Sarah El Haïry : « Il ne faut pas que le silence serve le prédateur »
Invitée de Sud Radio, Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance et vice-présidente du MoDem, a présenté un nouveau guide destiné aux professionnels pour mieux repérer les violences faites aux enfants et recueillir leur parole. Elle a également défendu un renforcement des contrôles dans le périscolaire et alerté sur les risques liés à l’intelligence artificielle conversationnelle pour les plus jeunes.
Protection de l’enfance : « Pour que jamais le silence ne serve le prédateur »
Élaboré avec la Haute Autorité de santé et des associations, le guide Détecter et recueillir la parole d’un enfant victime qui vise à aider les professionnels au contact des enfants à identifier les signes de violence et à savoir comment réagir. Une formation gratuite de six heures en ligne complète ce dispositif. Sarah El Haïry appelle également les employeurs à dégager du temps pour permettre aux professionnels de se former.
La Haute-commissaire rappelle que les auteurs de violences peuvent chercher à s’infiltrer dans les structures accueillant des enfants. « La majorité des professionnels ont plutôt envie de faire grandir nos enfants », souligne-t-elle, avant d’alerter :
Mais les structures pour enfants sont infiltrées. Infiltrées par des prédateurs.
Elle décrit des individus capables de « donner les bons signaux, pour rassurer les adultes, leurs collègues », en recourant à des méthodes de manipulation.
Face aux soupçons, elle insiste sur la nécessité de signaler les faits et de protéger les professionnels qui donnent l’alerte, y compris lorsque leur hiérarchie est susceptible d’être mise en cause.
Il ne faut pas que le silence serve le prédateur.
Elle rappelle que le guide doit leur apporter des repères concrets pour savoir à qui s’adresser et comment transmettre un signalement.
Loi intégrale contre les violences : « Ce ne sont pas des crimes comme les autres »
Sarah El Haïry a défendu la loi de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, qu’elle qualifie de « loi dite intégrale ». Parmi les mesures qu’elle met en avant figure la création d’un parquet spécialisé dans la pédocriminalité : « Ce ne sont pas des crimes comme les autres. » Elle évoque également la condamnation de certains faits liés aux deepfakes à caractère sexuel.
La Haute-commissaire insiste par ailleurs sur la nécessité de mieux recueillir la parole des enfants victimes. Face à des propos parfois contradictoires, elle rappelle qu’un enfant traumatisé ne ment pas nécessairement :
Il faut comprendre comment fonctionne le cerveau d’un enfant face à un traumatisme.
Elle souhaite que les dispositifs de repérage soient travaillés avec les associations spécialisées, afin de mieux adapter les questions à l’âge des enfants et de faciliter leur prise de parole.
Périscolaire : « Il faut contrôler les antécédents de l’ensemble des adultes »
Interrogée sur les violences signalées dans le périscolaire, Sarah El Haïry estime que la responsabilité ne repose pas uniquement sur les auteurs des faits, mais aussi sur les éventuels manquements dans les procédures de contrôle et de signalement.
Quand tu n’as pas contrôlé les antécédents judiciaires de quelqu’un, qu’il a été condamné, qu’il est connu dans les fichiers et que tu le mets face aux enfants, tu es responsable.
Elle plaide également pour davantage de transparence concernant les adultes qui accompagnent les enfants au quotidien et pour une information systématique des parents.
Elle défend enfin la possibilité d’éloigner, par précaution, un adulte dont le comportement suscite des inquiétudes, sans préjuger de la décision de justice :
On a le droit de dire qu’il faut mettre à distance un adulte dont on doute du comportement. On fait le principe de précaution.
Intelligence artificielle : « Une nouvelle forme de prédation »
Dans sa carte blanche, Sarah El Haïry alerte sur les risques liés à l’intelligence artificielle conversationnelle et sur l’attachement que les enfants peuvent développer envers ces outils, présents sur les smartphones, dans les jeux vidéo ou certains jouets.
Quand nos enfants s’attachent à leurs agents, à leur ChatGPT qui devient leur ami, leur confident, voire leur amoureux, est-ce qu’on se rend compte à quel point ce risque est grand ?
Elle décrit une technologie qui peut encourager les enfants à confier leurs peurs et leurs doutes, et dénonce « une nouvelle forme de prédation », liée notamment à « l’économie de l’affection ».
Pour la Haute-commissaire, la protection des enfants doit être intégrée dès la conception des technologies. Elle défend le principe du safe child by design :
Si quelque chose n’a pas été conçu en protégeant les besoins fondamentaux de nos enfants, alors on ne les expose pas à ces objets-là.