François Bayrou, invité de l'édition spéciale RTL Matin suite à la disparition de Valéry Giscard d'Estaing

François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate, était l'invité de l'édition spéciale RTL Matin suite à la disparition de Valéry Giscard d'Estaing.

Bonjour, François Bayrou.

Bonjour.

Vous êtes Président du MoDem, désormais Haut-commissaire au Plan.

Merci de nous avoir rejoints dans cette matinée spéciale.

Avant l'évocation du bilan, j'aimerais que vous nous racontiez votre première rencontre avec Valéry Giscard d'Estaing.

J'ai eu sans doute des rencontres de campagne électorale, car j'étais le très jeune responsable de sa campagne dans les Pyrénées-Atlantiques, à Pau.

Nous avons été élus députés en même temps, pas au même âge, en 1986. J'étais le benjamin du groupe. Lui était dans son incroyable autorité et évidemment, la "figure de proue" du groupe.

Lorsqu'il a fallu désigner des orateurs pour le groupe, il a naturellement été l'orateur principal et, moi, j'étais au fond de la salle. On cherchait, avec beaucoup de difficultés, un orateur pour les barristes de ce groupe.

Valéry Giscard d'Estaing n'était pas exactement un barriste, disons-le ainsi.

On peut le dire ainsi, oui.

On a dit : "Le sort tomba sur le plus jeune".

C'est notre première rencontre à la tribune et cela a été, pour moi, un moment extrêmement mémorable. Trois ans après, lorsqu'il a été élu Président de l'UDF, il m'a appelé auprès de lui comme Secrétaire général et je l'ai été pendant cinq ans, à savoir que, tous les jours, et parfois dix fois par jour, je travaillais avec lui, parlais avec lui et j'animais la petite équipe qui l'entourait.

Qu'avez-vous vu de cet homme que nous ne savons pas ou dont on ne parle pas aujourd'hui, dans ces moments d'intimité que vous avez eus avec lui pendant ces quelques années ?

J'ai beaucoup ri avec lui. Il avait - je ne sais pas si c'est exactement de l'humour, lequel consiste à se moquer de soi-même - mais il avait beaucoup de rapidité dans le jugement, dans le trait, y compris lorsqu'il s'agissait de parler de personnes qu'il n'aimait pas et cela lui arrivait.

C'était un travail - je puis dire cela, cela surprendra sans doute - très affectueux. De ma part, c'était très admiratif et, de sa part à lui, c'était affectueux.

Je vous remercie, car vous évoquez le rire, et on n'est pas habitué à le faire concernant Valéry Giscard d'Estaing, et une capacité d'affectation de votre part, mais, si vous l'exprimez, c'est que vous l'avez ressenti aussi à cette époque.

Tout le monde met en avant sa grande intelligence et, en même temps une forme de distance, au moins dans la perception qu'en ont les Français.

Est-ce une erreur ? Il n'a pas su se faire aimer ?

Un point est frappant pour tous ceux qui l'ont croisé, et j'emploie le mot à tous les sens du terme, c'était sa prestance. Il racontait des histoires assez drôles sur ce sujet, je vous les épargnerai aujourd'hui.

Lorsqu'il entrait dans la pièce, il était le Président, quel que fut le Président, y compris ceux qui lui avaient succédé, pas François Mitterrand qui avait la même altitude dans l'attitude physique. Lui avait une très grande prestance et c'était une prestance physique, on le disait, par la stature, une prestance intellectuelle, par la vivacité de l'intelligence, une prestance très grande par la langue, car il parlait admirablement, avec des formules qu'il préparait longtemps. 

Il écrivait très bien, ses mémoires en tout cas. Sur les romans, c'est autre chose. Il écrivait très bien et avec beaucoup de soin, à la plume, en formant ses lettres. Il y avait ce souci du détail qui était, chez lui, une élégance de plus.

On vous présente parfois comme un héritier de Valéry Giscard d'Estaing. Où est la réalité, François Bayrou ?

J'ai beaucoup travaillé avec lui à l'édification de ce grand courant du centre français, pour la démocratie française, c'était Union pour la démocratie française (UDF) et il en a été le Président, j'en ai été le Président.

Il y a cette très grande intimité de vision, de parenté.

Le centre, cela existe ?

Aujourd'hui, si vous regardez le paysage politique, la majorité des Français s'est retrouvée autour de l'élection du Président de la République, Emmanuel Macron, et c'était, au fond, le vœu de Valéry Giscard d'Estaing, en son temps, mais c'est le même courant, ce sont les mêmes valeurs.

Il y a beaucoup de ressemblances.

Le macronisme est-il un giscardisme contemporain ?

Non, dire les choses ainsi serait une simplification que je ne veux pas. Il ne faut pas le dire ainsi.

Vous voyez bien qu'au fond, il existe deux visions de la politique. Il y a ceux qui croient, depuis longtemps et pendant longtemps, que la politique est l'affrontement d'un bloc contre un autre. Et il y a la vision que nous avons eue avec Valéry Giscard d'Estaing, avec le Président de la République aujourd'hui, une autre vision que j'ai portée pendant longtemps et cette vision est que ce n'est pas l'affrontement de deux blocs irréconciliables, c'est le dépassement des deux blocs pour créer une majorité centrale, qui réussisse à capter le meilleur des valeurs de ces camps opposés et, en même temps, à les dépasser dans une dynamique, en particulier une dynamique sociale et européenne.

Cela ne vous a pas empêché de l'affronter en tant que Directeur de campagne de Simone Veil aux élections européennes en 1989.

Pourquoi avez-vous décroché ?

Décroché quoi ?

À ce moment-là, vous n'êtes plus un pro Valéry Giscard d'Estaing.

Non, vous vous trompez dans la chronologie. C'est venu après. Je suis Secrétaire général de Valéry Giscard d'Estaing, Président de l'UDF, après les élections européennes.

C'est là que Valéry Giscard d'Estaing, si j'ose dire, est "venu me chercher".

J'ai commis une erreur.

Y a-t-il un moment où l'isolement de l'homme ou le fait qu'il devienne à ce point - nous l'évoquions avec mes trois confrères tout à l'heure - obsédé par un éventuel retour fait que vous ne pouvez plus, d'une certaine manière, suivre la partie, car vous savez que c'est fini ?

Toutefois, cela ne se dit pas à un Président de la République, ce type de chose.

Si. Je m'en suis très ouvertement expliqué avec lui.

Le lui avez-vous dit ?

Bien sûr.

En quels termes et comment a-t-il réagi ?

On s'est séparés en 1995, quand il décide qu'entre Jacques Chirac et Édouard Balladur, l'UDF ne prendra pas parti. Ce n'était pas mon point de vue.

Je lui ai dit : "Monsieur le Président, un grand parti politique est obligé de se prononcer" et c'est sur ce point que nous avons eu une vraie divergence.

Avez-vous gardé des liens et des rapports avec le Président Valéry Giscard d'Estaing ?

Oui, bien sûr.

Je n'ai jamais compris cette phrase de Raymond Aron : "Le drame de Valéry Giscard d'Estaing est qu'il ne sait pas que l'histoire est tragique".

Que veut dire cette formule ?

C'est une formule extrêmement juste qui signifie que, pour Valéry Giscard d'Estaing, la politique était nécessairement une victoire et une victoire est nécessairement heureuse.

Il pensait que s'agençaient toutes seules les étoiles pour que cette victoire ait lieu et, au fond, même s'il était très familier de l'Histoire de France, il ne voyait pas le poids de l'Histoire et comme c'est lourd, l'Histoire, pour un peuple.

L'histoire n'a pas encore rendu justice à ce Président incompris explique ce matin, en une d'Aujourd'hui en France, notre confrère Jean-Michel Salvator.

Partagez-vous cette analyse ?

Oui, mais, comme toujours, il y a des causes à tout cela.

C'est tout à fait juste que son histoire est apparue comme une aventure individuelle, alors qu'elle aurait dû apparaître comme une aventure collective et une aventure pour le peuple français.

C'est sur ce point que s'est produit le décrochage. On a trop lu ou peut-être a-t-il lui-même trop lu l'histoire comme étant son histoire. Il avait compris avec une intuition extrêmement juste que la France attendait que l'on dépasse ces archaïsmes pour, au fond, faire naître ce pays nouveau qui devait se réconcilier avec la modernité, qui ne pouvait pas rester les yeux fixés sur le rétroviseur.

Vous décrivez un Président qui pouvait être drôle, affectueux nous avez-vous dit et intuitif, vous venez de le dire.

Qu'est-ce qui a pu vous déplaire chez Valéry Giscard d'Estaing ?

Rien ne m'a déplu. Nous avons eu des affrontements et nous n'avons jamais cessé d'avoir des liens, de parler, de se voir autour de la table, dans son bureau, couverte d'une feutrine verte, autour de laquelle il pouvait avoir ce type de fulgurance, avoir la dent dure, mais autour de laquelle il y avait aussi une interrogation sous forme de doute.

Pourquoi, au fond, et c'est la question que vous posiez, pourquoi n'a-t-il pas été reconnu ? C'est une question qui se posait à lui-même. Pourquoi n'a-t-il pas été aimé ou aimé comme il aurait voulu l'être et sans doute comme il aurait mérité de l'être, dans le mouvement de rencontre entre un homme et un peuple qui s'est produit avec lui en 1974 et moins après.

Merci beaucoup, François Bayrou, d'avoir évoqué avec sensibilité ce matin le Président Valéry Giscard d'Estaing. 

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