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François Bayrou : « La France va pouvoir avoir le débat auquel elle a droit »

François Bayrou était l'invité de Jacques Cardoze sur Sud Radio ce matin, mercredi 8 juillet, à 8h15.

 

Jacques CARDOZE : Je suis très heureux d'accueillir François Bayrou. Vous avez décidé de réserver votre parole à Sud Radio après la folle journée que nous avons connue hier. Marine Le Pen, contre vents et marées, a décidé de se présenter à la présidentielle. Certes, elle est condamnée pénalement, mais pas empêchée juridiquement. Tout simplement, quelle est votre réaction à cette journée d'hier ?  

François BAYROU :  C'était une journée, comme il y en a souvent dans la politique française, d'ailleurs dans la politique du monde. C'est une journée un peu folle, absolument frappante par le suspense. Au fond de moi, je trouve que de tout cela, il faut en faire du bien . 

Jacques CARDOZE : Pourquoi ?

François BAYROU : Premièrement parce que le jugement, vous le voyez bien, recherchait un certain équilibre. C'est-à-dire à la fois la confirmation de la reconnaissance d'un certain nombre d'errements, et puis deuxièmement le réconfort : respect du principe de ne pas porter atteinte aux droits de l'électeur, de choisir son candidat et son président. 

Jacques CARDOZE : Vous vous étiez dit, pardon, troublé après le jugement, justement pour ces deux raisons que vous venez d'évoquer. Cette fois-ci, vous n'êtes plus troublé. 

François BAYROU : Non, et vous voyez bien que ce que j'avais exprimé. J'étais Premier ministre, c'était donc une parole forte. J'avais pesé les mots et affirmé ce trouble à propos de l'exécution provisoire. 

Jacques CARDOZE : Tout à fait.

François BAYROU : Parce qu'il y a un principe de droit que je considère comme intangible, c'est qu'il faut toujours avoir un recours devant un jugement. Et sur le fond, parce que c'est cela qui m'intéresse : la France va pouvoir avoir le débat auquel elle a droit. Le débat de l'élection présidentielle, c'est un débat pour que le pays saisisse et choisisse le destin qui doit être le sien. Si cela n'avait pas été le cas, il y aurait eu des polémiques incessantes. Et là, il y aura des polémiques parce que c'est le lot de la politique française. Mais au moins l'électeur, le citoyen, va voir devant lui se former le débat par lequel il doit choisir son avenir. 

Jacques CARDOZE : On craignait justement, c'est ce que vous disiez, le pouvoir des juges après le premier jugement. Le fait que les juges, quelque part, s'immiscent et s'invitent dans un débat politique, c'est un peu le sens de ce que vous aviez dit. Est-ce que vous pensez que les magistrats, quelque part, l'ont compris, qu'il faut désormais laisser le peuple décider, et que quelque part, ils étaient allés trop loin ? Vous avez parlé de correction après ce premier jugement. À l'instant vous dites qu'il y a une forme d'équilibre qui a été trouvée. D'équilibre. Pardon, correction, ce n'était peut-être pas le bon terme, mais d'équilibre. 

François BAYROU : D'équilibre. Ne changeons pas les mots, ils sont très importants dans ces affaires. Et donc, il y a la recherche d'un équilibre et vous le voyez bien, cet équilibre, il va être d'ailleurs enrichi par le pourvoi en cassation dans lequel est recherchée la question de fond sur est-ce qu'il est normal qu'un assistant parlementaire fasse ou pas de la politique nationale. 

Jacques CARDOZE : Alors je rappelle que le MoDem a fait l'objet d'une enquête sur les faits présumés, des faits qui sont similaires et en même temps beaucoup moins importants, beaucoup moins forts. Entre 2005 et 2017, des fonds destinés à rémunérer des assistants parlementaires européens auraient servi à payer des collaborateurs travaillant en réalité pour l'UDF et le MoDem à l'époque. Donc c'est une affaire similaire, mais on a bien compris que les faits n'étaient pas identiques. Et d'ailleurs je vous propose, M. Bayrou, je vous propose justement d'entendre les quelques secondes où elle compare la situation à la vôtre. 

On l'écoute :  Oui, je viens de dire que j'ai les mains propres et encore une fois, je ferai un pourvoi en cassation pour le démontrer. Je note quand même que pour les mêmes faits, M. Mélenchon a bénéficié d'un non-lieu et M. Bayrou a été relaxé. 

Ce n'est pas du tout les mêmes montants, Mme Le Pen. Là, on parle de plus de 3 millions d'euros. 

C'est tout à fait les mêmes faits . 

François BAYROU : Alors, j'ai été relaxé. Comme un certain nombre de ceux qui travaillaient avec moi, et quand Mme Le Pen dit que ce sont les mêmes faits, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai pour deux raisons principales, et qu'il est bon de rappeler, et évidemment, de ne pas laisser courir ce genre d'affirmation. 

Jacques CARDOZE : Vous êtes là pour ça. 

François BAYROU : Premièrement, je n'étais pas député européen. C'est une grosse différence. C'est une grosse différence parce que c'est en tant que député européen que les, entre guillemets, détournements, quelle que soit leur nature, ont été faits. Je n'étais pas député européen. Et deuxièmement, le jugement du tribunal dit en toutes lettres que chez nous, il n'y avait pas de système, il n'y avait pas d'organisation mise en place pour obtenir des financements supplémentaires.

Jacques CARDOZE : Cela veut dire quoi M. Bayrou ? Cela veut dire qu'à l'époque, on considérait que la règle n'était pas très claire et que donc il y avait une porosité finalement entre ce que pouvaient faire les assistants parlementaires, entre ce qui relève de l'Union Européenne et ce qui ne relève pas de l'Union Européenne. 

François BAYROU : Le pourvoi en cassation va dire ce qu'est la réalité de l'affectation de cette accusation de détournement pour des assistants parlementaires. Mais je veux répéter devant vous, parce que pour ne pas laisser croire ou entendre même par allusion que c'était la même chose, je n'étais pas député européen. C'est en tant que député européen que Marine Le Pen est poursuivie. Et deuxièmement, le tribunal écrit en toutes lettres que dans notre cas, il n'y avait pas le système dont on nous avait accusé. Je vous donne un indice pour aller dans ce sens-là. Les montants que les magistrats affirment que nous aurions indûment mis en cause, c'est 1,5% de la masse salariale pendant 10 ans. Vous voyez que cela n'a absolument rien à voir avec une organisation de détournement, entre guillemets, parce que la Cour de cassation va pouvoir dire si détournement il y a ou pas.

Jacques CARDOZE : Alors en ce qui vous concerne, il y a l'appel de la relaxe qui arrivera en octobre, c'est bien cela ? 

François BAYROU : En septembre. 

Jacques CARDOZE : En septembre. Vous partagez une histoire, on peut dire, et des propositions communes avec le Rassemblement National, comme notamment la proportionnelle. Hier, on a entendu Edwige Diaz, députée, porte-parole du RN, dire que désormais le problème du RN, cela allait être le financement. Peut-être qu'avec cette condamnation, ce sera même peut-être encore plus compliqué. Est-ce que vous réitérez aujourd'hui à ce micro le fait que c'est un problème pour le RN de ne pas avoir suffisamment de fonds pour pouvoir concourir d'une certaine façon dans la logique de ce que vous avez toujours dit ? 

François BAYROU :  Je ne le crois pas qu'aujourd'hui, en raison des ressources considérables qui sont les siennes, parce que le nombre de députés que cette formation politique a désormais lui permet des financements importants. Après, je ne sais pas comment tout cela est géré. Je n'ai aucune indication sur tout cela. Mais vous vous souvenez que j'avais proposé l'idée d'une banque de la démocratie qui aurait été mise en place pour répondre à des problèmes de cet ordre parce qu'il n'est pas normal que ce soit des banques privées qui décident toutes seules si une formation politique ou une campagne électorale est finançable ou pas. Et donc, j'avais proposé cette idée, elle avait été reprise par le président de la République dans son programme, et puis le gouvernement de l'époque ne l'avait pas acceptée. Je considère que c'est un manquement. 

Jacques CARDOZE : François Bayrou, on a tous été surpris quand même par la position de Marine Le Pen hier, qui a décidé de se pourvoir en cassation. Tout le monde imaginait peut-être à tort qu'elle accepterait cette condamnation en appel. Vous auriez pris la même décision ? 

François BAYROU : Honnêtement, j'attendais cette décision, puisqu'elle avait dit qu'avec bracelet, jamais elle ne ferait campagne. Et je comprenais très bien qu'avec un bracelet, vous ne pouvez pas faire campagne. Tout ça n'a aucun sens. Et donc, la décision qu'elle a prise, c'est une décision prise parce que le calendrier des magistrats et de la Cour de cassation fait que probablement la décision sera prise tard. Ce qui fait que la campagne électorale pourra avoir lieu. 

Jacques CARDOZE : C'est ce qu'elle croit. 

François BAYROU : Alors vous savez, il y a un débat terrible parmi les juristes. Personne n'est d'accord sur ce que pourrait décider la Cour de cassation. Je vais trancher, je résume le débat pour que cela soit clair. 

Jacques CARDOZE : On l'a évoqué ce matin sur l'antenne de Sud Radio. 

François BAYROU : Si la Cour de cassation casse le jugement d'hier, alors cela veut dire qu'on revient au jugement antérieur, à l'inéligibilité immédiatement applicable. Et d'autres disent, plus nombreux je crois :  Mais non, le jugement de la Cour d'appel infirme sur ce point le jugement du tribunal, de la première instance . 

Jacques CARDOZE : Est-ce qu'on peut faire campagne lorsqu'on est repris de justice ? Dans l'opposition de Marine Le Pen, on entend beaucoup cet argument. 

François BAYROU : Oui, je m'efforce de ne pas employer des mots qui soient des mots qui peuvent être appliqués à beaucoup dans le monde politique. On est dans un temps... 

Jacques CARDOZE : Et d'ailleurs, on rappelle qu'avec le pourvoi en cassation, elle sera présumée innocente, officiellement. 

François BAYROU : On est revenu à un temps d'une extrême violence dans la vie politique. Et donc, je m'efforce de ne pas employer des mots qui soient des mots de stigmatisation, même si je suis, comme vous le savez, un adversaire déterminé du RN et des extrêmes en général. Je veux en dire un mot, une phrase sur ce point. Jamais dans l'histoire du monde, jamais, la prise du pouvoir par l'extrême droite ou l'extrême gauche n'a apporté du bien à un pays. Pour deux raisons principales : la première c'est que ce sont des mouvements qui divisent la société, qui jettent les uns contre les autres, qui multiplient les accusations pour que les uns soient rejetés et les autres au contraire soient glorifiés. Tout cela, cet affrontement de violence, est le contraire de l'intérêt du pays. Et deuxièmement, la politique du bouc émissaire qui consiste pour les uns à dire on va faire payer les immigrés et l'Europe et pour les autres, à l'extrême gauche, dire :  on va faire payer les riches , en jouant avec tout un tas de mots et de thèmes et d'allusions qui sont en réalité de l'antisémitisme. Ce sont les Juifs que l'on vise, et encore récemment, de manière pour moi tout à fait évidente. Tout cela, c'est faire reculer le pays. Il n'y a qu'une manière de faire avancer le pays -c'est pourquoi j'ai écrit ce livre- c’est de lui dire la vérité sur la situation comme elle est, de la lui expliquer alors qu'elle n'a jamais été expliquée clairement par personne. C'est le premier livre grand public qui explique ce que c'est. Ce qui fait avancer un pays, c'est la vérité partagée.

Jacques CARDOZE : On va y venir dans un instant, Alerte sur la France qui vient aux éditions de l'Observatoire. Une dernière question sur l'épisode RN, et puis ensuite on va aborder d'autres sujets, et notamment tout ce dont vous parlez dans ce livre, parce que c'est évidemment ce qui intéresse, et c'est l'avenir du pays qui est en jeu. Mais une dernière question, est-ce que vous pensez que l'opinion pardonnera cette condamnation à Marine Le Pen de trois ans de prison, ou que la poussée Rassemblement National finalement est trop forte, et que les gens se disent, en termes éthiques, et en termes moraux :  eh bien tant pis, elle est condamnée, mais on veut que ce soit elle . Parce que c'est un peu ce qu'on entend. François BAYROU : Votre formulation laisse entendre que c'est joué à l'avance. Que le pays a choisi. Moi, je ne crois pas cela. Je regarde les dynamiques. Comme vous le disiez à l'instant, il y a deux dynamiques qui se font face, LFI et RN. Le pays est à la veille du plus grand choix qu'il ait eu à prononcer depuis très longtemps. Et ce grand choix touche à son avenir et singulièrement à l'avenir des plus jeunes. J'ai écrit ce livre pour éviter ce que j'appelle la guerre des générations. Et pour expliquer que si on ne veut pas la guerre des générations, il faut l'alliance des générations. Il faut que tout le pays, dans son ensemble, décide de prendre les décisions nécessaires pour que les jeunes aient enfin une place et que le pays lui-même retrouve son équilibre et on en est très loin. Cette orientation est la seule qui permet au pays d'avancer. 

Jacques CARDOZE : François Bayrou est avec nous, l’invité exceptionnel de Sud Radio ce matin, et je montre à l'antenne en même temps sur YouTube la couverture de votre livre. François Bayrou, Alerte sur la France qui vient. On va y venir dans un instant, Monsieur le Premier ministre, puisqu’effectivement vous abordez des questions qui sont des questions majeures. La pauvreté, la dette, enfin tout ce qui évidemment, sera absolument au cœur et doit être au cœur du débat sur la prochaine présidentielle. Et puis, on vous demandera, parce que vous n'êtes pas encore très bien exprimé au sujet de la présidentielle 2027, quelle est votre vision ? Quels sont ceux vers qui vous pourriez aller ? Ou quels sont les arguments qui pourraient vous faire soutenir l'un ou l'autre des candidats ? 

Seconde partie : 

On aborde maintenant un deuxième thème avec vous, M. Bayrou. Votre livre, Alerte sur la France qui vient, est un livre qui puise, j'imagine, dans votre expérience toute récente de Matignon, votre constat. Vous avez eu des mots précis et constants, notamment sur la dette française. On va y venir, mais sur Sud Radio, on entend beaucoup d'auditeurs qui nous appellent au sujet des prix du carburant. Et je lis page 195 dans votre livre, vous y faisiez allusion à l'instant. Vous dites, voilà, on a un manque de moyens publics, manque de moyens privés, manque de moyens pour l'État, manque de moyens pour les particuliers. Vous dressez un constat qui est quand même terrible et vous terminez ce chapitre, ce petit paragraphe par : C'est certain, la France s'appauvrit .

François BAYROU : Il y a des chiffres nationaux et internationaux qui montrent cela. 

Jacques CARDOZE : Et vous citez juste après, effectivement, le point de vue en PIB par habitant.

François BAYROU : J’ai essayé de prendre un pays de comparaison et j'ai pris un pays qui n'est pas la puissante Allemagne, dont on pourrait discuter d'ailleurs de la crise qui vient aujourd'hui, j'ai pris un pays qui, de ce point de vue-là, n'a pas l'assise, et j'ai pris les Pays-Bas. Écoutez bien, si l'on prend le produit intérieur des Pays-Bas, et qu'on essaie de l'estimer pour chacun des habitants, et ce chiffre qui s'appelle le produit intérieur par habitant, celui des Pays-Bas est supérieur à celui de la France de 30%. C'est terrible. Ce n'est pas un pays dont on puisse dire que la société est cruelle, que les gens ne sont pas soignés, qu'il y a de l'esclavage, c'est un pays tout à fait comparable au nôtre. Est-ce que vous imaginez la situation si chacun de ceux qui vous écoutent avait 30% de salaire de plus ? Et si l'État avait 30% de ressources de plus ? Même 15%, même 10% de ressources en plus ? Nous n'aurions plus de déficit. 

Jacques CARDOZE : À quoi c'est dû, M. Bayrou ? 

François BAYROU : À notre incapacité à résoudre les crises. 

Jacques CARDOZE : Et vous l'avez dit lorsque vous étiez à Matignon. Vous avez essayé d'obtenir des arbitrages. 

François BAYROU : Je l'ai même dit depuis plus longtemps, puisque j'ai fait des campagnes présidentielles sur ce sujet. C'est dû à quoi ? Oh, c'est très simple. Il y a 50 ans que la France n'a pas voté un budget en équilibre, singulièrement à partir de 1981. Et ce déficit annuel, multiplié chaque année, c'est très simple. Lorsque vous n'avez pas assez de ressources pour payer vos dépenses, vous empruntez la différence. 

Jacques CARDOZE : Oui, et en plus maintenant, il y a la charge de la dette. 

François BAYROU : Alors, vous empruntez la différence et on a eu comme cela une sédimentation comme au fond de la mer pendant des décennies, pendant presque 5 décennies, 4 décennies et demie au moins. Et on se retrouve avec une montagne de dettes qui est absolument impossible à imaginer puisque c'est plus de 3500 milliards. Simplement, on n'a jamais remboursé un euro de la dette. Vous entendez tout ce qui nous écoute ? Jamais la France n'a remboursé un euro de la dette. Quand on doit rembourser les échéances, on emprunte à nouveau le même montant plus le déficit de l'année qui vient. On est dans un cercle infernal. Même si on ne rembourse pas le capital, il faut payer les intérêts. Et les intérêts de la dette désormais sont devenus hors de contrôle. 

Jacques CARDOZE : Alors comment faire maintenant François Bayrou ? 

François BAYROU : Je donne les chiffres simplement pour que ceux qui nous écoutent les aient en tête. Il y a quelques années, les intérêts de la dette c'était entre 20 et 30 milliards. Cette année, cela sera 80 milliards. L'année prochaine, plus de 90 et puis d'ici à 2030, on va monter, dit la Cour des comptes, à près de 120 milliards. 

Jacques CARDOZE : Mais s'il vous plaît, donnez-nous un peu d'espoir, comment va-t-on faire ? 

François BAYROU : D'abord la vérité. C'est parce qu'on a refusé la vérité qu'on en est là. Et donc moi, mon engagement, c'est que la vérité soit dite. Et je dis 120 milliards dans 3 ans ou 4 ans. Or, le montant total de l'impôt sur le revenu que vous payez, vous, beaucoup, que paie chacun de ceux qui nous écoutent, chacun dans sa famille, dans son foyer, le montant total de l'impôt sur le revenu de tous les Français, de tous les foyers français, de tous les revenus français, c'est 90 milliards. Donc, l'année prochaine, le montant total de l'impôt sur le revenu payé par ceux qui nous écoutent partout dans toutes les villes et dans tous les villages additionnés à l'échelon national, ne suffira pas à couvrir les intérêts de la dette. C'est exactement une situation de surendettement. 

Jacques CARDOZE : Et cela signifie que les investissements sont désormais impossibles ? 

François BAYROU : En tout cas, ils vont être de plus en plus difficiles. 

Jacques CARDOZE : Alors donnez-nous un peu d'espoir quand même, parce que, et vous le dites, à travers votre livre, ça se ressent que vous ne donnerez pas crédit, et je précise à tous ceux qui l'auraient oublié, vous avez été quelque part faiseur de roi, et que vous vous êtes à chaque fois prononcé en faveur d'un président de la République, et en l'occurrence, tout le monde s'en souvient, il y a 9 ans pour Emmanuel Macron, et cela avait été absolument déterminant. Donc dans la perspective de la saison prochaine, vous ne donnerez pas quitus à n'importe qui sur ce critère-là. Vous dites que le critère de la dette sera pour vous fondamental. 

François BAYROU : Pas seulement celui-là. Quelle est la question ? La question c'est, est-ce qu'entre citoyens français on est capable de se dire la vérité ? Et de voir en effet le caractère dépassé d'un certain nombre de nos organisations ? Parce que si nous voyons cette menace qui est désormais comme une épée de Damoclès dont le fil serait tranché au-dessus de notre tête, alors on n'aura pas, on n'aura plus les moyens que tous les candidats promettent d'augmentation des uns, de subvention aux autres, de prise en charge, plus de fonctionnaires dans les hôpitaux. 

Jacques CARDOZE : Alors, qu'est-ce que ça veut dire ? 

François BAYROU : Cela veut dire qu'il faut changer l'organisation du pays. 

Jacques CARDOZE : Ce serait la première réforme majeure. 

François BAYROU : La France dépense 20% de plus que ses voisins pour ses dépenses publiques. Est-ce qu'on est mieux soigné, mieux éduqué ? Est-ce que les gens sont contents des services publics ? Est-ce que le pays est plus optimiste ? À ces quatre questions, la réponse est non. On a donc un devoir de reconstruction. Je l'ai proposé à la tribune de l'Assemblée nationale et les oppositions, les partis politiques se sont mis ensemble pour dire non, nous ne voulons pas entendre cela. L'espoir, cela consiste à penser cette reconstruction du pays, et il faut le penser dans une alliance des générations. Parce que vous voyez bien, lorsqu'on constate le fait que la moitié de l'endettement est allée pour compléter les pensions de retraite, ce n'est pas tenable. Or, il y a des gens qui disent qu'il faut faire payer telle génération et telle autre. Je crois qu'il faut que les générations plus avancées et les générations les plus jeunes soient dans une alliance indestructible pour trouver une organisation du pays qui nous permette non pas d'être aussi efficace mais d'être beaucoup plus efficace parce que nous ne sommes pas efficaces. Cela ne marche pas dans des tas de domaines et les Français le savent bien et en dépensant moins -Et vous voyez à quel point cela exige de croire en l'avenir- cela exige de penser différemment. Cela exige de sortir des moules ou des chemins battus habituels.

Jacques CARDOZE : Justement, pour dépenser moins, certains disent et préconisent même que peut-être ce ne serait pas une mauvaise idée que la France soit mise sous tutelle du FMI. Est-ce qu'il faut en arriver là puisqu'on ne sait pas le faire de l'intérieur ? Est-ce qu'il faut finir par espérer que des forces extérieures, en l'occurrence le FMI, puissent nous demander de faire des efforts qu'on n'arrive pas à décider nous-mêmes ? 

François BAYROU : La mise en tutelle du pays, cela serait à nos yeux et aux yeux de tous ceux qui nous entourent, un drame pour la France épouvantable. 

Jacques CARDOZE : Concrètement, cela voudrait dire quoi ? 

François BAYROU : Ça voudrait dire que vous perdez votre capacité de décision, ce que la Grèce a fait. La Grèce, l'Italie, l'Espagne, le Portugal ont réussi à redresser leurs finances publiques. La Grèce, comme vous vous en souvenez, dans cette violence imposée par le FMI, par l'Union Européenne, et donc tout cela exige que nous prenions nous-mêmes les choses en main. Je crois que cela serait une défaite et il ne faut pas accepter cette défaite. 

Jacques CARDOZE : Qui en 2027, M. Bayrou, qui serait le meilleur porteur de ce que vous appelez, à savoir prendre notre destin en main ? Édouard Philippe, a beaucoup parlé de la génération qui vient. Est-ce que cela vous touche ? 

François BAYROU : Non mais je fais la différence entre les discours et la capacité d'une femme ou d'un homme à faire vibrer le plus profond du pays. Pour l'instant, je ne vois pas qui peut faire cela, mais il va se passer beaucoup de choses dans les mois qui viennent. 

Jacques CARDOZE : Vous attendez avant de vous prononcer ? Vous attendez de voir ? Je vous rappelle, la candidature d'Emmanuel Macron, c'est novembre. François BAYROU : Oui. Vous vous souvenez de la situation qui était celle de Dominique Strauss-Kahn, qui était celle d'Alain Juppé, qui est un homme que j'estime beaucoup. 

Jacques CARDOZE : Vous voulez dire qu'il y a toujours beaucoup d’événements dans une campagne et qu'il vaut mieux attendre ? Ils étaient tous en tête.

François BAYROU : Non, il faut chercher qui a la capacité de regarder la réalité en face. Pour l'instant, ça n'est pas le cas. 

Jacques CARDOZE : Qui serait le plus en adéquation avec cette réalité ? Gabriel Attal ? 

François BAYROU : Je ne fais pas d'engagement sur les personnes. Je regarde ce qui va se passer. D'autres figures vont apparaître, je le crois. Je ne veux pas dire que je l'espère, je le crois.

Jacques CARDOZE : François Hollande ? 

François BAYROU : Pas les noms que vous évoquez. Il y en aura d'autres, je le crois. D'autres vont arriver. Et pour moi, il y a deux critères. Le premier de ces critères, c'est est-ce que celui-là a le courage de dire la vérité comme elle est ? Deuxièmement, est-ce qu'il a l'imagination, la capacité de création, de créativité pour dire on va faire différemment, on va organiser le pays différemment, et on va souder les forces pour avancer. Pour l'instant, dans l'offre politique, comme vous dites, vous les journalistes, je ne vois pas de réponse à cette question, mais elle va venir la réponse, d'ici à l'automne. 

Jacques CARDOZE : L'élection présidentielle, cela se joue quand ? 

François BAYROU : Cela se joue entre novembre et février. Je vous rappelle que l'alliance que j'ai faite avec Emmanuel Macron, c'est le 22 février. Et cela a changé comme, je crois, assez profondément le cours de la campagne électorale. Il y aura des prises de conscience de cet ordre. 

Jacques CARDOZE : Il y aura des trahisons. 

François BAYROU : Il y en a beaucoup. Il y a un monde politique qui est spécialiste des trahisons. 

Jacques CARDOZE : En gros, ce que vous êtes en train de nous dire, M. Bayrou, ce matin, au micro de Sud Radio, c'est qu'il y aura un troisième homme, qu'on ne le connaît pas. Ou une femme. Vous pensez à quelqu'un en particulier ? 

François BAYROU : Comprenez-moi. Je ne suis pas là pour faire la campagne de... 

Jacques CARDOZE : Non, non, il ne s'agit pas de cela. Mais il s'agit de faire comprendre aux auditeurs que dans une campagne présidentielle, il peut se passer plein de choses. 

François BAYROU : Je pense que la situation, ce n'est pas qu'il peut se passer plein de choses, c'est qu'il va se passer et qu'il faut qu'il se passe plein de choses. Parce que pour l'instant, on en est grosso modo à des promesses pour continuer la situation comme elle est. Or la situation comme elle est, elle n'est pas viable et tous ceux qui nous écoutent le savent, puisque tous savent que cela ne marche pas. Qu'on est allé au bout de cette idée qu'on allait emprunter tous les ans ce qu'il fallait pour apporter à chacun ce qu'il demande et qu'au bout du compte le pays n'est pas du tout satisfait parce que les réalités ne sont pas là. Ce nouvel élan ou ce nouveau contrat qu'on doit passer avec le pays, il est à écrire. Et cela va s'écrire dans les mois qui viennent. 

Jacques CARDOZE : Merci infiniment M. Bayrou d'avoir été l'invité exceptionnel de Sud Radio. Merci vraiment. Et je rappelle donc, Alerte sur la France qui vient aux éditions de l'Observatoire. Il faut le lire ce livre. Vous nous parlez de l'état de la France aujourd'hui et vous vous projetez dans l'avenir parce que précisément vous pensez aux jeunes générations. 

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