đŸ“»đŸ“ș François Bayrou, invitĂ© de "Questions politiques" sur France Inter et France Info 

François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate, était l'invité d'Ali Baddou, ce dimanche 4 octobre à 12h00, dans l'émission "Questions politiques", diffusée sur France Inter et France Info, en partenariat avec Le Monde. 

Pour réécouter l'émission, rendez-vous sur le site de France Inter :

▶  https://www.franceinter.fr/emissions/questions-politiques/questions-politiques-04-octobre-2020

Extraits :


Retrouvez ci-dessous la retranscription de l'Ă©mission :

Bonjour, François Bayrou.

Bonjour.

Il y a un an quasiment jour pour jour, vous Ă©tiez notre invitĂ© Ă  cette mĂȘme place. À la Une de l'actualitĂ©, on parlait du communautarisme, des listes communautaires. Il Ă©tait question au SĂ©nat que le groupe Les RĂ©publicains dĂ©pose un projet de loi pour interdire aux mĂšres voilĂ©es d'accompagner les sorties scolaires.

Avant hier, le Président de la République prononçait ce grand discours sur le séparatisme islamiste.

Que dites-vous un an aprÚs ? Enfin ?

Je trouve que c'Ă©tait un discours majeur, un moment oĂč l'histoire est reprise en main. Tout le monde sentait depuis des annĂ©es, non pas spĂ©cialement des sujets concernant les sorties scolaires, mais bien plus gravement s'agissant de la dĂ©scolarisation d'un certain nombre d'enfants et de pratiques que l'on sentait monter.

Tout le monde sentait qu'il y avait une grande interrogation de la société française et que l'on n'arrivait pas à y répondre, que les gouvernants successifs, d'inspirations différentes, d'une certaine maniÚre, hésitaient ou bien faisaient de grands discours sans qu'aucune décision ne soit jamais prise.

Or, le discours du Président de la République, il dit une chose, il dit que nous choisissons l'unité du pays, que nous décidons, nous, Français, avec l'histoire de la République derriÚre nous, avec nous, que nous allons écarter la tentation de la division profonde de la société pour des raisons religieuses, car il faut appeler les choses par leur nom, pour des raisons pseudo-religieuses.

Ce n'est pas moi qui vais dire que la religion est l'ennemi de la RĂ©publique. Au contraire, je pense que les croyants ont toute leur place et j'ai trouvĂ© extrĂȘmement juste et trĂšs encourageant que le PrĂ©sident de la RĂ©publique manifeste une fermetĂ© indiscutable et le fasse dans une ambiance de comprĂ©hension de ce que vivent les femmes, les hommes, les familles, les enfants de cultures diffĂ©rentes et qui ont cependant besoin de vivre ensemble.

S'agissant des dĂ©cisions annoncĂ©es et des dĂ©cisions prises, ce discours Ă©tait un Ă©vĂ©nement en mĂȘme temps pour cette question de l'unitĂ© du pays et pour la place que le PrĂ©sident de la RĂ©publique a dĂ©cidĂ© de prendre dans ces questions angoissantes pour la sociĂ©tĂ©.

Ce n'était pas un discours sur la laïcité, mais sur les séparatismes et deux séparatismes sont nommés : le séparatisme islamique, mais aussi le séparatisme que les élus de la République ont contribué à creuser en créant des ghettos.

Êtes-vous d'accord avec cette philosophie et cette analyse ?

Oui. 

Vous dites ce n'était pas un discours sur la laïcité, mais sur le séparatisme. Or, pardonnez-mois de vous le dire, mais la laïcité est la réponse au séparatisme.

Comme nous avons dĂ©jĂ  une loi sur la laĂŻcitĂ©, nous avons donc tout l'arsenal qu'il faut pour Ɠuvrer ensemble ?

Cela n'avait peut-ĂȘtre pas Ă©tĂ© dit suffisamment sur l'Ă©cole, sur un certain nombre de pratiques dans les mosquĂ©es, sur les imams qui n'Ă©taient pas de culture française et n'avaient aucune intention de devenir de culture française, sur la formation, sur les rapports directs que la RĂ©publique dĂ©cidait  d'avoir avec l'Islam, comme elle en a eu par le passĂ© avec la religion catholique ou avec le judaĂŻsme.

C'est trĂšs important.

Vous dites sĂ©paratisme et pas laĂŻcitĂ©, Madame Fressoz, mais c'est la mĂȘme chose, car la laĂŻcitĂ© est la rĂ©ponse au sĂ©paratisme et c'est cette rĂ©ponse qui nous permet cela en France, et nous sommes un des seuls pays du monde Ă  avoir cette prĂ©fĂ©rence, j'allais dire cette arme, mais ce n'est pas seulement une arme. La laĂŻcitĂ©, c'est un moyen de rĂ©unir.

La laĂŻcitĂ© ne rĂ©pond pas Ă  un autre danger qui est le sĂ©paratisme social et ce que la RĂ©publique elle-mĂȘme a creusĂ© en laissant se constituer des ghettos.

Ceci est une autre chose.

Je suis Maire et, tous les jours, je répare avec tous mes concitoyens qui habitent ces quartiers - on en a principalement deux à Pau qui ont défrayé la chronique dans le passé - et, oui, nous sommes entrés dans l'opération, dans les opérations de rénovation urbaine, mais, plus profondément, il ne s'agit pas seulement des bùtiments, il s'agit des femmes et des hommes, il s'agit des familles et, avec eux nous construisons, par tous les moyens disponibles (culturels, touchant au travail, à l'implantation du travail et d'entreprises, aux services publics, à l'école, au sport), du ciment pour vivre-ensemble.

J'ai été trÚs frappé. AprÚs le discours du Président de la République. J'ai reçu beaucoup de messages de personnes, pas toutes macronistes, qui avaient trouvé le discours trÚs important dont beaucoup de musulmans qui disaient : "Enfin, car, nous, seuls, on ne peut pas résister à tout cela".

Pour faire référence au papier de Françoise Fressoz sur le quinquennat, pourquoi si tard ? Pas simplement car les journalistes disaient attendre un discours sur la laïcité, mais, que ce soit sur le volet social, ce que l'on peut appeler le volet Borloo, ou sur un certain nombre de réaffirmations, pourquoi on a attendu autant de temps et pourquoi, avant, on a été aussi lùche, si je peux le dire, dans tous les Gouvernements successifs ?

Depuis 30 ans


Au moins et, lorsque vous Ă©tiez Ă  l'Éducation nationale, il y avait peut-ĂȘtre dĂ©jĂ  des problĂšmes.

C'est moi qui ai interdit le voile Ă  l'Ă©cole et, comme vous le savez, cela avait fait un peu de bruit. Je sentais bien que l'on ne pouvait pas, au sein de l'Ă©cole, laisser se manifester cela et j'ai donc pris la dĂ©cision, la circulaire Bayrou Ă  l'Ă©poque, et il s'agissait d'une dĂ©cision, pour moi, d'affirmation du fait que l'on ne venait pas Ă  l'Ă©cole avec sa propre loi. L'Ă©cole, c'Ă©tait le lieu oĂč on se retrouve sous une seule loi, celle de la connaissance et du savoir.

Qui a convaincu Emmanuel Macron ? Manuel Valls, on le sait. Là, il a fallu 2 ans pour ce fameux discours. Il n'y a pas de temps à perdre avec ce sujet.

D'abord, Emmanuel Macron, pardonnez-moi de dire cela, est devenu Président de la République trÚs jeune - plus qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait été si jeune - et il est devenu Président de la République avec une idée que j'aime beaucoup, qui était une idée de bienveillance réciproque et l'idée que l'on allait faire rentrer dans la vie nationale et dans la vie de la République tous ceux qui s'en étaient éloignés.

Vous y avez cru ? C'est un peu angĂ©lique


J'y ai cru et j'y crois encore.

Je ne crois pas que l'on puisse construire quoi que ce soit de bon dans un pays si on cultive la division, la désunion et l'affrontement interne. C'est la raison pour laquelle


Le Président de la République, lorsqu'il disait que nous avons laissé faire chez nous le wahhabisme, le salafisme, les FrÚres musulmans qui ont porté des messages de rupture, lorsqu'il disait, comme le rappelait Françoise, que la France a construit ses propres séparatismes en laissant se ghettoïser les quartiers par des politique d'intégration suffisante, quel rapport avec la bienveillance ?

Il a doublement raison. En dépit de ce qu'ont dit un certain nombre de responsables politiques, à mon sens mal inspirés, ce n'est pas un discours qui porte quoi que ce soit contre l'Islam, au contraire.

C'est un discours qui reconnaßt explicitement à la conviction musulmane et à la pratique musulmane leur place dans la République et dit, avec cette compréhension que je trouve trÚs importante, mais les mouvements que vous avez cités, qu'a énumérés le Président de la République, ce ne sont pas des mouvements du vivre-ensemble.

Non. C'est le moins que l'on puisse dire.

Ce sont des mouvements, et il a eu raison de le dire comme tel, du "séparons-nous", chacun chez soi, chacun sa foi, chacun sa loi et la loi qui nous fait vivre-ensemble, on s'en détache, on s'en va.

Lorsqu'il parle du wahhabisme - parlons trÚs simplement - d'un courant de l'Islam totalitaire, pour le coup, il est porté, encouragé, diffusé par l'Arabie saoudite qui est un partenaire de la France. Là, on est face à une contradiction majeure.

Est-il question de non seulement se séparer, rompre, mais également interdire toute influence saoudienne sur la vie culturelle, religieuse et politique en France ?

Le monde est suffisamment


C'est une question simple.

Justement, Ali Baddou, ce n'est pas vraiment avec des questions simplistes que l'on fait avancer le monde.

On ne peut pas critiquer le wahhabisme en étant l'allié de ceux qui le portent et le diffusent.

Le monde est suffisamment compliqué. Regardez ce qui se passe en Turquie, dans ce Moyen-Orient que nous évoquons, etc. Le monde est suffisamment compliqué pour que l'on n'aille pas jeter perpétuellement de l'huile sur le feu.

Il n'y a aucun doute qu'il y a, dans le monde, des régimes avec lesquels nous sommes en confrontation. Je vais vous en citer quelques-uns : l'Arabie saoudite, que vous indiquiez, mais pas seulement, l'Iran, la Turquie, la Chine.

Nous ne sommes pas en confrontation avec l'Arabie saoudite, François Bayrou ?

Vous ne m'avez pas écouté. Je reprends.

Nous sommes en confrontation avec des régimes dont l'idéologie n'est pas la nÎtre, dont la ligne politique qu'ils voudraient imposer au monde n'est pas la nÎtre et nous résistons à cela, mais, derriÚre cela, il y a des peuples et des réalités économiques et il y a le tissu si serré des relations internationales.

Dans ce tissu-là, la France a une ligne et elle doit la défendre.

Pour autant, nous ne pouvons pas jeter de l'huile sur le feu. Sans cela, nous allons nous retrouver avec un univers complÚtement explosé. Si nous pouvons éviter cela, je préférerais.

C'est tout l'art de la diplomatie pour le Ministre des Affaires Ă©trangĂšres et le PrĂ©sident de la RĂ©publique : dĂ©fendre une ligne, dĂ©fendre des valeurs, sans pour autant entrer en affrontement avec le reste des États qui n'ont pas la mĂȘme ligne.

Restons sur ce que nous étions en train de dire. On parlait d'essayer d'unir tout le monde, on parlait d'unité.

Dans le discours d'Emmanuel Macron, vous y avez vu beaucoup de bienveillance, mais comment va-t-il permettre concrÚtement dans les actions qu'il peut ou va faire, que les jeunes Français d'origine musulmane se sentent totalement intégrés dans notre société ? Depuis 3 ans, je ne suis pas certaine que les personnes des quartiers se soient senties totalement intégrées dans la société.

Je ne partage pas votre sentiment. Si j'ose dire, je vis avec les quartiers tous les jours et au contraire.

Pas qu'à Pau, dans toute la France, car Pau n'est pas le centre du monde !

Non, bien sûr, mais ceci relÚve de politiques plus larges, pas celles directement dirigées vers une communauté, mais les politiques dirigées vers la communauté nationale.

Il y a les questions d'emploi, de santé économique, d'insertion, d'intégration, d'éducation. Si je pouvais souligner huit fois éducation, je le ferai !

Sur l'emploi, vous avez l'impression que les jeunes Français d'origine musulmane, pour eux, les choses sont plus simples pour accéder au marché de l'emploi ?

Je peux vous assurer, par des témoignages précis, que l'on peut proposer à plusieurs dizaines d'entre eux des intégrations dans l'emploi, des formations en alternance et la découverte de l'entreprise et que, tout d'un coup ils voient qu'ils y ont ou peuvent avoir leur place.

Je ne suis pas en train de vous dire que tout est facile pour eux, mais tout n'est pas facile non plus pour les fils des paysans des Pyrénées, tout n'est pas facile pour les fils d'ouvriers au chÎmage.

En réalité, notre société est vraiment une société, de ce point de vue, difficile et fracturée et Emmanuel Macron a raison de dire que nous l'avons laissée se fracturer au cours des années. Il y a des décennies que l'on n'a pas su faire face à cela et je trouve trÚs courageux qu'il nomme cette dérive et que l'on y fasse face.

Vous disiez tout à l'heure que l'on agit un peu sur une poudriÚre et qu'au fond, la difficulté sur laquelle butent tous les Gouvernements, c'est l'organisation du culte musulman en France.

Il y a un problĂšme de contrĂŽle de financement, un problĂšme de contrĂŽle des prĂȘches et, lĂ , le pari est de donner au Conseil français du culte musulman davantage de pouvoirs.

Cela a été fait il y a quelques années, avec des progrÚs trÚs lents et, certains, comme Gérald Darmanin, avaient envisagé un concordat.

Pourquoi, à votre avis, cette solution n'était pas la bonne aujourd'hui ?

Le Président de la République a traité cette question dans son discours. Il a traité cette réponse en indiquant qu'un concordat aurait posé des problÚmes avec l'Islam et les autres religions.

Il a souligné qu'il avait envisagé cette idée.

Qu'est-ce c'est le concordat ? Il s'agit de la prise en charge des animateurs religieux, des imams en l'occurrence, par l'État, payĂ©s par l'Ă©tat. On sait bien Ă  quel point cela aurait pu soulever des vagues.

Cela signifie aussi qu'en s'appuyant sur le CFCM, il ne va pas se passer grand-chose, car cela n'a jamais fonctionné avec le CFCM.

Car je ne pense pas que ce soit la réponse exacte.

Il a choisi la loi de 1905, qui est une organisation des relations entre le culte musulman et la puissance publique. Je parle de la puissance publique exprĂšs et pas de l'État, car je crois que cela doit beaucoup passer par les autoritĂ©s locales.

Je pense que l'on peut agir localement. Il est plus difficile d'agir nationalement en général. Je pense que l'on peut trouver des chemins localement, mais il ne se contente pas de cela. Il dit : "On va former les imams".

En France, en français et selon les valeurs de la RĂ©publique, on va monter
 

C'est au CFCM de l'organiser ?

Vous n'allez, bien sûr, pas dire aux responsables de la communauté musulmane qu'ils n'ont pas leur place dans cette affaire.

Le CFCM dysfonctionne tout de mĂȘme depuis 2002, depuis qu'il existe.

Laissez-les essayer.

Il s'agit de monter un institut universitaire scientifique et d'analyser philosophiquement ce qu'est l'Islam. Je trouve que ce sont de trĂšs, trĂšs grands progrĂšs.

Ce sont des progrÚs d'autorité pour éviter les dérives et les imams qui ne parlent pas un mot de français, qui véhiculent d'autres discours que ceux dont nous avons besoin comme communauté française.

Le religieux a toute sa place, les déstabilisations, non.

J'aurais deux questions précises à propos du plan proposé par Emmanuel Macron : l'école obligatoire a 3 ans - école et non instruction -, trouvez-vous qu'il s'agit d'une une bonne idée et que cela peut permettre de re-scolariser 50 000 enfants aujourd'hui, donc probablement 25 000 qui, pour raisons religieuses, n'iraient pas à l'école, trouvez-vous que c'est une bonne solution ?

DeuxiÚme question : une ouverture plus grande à l'enseignement de l'arabe pour éviter que cela se fasse dans des caves comme dirait N. Sarkozy, mais que cela se fasse plutÎt à l'école.

La droite a déjà poussé des hurlements, comme si on était en train d'imposer l'enseignement de l'arabe à tout le monde.

Pensez-vous que ces deux pistes sont deux bonnes choses ?

Nous avions devant un développement de la déscolarisation pour les enfants et spécialement pour les petites filles.

DĂ©scolarisation et pseudo-scolarisation au CNED. En fait, car, quand vous avez un enfant de 3, 4, 5 ans


Vous parlez de l'enseignement Ă  distance ou par correspondance.

Ce n'est pas l'enseignement par correspondance qui va pouvoir apporter quelque chose, mais il faut qu'il existe, en cas de maladie par exemple.

TrÚs souvent, ce sont les parents ou des répétiteurs qui servent de relais, mais, dans ce cas-là, non, car on est dans une séparation culturelle.

Jean-Michel Blanquer parlait de 50 000 élÚves concernés.

Oui. Peut-ĂȘtre, peut-ĂȘtre plus, on ne sait pas.

25 000 pour raison médicale et le reste pour des raisons religieuses.

S'agissant de cette déscolarisation, il fallait une décision, car, lorsque ce type d'attitude progresse, alors il faut qu'il y ait un stop, car les petites filles font partie de la France et de la République.

Faut-il remettre en cause la loi Falloux ? Vous aviez Ă©tĂ© confrontĂ© au problĂšme quand vous Ă©tiez Ministre de l'Éducation nationale.

Je ne sais pas si vous connaissez le contenu de la loi Falloux. 

Il s'agit de la libertĂ© de l'enseignement. En l'occurrence, jusqu'oĂč ira l'interprĂ©tation de la loi Falloux ?

La loi Falloux, ce n'est pas cela, c'est l'interdiction de financer par la puissance publique des Ă©coles privĂ©es, mĂȘme sous contrat.

En effet, cela a fait des vagues à l'époque. 

Si on regarde avec 25 ans de distance, on s'apercevra que le texte que je proposais Ă  l'Ă©poque, et qui est d'ailleurs assez souvent entrĂ© dans les faits, mĂȘme si la loi a Ă©tĂ© supprimĂ©e, Ă©tait modĂ©rĂ© et Ă©quilibrĂ©.

Concernant l'enseignement de l'arabe, qu'en pensez-vous ?

Je pense que l'arabe est une des trÚs grandes langues du monde et qu'il est naturel qu'on la transmette et plus facile à transmettre pour des enfants acculturés ou qui sont dans cette culture.

Je rappelle tout de mĂȘme qu'entre l'arabe littĂ©raire et l'arabe dialectal dans chaque pays, il y a des diffĂ©rences qui ne sont pas minces.

Vaut-il mieux que ce soit pris dans le giron de l'enseignement public ou privé sous contrat, plutÎt que de laisser cet enseignement se faire ailleurs ?

C'est la mĂȘme chose pour le chinois. C'est la mĂȘme chose pour l'anglais. C'est la mĂȘme chose pour l'arabe et je serais trĂšs content qu'il y ait beaucoup de jeunes, y compris issus de l'immigration Ă  la deuxiĂšme ou troisiĂšme gĂ©nĂ©ration, qui maĂźtrisent cette langue, qui est une des trĂšs grandes langues du monde, comme le français est - je le rappelle car tout le monde l'oublie - une des grandes langues du monde et va ĂȘtre une des grandes langues du monde, parlĂ©e par des centaines de millions de personnes.

Cela n'en prend pas le chemin.

Si. Vous vous trompez.

C'est un autre sujet.

Non. 

L'augmentation de la population en Afrique fait que, d'ores et déjà, des centaines de millions de personnes parlent français dans le monde. Il n'y a qu'un seul peuple qui l'oublie, ce sont les Français et les autorités françaises qui, trop souvent, se livrent à une espÚce de jargon.

Il suffit d'aller Ă  l'Europe pour s'en rendre compte.

Vous avez parfaitement raison.

La responsabilitĂ© des dirigeants français devrait ĂȘtre de dĂ©fendre la langue française qui est, par la loi, par la loi europĂ©enne, par la loi mondiale, une des deux ou trois grandes langues d'Ă©change dans le monde.

Les seuls qui ne la défendent pas, ce sont les Français.

Toujours concernant le séparatisme, une derniÚre question trÚs concrÚte : Emmanuel Macron a-t-il a raison de vouloir laisser les mÚres voilées accompagner les sorties scolaires ?

Tout d'abord, le mot "voilé", pardonnez-moi de vous le dire, est une ambiguïté.

Une femme portant un voile ?

Portant un foulard.

Le hidjab est-il un foulard ou pas ?

Bien sûr que non. 

C'est assez paradoxal d'en parler aujourd'hui, mais allez-y, François Bayrou. Essayez de nous convaincre qu'il ne faut pas voiler son visage !

Le visage dissimulé est interdit par la loi.

Pour des raisons de sécurité, pas pour des raisons idéologiques ou libération des femmes.

Dans les faits, comment est-il encore possible de tenir ce discours, François Bayrou ?

Vous connaissez l'histoire, non ? Vous y ĂȘtes en plein, puisque vous aviez un masque lorsque je suis arrivĂ©. Ne me dites pas que l'on peut se promener Ă  visage dĂ©voilĂ©.

Non. Comme nous devons dissimuler notre visage, comment demander à des femmes de ne pas dissimuler le leur ?

TrÚs sérieusement.

Je suis trÚs sérieux.

Il y a, dans la sociĂ©tĂ©, aujourd'hui, un certain nombre de personnes qui pensent que le masque sanitaire est un abus. Je me suis fait moi-mĂȘme agressĂ© Ă  Paris il n'y a pas dix jours par une jeune femme tout Ă  fait avertie, semble-t-il, qui Ă©tait avec ses enfants et qui m'a dit : "Cela suffit les abus que vos amis imposent. Le virus n'existe pas, c'est une blague pour prendre le contrĂŽle de notre vie".

Or, quand nous constatons les dégùts de ce virus - nous avons tous perdu des amis, j'ai perdu des amis proches -, nous nous disons que ce type de dérive est dangereux. Je ne plaisante donc pas.

Ce qui a été interdit par la loi, c'est le visage voilé pour des raisons culturelles et religieuses, car, en France, nous sommes, nous étions le pays du visage dévoilé et, donc de ce point de vue, le voile est interdit.

AprÚs, que les mÚres accompagnent les enfants dans les sorties scolaires, cela ne m'a jamais choqué.

Y compris une mÚre qui porte un hidjab ? 

Non. Le hidjab, c'est la totalité voilée.

Il sera toujours temps de voir le contenu de la loi qu'a promis le PrĂ©sident de la RĂ©publique, qui sera prĂ©sentĂ©e Ă  l'automne et qui devrait ĂȘtre discutĂ©e dĂ©but dĂ©cembre au Conseil des Ministres, avant d'ĂȘtre examinĂ©e par le Parlement.

Essayons de voir ce dont nous parlons.

Un petit enfant de 3, 4, 5 ans qui va Ă  l'Ă©cole publique, avec les mĂšres des autres enfants qui accompagnent les sorties scolaires.

Ou les pÚres !

Ce sont plus souvent les mĂšres, mĂȘme si cela devrait ĂȘtre aussi les pĂšres.

À cet enfant, on lui dit que sa maman n'a pas le droit d'accompagner une sortie à cause d'une tenue qu'il la voit porter à la maison et dans les rues de la ville tous les jours.

Je fais donc la différence entre le voile qui est une tradition, et le message politique, car, aprÚs tout, les directeurs d'école sont là pour cela.

Emmanuel Macron dit qu'il faut renforcer la neutralité dans le service public. L'école est un service public. 

Faut-il, ou pas, renforcer la neutralité ?

On confond tout. Il ne s'agit pas des enseignants qui, eux, sont soumis à l'obligation de neutralité. Il ne s'agit pas des accompagnants, des assistantes maternelles, car tous sont soumis à l'obligation de neutralité.

Il s'agit des parents ayant le droit d'ĂȘtre dans la rue avec ce type de vĂȘtements ou de couvre-cheveux. Ne faisons pas des guerres de religion Ă  propos de tout. RĂ©servons la fermetĂ© de la loi Ă  ce qui en vaut la peine.

TrÚs souvent, on laisse dériver vers, je crois, des mises en cause qui ne font que jeter de l'huile sur le feu, à mon avis.

Vous parliez tout Ă  l'heure du port du masque et de l'importance de le porter. De fait, l'Ă©pidĂ©mie reprend dans plusieurs grandes villes. Estimez-vous que le Gouvernement a eu un dĂ©faut d'anticipation ou a trop proclamĂ© que la reprise arrivait en septembre et que nous pourrions peut-ĂȘtre vivre normalement.

Tout le monde a eu un dĂ©faut d'anticipation. Tout le monde a cru que c'Ă©tait fini et notamment les plus jeunes, disons les moins de 50 ans, les moins de 30 ans encore d'avantage et les moins de 20 ans peut-ĂȘtre plus encore, qui, pendant les vacances, ont cru que l'on pouvait de nouveau faire la fĂȘte.

C'Ă©tait un relĂąchement.

C'Ă©tait une maniĂšre de retrouver la vie et de la fĂȘter.

Avec cela, l'Ă©pidĂ©mie est repartie. Nous avons eu hier 17 000 contaminations et, dans une ville comme la mienne oĂč l'organisation des tests est trĂšs avancĂ©e et trĂšs Ă©laborĂ©e - nous en rĂ©alisons plus de 1 000 par jour -, on retrouve une augmentation de la contagion trĂšs inquiĂ©tante.

Pour l'instant, nous n'en subissons pas les conséquences s'agissant des hospitalisations et notamment en réanimation aussi forte que ce que nous avons connu et que nous craignions, mais, du point de vue des contaminations, il n'y a pas de doute, nous sommes arrivés à un seuil de 6 % à 7 % de contaminations diagnostiquées via les tests.

À propos des dĂ©cisions qui doivent ĂȘtre prises, est-ce que c’est le gouvernement, Ă  savoir M. Castex ou M. VĂ©ran, qui doit dĂ©cider ou alors tout doit-il ĂȘtre nĂ©gociĂ© entre le prĂ©fet et le maire si bien que l'on risque d'avoir des choses Ă  deux vitesses ? C'est un peu la rĂ©action des Marseillais lorsque le durcissement a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© Ă  Marseille.

Qui doit dĂ©cider ? Est-ce que, finalement, on n'a pas l'impression que c’est erreur au-delĂ  des PyrĂ©nĂ©es et justice en delĂ  et que cela doit se faire un peu de grĂ© Ă  gré ?

Est-ce que ce n’est pas le boulot du gouvernement de dĂ©cider ?

Je suis pour que les élus locaux soient associés


Associés, cela suppose une négociation ?

Qu’ils soient associĂ©s, qu’il y ait une discussion, une nĂ©gociation, que l'on Ă©change de ce sujet quotidiennement, ce que les maires des villes font naturellement avec les prĂ©fets ou avec l’État.

S'il y a un doute qui doit in fine dire : C’est comme cela ?

S'il y a un danger c'est l’État qui doit prendre ses responsabilitĂ©s, c'est sa responsabilitĂ©.

Il y a d'autres responsabilitĂ©s de l’État. Vous avez rappelĂ© que j'avais la charge du Plan et on a dĂ©couvert pendant cette Ă©pidĂ©mie Ă  quel point nous Ă©tions dĂ©sarmĂ©s ou, nous nous Ă©tions laissĂ©s dĂ©sarmer sur un certain nombre de sujets essentiels. On a connu les masques, on a connu les tests. Mais il y a aujourd'hui mĂȘme un sujet sur lequel les soignants se trouvent complĂštement dĂ©sarmĂ©s : on ne trouve plus, ou presque plus, de gants mĂ©dicaux pour faire les prĂ©lĂšvements et les infirmiers, les infirmiĂšres, lorsqu'ils ou elles ont besoin d'aller chez un patient malade, qui a des symptĂŽmes pour faire un prĂ©lĂšvement pour savoir si, oui ou non, il a Ă©tĂ© contaminĂ©, s'ils n'ont plus de gants, alors il y a autour des gants une dĂ©rive qui s'est dĂ©veloppĂ©e.

La boĂźte de gants chirurgicaux au dĂ©but juillet coĂ»tait 5 €. Aujourd'hui, elle en vaut entre 15 et 20.

Comment se fait-il qu'un pays comme le nĂŽtre se laisse ainsi dĂ©sarmer ? Les gants, c'est du latex, c'est de l’hĂ©vĂ©a, c'est en Malaisie qu'on le trouve, je comprends que ce soit limitĂ©. Mais il y a deux autres sortes de gants qui ne sont pas en latex, qui sont en nitrile ou en vinyle, or ce sont des produits de la chimie, du pĂ©trole.

Donc on peut-on doit pouvoir en produire autant qu'il faut.

Comment se fait-il que nous nous laissions dĂ©sarmer ainsi ? C'est la responsabilitĂ© de l’État et le ministre de la SantĂ© a dit au mois de juillet qu'il avait commandĂ© des centaines de millions de paires de gants supplĂ©mentaires, tant mieux, mais oĂč sont-elles ?

Politiquement, est-ce que vous avez ce sentiment, cette impression que l'on navigue à vue ? Est-ce exagéré quand on dit cela ou est-ce justifié ?

Non, on navigue en partie à vue, l'humanité navigue en partie à vue. L'humanité découvre au jour le jour une épidémie un virus qu'elle n'avait pas rencontré dans son histoire, ou en tout cas pas depuis la grippe espagnole qui a fait entre 40 et 50 millions de morts au lendemain de la guerre de 14 dont Apollinaire, dont je salue au passage la présence poétique auprÚs de nous.

Eh bien, 40 ou 50 millions de personnes, là, on vient de passer 1 million.

Oui, on a l'impression que l'on dĂ©couvre et, de ce virus nous, nous ne savions rien. On a cru au dĂ©but que c'Ă©tait un virus bĂ©nin, ce n'Ă©tait pas le cas. Nous avons dĂ©couvert depuis Ă  quel point il pouvait ĂȘtre agressif, notamment pour des tranches d'Ăąge un peu plus ĂągĂ©es, et encore qu'il y ait des jeunes aussi qui soient gravement atteints

Votre portrait, François Bayrou.

Vous avez été, François Bayrou, député, ministre, chef de différents partis

Toujours du mĂȘme sous des noms diffĂ©rents !

Ce qui reprĂ©sente 38 ans d’une trajectoire politique plutĂŽt bien chargĂ©e et, Haut-Commissaire, c’est vrai que vous ne l’aviez encore jamais Ă©tĂ©.

Haut-Commissaire au Plan, Ă  un poste qui, certes, a dĂ©jĂ  existĂ© par le passĂ©, mais en le ressuscitant, reconnaissez qu'il a Ă©tĂ© subtilement ajustĂ© Ă  votre itinĂ©raire et votre personnalitĂ©. Tout a Ă©tĂ© fait pour que vous puissiez rester maire, le maire de Pau et peu importe que vous cumuliez une fonction nationale avec un ExĂ©cutif local. Tout a Ă©tĂ© fait aussi pour que votre interlocuteur principal soit bien sĂ»r le PrĂ©sident, de mĂȘme que vous avez acceptĂ© une mission non rĂ©munĂ©rĂ©e, peut-ĂȘtre pour ne pas faire rĂ©apparaĂźtre cette affaire des assistants prĂ©sumĂ©s fictifs du Modem qui n'a toujours pas Ă©tĂ© soldĂ©e.

En tout cas, incontestablement, vous avez choisi aujourd'hui d'ĂȘtre dans la rĂ©flexion bien plus que dans l'action, ce que vous avez en rĂ©alitĂ© souvent privilĂ©giĂ©, vous le paysan lettrĂ©, fier de ses PyrĂ©nĂ©es-Atlantiques et qui a construit vraiment petit Ă  petit sa carriĂšre politique.

Le tracteur est un endroit sur lequel je réfléchis trÚs bien ! La situation dans laquelle je m'éloigne de tout ce qui se passe de désagréable ou d'agité dans le monde politique.

Vous avez quand mĂȘme un sacrĂ© savoir-faire.

À ce moment-lĂ , nous sommes en 2007, Ă  56 ans c'est votre deuxiĂšme campagne prĂ©sidentielle et votre image devant un tracteur est absolument parfaite. Cela dit, le spĂ©cialiste en communication politique a su rĂ©guliĂšrement rĂ©flĂ©chir et poser les bons diagnostics. On l'a complĂštement oubliĂ©, mais cinq ans plus tard en 2012, le « produire français » c'est vous, François Bayrou, qui en avez parlĂ© le premier et qui avait su l’imposer. Ce n'est certainement pas Arnaud Montebourg qui, certes, l’a fort bien incarnĂ©, mais qui n’a fait que reprendre votre idĂ©e.

De la mĂȘme façon, la dette, avant de devenir l’obsession de François Fillon, c'est encore vous qui avez repĂ©rĂ© le sujet et qui avez poussĂ© toute la classe politique Ă  se positionner.

Dans le discours de Nicolas Sarkozy dimanche, il n'y a pas eu un mot sur le déficit et la dette.

Évidemment, on ne met pas au premier plan la question du dĂ©ficit et de la dette, alors on est portĂ© Ă  dire : tout est possible.

Donc le haut-Commissaire, que dĂ©sormais vous ĂȘtes, a dĂ©jĂ  eu l'occasion de montrer qu'il avait du flair, Ă  une exception prĂšs peut-ĂȘtre, votre conviction de voir rassemblĂ©es droite et gauche pour mieux rĂ©concilier les Français.

Trois ans aprĂšs, le bilan, pour l'instant, est loin d'ĂȘtre convaincant.

Il y a un sondage ce matin qui dit, entre autres, qu'Emmanuel Macron, le PrĂ©sident de la RĂ©publique, arrive en tĂȘte des intentions de vote et je trouve donc que ce rassemblement.

S’il y avait une Ă©lection prĂ©sidentielle aujourd’hui.

Au-delà des questions de droite et de gauche, contrairement à votre diagnostic affûté, je trouve que ce rassemblement qui n'est pas exactement ce que je pense


Est-il encore un président de droite et de gauche ?

Bien sĂ»r, il suffit que vous regardiez l'effondrement de la gauche dans ce mĂȘme sondage.

Lorsque la gauche, dans ce sondage IFOP de ce matin, prĂ©sente un candidat unique il est Ă  15 % des voix, sur les trois courants qui la forment. Vous voyez bien qu’un grand nombre de Français se rendent compte que l'attitude la plus comprĂ©hensive, celle qui veut faire le plus avancer le pays, c'est le PrĂ©sident de la RĂ©publique qui la porte et donc ce diagnostic que vous faisiez avec sourire n'est pas exact.

Je voudrais dire quelque chose, je n'ai jamais pensé que mon combat politique, c'était réunir tous les camps, non.

J'ai pensé qu'il était anormal et stupide de vouloir présenter la vie politique française comme l'affrontement de deux camps, droite contre gauche.

J'ai toujours trouvĂ© que c’était une stupiditĂ© abyssale et qui nous conduisait Ă  la catastrophe.

Excusez-moi de regarder les États-Unis et vous verrez Ă  quoi porte cet affrontement-lĂ , Ă  quelle dĂ©rive, Ă  quelle stupiditĂ© malsaine cet affrontement porte.

J'ai toujours pensĂ© qu'il y avait plus de deux courants, souvenez-vous, je suis allĂ© Ă  Toulouse un jour dire : Si vous dites que nous pensons tous la mĂȘme chose, c'est que nous ne pensons plus rien,

Et j'avais raison sur le fond.

Vous avez Ă©tĂ© huĂ© par le public, d’ailleurs !

Ils Ă©taient lĂ  pour cela, si vous permettez. Pour moi, c'est trĂšs clair. Il y a plusieurs courants fondamentaux.

L'un de ceux-lĂ  est celui que l'on appelle central, du centre dĂ©mocratique. Ce courant, qui aujourd'hui a une place importante dans les intentions de vote, est le seul Ă  mĂȘme de pouvoir rĂ©concilier et dĂ©passer les frontiĂšres.

Si on pense comme Christian Estrosi qu'en gros il y a un gros centre, centre-gauche, centre-droit, Emmanuel Macron et tout le monde autour et qu'il n'y a plus rien ou des extrĂȘmes, est-ce totalement sain pour la dĂ©mocratie quand on voit le nombre de gens qui votent ?

C’est cette espĂšce d’agrĂ©gation de tout le monde, les forces du bien.

Ce sont des questions formidables et, formidables, pas du tout au sens terrifiant, mais au sens rigolo du terme.

Pourquoi ? Quand la gauche l'emporte, personne ne dit : Est-ce sain pour la démocratie que la gauche l'emporte ? Quand la droite l'emporte, personne ne vient vous dire est-ce sein ?

La gauche a été aspirée, la droite est détruite. Maintenant, il y a Emmanuel Macron, centre-gauche et centre-droit et plus rien sauf Marine Le Pen.

Excusez-moi, mais j'ai le souvenir qu'un jour quand la droite l'a emportĂ© en 1993, il y avait 29 dĂ©putĂ©s du PS Ă  l'assemblĂ©e tout le reste Ă©tait Ă  droite et vous n'ĂȘtes pas venus dire


Mais qu'est-ce vous en savez ? !

Vous n’ĂȘtes pas venus dire : Est-ce sain pour la dĂ©mocratie ? Non.

J’aimerais reprendre l’idĂ©e de Françoise Fressoz sur la malĂ©diction de fin de mandat.

Non, on y vient aprÚs. Je vais vous répondre, car j'ai quelque chose à dire sur le fond dans cette affaire-là, pour parler pas seulement du présent, mais aussi du futur.

Quand c'est le courant central qui l'emporte, alors, on vient pleurer des larmes de crocodile en disant : « Mais comment ? Vous osez arriver devant les autres, vous osez leur prendre la place ? Mais est-ce sain ? »

Oui, c'est complĂštement sain.

Je crois qu'il y a quelque chose d'heureux dans la démocratie, c'est quand les gens qui pensent le plus juste l'emportent.

Je ne dis pas que c'est tout le temps comme cela, mais vous avez eu la gentillesse de noter que c'Ă©tait arrivĂ© dans mon histoire un certain nombre de fois de repĂ©rer les sujets qui allaient ĂȘtre vitaux pour l'avenir.

Donc il y a une phrase d’Anatole France que j'aime beaucoup et qui m'a servi de viatique pendant toutes ces annĂ©es de combat, il dit : Nous aurons raison, parce que nous avons raison.

Allons un peu plus loin. La question, c'est celle des institutions.

Pourquoi on pose ces questions-là ? Parce que nous avons des institutions de tout ou rien, parce qu’il se trouve que l'organisation des choses fait que, quand la prĂ©sidentielle est gagnĂ©e, alors aux Ă©lections lĂ©gislatives qui suivent, les autres courants disparaissent et ceci est malsain.

Il faut changer cela ?

Depuis longtemps, le moment est trÚs important pour poser cette question, je prétends qu'il faut une loi électorale juste.

La proportionnelle.

Dans laquelle chacun trouvera, pour l'AssemblĂ©e nationale qui doit ĂȘtre le lieu du dĂ©bat, le nombre de siĂšges qui doit avoir l'adhĂ©sion de ces contemporains.

LĂ , vous parlez presque d’une proportionnelle intĂ©grale.

Je parle d’une proportionnelle dĂ©partementale, celle que Mitterrand a faite en 1984/86.

Ce sera pour plus tard, on est d’accord ?

Cela dĂ©pend pour plus tard si l’on considĂšre qu’en effet le combat ne doit pas ĂȘtre livrĂ©. Il se trouve que moi, non pas comme responsable, ou en partie, de la rĂ©flexion sur l'avenir, mais comme responsable politique, je pense que ce combat est un combat essentiel.

Avant la fin du quinquennat ? Vous pensez que les Français ont la tĂȘte Ă  cela ?

On a jusqu'au mois de juin.

Regardez la vie politique amĂ©ricaine. Pourquoi est-ce qu’elle a pris ce tour de violence absolument destructeur pour le pays ?

Il y a deux raisons, il y en a une sur laquelle on ne s'interroge pas assez, c'est le financement de la vie politique amĂ©ricaine et une deuxiĂšme qui est que ces Ă©lections, ce sont des Ă©lections du tout ou rien. À une voix prĂšs on prend tous et Ă  une voix de moins, on ne prend rien.

Si on accepte l'idĂ©e que la vie politique, c'est un pluralisme de courants, que l'on ne pense pas tous la mĂȘme chose et que, d'une certaine maniĂšre, le dĂ©bat adoucit les mƓurs, il n'est pas normal et je vais dire quelque chose que j'ai vĂ©cu : Ă  la derniĂšre Ă©lection prĂ©sidentielle, Marine Le Pen Ă©tait au deuxiĂšme tour, elle se retrouve avec 4 ou 5 ou 6 dĂ©putĂ©s Ă  l'AssemblĂ©e. J'ai approchĂ© 20 % en 2007 je me suis retrouvĂ© avec 2 dĂ©putĂ©s Ă  l'assemblĂ©e.

Tout ceci est anormal.

Je plaide pour que l'on ait une vie politique qui reconnaisse le pluralisme et oĂč chacun trouve sa place.

Ce ne sera pas le blocage de la quatriÚme République car, entre la quatriÚme et la cinquiÚme, il y a quelque chose qui a changé, c'est l'élection du Président de la République au suffrage universel.

De Gaulle disait : « nous allons enlever le gouvernement aux manƓuvres de partis, il sera nommĂ© par le PrĂ©sident de la RĂ©publique Ă©lu - comme on sait - en tenant compte des nuances de l'AssemblĂ©e Nationale. »

Si vous avez ce pluralisme et cette prééminence du Président, je trouve que ce serait bien et je trouve que tous les partisans de la loi électorale juste devraient s'allier pour que l'on en parle vite avant le mois de juin puisque c'est le mois de juin qui est la limite.

Puisque vous ĂȘtes chargĂ© d’éclairer l'avenir, il y a un problĂšme monstrueux sur lequel, on bute c'est la dette publique. Pierre Moscovici, le Premier PrĂ©sident de la Cour des comptes disait qu'elle avait augmentĂ© en quelque semaine de 6500 € par Français, que cela atteignait des proportions catastrophiques.

Qu'est-ce qu’on va faire de cette dette ? Comment on va la rembourser ?

Au fond, ce sera la grande thématique de la prochaine élection présidentielle.

Est-ce qu’il faut dire la vĂ©ritĂ© aux Français ?

J'ai fait, dÚs le début de cette crise, des propositions précises sur ce sujet.

Vous savez à quel point, vous l'avez rappelé, je me suis inquiété de ce sujet.

Nous ne sommes pas devant une dette ordinaire. Nous sommes devant un cataclysme qui a submergĂ© la planĂšte sans que personne n’en soit responsable.

Ce n'est pas la mĂȘme chose qu'une dette dont un pays qui se gĂšre mal encoure la charge Ă  raison de son incapacitĂ© Ă  se gĂ©rer.

Donc, c'est de la bonne dette.

Celle-ci, en revanche, est une dette pour se sauver, pour maintenir la tĂȘte du pays hors de l'eau et pour se protĂ©ger


Cela reste une dette, François Bayrou, il faudra bien la rembourser.

Attendez. J’ai donc proposĂ© depuis le dĂ©but que l'on isole la dette due Ă  cette Ă©pidĂ©mie, qu'on la cantonne et que l’on se donne 10 ans - je crois qu'ils ont choisi 8, mais c’est la mĂȘme idĂ©e - pour la rembourser, que l'on fasse un diffĂ©rĂ© d'amortissement ou, en d'autres termes, qu'on la renouvelle le temps nĂ©cessaire pour venir, dans huit ou dix ans, la rembourser.

On pourrait aussi imaginer que la BCE décide de nous relayer dans ce report et dans cet effort et qu'elle soit remboursée dans quelque deux ou trois décennies.

Est-ce que vous trouvez crĂ©dible le discours du gouvernement de dire que l'on n'augmentera pas les impĂŽts, qu'il y aura de la croissance, que tout cela permettra alors qu’on laisse aux jeunes un poids et une charge faramineuse ?

Pourquoi vous ne l’avez pas dit les uns et les autres pendant les trente annĂ©es oĂč je me battais tout seul sur ce sujet ?

Pourquoi avons-nous été si peu nombreux à considérer que c'était un problÚme national ?

Si on regarde l'Allemagne ils ont pu dépenser.

La vraie question, c’est pourquoi vous ne le considĂ©rez plus comme un problĂšme fondamental ?

Jamais la dette n'a Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©e et vous n’avez plus l’air de considĂ©rer que c’est un sujet majeur.

Pas du tout, je le considÚre comme un problÚme fondamental sauf que nous sommes placés dans une situation par la catastrophe mondiale qui s'est abattue sur tous les pays, qui a démembré les économies internationales.

Si l’on imagine le Plan dont vous ĂȘtes chargĂ©, comment essayer de rĂ©flĂ©chir Ă  dix, vingt, trente ans lorsqu'on est extrĂȘmement endettĂ©, mais que l'on ne sait mĂȘme pas Ă  quel moment on pourra sortir, non seulement de la crise, mais de cette charge considĂ©rable qui pĂšse sur le pays.

Je comprends que vous ayez la question, mais je ne suis pas sûr que vous m'ayez bien écouté. Cette dette-là, je propose qu'on la cantonne, qu'on identifie clairement la part de cette dette qui a été dévolue à lutter contre l'effondrement.

Quand on s'effondre, il faut ĂȘtre lĂ . C'est mĂȘme la raison pour laquelle


Oui, mais c'est rarement la personne endettĂ©e qui va dĂ©cider non seulement de l'Ă©chĂ©ancier, mais qui, en plus, va discuter avec sa banque pour dire : « Ça, c'Ă©tait vraiment exceptionnel », mais on va mettre cela de cĂŽtĂ©.

Là, excusez-moi, ce n'est pas de la France qu'il s'agit, mais de tous les pays du monde qui sont tous devant cette énorme échéance.

Nous, nous allons dĂ©penser 1 % de plan de relance. Les États-Unis en sont Ă  5 ou 6 %.

C'est la Banque Centrale AmĂ©ricaine qui permet cela, mais il y a une question que vous ne posez pas : OĂč en serait-on s'il n'y avait pas la BCE ?

OĂč en serait-on si, par malheur Ă  l’époque, le non Ă  Maastricht l’avait emportĂ© et que nous soyons aujourd'hui, nous, avec nos Ă©paules limitĂ©es de la Banque de France, sous les assauts perpĂ©tuels de la spĂ©culation qui ferait que l'on devrait payer nos emprunts 8 ou 10 % par an ?

Nous sommes sauvés par le choix de la BCE et, cela, cela nous permet de commencer à rembourser dans 8 ou 10 ans, quand les choses seront rétablies.

Un petit peu de politique politicienne : pour les rĂ©gionales, on s’allie avec qui ? Quels sont les fronts pour les RĂ©gionales ?

Vous devriez examiner la question, vous de savoir si vous vous présentez et avec qui vous vous alliez !

Vous allez faire de grandes coalitions qui peuvent aller d’oĂč Ă  oĂč ?

J'ai une vision qui n'est peut-ĂȘtre pas exactement celle de tous mes amis. Les Ă©lections rĂ©gionales sont des Ă©lections rĂ©gionales.

Cette tautologie-là, cette vérité premiÚre devrait nous entraßner à regarder la situation région par région.

Par ailleurs, la loi pour des Ă©lections de cet ordre, qui sont au scrutin majoritaire - dans un tel scrutin, l’emporte celui qui fait le plus de voix - doit ĂȘtre celle du rassemblement et d’abord, autant que possible, du rassemblement de la majoritĂ©. Puisque nous sommes, d'une certaine maniĂšre, attelĂ©s Ă  la mĂȘme responsabilitĂ©, il faut que l'on soit le plus uni possible.

Puis, aprĂšs, on examine la situation.

Vous pouvez faire des alliances au cas par cas !

Vous devriez faire du journalisme politique !

J'essaierai !

Le rĂ©fĂ©rendum en Nouvelle-CalĂ©donie vient d'avoir lieu. Le non Ă  l'indĂ©pendance est en tĂȘte selon des rĂ©sultats partiels. Il est en l'occurrence autour de 53 %, les rĂ©sultats ne sont pas dĂ©finitifs.

Ce serait donc le non à l'indépendance qui l'emporterait.

Si c'est cela, c'est une bonne nouvelle. Je trouve que la Nouvelle-Calédonie ne serait pas la Nouvelle-Calédonie sans la France et que la France ne serait pas entiÚrement la France sans la Nouvelle-Calédonie.

Je pense que cette terre lointaine présente un exemple.

Et l'aspiration à l'indépendance, à la décolonisation ?

On avance largement sur ce sujet et, comme vous le savez, il y a des autorités Kanak avec des provinces qui font avancer le sujet dans ce sens.

Ce n'est pas un résultat massif. Cela veut dire que la population est vraiment scindée en deux.

On verra quand on aura les résultats.

Je trouve qu'il y a lĂ  un risque.

Sur quoi va se jouer la prochaine prĂ©sidentielle et comment Ă©viter le sentiment d’enlisement ou en cas la difficultĂ© Ă  voir l'avenir depuis cette pandĂ©mie qui recommence en ce moment ?

La prochaine présidentielle va se jouer sur le sentiment des Français de savoir si le Président de la République a fait face aux problÚmes du pays.

Dieu sait qu'il n'y a jamais eu de Président qui ait eu autant de tsunamis en face dans une si courte période.

Ce que je ressens, c'est qu'il fait montre d'un courage et c'est une vertu qui n'est pas si fréquente dans le monde politique.

Il s'occupe encore des Français ou il s’occupe plus des affaires internationales en ce moment ?

S'occuper des affaires internationales, c'est s’occuper des Français.

Si l’on ne comprend pas que le sort de la France se joue en Europe par exemple et dans les contacts entre la chanceliĂšre allemande et le PrĂ©sident de la RĂ©publique, mais je parle assez souvent avec le PrĂ©sident de la RĂ©publique sans jamais rĂ©vĂ©ler quoi que ce soit de ce que nous nous disons, je puis vous assurer que son souci constant est la situation du pays et notamment, dans le pays, la situation de tous ceux qui se sentent coupĂ©s des pseudo-prĂ©tendues Ă©lites.

La question pour lui, mais j’en atteste et on vient de le voir dans ce grand discours sur le sĂ©paratisme, c'est la base, c'est la France que l'on prĂ©tend ĂȘtre la France d’en bas et cette France d’en bas


On va devoir terminer. Une derniĂšre question : est-ce qu’il y aura un arbre de NoĂ«l Ă  Pau ou est-ce que vous trouvez que certains Ă©colos ont tendance Ă  dĂ©river ?

Il y a un arbre de Noël chaque année dans la mairie.

Cela ne vous dĂ©range pas d’avoir des arbres morts ?

Une chose toute simple. Que je sache, les Ă©cologistes aiment les constructions en bois.

Qu'est-ce le bois avec lequel on construit les planches et les poutres ? Ce sont les arbres, c'est le puits Ă  carbone le plus efficace que l'on puisse trouver et l'arbre de noĂ«l, en plus, c'est de la lumiĂšre dans les yeux et je suis trĂšs content que ce symbole paĂŻen, car c’était un symbole paĂŻen, soit devenu le symbole de NoĂ«l.

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