François Bayrou : « La France risque la dévitalisation »
Retrouvez ci-dessous l'entretien accordé par François Bayrou au Journal du Dimanche.
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Le JDD. Trois mille cinq cents milliards de dette, des intérêts qui engloutissent l’équivalent de l’impôt sur le revenu de l’ensemble des contribuables : que risque la France, très concrètement ?
François Bayrou. La France risque la dévitalisation. Tous les moyens dont nous aurions besoin pour notre vie et pour nos jeunes vont être captés pendant une décennie pour la charge de la dette. Et personne ne veut le voir. Ce livre dévoile le mécanisme jamais expliqué qui nous a conduits là où nous sommes. Depuis cinquante ans, la France n’a jamais présenté un seul budget en équilibre. Pour pouvoir payer le montant du déficit, on l’emprunte. Ces sommes se sont accumulées jusqu’à représenter des milliers de milliards.
Or, en cinquante ans, la France n’a jamais remboursé un euro de ces emprunts. Mais les intérêts qu’il faut verser à nos créanciers, eux, il faut les payer tous les ans. La marée des intérêts n’a cessé de monter. Ces créanciers, pour les deux tiers, sont étrangers. C’est donc une hémorragie continue et croissante qui ponctionne nos ressources pour les déverser à l’étranger. Les jeunes vont être les grands sacrifiés. Ignorer cette question, c’est le grand mensonge.
Dans votre livre, vous pointez du doigt la responsabilité des citoyens qui sont les « donneurs d’ordres » des politiques…
On dira forcément que c’est la faute des gouvernements successifs. Le débat politique classique en revient toujours à « c’est la faute des autres ». Pour l’opposition, c’est la faute de ceux qui sont au pouvoir. Quand on est au pouvoir, c’est la faute des prédécesseurs… Le discours politique repose sur le principe de la défausse. La vérité est plus brutale : tout le monde, sans exception, n’a cessé de faire pression, tout le temps, pour dépenser toujours plus.
Qui a reçu cet argent ? Ce sont les Français, directement, pour les retraites, pour les dépenses sociales, pour la fonction publique. Et tous les opposants, sans exception, n’ont cessé d’exiger des milliards supplémentaires. Et quand j’ai proposé à l’Assemblée nationale de partager le constat de cette situation pour en tirer des choix politiques, elle l’a refusé. C’est l’opinion publique qui commande, et les politiques suivent. La seule déclaration vraiment révolutionnaire, et vraiment respectueuse des citoyens, c’est : « Je dirai la vérité quoi qu’il en coûte. » Sans dire la vérité, il est impossible d’avancer. C’est le propos de ce livre.
Vous évoquez les présidents qui accablent leurs prédécesseurs. Est-ce le cas d’Emmanuel Macron, dont le décennat a conduit à une aggravation sensible de l’endettement du pays ?
Comme tous les présidents depuis Mitterrand, le recordman, en passant par Sarkozy, le second, Hollande et Macron. Les raisons sont toujours valables. Pour répondre à des promesses électorales ou à des crises graves. Mais la volonté a toujours manqué pour économiser entre les crises.
Vous êtes toujours indulgent avec Macron…
Regardez les trois jours que nous venons de vivre. Qui, parmi les chefs d’État en Europe et dans le monde, peut s’imposer dans le jeu mondial face aux géants de la planète ? Qui pour défendre l’Ukraine et faire entendre notre voix jusqu’au Moyen-Orient ? Même si je suis à contre-courant, j’affirme que cet homme est à la hauteur de l’histoire. Et j’en suis sûr, un jour, ce ne sera plus discuté.
Mais cela exonère-t-il sa responsabilité sur l’aggravation de la dette ?
Lors des deux premières années de son mandat, le déficit de la France a baissé, et il prévoyait un plan pour le ramener au niveau où il devrait être. Dois-je vous rappeler l’énumération des crises qui ont suivi ? Les Gilets jaunes, le Covid, la guerre en Ukraine, l’explosion du prix de l’énergie, l’inflation, et enfin la guerre en Iran. Il a fait ce qu’il n’est pas illogique de faire : quand tout va mal, on soutient. C’est après que vient le temps des économies. Ce qui a manqué, c’est cet « après ».
Parmi les candidats à l’élection présidentielle, Édouard Philippe s’illustre en annonçant qu’il faudra fournir des efforts importants, voire des sacrifices. Est-ce le bon positionnement ?
L’enjeu, c’est la prise de conscience des Français. Tout ce qui y contribuera ira dans le bon sens. Moi, j’ai le regard fixé sur les jeunes. Les finances publiques, pour ne pas leur laisser le fardeau, l’Éducation, pour effacer l’effondrement du niveau, l’efficacité de l’action publique, pour que les choses se fassent, ou encore l’organisation du modèle social menacé.
J’ajoute, et c’est aussi important, qu’il s’agit aussi de s’assurer que les candidats ne feront aucune alliance d’aucune sorte avec les extrêmes, de droite ou de gauche. Jamais avec les uns, et jamais avec les autres. En deux siècles d’histoire, chaque fois qu’ils ont été au pouvoir, ils ont conduit au drame et au malheur, à la misère et à l’affrontement, dans tous les pays où ils ont régné. Et autour d’eux.
Vous estimez que le Rassemblement national n’a pas changé par rapport au FN ancienne époque ?
Le réflexe est le même. Chercher toujours des boucs émissaires : il n’y a pas de pire moyen de tromper un peuple que de lui désigner un ennemi et de faire de cet ennemi l’origine de tous les maux, la cible unique. Que dit l’extrême gauche ? Elle dit que c’est la faute des riches. Et on va leur faire payer. Que dit l’extrême droite ? Elle dit que c’est la faute des immigrés et de l’Europe. Et on va leur faire payer.
Que répondez-vous aux Français qui jugent que leur mode de vie et leur identité sont menacés ?
Que leur souci est légitime et qu’il doit être reconnu. L’identité est une condition d’existence pour les peuples. Et quand elle est menacée, cela ronge l’âme. C’est un devoir de garantir que notre patrimoine culturel, notre mode de vie, les valeurs qui nous font vivre, tout ce patrimoine-là sera respecté et transmis. Respecté. Transmis. Les deux mots ont leur plein sens. Mais il n’est pas vrai que nous résoudrons nos problèmes par la guerre à des catégories de populations. Promenez-vous dans les rues des grandes villes, regardez les échafaudages : qui est sur les échafaudages ? Allez dans les cuisines des restaurants : qui y travaille ? Qui s’occupe des tâches si difficiles dans les maisons de retraite ? C’est la partie la plus fragile de la population qui assume les tâches du pays. Souvent, ces femmes et ces hommes viennent de l’immigration. Les placer en situation d’accusés, c’est les jeter dans le communautarisme et l’extrémisme.
Sur des sujets brûlants, l’immigration ou la sécurité, vous proposez des analyses étayées, historiques, quant aux causes multiples de ces maux, mais vous proposez peu de solutions concrètes…
J’en apporte beaucoup, au contraire. La première clef, c’est le travail. Nous sommes un pays dont la démographie est fragile et dont les entreprises peinent à recruter. Dans le même temps, nous interdisons à une partie de ceux qui vivent sur notre sol d’accéder à l’emploi. Cela n’a pas de sens. Je considère que ceux qui sont sur le territoire national doivent pouvoir travailler et non être pris en charge par la collectivité. Il y a des centaines de milliers de jeunes qui coûtent au pays plusieurs dizaines de milliers d’euros par an pour être logés et nourris, alors même qu’on leur interdit de travailler. Vous rendez-vous compte de la stupidité de la situation ? C’est exactement l’inverse de ce qui permet d’intégrer une population. Historiquement, les sociétés ont intégré par le travail, souvent le plus pénible.
La deuxième clef, c’est la langue. Il faut en exiger la maîtrise. La troisième, c’est l’adhésion aux principes de vie que nous avons en commun. Chez nous, la religion ne peut pas prétendre diriger le pays. C’est un principe fondamental.
Dans votre livre, vous revenez sur l’affaire Bétharram pour dénoncer la manipulation dont elle aurait fait l’objet afin de vous déstabiliser…
L’affaire Bétharram est d’abord une affaire de vies brisées. On ne parle jamais de ces garçons. Comme dans beaucoup d’institutions de cette époque, il y a eu des violences physiques présentées comme des moyens éducatifs. Et il y a eu, plus grave encore, des accusations d’abus sexuels, dont la justice poursuit aujourd’hui l’examen. Mais à cette affaire s’est ajoutée une autre dimension. Parce que mes enfants ont été scolarisés à Bétharram et parce que j’en étais un voisin proche, une manipulation politique a été mise en place pour faire croire que j’avais été mêlé à ces faits ou que j’avais tenté d’en empêcher la révélation. J’ai pu démontrer que ces accusations étaient fausses. Mais cela a eu un coût humain considérable. Pendant des mois, matin, midi et soir, vous êtes présenté comme lié à une affaire aussi grave. C’est extrêmement violent parce que c’est faux.
Mais c’est éclairant pour la société : on n’écoute pas les enfants…
Ce n’est pas seulement les enfants que l’on n’écoute pas. Les parents ne sont pas entendus non plus ! Pensez à l’ignominie du périscolaire à Paris, pire encore, qui parle du pire du pire, dans les crèches ? Dans les crèches ! Et on a l’impression qu’on ne cherche même pas les responsables…
Faut-il revoir la nature et le fonctionnement des commissions d’enquête ?
Elles peuvent être très utiles lorsqu’elles permettent d’éclairer des problèmes de société. Mais lorsqu’une commission est en fait détournée de son objet, lorsque c’est une personne qui est en fait visée, les garanties sont insuffisantes. Devant un tribunal, vous avez un avocat. Vous pouvez demander des vérifications, faire valoir vos droits, contester certains éléments. Devant une commission d’enquête, aucun de ces droits. Vous êtes seul, sans aucune garantie, face à des parlementaires par définition politisés et dont certains ont pour objectif de vous abattre.
Dans ce cas particulier, LFI et quelques autres avaient pour plan de montrer que j’avais menti sous serment afin que l’affaire soit ensuite transmise à la justice. Documents à l’appui, j’ai pu leur faire rendre gorge. Mais un tel dispositif devrait offrir davantage de garanties. On vient de le voir sur l’audiovisuel. On ne peut pas organiser des procédures qui sont en fait de véritables procès sans accorder à chacun les moyens de sa défense.
Le 7 juillet, les juges décideront si Marine Le Pen peut, ou non, être candidate à l’élection présidentielle. Cela pose-t-il un problème démocratique ?
Vous savez que j’ai exprimé mon trouble concernant l’exécution provisoire de la décision. À mes yeux, lorsqu’une décision entraîne des conséquences aussi importantes, elle doit pouvoir être examinée en appel avant de produire pleinement ses effets. Nous verrons ce que décidera la justice. Mais j’ai une analyse un peu différente de celle qu’on entend partout aujourd’hui. Tout le monde dit que le RN a déjà gagné. Je ne me range pas à cette fatalité. Ses candidats, leurs prises de position, me paraissent au contraire peu solides. On va sortir du mensonge généralisé et faire de cette élection un rendez-vous de vérité. Pas le choix d’un président par défaut, mais une personnalité qui aura l’énergie et les compétences du XXIe siècle.
Le JDD. Trois mille cinq cents milliards de dette, des intérêts qui engloutissent l’équivalent de l’impôt sur le revenu de l’ensemble des contribuables : que risque la France, très concrètement ?
François Bayrou. La France risque la dévitalisation. Tous les moyens dont nous aurions besoin pour notre vie et pour nos jeunes vont être captés pendant une décennie pour la charge de la dette. Et personne ne veut le voir. Ce livre dévoile le mécanisme jamais expliqué qui nous a conduits là où nous sommes. Depuis cinquante ans, la France n’a jamais présenté un seul budget en équilibre. Pour pouvoir payer le montant du déficit, on l’emprunte. Ces sommes se sont accumulées jusqu’à représenter des milliers de milliards.
Or, en cinquante ans, la France n’a jamais remboursé un euro de ces emprunts. Mais les intérêts qu’il faut verser à nos créanciers, eux, il faut les payer tous les ans. La marée des intérêts n’a cessé de monter. Ces créanciers, pour les deux tiers, sont étrangers. C’est donc une hémorragie continue et croissante qui ponctionne nos ressources pour les déverser à l’étranger. Les jeunes vont être les grands sacrifiés. Ignorer cette question, c’est le grand mensonge.
Dans votre livre, vous pointez du doigt la responsabilité des citoyens qui sont les « donneurs d’ordres » des politiques…
On dira forcément que c’est la faute des gouvernements successifs. Le débat politique classique en revient toujours à « c’est la faute des autres ». Pour l’opposition, c’est la faute de ceux qui sont au pouvoir. Quand on est au pouvoir, c’est la faute des prédécesseurs… Le discours politique repose sur le principe de la défausse. La vérité est plus brutale : tout le monde, sans exception, n’a cessé de faire pression, tout le temps, pour dépenser toujours plus.
Qui a reçu cet argent ? Ce sont les Français, directement, pour les retraites, pour les dépenses sociales, pour la fonction publique. Et tous les opposants, sans exception, n’ont cessé d’exiger des milliards supplémentaires. Et quand j’ai proposé à l’Assemblée nationale de partager le constat de cette situation pour en tirer des choix politiques, elle l’a refusé. C’est l’opinion publique qui commande, et les politiques suivent. La seule déclaration vraiment révolutionnaire, et vraiment respectueuse des citoyens, c’est : « Je dirai la vérité quoi qu’il en coûte. » Sans dire la vérité, il est impossible d’avancer. C’est le propos de ce livre.
Vous évoquez les présidents qui accablent leurs prédécesseurs. Est-ce le cas d’Emmanuel Macron, dont le décennat a conduit à une aggravation sensible de l’endettement du pays ?
Comme tous les présidents depuis Mitterrand, le recordman, en passant par Sarkozy, le second, Hollande et Macron. Les raisons sont toujours valables. Pour répondre à des promesses électorales ou à des crises graves. Mais la volonté a toujours manqué pour économiser entre les crises.
Vous êtes toujours indulgent avec Macron…
Regardez les trois jours que nous venons de vivre. Qui, parmi les chefs d’État en Europe et dans le monde, peut s’imposer dans le jeu mondial face aux géants de la planète ? Qui pour défendre l’Ukraine et faire entendre notre voix jusqu’au Moyen-Orient ? Même si je suis à contre-courant, j’affirme que cet homme est à la hauteur de l’histoire. Et j’en suis sûr, un jour, ce ne sera plus discuté.
Mais cela exonère-t-il sa responsabilité sur l’aggravation de la dette ?
Lors des deux premières années de son mandat, le déficit de la France a baissé, et il prévoyait un plan pour le ramener au niveau où il devrait être. Dois-je vous rappeler l’énumération des crises qui ont suivi ? Les Gilets jaunes, le Covid, la guerre en Ukraine, l’explosion du prix de l’énergie, l’inflation, et enfin la guerre en Iran. Il a fait ce qu’il n’est pas illogique de faire : quand tout va mal, on soutient. C’est après que vient le temps des économies. Ce qui a manqué, c’est cet « après ».
Parmi les candidats à l’élection présidentielle, Édouard Philippe s’illustre en annonçant qu’il faudra fournir des efforts importants, voire des sacrifices. Est-ce le bon positionnement ?
L’enjeu, c’est la prise de conscience des Français. Tout ce qui y contribuera ira dans le bon sens. Moi, j’ai le regard fixé sur les jeunes. Les finances publiques, pour ne pas leur laisser le fardeau, l’Éducation, pour effacer l’effondrement du niveau, l’efficacité de l’action publique, pour que les choses se fassent, ou encore l’organisation du modèle social menacé.
J’ajoute, et c’est aussi important, qu’il s’agit aussi de s’assurer que les candidats ne feront aucune alliance d’aucune sorte avec les extrêmes, de droite ou de gauche. Jamais avec les uns, et jamais avec les autres. En deux siècles d’histoire, chaque fois qu’ils ont été au pouvoir, ils ont conduit au drame et au malheur, à la misère et à l’affrontement, dans tous les pays où ils ont régné. Et autour d’eux.
Vous estimez que le Rassemblement national n’a pas changé par rapport au FN ancienne époque ?
Le réflexe est le même. Chercher toujours des boucs émissaires : il n’y a pas de pire moyen de tromper un peuple que de lui désigner un ennemi et de faire de cet ennemi l’origine de tous les maux, la cible unique. Que dit l’extrême gauche ? Elle dit que c’est la faute des riches. Et on va leur faire payer. Que dit l’extrême droite ? Elle dit que c’est la faute des immigrés et de l’Europe. Et on va leur faire payer.
Que répondez-vous aux Français qui jugent que leur mode de vie et leur identité sont menacés ?
Que leur souci est légitime et qu’il doit être reconnu. L’identité est une condition d’existence pour les peuples. Et quand elle est menacée, cela ronge l’âme. C’est un devoir de garantir que notre patrimoine culturel, notre mode de vie, les valeurs qui nous font vivre, tout ce patrimoine-là sera respecté et transmis. Respecté. Transmis. Les deux mots ont leur plein sens. Mais il n’est pas vrai que nous résoudrons nos problèmes par la guerre à des catégories de populations. Promenez-vous dans les rues des grandes villes, regardez les échafaudages : qui est sur les échafaudages ? Allez dans les cuisines des restaurants : qui y travaille ? Qui s’occupe des tâches si difficiles dans les maisons de retraite ? C’est la partie la plus fragile de la population qui assume les tâches du pays. Souvent, ces femmes et ces hommes viennent de l’immigration. Les placer en situation d’accusés, c’est les jeter dans le communautarisme et l’extrémisme.
Sur des sujets brûlants, l’immigration ou la sécurité, vous proposez des analyses étayées, historiques, quant aux causes multiples de ces maux, mais vous proposez peu de solutions concrètes…
J’en apporte beaucoup, au contraire. La première clef, c’est le travail. Nous sommes un pays dont la démographie est fragile et dont les entreprises peinent à recruter. Dans le même temps, nous interdisons à une partie de ceux qui vivent sur notre sol d’accéder à l’emploi. Cela n’a pas de sens. Je considère que ceux qui sont sur le territoire national doivent pouvoir travailler et non être pris en charge par la collectivité. Il y a des centaines de milliers de jeunes qui coûtent au pays plusieurs dizaines de milliers d’euros par an pour être logés et nourris, alors même qu’on leur interdit de travailler. Vous rendez-vous compte de la stupidité de la situation ? C’est exactement l’inverse de ce qui permet d’intégrer une population. Historiquement, les sociétés ont intégré par le travail, souvent le plus pénible.
La deuxième clef, c’est la langue. Il faut en exiger la maîtrise. La troisième, c’est l’adhésion aux principes de vie que nous avons en commun. Chez nous, la religion ne peut pas prétendre diriger le pays. C’est un principe fondamental.
Dans votre livre, vous revenez sur l’affaire Bétharram pour dénoncer la manipulation dont elle aurait fait l’objet afin de vous déstabiliser…
L’affaire Bétharram est d’abord une affaire de vies brisées. On ne parle jamais de ces garçons. Comme dans beaucoup d’institutions de cette époque, il y a eu des violences physiques présentées comme des moyens éducatifs. Et il y a eu, plus grave encore, des accusations d’abus sexuels, dont la justice poursuit aujourd’hui l’examen. Mais à cette affaire s’est ajoutée une autre dimension. Parce que mes enfants ont été scolarisés à Bétharram et parce que j’en étais un voisin proche, une manipulation politique a été mise en place pour faire croire que j’avais été mêlé à ces faits ou que j’avais tenté d’en empêcher la révélation. J’ai pu démontrer que ces accusations étaient fausses. Mais cela a eu un coût humain considérable. Pendant des mois, matin, midi et soir, vous êtes présenté comme lié à une affaire aussi grave. C’est extrêmement violent parce que c’est faux.
Mais c’est éclairant pour la société : on n’écoute pas les enfants…
Ce n’est pas seulement les enfants que l’on n’écoute pas. Les parents ne sont pas entendus non plus ! Pensez à l’ignominie du périscolaire à Paris, pire encore, qui parle du pire du pire, dans les crèches ? Dans les crèches ! Et on a l’impression qu’on ne cherche même pas les responsables…
Faut-il revoir la nature et le fonctionnement des commissions d’enquête ?
Elles peuvent être très utiles lorsqu’elles permettent d’éclairer des problèmes de société. Mais lorsqu’une commission est en fait détournée de son objet, lorsque c’est une personne qui est en fait visée, les garanties sont insuffisantes. Devant un tribunal, vous avez un avocat. Vous pouvez demander des vérifications, faire valoir vos droits, contester certains éléments. Devant une commission d’enquête, aucun de ces droits. Vous êtes seul, sans aucune garantie, face à des parlementaires par définition politisés et dont certains ont pour objectif de vous abattre.
Dans ce cas particulier, LFI et quelques autres avaient pour plan de montrer que j’avais menti sous serment afin que l’affaire soit ensuite transmise à la justice. Documents à l’appui, j’ai pu leur faire rendre gorge. Mais un tel dispositif devrait offrir davantage de garanties. On vient de le voir sur l’audiovisuel. On ne peut pas organiser des procédures qui sont en fait de véritables procès sans accorder à chacun les moyens de sa défense.
Le 7 juillet, les juges décideront si Marine Le Pen peut, ou non, être candidate à l’élection présidentielle. Cela pose-t-il un problème démocratique ?
Vous savez que j’ai exprimé mon trouble concernant l’exécution provisoire de la décision. À mes yeux, lorsqu’une décision entraîne des conséquences aussi importantes, elle doit pouvoir être examinée en appel avant de produire pleinement ses effets. Nous verrons ce que décidera la justice. Mais j’ai une analyse un peu différente de celle qu’on entend partout aujourd’hui. Tout le monde dit que le RN a déjà gagné. Je ne me range pas à cette fatalité. Ses candidats, leurs prises de position, me paraissent au contraire peu solides. On va sortir du mensonge généralisé et faire de cette élection un rendez-vous de vérité. Pas le choix d’un président par défaut, mais une personnalité qui aura l’énergie et les compétences du XXIe siècle.