Erwan Balanant : « Notre société a un problème avec les violences sexistes, sexuelles »
Erwan Balanant, député du Finistère, secrétaire général adjoint du Mouvement Démocrate, était en direct sur LCP pour répondre aux questions des journalistes à propos de la loi intégrale sur les violences sexuelles, des moyens de la justice et enfin sur l'évolution des mentalités à l'égard de ces violences dans notre société.
Loi intégrale sur les violences sexuelles : « C'est pas une loi d'émotion, c'est une loi de détermination »
Cet après-midi, le Premier ministre a reçu tous les députés qui travaillent sur la loi intégrale sur les violences sexuelles, et notamment Erwan Balanant qui travaille activement sur le sujet. Pour rappel, cette loi intégrale est issue de la société civile et est le fruit d'un travail transpartisan. Invité de LCP, il réagit :
Il y a une détermination, visiblement, de prendre en compte ce que nous avons dit et ce que nous portons avec cette loi intégrale depuis un moment.
Cet entretien a permis surtout de discuter de la méthode, a expliqué Erwan Balanant, mais aussi d'évoquer le calendrier puisque dès la semaine prochaine, le travail article par article va débuter entre parlementaires et certains ministres. Le Conseil d'État initialement engagé lors de cette étape, sera sollicité seulement à l'état de l'inscription au calendrier. Il a souligné :
Moi, j'ai bon espoir qu'on puisse avoir ce texte en automne.
En effet, même si en automne le Parlement réserve ses séances au budget, notre député a exprimé la volonté du Premier ministre de débattre sur cette loi dès que possible entre chacune des lectures du texte sur le budget.
Erwan Balanant a été interrogé sur l'imprescriptibilité des crimes sur mineurs. Il a rappelé que : « c'est un sujet grave, c'est un sujet important, c'est un sujet où il y a une évolution de la société. » Notre député a expliqué que cette question est en train d'évoluer grâce à la prise de conscience ce qui est « un marqueur symbolique. » Sur sa position, il souligne :
Moi, j'ai longtemps été contre l'imprescriptibilité et j'évolue.
Erwan Balanant souligne que l'imprescriptibilité est un sujet qui ne doit pas être traité comme les autres :
C'est un sujet qui emporte beaucoup de conséquences juridiques et qu'on ne pourra pas faire non plus contre l'ensemble des magistrats de notre pays. Essayons d'être sérieux, déterminés pour faire avancer.
Il a donc rappelé l'exigence du travail sur la loi intégrale puisque tous les dispositifs vont être étudiés avec sérieux, a affirmé Erwan Balanant :
Tous les dispositifs qu'on allait mettre sur la table, on ne va pas les faire comme ça sous le coup de l'émotion. Je le redis, ce texte est un texte de détermination de la société civile avec quelques députés qui, depuis deux ans, travaillent sans arrêt sur ces questions-là.
Moyens de la justice : « Je vous dis, on est dans une justice embolisée. »
Interrogé sur le budget de la justice, Erwan Balanant était rapporteur de la loi de programmation et d'orientation de la justice sur les volets budgétaires, il a donc participé au débat sur l'augmentation du budget de la justice de 40%. Sur son augmentation, il souligne : « C'est déjà énorme. Et faire plus, on est tous pour faire plus. » Il précise :
On a une justice, ce n'est pas moi qui le dis, c'était l'ancien garde des Sceaux, qui était en voie de clochardisation.
Notre député dénonce la nécessité de revoir les moyens de la justice mais aussi les procédures judiciaires. Il donne notamment l'exemple du problème du « stockage judiciaire » puisqu'une multitude d'affaires n'est pas encore traitée et donc n'est pas jugée : « On a un vrai problème aujourd'hui, alors c'est terrible de dire ça. » Il dénonce une embolisation du système judiciaire :
Les juges quand ils ont des dossiers, pour que ça arrive, ils veulent être sûrs, ils veulent que le dossier soit carré. Donc on a vraiment une embolisation du système. Il faut continuer à mettre les moyens.
Améliorer les moyens de la justice c'est aussi réussir à mieux traiter les affaires. Le Garde des Sceaux a notamment annoncé que les 70 000 plaintes sur des crimes contre des enfants allaient être passé au crible. Erwan Balanant a réagi :
Ce travail va avoir une grande vertu, c'est d'accélérer déjà, et aussi de voir quelles sont les typologies de ces plaintes.
Notre député du Finistère explique que ce travail permettra de mieux traiter les différentes affaires face à une justice embolisée en raison notamment de la multiplication des plaintes par les victimes. Il souligne :
Je pense que ce screening de l'ensemble des plaintes va permettre d'avoir des données un peu plus fiables sur où on en est aujourd'hui, sur quoi on peut avancer.
Erwan Balanant s'est ensuite exprimé sur le nombre de magistrats suffisant mais aussi capables de travailler sur ces sujets :
Question du nombre de magistrats qui veulent travailler sur ces sujets-là, parce que c'est lourd, c'est dur, c'est long, ce sont des procédures éprouvantes.
Pour notre député, il n'y a pas que les magistrats mais aussi les avocats pénalistes pour défendre les auteurs et les victimes. Erwan Balanant affirme que la justice n'est pas l'unique responsable, il précise :
Ne croyons pas que la justice est la seule responsable d'un problème de société. Notre société a un problème avec les violences sexistes, sexuelles. Notre société a un problème avec les violences envers les femmes, envers les enfants. Et c'est ça qu'il faut dire et c'est pour ça que la loi était dite intégrale.
Prise de conscience collective : « Notre société doit sortir d'un patriarcat qui, aujourd'hui, est violent à l'égard des femmes et à l'égard des enfants »
Notre député a été rapporteur de la commission d'enquête sur les violences dans le monde de la culture. Il a été interrogé sur la position de la société française de la période post années 70 pendant lesquelles les auteurs faisaient l'apologie de la pédophilie, il a réagi :
Moi, ce n'est pas la première fois que j'entends un « plus jamais ça ». C'est d'ailleurs ce qui me met en colère. J'ai entendu un « plus jamais ça » sur l'affaire Le Scouarnec dans ma circonscription. On a entendu « un plus jamais ça » au moment du MeToo dans le cinéma.
Notre député a rappelé une nouvelle fois la détermination de l'équipe parlementaire pour faire face à ces drames grâce à la loi intégrale qui est portée par l'ensemble des associations, de la société civile. Il souligne :
Ce drame absolu pour notre société, pour cette famille, permet de se dire ce coup-ci on avancera avec détermination et avec force, et on ira jusqu'au bout des changements qui doivent être faits, qui sont des changements de l'appareil judiciaire, de la prévention, de l'éducation, mais aussi, je le redis, un changement sociétal.
Pour notre député c'est une société entière qui doit évoluer :
Notre société doit changer de regard, et notre société, je vais le dire, doit sortir d'un patriarcat qui, aujourd'hui, est violent à l'égard des femmes et à l'égard des enfants.
C'est le souhait d'Erwan Balanant que la pression sociétale continue pour que les choses changent réellement. Il souligne la détermination commune :
On était plutôt dans un état d'esprit d'avoir été écoutés, de sentir une détermination commune, mais on ne lâchera pas. C'est-à-dire qu'on continuera et que les associations, que les manifestants continuent à nous porter, et qu'elles portent aussi le gouvernement, je trouve ça très bien.