Covid-19 : quelle est la situation des Français de l'étranger? 

Frédéric Petit

Frédéric Petit est député des Français établis hors de France. Il revient, pour le Mouvement Démocrate, sur les différentes mesures prises pour nos concitoyens vivant à l'étranger et qui traversent eux aussi la crise sanitaire, loin de l'Hexagone.

Mouvement Démocrate - Quelle est la situation des Français qui souhaitent rentrer suite à l’épidémie de coronavirus mais qui ne peuvent pas le faire ?

Frédéric Petit - Il faut distinguer les Français "de passage" à l’étranger, de ceux qui y sont installés. Le gouvernement a aidé au retour de plus de 150,000 compatriotes coincés pendant un séjour, le plus souvent des touristes ou des gens en mission dans le cadre de leur travail. C’est ce que nous avons appelé la phase 1, dans le jargon de la cellule de crise. Elle est pratiquement terminée, et il faut saluer l’efficacité de notre réseau diplomatique et du ministre même, faisant rouvrir des aéroports, négociant avec des compagnies aériennes, ainsi que la participation d’Air France.

Pour la phase 2, c’est-à-dire les Français installés, cela est encore calme. Ils sont encouragés à rester chez eux dans la mesure du possible, et c’est un bon conseil. Je suis moi-même bien mieux confiné chez moi, à Cracovie, ma collègue Claire chez elle à Munich avec sa famille, mon collègue Yoann, chez lui, à Varsovie. Le confinement est plus facile à vivre dans son environnement habituel.

J’ai demandé, dès le début, que le ministère prépare un plan régionalisé, voire pays par pays, pour gérer cette phase 2. Il s’agira des Français qui, pour des raisons médicales, pour des raisons d’emploi, pour des raisons familiales ou même psychologiques, vont se poser la question d’un retour en France. À la différence de certains collègues, je ne pense pas que cette question soit la simple transposition de la phase 1 à environ 800,000 compatriotes potentiels. Très souvent, la solution du rapatriement immédiat en France ne sera pas forcément la meilleure. Un exemple peut-être surprenant : si aujourd’hui, et pendant encore au moins deux semaines, un Français devait être hospitalisé au Monténégro, il sera à mon avis plus en sécurité en restant qu’en revenant en urgence… Ce n’est sans doute pas le cas en Afrique ou même en Bulgarie.

Comment les Français de l’étranger qui -eux ne souhaitent pas rentrer- vivent cette crise ? Des dispositifs spécifiques ont-ils été mis en place pour eux ?

Des élans de solidarité existent, très divers et très dynamiques comme d’habitude dans nos communautés à l’étranger. Il existe également un réel intérêt citoyen pour l’évolution de la situation en France, les comparaisons entre les différentes stratégies locales, en particulier dans ma circonscription du cœur de l’Europe, cœur qui en ce moment bat de façon parfois arythmique.

Au-delà de la cellule de crise du Quoi d’Orsay, les mesures spécifiques de protection des Français installés à l’étranger sont aujourd’hui celles, habituelles, de protection consulaire. J’ai demandé au ministère de suivre un chiffre intéressant : depuis le début de la crise 15,000 de nos compatriotes se sont inscrits sur les listes consulaires en Europe, 45,000 dans le monde, ce qui montre la confiance en l’efficacité de nos postes consulaires. Les mesures spécifiques éventuelles dans le cadre du Projet de Loi de Finance Rectificatif sont en cours de construction, et toucheront aussi bien à la situation économique, qu’au réseau des lycées français, aux services des médecins d’ambassade, aux actions culturelles…

La scolarisation des enfants est-elle assurée à distance au même titre que celle des jeunes scolarisés sur le sol français ?

Oui. La continuité pédagogique, même si elle est loin de régler tous les problèmes, est saluée à travers le monde comme une grande réussite. Nous avons un seul souci, c’est en maternelle : alors que cet enseignement en maternelle est une spécificité française, qu’il faut parfois quelques années pour faire comprendre aux parents dans certains pays, nous risquons de repartir en arrière car il faut reconnaître que la maternelle "à distance" pose des questions différentes que le collège ou le lycée. Et je vous rappelle que tous ces établissements sont de facto financés par les familles (plus de 2 milliards d’euros viennent des familles sur un budget total de près de 3 milliards d’euros).

À quelles autres problématiques font-ils face ?

Les Français installés dans des pays où l’on peut faire confiance aux autorités et aux systèmes de protection sanitaire connaissent bien entendu une situation différente des autres. Nous connaîtrons donc des questions de rapatriement, dans certains pays, liées à la défiance ou aux conditions de vie de la famille. J’ai vécu en Egypte au moment des trois révolutions, la situation est passée en quelques jours d’un pays des grands espaces, des balades dans le désert et des pique-niques familiaux, au couvre-feu pour toutes les familles de 15 heures à 8 heures… Nous aurons donc des situations difficiles, encore difficiles à apprécier aujourd’hui, mais qui provoquent déjà une pression sur beaucoup de nos concitoyens.

Et puis surtout, nos ressortissants connaissent dans leur pays d’accueil toutes les problématiques de leurs amis, de leurs collègues et de leurs voisins : confinement, suivi de l’épidémie, pertes de revenus parfois brutales, vie quotidienne hachée…

Quel est votre travail de terrain aujourd’hui sur les territoires de votre circonscription ?

Ma première priorité est de rester au contact, malgré l’impossibilité de me déplacer. Je multiplie les contacts téléphoniques, le contact avec les 36 élus locaux de ma circonscription, avec les postes diplomatiques et les consuls. J’essaie d’expérimenter d’autres formes, moins habituelles, pour multiplier les occasions d’échanges, d’écoute, de veille, que l’appelle horizontales, qui s’avère parfois si utiles psychologiquement, ou pour détecter les "signaux faibles" de difficultés à venir.

Et puis je reste également parlementaire, et concerné au premier chef par les réseaux actifs de la présence française à l’étranger en tant que rapporteur budgétaire de la diplomatie d’influence et de la francophonie : les lycées français, les Instituts et les Alliances, les entreprises, les projets de développement, les coopérations scientifiques, dans ma circonscription, mais aussi aux quatre coins du monde, sont en grand danger, et je suis engagé dans leur défense, pendant la crise, et après la crise.

Enfin, je suis convaincu que le couple franco-allemand a un rôle moteur à jouer dans la gestion de cette crise. Sur le plan sanitaire bien sûr - et je salue la solidarité qui a permis d'accueillir de nombreux patients Francais et Italiens dans les hôpitaux allemands -  mais aussi dans la mise en place d'une sortie de crise coordonnée, sur le plan sanitaire comme sur le plan économique. Je travaille dans ce sens et je suis heureux que, suite à mon interpellation, le bureau de l'Assemblée parlementaire franco-allemande joue le rôle qui lui incombe !

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