Marc Bloch et Simonne Vidal entrent au Panthéon
Ce mardi 23 juin, Marc Bloch et son épouse Simonne Vidal entreront au Panthéon, presque 82 ans jour pour jour après l’exécution de celui-ci par la Gestapo, le 16 juin 1944.
À la dévotion de Marc Bloch pour la France en tant que combattant des deux guerres mondiales et comme résistant lors de la Seconde Guerre mondiale s’ajoute son travail riche d’historien, qui continue d’influencer la discipline de nos jours.
Marc Bloch est d’abord un homme qui a combattu pour la France. Né à Lyon en 1886, il est issu d’une famille juive alsacienne, qui, après l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Empire allemand en 1870, fait le choix de demeurer en France. Sa loyauté pour son pays, qui s’incarne pendant les deux guerres mondiales, est ainsi déjà ancrée dans son héritage familial.
Il combat lors de la Première Guerre mondiale, d’abord en tant que sergent, et la termine au grade de capitaine. Il reçoit la Croix de guerre avec quatre citations et se fait décorer de la Légion d’honneur.
En 1939, alors qu’il n’est plus en âge d’être mobilisé, il choisit de s’engager et sert comme officier dans l’armée française durant la campagne de France. Étant juif, ce n’est que par une dérogation pour « services exceptionnels » rendus à la France qu’il peut continuer à exercer le métier d’enseignant dans la fonction publique, malgré le statut des juifs promulgué par le maréchal Pétain le 3 octobre 1940. Cependant, l’occupation de la zone sud par l’armée allemande dès 1942 durcit les conditions de vie des juifs et en mars 1943, il est révoqué de l’université de Montpellier où il travaille. Il entre à la même période dans la Résistance, en rejoignant le mouvement Franc-Tireur. Plus tard, il devient l’un des trois dirigeants des Mouvements unis de Résistance dans la région Rhône-Alpes, où il travaille à structurer l’action résistante. Le 8 mars 1944, il est arrêté par la Gestapo. Emprisonné, interrogé et torturé, il est exécuté le 16 juin à Saint-Didier de Formans. Il est décoré de la Croix de guerre 1939-1945 et reçoit la médaille de la Résistance avec rosette, à titre posthume en 1946.
En plus de son action combattante, Marc Bloch était historien, et son approche ainsi que ses travaux ont marqué durablement la discipline.
Il suit d’abord de brillantes études, qui l’amènent à intégrer l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm et devient agrégé en histoire-géographie en 1908. Il suit ensuite deux semestres d’études en Allemagne, puis effectue un doctorat, et enseigne plus tard dans de multiples universités, dont la Sorbonne, de 1936 à 1939. Il est spécialiste en histoire médiévale et en histoire économique et sociale. Sa particularité en tant qu’historien relève de l’approche qu’il utilise : il plaide pour une ouverture de l’histoire à d’autres disciplines des sciences sociales, et au comparatisme. En 1929, il fonde la revue des Annales d’histoire économique et sociale avec Lucien Febvre, dans laquelle sa méthode novatrice se fait voir. Lucien Febvre et Marc Bloch sont ainsi les fondateurs du courant historiographique de « l’école des Annales », mondialement reconnu. Les travaux les plus marquants de Marc Bloch sont sa thèse de doctorat, intitulée Rois et serfs, un chapitre d’histoire capétienne soutenue en 1920, et son essai de 1924 Les Rois thaumaturges. Étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale, particulièrement en France et en Angleterre.
Son engagement et son travail intellectuel se rejoignent. Marc Bloch considère que l’historien, par son travail, doit se rendre utile à la cité. Cela se retrouve dans son célèbre essai L’Étrange défaite, entamé en 1940 et publié à titre posthume en 1946 aux éditions Franc-Tireur. Il est un témoignage et une réflexion sur la défaite française de mai-juin 1940, dans laquelle il critique vivement le haut-commandement militaire, dont il dénonce l’état d’esprit défaitiste. Il y étudie aussi ses contemporains à qui il attribue également une responsabilité dans la défaite. Cette analyse de l’échec de l’armée française a pour but d’en comprendre les raisons et d’en éviter un nouveau similaire. Cet ouvrage s’est inscrit dans le temps, et les remarques aiguisées de Marc Bloch demeurent pertinentes plus d’un demi-siècle plus tard. François Bayrou l’a notamment mobilisé à de multiples reprises par des allusions et des citations. Il cite l’historien, notamment en 2025, dans son discours pour la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions à Brest : « l’ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet dans le présent l’action même. Elle compromet donc la possibilité et l’espoir d’un avenir partagé. »
Enfin, c’est avec son épouse Simonne Vidal que Marc Bloch est panthéonisé. Ils se marient le 23 juillet 1919, et ont six enfants ensemble. Invisibilisée par l’Histoire, elle a pourtant fortement contribué au travail et à l’engagement de son mari, et a été active elle-même durant les deux guerres mondiales. Durant la Première Guerre mondiale, elle est infirmière volontaire auprès des prisonniers de Dieppe. Durant la Seconde, alors que sa santé est fragile, elle travaille bénévolement à temps partiel dans un hôpital parisien. Lorsque son mari s’engage clandestinement dans la Résistance, elle l’aide en lui envoyant des provisions. Lorsque son marie réalise ses travaux de recherches, elle l’assiste comme secrétaire. Elle décède peu après lui, le 2 juillet 1944, d’un cancer de l’estomac non-diagnostiqué.
En continuité de leur panthéonisation, l’exposition « Marc Bloch, l’esprit de l’Histoire » se tiendra au Panthéon du 24 juin au 31 décembre 2026.