François Bayrou : « L’explosion des intérêts de la dette va enlever au pays l’argent dont on aurait besoin ailleurs »
François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate, sera l'invité de Pierre de Vilno, Catherine Nay, et Antonin André ce soir sur Europe 1. L'émission portera sur le livre de François Bayrou : Alerte sur la France qui vient.
Europe 1 : En présence de Catherine Nay et d’Antonin André nous accueillons l'ancien Premier ministre François Bayrou. Bonsoir Monsieur le Premier ministre. François Bayrou qui vient de sortir ce livre, « Alerte sur la France qui vient ». Cela me rappelle le livre rouge du commandant Cousteau qui alertait les futures générations sur les événements climatiques que l'on connaît ces derniers jours. Est-ce que c'est une alerte pour nous tous, pour les candidats ? Ils sont déjà une quinzaine à être dans les starting-blocks pour la présidentielle.
François Bayrou : « Quinze, vous êtes modeste ».
Question : Je fais la fourchette basse.
François Bayrou : « C'est effectivement une alerte, j'allais dire, sociétale, pour ce qui risque de se passer ».
Question : Peu importe le candidat à la présidentielle ?
François Bayrou : « Oui. C'est-à-dire que la situation du pays est devenue telle, en dépit des avertissements nombreux, que nous sommes désormais au risque d'un accident. Et dans cet accident, il y a quelque chose d'encore pire, c'est une guerre des générations. Alors, il faut regarder l'accident ».
Question : On parle de la dette depuis longtemps.
François Bayrou : « J'en parle depuis longtemps, si je puis me permettre de me citer moi-même. On parle de la dette depuis longtemps, mais pour les Français, c'est abstrait comme chiffre. Nous sommes passés aujourd'hui 3 520 milliards d'euros de dettes.
Question : Plus 75 milliards sur le premier trimestre.
François Bayrou : « Oui, et cela finira au moins à 80. Alors ce sont des chiffres abstraits. Et on se dit, la plupart des Français, depuis que j'ai lancé ce mouvement de prise de conscience, il y a un an, plus d'un an, la plupart des Français se disent : « Ce n’est pas bon la dette. C'est un risque. On devra payer un jour ». C'est cela qu'ils pensent. Mais ce n'est pas cela la question désormais. Ce que personne n'explique, c'est que ce n'est pas dans quelques temps, ce n'est pas un jour. C'est désormais aujourd'hui. Alors ayez ceci en tête : l'année prochaine, la totalité de l'impôt sur le revenu payé par les Français, vous, tous les Français contribuables directs à l'impôt sur le revenu, dans chaque ville, dans chaque village, vous additionnez l'impôt sur le revenu que tous les Français paient, cela ne suffira pas à payer les intérêts de la dette. Et je crois que jusqu'à maintenant, ce n'était pas expliqué. Et notamment, ce qui n'a pas été expliqué, c'est le mécanisme de la dette depuis 50 ans ».
Question : tous les courants d'opinion y ont participé.
François Bayrou : « C'est pourquoi je trouve que l'alerte s'adresse à tout le monde. Depuis 50 ans, tous les ans nous avons eu un déficit. Le dernier budget en équilibre, c'est 1974. Tous les ans, il y a un déficit. Et le déficit, ce sont des sommes que nous empruntons pour équilibrer les dépenses ».
Question : Mais qu'est-ce qu'on fait ?
François Bayrou : « depuis 50 ans, nous n’avons jamais remboursé un euro de dette. C'est pourquoi tout cela s'est accumulé, s'est sédimenté, jusqu'à arriver à plus de 3500 milliards. Mais surtout jusqu'à se trouver devant une explosion des intérêts de la dette qui va enlever au pays, à tous ceux qui produisent, à tous ceux qui travaillent, l'argent dont on aurait besoin ailleurs, dont on aurait besoin pour l'école, dont on aurait besoin pour protéger les jeunes, pour les hôpitaux ».
Question : Encore cette année, on va payer 77 milliards d'intérêts de la dette.
François Bayrou : « Nous allons payer presque 80.
Question : Vous dites qu'en fait, la dette aujourd'hui, elle s'est creusée parce que nous avons payé les opérations courantes, alors qu'en fait la dette sert à faire des produits structurels pour les générations futures. J'ai lu votre livre, puis après j'ai dit mais alors qu'est-ce qu'on fait ? Ce ne sont pas les 12 travaux d'Hercule en 267 pages, mais c'est un plan de survie en 12 points. Comment voulez-vous sortir du désendettement, vous voulez reconstruire les finances publiques, vous voulez qu'on revienne au seuil de 3% de la dette, le seuil européen, mais on ne voit pas très bien comment. Si vous me permettez, le comment, c'est la deuxième question. L'alerte rouge, l'autre sera verte ?
François Bayrou : La question majeure, c'est est-ce que les Français en ont conscience ? S'ils ont conscience, ils exigeront de leurs responsables qu'ils assument leurs responsabilités, qu'ils assument ce qu'ils ont à faire et à dire. Tant que les Français n'en ont pas conscience, rien ne se passera. Parce que contrairement à ce qu'on croit, ce ne sont pas les gouvernants qui gouvernent. Les gouvernants gouvernent sous la pression des sondages ».
Question : J'ai lu le livre avec intérêt, les analyses sont souvent, je trouve, très détaillées, très historiques, et c'est vraiment intéressant de comprendre comment tout cela est arrivé. Vous allez plus loin parce que vous dites aujourd'hui d'une certaine façon que les Français eux-mêmes sont coupables. C'est-à-dire qu'on a tendance à se défausser sur les politiques et dire que c'est la faute des politiques et vous vous dites, les politiques font ce que les Français veulent. Et les Français, quand on leur dit : « nous allons travailler plus, on va serrer la vie, Ils refusent. Donc c'est intéressant aussi. C'est un peu un réquisitoire contre les Français.
François Bayrou : « Si vous me permettez, Antoine André, le mot coupable n'est pas juste. Tout le monde a participé à cela. Les gouvernements successifs. Le président de la République qui a le plus accumulé de la dette, c'est François Mitterrand. Le deuxième, c'est Nicolas Sarkozy. Alors chacun avait des raisons. Le président de la République, François Mitterrand, parce que c'était 1981, qu'on avait fait des promesses aux Français. Nicolas Sarkozy, c'est cette crise financière internationale qui s'appelle les subprimes. Emmanuel Macron a tout eu. Alors là, lui, il a eu les Gilets jaunes, ensuite il y a eu le Covid, la guerre en Ukraine.
Catherine Nay : Oui, mais précisément, les Gilets jaunes, on a, ce qu'a dit Antonin André, c'est-à-dire qu'on écoute l'opinion et on donne aux Français. On n'aurait très bien pu ne pas donner.
François Bayrou : « Oui, mais vous, enfin vous, au sens générique du terme, vous les médias, et vous, nous, eux, les responsables politiques, et nous, les Français demandaient toujours des aides, des versements, des subventions.
Question : Et avant les gilets jaunes, il y a eu les bonnets rouges.
François Bayrou : « Dans le Covid, Marine Le Pen demande 10 milliards de dépenses supplémentaires immédiates ».
Question : Il y en a un, François Bayrou, qui a annoncé du sang des larmes une réduction drastique des déficits en promettant que ce serait sévère et que ce serait rude, c'est François Fillon, qu'il avait fait en 2017. Et qui, pour les errements que l'on connaît, n'a pas pu aller au bout, mais il avait fait un score assez important, preuve peut-être, enfin je vous demande votre avis, que quand on dit aux Français : « il va falloir souffrir, il va falloir faire des sacrifices, parce que si on veut pérenniser et avoir un avenir meilleur, il va falloir commencer par cela », cela veut dire que ce discours est audible tout de même par les Français ?
François Bayrou : « Vous savez, François Fillon a fait 20%, et j'ai fait près de 20% en 2007 déjà sur ce thème. Et Nicolas Sarkozy se gaussait de ce candidat qu'il avait en face de lui et qui voulait faire voter les Français sur la réduction de la dette. Cela le faisait beaucoup rire ».
Question : Donc on peut gagner en assumant ce discours ? Oui, enfin, jusqu'à maintenant cela n'a pas été prouvé. François Fillon avait eu cette phrase « Je suis à la tête d'un pays en faillite » et cette phrase-là, à mon avis ce n'est pas le pays en faillite qui était condamné, c'est « Je suis à la tête de ». C'était une phrase qui n'avait pas plu au président de la République de l'époque.
François Bayrou : « Mais ce n'est pas cela la question. Résumons en un mot. Si l'opinion publique, les citoyens, et même le citoyen, ne se déterminent pas en disant : « je vais les obliger, peut-être cela ne sera pas facile, mais on ne peut pas continuer comme ça », sans cette résolution des citoyens, rien ne se passera. Parce que les hommes politiques, ils passent leur temps à fuir cela.
Question : Allez, une pause, François Bayrou, et on revient dans un instant pour les suites de votre livre, et puis votre point de vue aussi sur l'actualité avec encore cette violence inouïe, désinhibée chez les jeunes. A tout de suite sur Europe 1.
Toujours avec Antoine André du JDD avec Catherine Nay et notre invité François Bayrou pour son livre : « Alerte sur la France qui vient ». Nous allons y revenir à votre livre, notamment sur le choc des générations. Je voudrais quand même avoir votre avis aujourd'hui. Qu'est-ce que cela dit cette histoire de Louis, 17 ans, pris en guet-apens par des jeunes qui ont son âge et qui a été laissé pour mort ?
François Bayrou : « Cela dit que nous sommes une société livrée à la plus insupportable des violences parce que tous les cadres de la société ont cédé. L'éducation dans la famille, le regard sur les jeunes. Vous savez, l'épouse du président des États-Unis avait fait un livre qui s'appelait « Il faut tout un village pour élever un enfant ». Qu'est-ce qu'elle voulait dire ? C'est un proverbe africain. Qu'est-ce qu'elle voulait dire ? Elle voulait dire que dans un village, le regard des adultes, même si ce n'est pas les parents directs, ne quittent pas l'enfant quand il marche dans les rues. Et aujourd'hui, il n'y a plus de regard. C'est-à-dire que les voisins, la famille, les gens qui appartiennent au même quartier considèrent qu'ils n'ont pas de responsabilité sur les enfants qui sont dans la rue. Et les enfants considèrent que personne ne doit leur parler. Est-ce que c'est facile à résoudre ? Non, il faut tout reconstruire. Et il faut reconstruire à partir d'un certain nombre de choses simples ».
Question : de l'autorité ?
François Bayrou : « Nous avons mis 250 caméras à Pau. L'équipe qui me succède a décidé qu'il ne fallait surtout pas en mettre d'autres ».
Question : Il ne les a pas enlevées quand même ?
François Bayrou : « Pour l'instant, non. Mais je n vais pas vous parler de Pau.
Question : c'est quoi l'autorité ? Laissez parler votre cœur.
François Bayrou : « C'était très simple. Nous avions décidé d'un arrêté anti-regroupement sur les places principales où les jeunes sont et l'opposition avait manifesté contre. Et ils ont décidé d'abroger cet arrêté. Deux jours après, il y a une jeune fille qui s'est fait tabasser, pas à mort, mais très gravement, d'ailleurs par d'autres jeunes filles. Si on dit « moi, j'enlève la surveillance », qu'est-ce qu'entendent ceux qui sont dans la rue ? Ils entendent que désormais on peut y aller comme cela. Alors j'essaie de ne pas dire des choses simplistes, mais cela ne se divise pas. La reprise de contrôle, on parle de reprise de contrôle pour le pays, mais il y a une reprise de contrôle sur les jeunes, des jeunes sur les jeunes, des parents sur les jeunes et de la société dans son ensemble sur les jeunes. Est-ce que c'est facile ? Non, parce qu'il y a tout à reconstruire. Reconstruire une société, cela demande beaucoup d'années ».
Question : Mais on ne peut pas continuer comme cela. Dans les grandes villes, quand on parle du village, c'était un moment où les gens étaient dans la rue, se croisaient. Il n'y avait pas de télévision et tout cela. Aujourd'hui, dans les grandes villes, aucune famille ne fait attention, même aux voisins, aux enfants qui sont à côté. Chacun rentre chez soi le soir. Il n'y a pas d'éducation générale. S'il y a déjà une éducation dans la famille, où les parents disent le bien, le mal, mais ça, cela se comprend que si on apporte aussi de l'amour, et pour que cette compréhension se fasse. Mais un enfant dont les parents sont indifférents, travaillent trop, ne sont pas là, n'apportent pas de l'attention, ne jouent pas avec ses enfants, ne les amènent pas à faire des tas de choses. Je veux dire, là, il y a un déficit qui entraîne des réactions de violence. Vous avez tout à fait raison.
François Bayrou : « Et c'est pourquoi tout cela est infiniment exigeant ».
Question : Mais, très souvent, ceux qui sont chargés du cadre de la ville et du quartier, ne font pas assez non plus l'effort d'exiger, ou en tout cas d'échanger avec les parents, y compris les enfants des autres.
François Bayrou : « Tout le monde considère, au mieux, qu'il est responsable de ses propres enfants. Non, nous sommes responsables tous ensemble de nos enfants, pas seulement des nôtres par la filiation ou par l'éducation, mais des nôtres, parce que nous sommes un ensemble. Dans les quartiers, l'immeuble, la rue, c'est un peu comme un village autrefois. Mais c'est devenu -les entrées d'immeubles, tout cela-, c'est devenu un village dans lequel les enfants ne sont plus les enfants de tout le monde ».
Question : Ce que vous décrivez, c'est une société qui est devenue hyper individualiste, et où on est chacun centré sur sa personne, et finalement on se préoccupe peu de ce qu'on peut faire tous ensemble. Nous sommes tous centrés sur nous-mêmes, mais au-delà de ce sujet de société qu'il faut résoudre, est-ce que vous considérez aujourd'hui, parce que cela a alimenté énormément de débats, et cela a été aussi censuré par le Conseil constitutionnel, qu'il y a tout de même un sujet aussi judiciaire et aussi d'autorité, qui consiste à dire qu'on ne peut pas tout à fait traiter les jeunes enfants de 16 à 18 ans comme ceux qui étaient là en 1945. C'est-à-dire qu'il y a aussi une évolution et une gradation des sanctions et de la désinhibition de la violence qui mériterait des réponses qui soient parfois plus fermes et plus radicales. Qu'est-ce qu'on fait sur l'excuse de minorité ?
François Bayrou : « Il faut éviter le café du commerce parce que cela y ressemble un peu. Mais plusieurs choses. Premièrement, le lien des adultes aux adolescents, et même aux très jeunes adolescents. Nous avons pris l'habitude, dans certains courants d'opinion de considérer que cela devait être affaire d'éducateurs de rue. Je crois que cela doit être affaire du voisin, de la famille, de l'oncle. On ne peut pas fonctionnariser le lien qui doit exister entre des enfants, adolescents, à la limite enfants-adolescents, et les adultes ».
Question : Parce que l'éducateur, c'est tout de suite comme un flic, c'est cela ? C'est-à-dire que c'est l'autorité, c'est coercitif ?
François Bayrou : D'abord, il nous faut des moyens. Ce n'est pas « fonctionnarisable ».
Question : Vous souhaitez une pacification, c'est ce qu'on comprend à la lecture de votre livre. Je veux bien une pacification mais comment est-ce qu'on y arrive ?
François Bayrou : « Je souhaite la défense des principes ».
Question : On touche au sujet de l'immigration, n'est-ce pas ?
François Bayrou : « Qu'est-ce que je crois, moi, comme voie pour l'intégration ? Je pense que la première voie, c'est le travail. Et nous sommes complètement dingos si vous voulez. Alors je vais me faire des ennemis ».
Question : Allez-y François Bayrou.
François Bayrou : « J'accepte. Nous avons des centaines de milliers de jeunes en situation irrégulière ou pas loin, pour lesquels on dépense des milliards au sens propre du terme. Un milliard deux, un milliard quatre, quelque chose comme cela. Pour louer des hôtels dans lesquels on les enferme. Les mairies sont chargées de les faire jouer au football. Et on leur interdit de travailler. Mais nous sommes un monde de malades. Les entreprises ne trouvent pas de gens pour travailler. Et nous avons des centaines de milliers, plus de 100 000 en tout cas, jeunes qui sont dans ce cas de mise de côté, à la charge de la société, et qui dit « je ne veux pas les conserver ». Vous voyez bien à quel point on arrive à des choses dingues dans ce pays. Deuxièmement, la langue, le travail ».
Question : Alors ces jeunes-là, ils sont sans papier, est-ce que ça veut dire qu'il faut les régulariser ?
François Bayrou : « En tout cas, la seule voie possible, c'est le travail. Et pour l'instant, on interdit le travail ».
Question : Et leur apprendre la langue.
François Bayrou : « Et la langue, et troisièmement, les principes. C'est ça. En martelant ce que tout le monde ne veut pas dire, que nous sommes une société dans laquelle la religion ne fait pas la loi. C'est d'ailleurs la condition pour vivre ensemble, autrement, c'est la guerre civile. Et donc ces trois choses-là, plus une quatrième, et là encore je vais me faire des ennemis, quand on donne un permis de travailler, il faut qu'il soit réversible. François Hollande avait dit des choses comme ça sur la nationalité, et moi je ne m'étais pas du tout ému, je pense que... »
Question : Vous voulez parler de la déchéance de nationalité pour les terroristes ?
François Bayrou : « Oui, pour tous ceux qui ne respectent pas ».
Question : Il n'allait pas si loin, c'était ceux qui commettaient des crimes. C'était surtout pour les terroristes.
François Bayrou : « Aux Etats-Unis, vous avez la carte de travail, « la green card », la carte verte. On peut vous l'enlever. Et donc vous voyez que cela n'est pas un jeu tout ou rien, la passerelle vers le travail. Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est. J'ai des amis qui viennent de mourir il n'y a pas longtemps, qui avaient une exploitation agricole. On est à 15 kilomètres de Pau. Ils avaient trouvé des gens qui acceptaient de travailler. On leur a refusé. Je ne dis pas que c'est cela qui a provoqué leur mort, mais en tout cas, cela a rendu leur dernier mois horriblement désespéré. On est une société qui n'est pas cohérente avec le travail. On dit on glorifie le travail, mais en réalité, ce n'est pas vrai. Puisqu'on ne croit pas au travail comme mode d'intégration. On ne glorifie pas du tout le travail en France. Et on ne le paye pas suffisamment ».
Question : Toujours avec Antonin André du JDD, avec Catherine Ney, François Bayrou, « Alerte sur la France qui vient » aux éditions de l'Observatoire. Emmanuel Macron défend le gros travail d'adaptation qui a été fait pendant cette canicule. Il évoque une période totalement inédite et il vient de s'exprimer sur ce sujet.
François Bayrou : « Qu'il s'agisse des hôpitaux, des EHPAD ou de l'aide exceptionnelle qui a été apportée durant toutes ces dernières années aux collectivités locales avec le fonds vert, mais avant cela, bien d'autres, et cela fait maintenant plusieurs années que nous avons accompagné une transition de nos habitats, de nos bâtiments publics, de nos infrastructures publiques, qui correspond à l'adaptation. Donc il y a un gros travail qui a été fait. Néanmoins, nous n'avons pas fini ce travail. Il faut avoir cette humilité. Et pour ma part, je regrette plutôt les choix qui ont été faits, mais je crois aussi dans la démocratie. Il se trouve que quand j'avais une majorité absolue, ces fonds ont été votés. Il y a eu ensuite des choix qui ont été faits et qui sont le fruit de compromis de certaines formations politiques. Allez les voir pour leur demander pourquoi ils ont coupé ces fonds ».
Question : Alors, deux choses François Bayrou. Est-ce que la France gère bien ce phénomène de canicule qui nous tombe dessus ? Et deuxièmement, qu'est-ce que vous pensez de cette réaction d'Emmanuel Macron ? Est-ce qu'elle n'est pas en phase avec le Macron que vous nous décrivez, page 86-87 et suivante de votre livre.
François Bayrou : « Oui, je pense que ce qu'a dit le Président de la République, d'abord c'est vrai. Votre question suppose que c’est une mise en cause ».
Question : Faites ce que vous voulez. Mettez-moi en cause si vous voulez.
François Bayrou : « Non, non, non, pas du tout. La question, c'est comme si toute déclaration était une opinion. Or, il y a des faits, il y a du réel. Et la disparition du réel dans le débat est un drame. Est-ce qu'on a fait des choses ? Oui. Est-ce qu'on en a fait assez avec la canicule, avec le changement climatique ? Non. Pourquoi ? Parce que c'est une transition ? On passe d'un état A, qui existe depuis longtemps, à un état B. Il y a des exceptions. Il y a une page de Georges Sand qui est sur les réseaux sociaux ces jours-ci, qui montrent qu'en 1870, et tout le monde sait, la guerre de 70 a été contemporaine de phénomènes comme Cela. L'été était tellement chaud et tellement sec qu'il n'y a plus eu de moisson. Et cela a joué un très grand rôle dans la suite. Mais vous voyez bien qu'il y a en effet un mouvement avec des phénomènes. Est-ce qu'on est allé assez loin ? Je ne crois pas. Est-ce qu'il y a quelque chose de plus absurde que la condamnation de la climatisation ? On est dingue. Est-ce qu'on peut trouver une climatisation qui soit plus systématique, qui coûte beaucoup moins cher ? Je suis sûr que oui. J'ai fait, quand j'étais commissaire au plan et après à Matignon, un travail sur la géothermie qui est un incroyable réservoir de calories quand on en a besoin l'hiver. Et de frigories quand on en a besoin l'été. Et c'est gratuit comme chaleur. Alors il faut faire l'équipement. Il suffirait donc de trouver dans beaucoup de maisons, dans beaucoup de pavillons, dans beaucoup d'immeubles et dans beaucoup d'immeubles publics, il suffit de trouver des conditions de financement avec un système bancaire qui permette d'étaler sur 30 ans ce qu'avec une chaudière au gaz on paie sur 10 ans. Et cela ne serait pas une charge plus importante. Et cela, c'est polluant de rien ».
Question : Sur la deuxième partie de ma question, vous avez dit qu'on ne peut pas croire qu'à chaque fois que le président se fait, c'est une opinion. Ce n'est pas ça que je voulais dire. Ce n'est pas le sens. Mais on a l'impression que ce n'est pas que c'est toujours la même réponse, mais qu'il a toujours réponse à tout. Vous dites d'ailleurs qu'il agace, qu'il révulse, que les réactions sont violentes de rejet à son égard, vous dites il est trop, plus exactement il paraît être trop, trop chanceux, trop jeune, trop séduisant, trop séducteur, trop couronné par la fortune, trop précoce, intelligent, personne ne le nie, maîtrisant les dossiers et donc exaspère.
François Bayrou : « Alors oui, mais vous voyez, il faut quand même avoir l'honnêteté entre nous de dire tout. Ces lignes qui sont exactes, et je vais vous dire pourquoi, elles viennent après des pages qui sont des pages qui, au contraire, mettant en valeur le caractère exceptionnel notamment en politique internationale, que ce président joue dans notre pays. Et même les reproches qui m'ont été faits, y compris par Antonin André il y a quelques minutes, en dehors des micros, c'est que mon portrait était un portrait valorisant. Mais parce qu'il y a les deux. Et les lignes que vous venez de dire, elles répondent pour moi à quelque chose. Dans ce texte, je traite le sujet. Il y a des gens qui sont absolument rebelles au président de la République. Et même quand il les épate, c'est à leur corps défendant. Peut-être vous le dites aussi. C'est par effraction qu'ils les conquièrent ».
Question : Par jalousie ? Leur réaction, c'est une réaction d'envie et de jalousie ?
François Bayrou : « Pas par jalousie. D'abord, on est quelques-uns dans le studio à pouvoir dire que tous les présidents de la République successifs ont été d'une impopularité impressionnante ».
Question : Pas tous au même niveau d'impopularité ?
François Bayrou : « Si, tous au même niveau. François Hollande est arrivé à 13% d'opinion favorable à la fin de son mandat. Et lui est à 25%.
Question : Pour l'instant, mais il est redescendu à pas loin de 13%, il y a quelques mois. Et là, il est remonté.
François Bayrou : « Il est remonté. François Hollande, Nicolas Sarkozy n'ont pas été extrêmement populaires. Jacques Chirac, il y a eu des moments, à la fin, cela allait bien, Mais au début, c'était un rejet incroyable. Et François Mitterrand. Et Giscard. Giscard était détesté de la même manière, alors qu'il avait un peu les mêmes composantes des gens qu'on considérait trop jeunes, trop brillants. Et ce que je dis, moi, c'est que pour le voir vivre, par exemple, on l'accuse souvent d'être condescendant. Je ne l'ai jamais vu condescendant avec personne ».
Question : Il suffit de traverser la rue.
François Bayrou : « Pardonnez-moi, il a raison.
Question : Est-ce qu'on dit les choses de cette façon ?
François Bayrou : « C'est la phrase que les gens me disent le plus souvent. Il avait raison quand il a dit de traverser la rue. Le nombre d'entreprises qui n'y arrivent pas. Alors ce n'est pas toujours des métiers valorisants ».
Question : Il y a le fond et la forme, François Bayrou, vous le savez très bien. Le dire devant des caméras... Catherine Nay. Non, mais moi je ne trouvais pas cela choquant de le dire. Non, mais quand il a dit dans les gares il y a des gens qui ne sont rien, d'autres qui réussissent, cela, c'est insupportable.
François Bayrou : « C'est insupportable. Une phrase qui n'aurait pas dû être dite. Être admiratif des qualités de quelqu'un, cela ne veut pas dire qu'on ne voit aucun défaut ».
Question : Surtout que ce'est pas votre genre d'admirer, franchement, depuis qu'on vous connaît.
François Bayrou : « Si j'avais, comme vous, une certaine admiration pour Mitterrand, bien qu'étant en désaccord fondamental avec la politique qu'au début, en tout cas, il a suivie et j'avais de l'admiration pour Giscard ».
Question : vous souhaitez qu'Emmanuel Macron revienne dans les affaires publiques ?
François Bayrou : « On ne va pas poser la question comme cela. On va la poser autrement. Je pense que quand il partira, au bout d'un certain temps, il sera regretté. Et il aura à peine plus de 50 ans, est-ce qu'il y a une probabilité qu'il revienne ? Moi je crois que oui, mais je ne crois pas du tout ce que les gens racontent, qu’il va prendre de grandes responsabilités internationales. Je pense qu'il découvrira une nouvelle vie ».
Question : Votre livre, je reprends ma toute première question, il s'adresse à un des 15-20 candidats qui sont en course ? Ou est-ce qu'il y a un candidat François Bayrou pour 2027 ?
François Bayrou : « Moi j'en compte 38.
Question : D'accord. Vous êtes dedans ou pas ?
François Bayrou : « Non, j'ai dit que non. Pourquoi j'ai dit que non ? Parce que la liberté de langage que j'ai, elle n'existerait pas, et que j'ai dans le livre, elle n'existerait pas si j'étais candidat, parce que je ferais attention à regarder la petite phrase qui peut gêner, faire perdre des points dans les sondages, et tout cela, cela n'est plus la vie que je veux avoir ».
Question : Et le plan de survie en 12 points, il s'adresse à qui ? Qui peut le faire, ça ?
François Bayrou : « C'est une bonne question. Je pense que, je vais vous dire ce qui pour moi est essentiel. D'abord, est-ce que les candidats sont tous déclarés ? Je ne crois pas. Je pense que le paysage n'est pas en place et qu'il va y avoir d'autres surprises, d'autres apparitions intéressantes. Non, je ne vais pas vous donner des noms, mais je pourrais en aligner dix comme cela ».
Question : Qui peut porter les douze points ? Edouard Philippe ?
François Bayrou : « Ce qui pour moi est essentiel. Regarder la réalité et prendre les attitudes courageuses nécessaires. Deuxièmement.
Question : Vous n'allez pas me faire les 12 points ? Tout le monde va les lire en achetant votre livre.
François Bayrou : « Non, Deuxième condition : garantir aux citoyens que nous sommes, en tout cas que je suis, qu'on ne fera jamais, jamais avec l'extrême droite et jamais avec l'extrême gauche ».
Question : Bon, cela en élimine quelques-uns, qu'est-ce qui reste ?
François Bayrou : « Cela est tout à fait essentiel. Et troisièmement, si on était raisonnable, dans le grand fleuve central qui va pour moi du parti socialiste qui refuse, jusqu'à LR qui ne regarderait pas de l'autre côté ».
Question : Il faudrait qu'il n'y ait qu'un seul candidat.
François Bayrou : « Je regarde ces trois choses-là.
Question : Et vous envoyez un qui incarne ça ?
François Bayrou : « C'est possible ».
Question : Mais pour l'instant ils ne sont pas apparus ?
François Bayrou : « Ils ne sont pas encore apparus ».
Question : Donc c'est un appel à témoins. Et qu'est-ce que ça veut dire ?
François Bayrou : « Je veux dire une phrase. Dans ce grand fleuve central, ceux qui sont entre deux rives, ceux qui m'intéressent, c'est ceux qui considéreront qu'ils n'ont pas d'ennemis parmi les concurrents qui existent aujourd'hui ».
Merci François Bayrou. Alerte sur la France qui vient, c'est aux éditions de l'Observatoire.