Bruno Fuchs : « L'accord États-Unis-Iran montre la fin des hostilités et le début d'un nouveau processus »
Bruno Fuchs, député du Haut-Rhin et président de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée nationale, était l'invité de France 24 pour évoquer l'actualité internationale.
États-Unis/Iran : « C'est la fin des hostilités et au début d'un nouveau processus »
Interrogé sur l'accord préliminaire entre les États-Unis et l'Iran, Bruno Fuchs a rappelé qu'il faut être prudent et attendre vendredi pour que l'accord soit signé. Il ajoute qu'au-delà du cessez-le-feu, il faudra renégocier un certain nombre de points dans la durée. Il précise :
On n'a pas la teneur de l'accord. Donald Trump ne dit pas la même chose sur le nucléaire, ni sur la libération des avoirs gelés des Iraniens. Donc, moi, j'attends d'avoir l'accord.
Notre député souligne que si l'issue de cet accord va jusqu'au bout, sans reprise d'hostilités la situation sera différente pour le monde. Il précise :
La situation qui va résulter de l'après-guerre israélo-américaine, sera plus défavorable au monde qu'elle ne l'était dans la situation d'aujourd'hui. Ce sera, je ne sais pas si on va dire pire, mais en tout cas plus défavorable.
Sur le plan économique, l'Iran est très affaibli, rappelle Bruno Fuchs. Il souligne aussi : « Si vous libérez 12, 15, 24 milliards d'avoirs gelés, vous redonnez de la puissance économique, vous redonnez également des capacités sur le pétrole et vous normalisez finalement des relations avec un pays qui était sous sanctions. » Notre député rappelle que l'accord ne changera pas les relations avec l'Iran. Il ajoute :
C'est pour nous, Européens, je pense un élément central : la gouvernance ne va pas changer et donc l'oppression, la répression féroce, inhumaine, du gouvernement iranien sur les populations, de mort, d'exécution de gens, de sang-froid sont très importants. Et donc sur ce plan-là, il n'y aura pas eu d'évolution.
Il rappelle aussi que l'Iran a montré sa « légitimité diplomatique » en montrant que même attaqué par la plus grande puissance militaire mondiale et par les Israéliens, il souligne :
Ils ont résisté, ils ont mis un terme à cette attaque, et ils sont toujours vivants, dans un régime qui est très proche de ce qui était avant, peut-être qu'il est un peu moins théocratique.
L'Iran reste puissant certes, mais : « pas à la hauteur de ce qu'Israël et les États-Unis, le président Trump surtout, ont affirmé à chaque bombardement », a rappelé notre député.
Sur cet accord, Bruno Fuchs a été interrogé sur les négociations et le risque qu'il soit introuvable tant les positions sont opposées, il réplique :
Je pense que quand on voit la façon dont les Iraniens ont mené cette négociation, on peut dire qu'ils ont été plus malins, plus stratèges, en tout cas que les Américains.
Pour notre député, « celui qui a plus de temps [pour négocier], c'est celui qui contrôle l'autre » et c'est ce qui s'est passé entre les États-Unis et l'Iran puisqu'il y a eu une perte de contrôle dans la négociation et dans sa stratégie. Il précise sur la position des États-Unis :
Le président Trump s'est mis, en fait, dans une tenaille, parce qu'à un moment, et on l'a bien vu, au plan intérieur, il ne pouvait pas tenir plus longtemps cette attaque. À partir du moment où il commence à exprimer publiquement qu'il veut un accord, il donne la main sur le timing, sur le contenu, aux Iraniens.
Il affirme que le président Trump subit « un demi-échec dans sa tentative de changement de régime de l'Iran et de l'anéantissement de ses capacités militaires. » Bruno Fuchs rappelle que c'est potentiellement le moment pour Donald Trump de se rendre compte qu'une partie des pays puissants n'a pas la même vision multilatérale. Il souligne alors :
Une vision multilatérale, donc de coopération et donc de paix, et la force de notre force à nous, c'est de croire que la paix permet d'avoir une croissance économique et c'est notre ADN, bien sûr, et c'est peut-être le moment justement de ramener le président Trump dans une vision à nouveau internationale.
L'accord devrait être signé vendredi. Pour rappel, Bruno Fuchs précise que d'autres questions doivent être abordées, comme celle du cessez-le-feu au Liban ou encore sur la position du Hezbollah qu'il « faut désarmer. » Il affirme :
Pour désarmer le Hezbollah, il faut donner à l'État libanais une puissance et une légitimité qui lui permettent de désarmer. Tant qu'Israël attaque le Liban et le Hezbollah, ça donne toute raison et légitimité au Hezbollah pour se défendre et ne pas se désarmer.
Bruno Fuchs espère que la question du Liban va être abordée lors de l'accord. Il espère :
On a une situation qui peut amener une paix, j'espère, le plus longtemps possible, dans une vision politique et non pas militaire. On voit bien que la vision militaire est une impasse à long terme.
G7 : « Réancrer les États-Unis dans le respect du droit international »
Bruno Fuchs a été interrogé sur le G7 qui se déroule du 15 au 17 juin à Évian-les-Bains, il affirme que, face aux États-Unis, évoquer des sujets aussi importants comme l'Iran, le Liban mais aussi l'Ukraine doit aussi permettre à l'Europe d'exprimer sa puissance à la hauteur de sa démographie et de son économie. Il ajoute sur le G7 :
Je pense qu'une des conclusions possibles de ce G7, c'est de faire comprendre à ceux qui ont une vision unilatérale, qui ne respectent pas le droit international, c'est-à-dire les gens plutôt impérialistes ou en tout cas nationalistes, qu'une partie d'entre eux n'obtient pas les résultats suffisants et affaiblissent plutôt leur pays.
Il ajoute :
Les États-Unis vont être affaiblis par l'incapacité à gagner la guerre ; on le voit au G7, d'autres nations, de pays importants ou de puissances émergentes, qui vont vouloir trouver un ordre mondial multilatéral entre eux et progressivement peut-être faire exclure le plus possible ceux qui ne respectent pas cette vision multilatérale.
L'occasion aussi pour notre élu d'évoquer la guerre en Ukraine et notre soutien et affirme : « On pose souvent la question : pourquoi est-ce qu'on soutient l'Ukraine financièrement, fortement, alors même qu'une grande partie des gens ont du mal à remplir leur réservoir d'essence et faire leurs fins de mois ? » Il précise :
La raison, elle est très simple : c'est que si l'Ukraine ne gagne pas, c'est la remise en cause complète du modèle dans lequel on vit aujourd'hui, de libertés publiques, de droit, et moi je n'ai pas envie de parler russe à terme, ou que mes enfants parlent russe.
Pour Bruno Fuchs, défendre l'Ukraine c'est la faire gagner tout en renforçant la démocratie :
L'Ukraine fait partie de cette pièce centrale de la démocratie en Europe et en France.