. d'un opportunisme politique destiné à cristalliser autour d'un leader maximo, qui est par ailleurs un démocrate minimo, des clientèles électorales qu'on méprise par ailleurs. Parce que si ces clientèles électorales, on les estimait, on n'aurait pas pour objectif de leur faire la démonstration que la démocratie et la République les aiment suffisamment peu pour qu'ils deviennent légitimes de se dresser contre elles. Non ! On affirmerait la promesse républicaine pour faire en sorte que la République est une et indivisible, prenne tous ses enfants dans ses bras. Il n'y a pas de France nouvelle, il y a la France. La France telle que nous l'avons défendue, telle que nous l'avons aimée, telle que nous l'avons gouvernée pour un certain nombre d'entre nous en essayant de donner le meilleur de nous-mêmes. Parce que je vois la sévérité du regard porté sur... ceux qui ont gouverné la France, et y compris sur ceux qui gouvernent aujourd'hui. Il ne vous a pas échappé, ce n'est pas votre cas, que je n'ai pas été dans la majorité au cours des dernières années. Mais il s'avère que j'ai exercé pendant quelques années des responsabilités ministérielles. Et donc je sais l'extrême difficulté des choses. Je sais la complexité de gouverner. Je sais la dureté des temps. Et par conséquent, je m'interdis de porter un jugement sur ceux qui ont eu la... Responsabilité du pouvoir qui soit à l'emporte-pièce alors que je suis conscient de la difficulté des choses. Parce que si on a la passion au cœur de la République, et si dans un moment historique particulier on sait la difficulté des choses et la rudesse des temps, alors on n'a pas le droit de porter des jugements à l'emporte-pièce sur ceux qui ont la responsabilité du pays, ceux qui d'ailleurs ne dispensent pas de leur dire ce qu'on a à leur dire en sincérité, si on estime... qu'il est nécessaire de le faire dans l'intérêt du pays. C'est à ce comportement que j'ai essayé de me conformer tout au long des années qui viennent de s'écouler. Alors, je ne veux pas être trop long, parce qu'on a mis devant moi un compteur qui me dit votre impatience de me voir terminer. Non, non, c'est vrai. Et je dois la vérité de vous dire que ça me fait un peu de peine. Car finalement, même si je n'ai pas abusé du temps que vous m'accordez, je commence à m'habituer à votre présence. Et comme il n'a pas échappé à la cégalicité des plus politiques d'entre vous, qu'il y a des universités d'été auxquelles on a oublié depuis quelques années de m'inviter, qui sont celles dans lesquelles pendant des années je me suis rendu. Ça aussi ça me fait de la peine, je le dis. Me retrouver accueilli si chaleureusement par vous, devant une salle quand même assez nombreuse, on a parfois perdu l'habitude d'avoir des salles nombreuses. Ça fait un immense plaisir. Alors je comprends du programme qui m'a été communiqué par Maud il y a de ça quelques jours que vous allez avoir beaucoup, beaucoup d'invités dans les heures qui viennent. Je n'ai pas siégé au gouvernement avec la plupart d'entre eux. J'étais même le plus souvent dans leur opposition. Et si nous devions faire la liste des sujets sur lesquels nous sommes en accord et la liste des sujets sur lesquels nous sommes en désaccord, il y aurait sans doute encore quelques sujets de débat. Mais je conclurai en disant qu'il faut bien avoir à l'esprit, et plus sérieusement, la gravité du moment historique où nous nous trouvons, pour les raisons qui tiennent à la situation internationale, à ses conséquences possibles sur le pays. mais aussi pour des raisons qui tiennent à l'extrême inquiétude des Français et à la souffrance sociale qui constitue le quotidien de beaucoup d'entre eux. Pour des raisons qui tiennent à l'augmentation du carburant, mais pas seulement. Pour des raisons qui tiennent aux incertitudes qu'engendrent certains progrès techniques sur la possibilité de garder son emploi. Je pense à l'intelligence artificielle qu'on... considère généralement à travers le prisme des gains de productivité qu'elle peut nous permettre de consolider, mais assez peu, du point de vue philosophique, à travers les progrès technologiques qu'elle engendre elle-même, sans la maîtrise de l'homme, et qui peuvent poser pour la première fois depuis l'histoire de l'humanité, la question de la possibilité pour un progrès engendré par l'homme d'échapper à l'homme en remettant en cause y compris jusqu'à son existence. Et quelques articles ont été clairement écrits et énoncés ces derniers temps qui témoignent de ce risque-là. Le pouvoir d'achat, la souffrance sociale, l'angoisse de la situation internationale, les effets du progrès technique, les effets du réchauffement climatique. Cet été aura été un été particulier, qui n'aura pas été un été comme les autres et qui aura conduit beaucoup de Français à être éprouvés. par les effets du réchauffement climatique. Nous avons donc mille défis devant nous. Et ces défis-là, nous pouvons les affronter en faisant le pari du grand saut dans le vide, au motif qu'on n'aurait pas encore essayé. L'autre jour, j'étais en Normandie, je me promenais le long du rivage, et monsieur arrive, il me dit « il faut arrêter avec ces histoires, on n'a pas essayé le Rassemblement National » . J'ai dit à mon épouse l'autre jour « on n'a pas essayé » . L'omelette au chocolat aux champignons vénéneux non plus, mais je vous assure que ça ne marche pas. Alors pour toutes les raisons qui tiennent à ce contexte, le temps n'est pas un inventaire de ce qui nous différencie. Mais le temps est à la nécessité de regarder ce qui nous rassemble, ce qui nous agrège, c'est-à-dire de créer les conditions de cette coalition des engagés pour faire en sorte que l'amour que nous avons de la nation, de ces enfants qui se battent pour que la vie soit possible sur la planète là où nous nous sommes battus, pour que la vie soit meilleure, pour que tous ces défis qui se présentent à nous soient relevés, que le redressement de notre pays que nous appelons de nos voeux soit possible. et qu'ensemble, dépositaires de la démocratie et de ses principes, nous soyons capables de porter haut ses valeurs pour la France, pour la République et pour l'Europe.