UR 2026 : Discours d'ouverture de François Bayrou
Absent(e) lors de notre Université de rentrée ? Revivez le discours d'ouverture de François Bayrou lors de notre Université de rentrée 2026 à L'Isle-sur-la-Sorgue.
Seul le prononcé fait foi.
Je suis très content que vous soyez là et je salue nos invités qui ont accepté, Les parlementaires et les parlementaires européens. Je suis très content que les membres du gouvernement soient là. Je suis très content que Maud Gatel ait orchestré tout cela d'une main de maîtresse.
Et je suis très heureux que Bernard Cazeneuve soit là. Bernard Cazeneuve est déjà venu à l'une de nos Universités de rentrée. Mais cette année, c'est profondément différent. Parce que les événements que nous avons le devoir de comprendre, d'analyser, de corriger, de façonner si nous pouvons, ces événements sont d'une gravité comme aucun d'entre nous n'en a connu et aucun de nos prédécesseurs depuis la fin de la guerre. Et je dis cela en ayant parfaitement conscience de ce qu'était la situation du pays à la fin de la guerre, de la gravité, de la profondeur des contraintes ou du poids des contraintes que la France devait affronter. Mais nous avions des instruments de contrôle de la situation que nous n'avons pas aujourd'hui. Ce qui donne à l'élection présidentielle qui vient, tout son enjeu, toute sa gravité et qui décrit tout son risque. Et c'est pour cela que nous sommes là.
Je dis que ce n'est pas comme les autres années. Parce que quand des très grands leaders politiques nationaux venaient les autres années, c'était un geste de sympathie. C'était un signe que nous avions à faire ensemble. Cette année, c'est un message. Et je voudrais dire ce qu'est pour moi ce message.
Je disais une situation de crise comme la France n'en a pas connue depuis la guerre, une situation de risque tous azimuts, toutes les sources de risque additionnées les unes aux autres sans que nous apercevions bien la voie pour les réduire.
Et ces risques, on va les décrire en une seconde. Un risque systémique, planétaire, déclenché par l'entrée de la planète dans le siècle de la loi par la violence. Il y a eu un temps où l'affirmation c'était la force de la loi, et aujourd'hui c'est la loi de la force. De la force la plus brutale, la plus militaire, celle qu'on croyait disparue, de notre Europe en particulier. Et tout d'un coup, on découvre que c'est à nos portes, c'est chez nous que la Pologne, elle-même, se sent menacée. L'Estonie, enfin tout ce que vous allez nous décrire Marc Fesneau, nos parlementaires qui, avec toi, étaient en Ukraine pour 8 ou 10 jours de séjour très approfondis. Je crois que vous avez été très bouleversés. Et tout le monde voit bien que la contagion est une perspective qu'on ne peut pas écarter. Et tout le monde voit bien que le leader de la Russie envisage toutes les éventualités. Il le fait dire, il le dit, si l'on lit ses discours attentivement, et évidemment, les cibles sont chez nous. Le renseignement allemand a caractérisé que l'attaque ratée par chance, par drone, à l'aéroport de Leipzig, était faite pour détruire des avions. Et tout le monde voit bien que les attaques hybrides, comme on dit, sont évidemment présentes et évidemment suspectes, et éminemment suspectes. Ça c'est l'Europe.
Et il y a le Moyen-Orient. Ce matin, à l'invitation du Président de la République, les responsables de partis politiques ont été conviés pour découvrir quelles étaient les conséquences, ce n'était pas pour tous une surprise, mais quelles étaient les conséquences systémiques sur notre organisation sociale, nationale, internationale. Et pour chaque foyer de l'explosion avérée et encore davantage probable du prix de l'énergie. Quand les deux des trois sont conjointement visés, et bien cela veut dire que les hydrocarbures ne passent plus et il suffit d'une variation à la marge pour que les prix explosent chez nous. Tout le monde se souvient du temps où l'augmentation du prix du carburant avait provoqué le mouvement des Gilets jaunes. Et à l'époque, le carburant était à 1,80. Il est aujourd'hui en moyenne à 2,30. Et évidemment, tout le monde voit les menaces de tout cela, y compris sur les relations entre États. Cela, c'est pour ce qui est planétaire.
Et puis il y a ce qui est européen. Nous n’avons pas le sentiment que la volonté de l'Union européenne soit précisément formée. Nous n’avons pas le sentiment qu'un bloc soudé soit en train de se constituer. Nous voyons plutôt des risques de fissures, en tout cas des risques d'incompréhension.
Et puis nous avons la situation nationale qui est, je pèse mes mots, plus dangereuse, plus inquiétante et plus ingérable qu'elle ne l'a jamais été. Parce que pour la première fois de l'histoire, notre pays, notre État, notre démocratie est menacée par deux risques qui sont de l'ordre de la vie et de la mort. Et je vous assure qu'en disant cela, je ne force en rien mon expression. Je pense que le risque est, comme disent les médecins, létal.
C'est-à-dire que la vie même de notre pays y est engagée. Et ce risque, c'est celui de la prééminence électorale et de la présence au deuxième tour de deux forces qui sont chacune pour leur compte et conjointement, mortelles dans leurs conséquences pour le pays.
Est-ce que ce risque se réduit ? A mon sens, il s'aggrave chaque jour un peu plus, sans que personne ne donne le sentiment de le mesurer. Et nous sommes précisément là, cher Bernard Cazeneuve, pour cela.
Ceux qui vont venir avec nous tout au long de ces deux jours, tous les responsables politiques de grandes expériences, de premiers plans, de grands enthousiasmes, tous essaient de traduire une vision différente de l'avenir et pour l'instant ne parviennent pas à se faire entendre. Et nous avons avec cela une différence, et je suis très heureux que Bernard Cazeneuve soit le premier à s'exprimer devant nous, parce qu'il a dit avec les mots les plus précis ce que nous pensons, en tout cas ce que je pense de plus essentiel sur cette affaire-là.
Autrefois on pensait que l'élection présidentielle c'était la victoire d'un camp sur les autres. Et aujourd'hui cela ne peut pas être ça parce que ceux qu'ils appellent les camps, ceux qui disent : « Je suis de Droite », ceux qui disent : « Je suis de Gauche », et même ceux qui disent : « Je suis du Centre ». Ils ne peuvent pas imaginer qu'à l'issue de cette élection présidentielle, si elle est heureuse, et des élections législatives qui suivront, nous ayons la possibilité de conduire ce pays faute d'une majorité suffisamment large, reconnue et légitime. Et nous allons nous retrouver dans le cas précis dans lequel nous sommes, on dit, encalminés pour les marins.
Cela s'arrête, il n'y a plus de vent et on ne bouge plus. Nous croyons, et Bernard Cazeneuve l'a dit de la manière la plus explicite, nous croyons que la situation électorale nous impose de créer autant que possible une garantie d'empêcher le pire de l'emporter. A fortiori si c'est le pire contre le pire, ce que j'ai appelé la tenaille des pires. Comment trouver une garantie et surtout comment après bâtir l'organisation, la structure, l'entente, l'alliance qui permettra de gouverner le pays, de prendre les décisions qui s'imposent dans les temps les plus difficiles qu'on ait jamais rencontrés. Notre conviction, Bernard Cazeneuve a trouvé une expression qui me plaît, je ne dis pas que c'est celle qu'on doit prendre. Il a dit qu'il faut bâtir la coalition des engagés. Alors cela nous plaît beaucoup parce que notre parti frère en Belgique s'appelle « Les engagés ». Notre parti adhérent au Parti Démocrate Européen. Je ne sais pas si les responsables du Parti Démocrate Européen sont arrivés, pas tous encore. Mais c'est une expression qui cherche à traduire quelque chose. Les camps d'autrefois, dressés les uns contre les autres, qui étaient là pour triompher les uns des autres, pour prendre le pouvoir et négliger après l'expression de ceux qui ne l'ont pas emporté. Cette formule-là est une formule du passé, dépassée et du passé. Parce que c'est seulement si nous sommes capables de construire ce grand ensemble, cette grande coalition, que nous avons une petite chance, petite chance, de remporter l'élection, et de conduire le pays à affronter les extrêmes difficultés qui sont devant lui. Vous voyez ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'on laisse derrière nous les habitudes qui s'étaient constituées au travers du temps. On était d'un bord ou de l'autre, d'un camp ou de l'autre, d'un parti ou de l'autre. Et quand on devait organiser une sélection, on appelle cela une primaire, c'était à l'intérieur du camp. Et nous, notre vision n'est pas du tout celle-là. C'est que dans un moment aussi grave de l'histoire du pays, ce rassemblement, union sacrée, engagés, nous choisirons le terme, mais nous devons choisir ensemble la démarche. Je sais très bien le scepticisme habituel du monde politique à l’égard d’une telle démarche. Mais, c’est une démarche de reconnaissance de la légitimité du pluralisme, de la capacité à rassembler et à former une volonté pour que le pays échappe au pire. C'est cela notre volonté. Et derrière cela, il y a un optimisme fondamental qui a disparu de la scène politique. Cet optimisme fondamental, c'est que le chemin existe, c'est que les clés existent, c'est que nous apercevons dans les forces de notre pays, dans sa capacité, nous apercevons une possibilité de reconstruire.
Nous savons que la tâche est immense. Mais nous savons que cette tâche, nous ne pouvons l'affronter qu'ensemble, en écartant les deux extrêmes et en réunissant tous ceux qui croient que la démocratie et la République ont encore quelque chose à dire. Merci beaucoup.