François Bayrou : « La France est déjà le pays du monde qui a le plus d'impôts. Il faut une réorganisation complète de notre action publique »
François Bayrou était l'invité de Gilles Bornstein pour les 4V de télématin sur France 2 ce lundi 22 juin.
Gilles Bornstein : Bonjour, M. le Premier ministre. Vous publiez « Alerte sur la France qui vient » aux éditions de l'Observatoire. On en parlera. Vous faites un plaidoyer contre la dette. Comme d'habitude, quelques questions d'actualité d'abord. Le rapport d'inspection remis à Sébastien Lecornu concernant l'affaire Lyhanna pointe des dysfonctionnements et des erreurs individuelles. Faut-il des sanctions ?
François Bayrou : La justice comme toute administration des affaires humaines, si le travail n'est pas fait, il y a forcément des sanctions. Et je ne doute pas que le Garde des Sceaux y réfléchit.
Question : Faut-il des moyens aussi ?
François Bayrou : Il faut des moyens, mais ce que ce livre montre, c'est que toute la réflexion, toutes les campagnes électorales qui promettent des dépenses supplémentaires sur tous les sujets dont on aurait besoin, eh bien, on va être bloqués, empêchés parce que tous les moyens de la nation, tout le travail des Français va être capté et détourné vers les intérêts que nous devons payer pour notre dette. Et dans des proportions que nous n'imaginons même pas. Songez que l'année prochaine, la totalité de l'impôt sur le revenu que paient les Français, le vôtre, celui de tous ceux qui étaient sur le plateau, et tous nos compatriotes, la totalité de l'impôt sur le revenu ne suffira pas pour payer les intérêts de la dette. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça signifie des sommes colossales. Et cet argent-là, nous en aurions besoin pour tous les sujets et pour les jeunes Français. Pour préparer l'avenir des jeunes Français. Cet argent, nous ne l’aurons pas, ce qui va nous obliger à réinventer complètement notre organisation de l'action publique. On parle de la justice, on parle de l'éducation, on parle de la santé, des hôpitaux, on parle du climat et des investissements nécessaires qu'il faudrait faire. Peut-être qu'on en dira un mot.
Question : Alors justement, des monceaux de dettes à résorber et de déficits, on sait que vous voulez baisser les dépenses. Vue l'ampleur de l'effort que vous venez de signifier, est-ce qu'il faut également augmenter les impôts, et évidemment les impôts de ceux qui ont le plus de moyens ?
François Bayrou : « Augmenter les impôts, alors on peut trouver des mesures d'équilibre. Mais l'idée que propage un certain nombre de ceux qui s'expriment dans le débat public, c'est que ce sont les autres qui paieront. Il y a toute une partie qui dit que ce sont les immigrés qui vont payer, l'immigration va payer, l'Europe va payer. Et puis une autre partie qui dit que ce sont les riches qui vont payer. La vérité, c'est que la France est le pays du monde qui a le plus d'impôts et on ne peut pas dire qu'on se porte mieux. Et donc la question pour moi, c'est la question de la réorganisation complète de notre action publique. Et les mesures de justice, il faut toujours y penser. Mais ne pas croire qu'on va réussir à résoudre les questions qui se posent à nous si on ne remet pas en cause la totalité de notre État ».
Question : J'entends, mais l'électrochoc que vous demandez, vous pensez que les Français doivent se rendre compte de ce gouffre abyssal qu'est la dette. Cet électrochoc, est-ce qu'il n'est pas plus facile à atteindre quand on demande à tout le monde de contribuer ? On voit les chiffres jour après jour, y compris ceux qui ont des patrimoines énormes et qui ne sont jamais, à qui on ne demande pas grand-chose.
François Bayrou : Eh bien, le travail des journalistes, c'est de faire connaître à tout le monde la réalité de tout cela.
Question : Le travail des politiques, c'est d'en tenir compte. Vous avez vu les études sur les patrimoines.
François Bayrou : Il y a une question sur les patrimoines. Je prends un exemple que je cite dans le livre. Il y a un pays qui est très proche de nous, qu'il a une société comme la nôtre, ce sont les Pays-Bas. On ne peut pas dire que les Pays-Bas soient une société en misère et en drame. Aux Pays-Bas, le produit, la production de la nation par habitant est de 30% supérieur à la France, 30%. Si on avait la même production par habitant que les Pays-Bas, les ressources de l'État et les ressources de chacun d'entre nous seraient de 30% plus élevé. Quelle est la clé aux Pays-Bas ? Deux choses. La première, ils accueillent les entreprises au lieu de leur faire la chasse. Et la deuxième, ils travaillent plus que nous.
Question : Il faut travailler plus. Je voudrais qu'on avance parce que le temps est compté. La présidentielle approche. C'est quoi le plan Bayrou pour éviter que la France aille vers les Insoumis ou vers le Rassemblement National ?
François Bayrou : Vous posez très bien la question. Tous ceux qui considèrent que l'extrême droite et l'extrême gauche sont de danger mortel pour le pays. Et j'invite tous ceux qui nous écoutent à feuilleter des livres d'histoire ou à aller sur internet. Est-ce qu'il y a un pays dans le monde où l'extrême droite et l'extrême gauche ont apporté du bien-être et du bonheur ?
Question : Ils doivent faire quoi ? Ils doivent se mettre d'accord ?
François Bayrou : Ils doivent en tout cas se respecter entre eux. Savoir qu'au bout du compte, ils devront travailler ensemble.
Question : Alors cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu'au bout du compte, si quelqu'un de ce bloc-là est élu, il devra travailler avec les autres. Raphaël Glucksmann devra travailler avec Edouard Philippe, qui devra travailler avec je ne sais qui. C'est du PS aux Républicains, c’est cela ?
François Bayrou : Oui, du PS aux Républicains, ce que j'appelle les réformistes.
Question : Mais il faut un seul candidat pour tout ce bloc ?
François Bayrou : S'ils peuvent avoir un seul candidat. Nous allons voir se décanter tout cela au fur et à mesure du temps. On n'est pas du tout dans le calendrier de l'élection présidentielle.
Question : Mais vous souhaitez qu'il n'y ait qu'un seul candidat ?
François Bayrou : Je souhaite qu'on se trouve au bout du chemin avec une solution qui permette d'éviter les extrêmes. Moi je pense que les extrêmes, pour un certain nombre d'entre eux, sont moins bien placés qu'on ne le croit. Mais je suis tout seul à le penser, donc c'est très minoritaire. Mais je vois bien les faiblesses de ce que j'appelle le fleuve central. Ceux qui écartent les risques doivent se respecter, s'écouter et se rassembler.
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