François Bayrou : « Depuis que j’ai mis sur la place publique ce sujet de la dette, il commence à être identifié »
Retrouvez-ci dessous les entretiens accordés par François Bayrou à La République des Pyrénées.
Bayrou et la dette : « Depuis que j’ai mis sur la place publique ce sujet, il commence à être identifié »
PAR PROPOS RECUEILLIS PAR ÉRIC BÉLY ET NICOLAS REBIÈRE
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Dans l’introduction de votre dernier livre vous écrivez que « dire la vérité est un sport dangereux ». Et condamne même à une forme de solitude. Vous vous êtes senti seul ?
Vous voyez bien les tempêtes que j’ai dû affronter parce que je disais la vérité. Avec les chiffres qui viennent d’être publiés ce jeudi, les alertes rouges de la Cour des comptes, on sait aujourd’hui que ce que je disais était la vérité.
Vous revenez dans ce livre sur un thème sur lequel vous insistez depuis la campagne présidentielle de 2007, celui de la dette…
C’est la première fois, je crois, qu’en France un livre explique à destination du grand public, des citoyens, ce qu’est cette dette, comment elle s’est constituée, ce qu’elle représente, quel est son mécanisme. Voilà 50 ans qu’on n’a plus voté en France un budget en équilibre. Donc tous les ans des déficits, de plus en plus importants. Ces sommes, il faut les emprunter. Comme les sédiments au fond de la mer, s’est accumulée cette colossale et abyssale quantité de dette. Aujourd’hui, nous venons de dépasser les 3 500 milliards d’euros. Pour les gens, ce sont des chiffres très lointains, très abstraits. Mais depuis que j’ai mis sur la place publique ce sujet vital, il commence à être identifié.
Mais la prise de conscience est-elle complète selon vous ?
Non. Les gens commencent à se dire : « La dette, c’est dangereux, il a raison. Mais, c’est pour plus tard. Ce sont les générations futures qui paieront ». C’est cela le grand mensonge : nous avons atteint un seuil où désormais, ce sont les générations actuelles qui non seulement paient, et paient bien au-delà de tout ce qui avait été imaginé. L’année prochaine, la totalité de l’impôt sur le revenu de tous les foyers fiscaux de tout le pays, toutes ces sommes que vous payez, que nous payons tous, additionnées, ne suffiront pas à compenser les intérêts de la dette ! Cette année, 80 milliards d’euros, l’année prochaine 90 ! Cela change tout, car cet argent, on en aurait la plus urgente utilité, pour les jeunes, pour l’école, pour la justice, pour la sécurité, pour les hôpitaux, mais on ne l’aura plus.
Pour sortir de cette situation, vous donnez aussi dans ce livre une sorte de plan de survie, 12 points qui apparaissent un peu comme le socle d’un possible programme pour un candidat à la présidentielle…
Si je n’avais pas dit à l’avance que je ne serais pas candidat, tout le monde aurait considéré que c’était un livre de campagne, que j’écrivais pour me mettre en valeur. Or je voulais montrer aux Français qu’il est des responsables qui ne travaillent pas pour eux-mêmes.
Alors que vous défendez votre bilan de Premier ministre dans ce livre, pourquoi avoir déclenché le siège éjectable en septembre en sollicitant la confiance des députés ?
Le bilan, il vient d’être confirmé. Ne serait-ce que par une baisse importante du déficit. Mais pour durer on voulait m’imposer par exemple de renoncer à la réforme des retraites. De Gaulle et Mendès (et je ne me compare pas à ces géants) ont vécu cela avant moi. Qu’ont-ils dit ? « Si on m’empêche de poser les questions essentielles, à quoi bon rester au pouvoir ? » C’est le sens de cette épreuve de vérité. Et cela a plus de gueule que de se faire censurer tête basse…
Que pensez-vous de l’action de votre successeur Sébastien Lecornu ?
Il a été ministre de la Défense dans mon gouvernement et je ne l’ai pas oublié. Et tout a toujours été clair entre nous : je savais que si j’étais renversé, c’est lui qui serait nommé. Et nommé dans cet esprit : pour chercher des accommodements, des compromis qui permettraient que le gouvernement dure. Ma philosophie au contraire était de prendre de face la vérité. D’ici peu de mois, je ne sais pas si c’est 6 ou 18, mais pas beaucoup plus, il n’y aura plus de discussion possible sur ce sujet. Parce que la France ne peut pas échapper à la même crise qu’ont vécue la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal… Tous ces pays qui ont été obligés d’entrer dans une démarche incroyablement sévère.
Vous défendez ardemment votre action à Matignon, mais avez-vous laissé assez de place à l’autocritique ?
Quand on disait cela à Mitterrand, il répondait : « La critique, il y en a suffisamment venant de mes adversaires sans que j’apporte de l’eau à leur moulin ». Peut-être que j’aurais pu mieux faire des choses. Mais je n’aurais pu être de meilleure foi. Et les résultats que nous avons obtenus, personne ne les a obtenus jusqu’à maintenant. Depuis combien de temps il n’y a pas eu un gouvernement qui a fait baisser le déficit de manière aussi importante ?
Bétharram, la « blessure »
Vous revenez longuement dans le livre sur l’affaire Bétharram. N’avez-vous pas eu peur de remettre une pièce dans la machine ?
Pouvais-je écrire un livre sur cette période sans parler de l’affaire Bétharram ? D’abord, ceux que je ne veux pas qu’on oublie, ce sont les victimes. Les victimes qui ont besoin pas seulement de compassion mais de justice. Eux, et toutes les victimes de ces agressions criminelles, partout en France, jusque dans les crèches comme à Paris.
Et pour vous-mêmes, vous dites encore « c’est une blessure… »
C’est surtout une blessure parce qu’il y a des gens qui se disaient : « il n’y a pas de fumée sans feu ». Et je ne voulais pas laisser cela sans réponse. Je connais bien Bétharram par la chapelle baroque, classée monument historique. Mais je n’ai jamais mis les pieds dans l’établissement scolaire. Sauf il y a trente ans, une fois, en dehors du temps scolaire, pour une inauguration de gymnase. Je ne connaissais aucun des protagonistes. Je n’ai jamais parlé à Carricart. Des gens disaient que ma femme était professeur à Bétharram. Elle ne l’a jamais été. Enfin quand l’affaire sort, mon dernier fils a quitté Bétharram depuis 23 ans. Et ma fille aînée a quitté Bétharram depuis 35 ans. Et pendant des mois, matin midi et soir, on répétait aux Français que j’étais mêlé à cette affaire !
Est-ce que vous vous dites qu’avec le recul, vous auriez pu faire autrement devant la représentation nationale, devant la commission d’enquête ?
La première fois à l’Assemblée nationale, au lieu de dire que je n’avais aucune information, j’aurais dû dire je n’avais aucune information « sauf ce que j’avais lu dans la presse à l’époque ». C’est probablement ce que j’aurais dû faire. Mais sur le moment, cela ne m’a pas traversé l’esprit.
C’était une manipulation. Et je rappelle qu’au terme de tout ça, au bout d’une confrontation de 5 h 30, où la commission était plus que majoritairement composée d’adversaires politiques ou de gens qui doutaient, alors que j’avais apporté les preuves écrites que j’avais lancé une inspection, que j’avais détruit l’accusation d’intervention, les députés, majoritairement des opposants, ont refusé de suivre Paul Vannier (NDLR, le co-rapporteur LFI de la commission). Avoir pu désamorcer cette bombe, ce n’était pas rien. J’avais gagné, mais en vérité j’avais perdu. Le poison de la calomnie est très puissant !…
Alerte sur la France qui vient, par François Bayrou, Éditions de l’Observatoire, 288 pages, 22 euros.
François Bayrou après sa défaite à Pau : « Nous mènerons sans répit la bataille »
PAR PROPOS RECUEILLIS PAR ÉRIC BÉLY ET NICOLAS REBIÈRE
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C’est la première fois que vous prenez la parole dans les médias locaux, depuis le soir du deuxième tour des municipales. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?
Trois mois, j’avais besoin de ce temps de silence. Cette défaite était un moment douloureux bien sûr. Pour moi et pour nos équipes. Un sentiment d’injustice, c’est vrai. Avoir été élu il y a douze ans quand la ville subissait une hémorragie d’habitants sans précédent, quand elle n’était pas identifiée parmi les villes de France, dont on était obligé de dire « Pau, entre Biarritz et Lourdes », tout le monde se souvient de cette époque. Et en faire, en deux mandats, la ville en tête de tous les classements, dans le sport, dans les équipements, dans la vie quotidienne, dans la gestion, gagner 5000 habitants, et rencontrer la défaite, pour moi, c’était un arrachement.
Et vous avez surmonté tout ça ?
Oui. J’ai fait ce que je fais habituellement, dans les moments où j’ai besoin de me régénérer, j’ai écrit un livre qui me paraissait essentiel.
Beaucoup ont dit que vous aviez perdu à cause de Bétharram. C’est votre analyse ?
Non. J’ai perdu d’abord en raison de la triangulaire avec le Rassemblement national. Pour l’essentiel 16 % des voix pour beaucoup venues de la droite ont été bloquées sur le vote RN, peut-être en croyant que je gagnerais quand même. En revanche toutes les voix d’extrême gauche se sont rassemblées sur la liste PS. C’est cela qui a fait le résultat. Ceux qui se présentent comme les plus acharnés adversaires de la gauche l’ont fait élire. Après, toutes les polémiques, Matignon, Bétharram, c’était autant de voix perdues, mais ce n’était pas l’essentiel.
Votre campagne n’a-t-elle pas été moins bonne qu’en 2014 par exemple. N’avez-vous pas démarré un peu tard ? La grippe sévère qui vous a touché a-t-elle joué ?
C’est vrai que si je n’avais pas eu ce séjour en réanimation, j’aurais eu un mois de plus sur le terrain. Nous avions une équipe géniale, et fait au moins 60 réunions de terrain. Mais aujourd’hui, mon souci principal, c’est le souci devant ce qui est en train de se faire dans notre ville.
Justement, comment vivez-vous la dénomination des halles « André Labarrère » ?
C’est minable, c’est petit, c’est mesquin, c’est médiocre. Et c’est le contraire de ce que nous avons voulu faire de cette ville, aussi bien Labarrère que moi. D’abord, c’est contraire à tous les usages. Vous pouvez nommer un bâtiment si vous l’avez construit. Ni Labarrère, ni moi n’avons jamais rien nommé. Le Zénith est resté le Zénith. Le palais des sports est resté le Palais des sports. Et avec moi, le stade du Hameau est resté stade du Hameau, et le Foirail le Foirail. Surtout, il est absolument contraire aux usages de nommer ce que l’on n’a pas construit ! D’autant plus que cette équipe s’est opposée farouchement à la construction des Halles, a toujours voté contre, depuis la première seconde, sans répit, avec les mots les plus désobligeants et les plus ridicules, que c’était « pharaonique », que c’était « pour les bobos », que Pau « n’avait pas besoin de Halles propres ». Et ils osent… Et vous croyez que les Palois ne s’en aperçoivent pas ?
Que pensez-vous des autres premières mesures prises par Jérôme Marbot ?
Il y a un exemple parlant : sur les cantines, ils se sont fait élire en expliquant qu’ils allaient faire gagner de l’argent à tout le monde, jusqu’à distribuer des questionnaires pour que chacun calcule quel serait son bénéfice. Aujourd’hui la vérité apparaît. Avec nous, le repas le moins cher pour les familles économiquement en difficulté, c’était 30 centimes. Et le repas le plus cher, c’était 3,03 euros. Avec eux, cela va monter jusqu’à 5,50 euros. Et qui va payer ? Ce sont les classes moyennes. Pour un couple avec les deux conjoints au SMIC, la cantine va coûter 25 % de plus.
J’ajoute qu’en plus, la nouvelle municipalité vire tous les gens qui étaient en responsabilité dans des démarches grand-guignolesques comme on vient de le voir à la tête de la SPL des Halles. Alors que moi, je n’ai viré personne. Tous les responsables nommés par mes prédécesseurs, par exemple aux HLM, ou à l’office du tourisme, tous je les ai maintenus. Vous voyez que c’est toujours la même idée. Ils veulent effacer ce que nous avons fait. Or c’est ineffaçable. Et ils se présentent en maîtres. Or, c’est une ville qui ne veut pas de maître. Une ville qui ne veut pas être soumise.
Vous avez choisi de ne pas siéger au conseil municipal et vous n’avez pas expliqué pourquoi…
Parce qu’après douze ans de mairie, je ne voulais pas devenir l’opposant officiel. En tout cas, il y a une chose qui désormais est certaine, c’est que nos adversaires avaient menti. Le vote du compte administratif, c’est-à-dire le bilan comptable précis, officiel et voté, montre que la ville était en parfaite santé financière, qu’il n’est pas vrai qu’elle était endettée puisque l’on sait aujourd’hui qu’on est dans le tiers le moins endetté des villes de France de la même strate.
Il y a une petite musique en ville qui suggère que le dossier des Galeries Lafayette serait une bombe à retardement…
Voilà les bruits qu’ils font courir ! Je vais mettre les choses au point une fois pour toutes. Les entreprises me disent que le chantier est précisément respecté, en temps et en coût. Si l’on respecte les engagements pris, si on n’essaie pas d’évincer la société qui porte l’enseigne des Galeries Lafayette à Pau, comme j’entends dire que certains veulent le faire pour des intérêts personnels, cette reconstruction magnifique enrichira la ville et ne lui coûtera rien. Pas un euro d’argent public ! Mais si on arrête tout, alors oui, on aura une catastrophe. Mais je ne crois pas qu’ils vont avoir l’imprudence de le faire. Il y aurait une conséquence immédiate, c’est la fermeture du magasin actuel des Galeries Lafayette avec des dizaines d’employés au chômage.
Et la suppression de l’arrêté anti-regroupements place d’Espagne est aussi un très mauvais signal, demandez aux riverains…
Vous reverra-t-on candidat à Pau ou dans une élection locale ? Il y a les législatives en 2007, les élections départementales en 2028, et même les municipales en 2033…
Est-ce que lors de cette interview, vous avez eu le sentiment que j’avais quitté le champ de bataille ? Avec nos équipes, nous venons d’emménager (NDLR, rue Henri-Faisans à Pau). Nous mènerons sans répit la bataille…
Mais quelle bataille ?
La bataille de l’avenir de la ville, la bataille de la vérité, contre les intérêts particuliers et partisans. Cette gestion accumule les signaux désastreux. Je vais tout faire pour réunir tous les gens qui ont envie de ne pas laisser faire.
Donc on vous verra dans d’autres élections ?…
Je ne ferme aucune porte. La seule candidature que j’ai écartée, c’est l’élection présidentielle, parce que je ne veux pas entrer dans les bagarres de ces gens qui donnent l’impression de ne penser qu’à eux. Ce n’est pas pour moi seulement que je fais tout ça, je le fais parce que je crois qu’il faut donner aux citoyens des raisons de vivre.