"À partir du moment où on raye cet appel vers l'excellence, on rompt la promesse de l'éducation nationale"

Pendant près de deux heures au micro de BFM TV, le président du MoDem et ancien ministre de l'éducation nationale François Bayrou a expliqué point par point et preuves à l'appui pourquoi la réforme du collège était régressive.

Vidéo 1 - Entretien avec Apolline de Malherbe

Bonsoir François Bayrou. Merci d’être avec nous. Vous êtes président du MoDem, vous avez été ministre de l’éducation, même le plus long de ces dernières années, vous êtes resté quatre ans dans ce ministère. Cette semaine vous avez pris la tête de cette fronde contre la réforme du collège, et notamment à l’occasion de la publication du décret, mercredi matin, par Manuel Valls, d’application de cette réforme. Vous avez jugé qu’il s’agissait « d’autoritarisme de petit chef », et vous appelez à la manifestation. Nous allons donc revenir sur le fond de cette réforme, sur ce que vous proposez vous comme alternative pour « sauver l’école », puisque de ce point de vue-là il y a un constat côté droite comme de gauche, et également du centre pour dire que ça ne marche pas. Je vais d’abord vous interroger sur ces questions-là.

Pour commencer je voudrais que l’on regarde un tweet de Najat Vallaud-Belkacem, qui date d’il y a quelques heures : « Révisez bien votre bac, votre réussite à tous compte plus que tout J ». C’est une ministre attentive aux élèves, ou est-ce que c’est juste de la comm’ ? Je vous vois rire.

Je ne vais pas faire reproche à la ministre de souhaiter de la réussite pour les lycéens, c’est le plus élémentaire de sa mission. Après est-ce que les tweets sont la bonne communication, c’est autre chose et c’est secondaire.

On voit que cette réforme scolaire vous a mise très en colère cette semaine, dès sept heures du matin mercredi, vous disiez que c’était scandaleux que ces décrets aient été publiés. Pourquoi êtes-vous si en colère ?

Je suis en colère pour deux raisons. La première c’est que c’est une démolition d’une chose essentielle à laquelle tous les français tenaient : le pacte entre l’éducation nationale et le pays. Et le pacte c’était : le meilleur pour tous, non pas le meilleur imposé à tous, garanti  à tous, mais le meilleur offert à tous. Peu importe votre chemin, votre origine, votre famille, son statut économique, social, et culturel, l’école vous permettait, si vous le vouliez, si vous aviez le courage de le faire, et même si vous n’aviez pas tout à fait le courage de le faire, moi je n’ai pas été un élève exemplaire.

C’est un aveu un peu troublant tout de même ?

Ah c’est la vérité. Et donc mes professeurs souvent s’arrachaient les cheveux, mais ça ne fait rien, parce que ce qui était offert à l’école était le plus haut à quoi on pouvait aspirer dans tous les systèmes éducatifs.

Mais franchement est-ce que ça marchait encore ?

Cela a marché pendant très longtemps, aujourd’hui non.

Donc le pacte est déjà rompu en quelque sorte si cela ne marche pas ?

Oui mais vous voyez c’était le meilleur offert à tous. Et aujourd’hui on dit comme le meilleur n’est fréquenté que par 18 ou 20% des élèves alors on le supprime. Ces chemins d’excellence, de mérite, d’émancipation, de sortir du milieu d’où l’on vient pour se former avec le temps, se construire une culture, une manière de voir le monde, une langue. Parce que rien n’est plus important que la langue.

Revenons sur ce point-là par exemple. Alors la langue, certes les classes bilingues vont être supprimées, mais la langue vivante 2 va pouvoir arriver dès la 5ème. Est-ce que ça ce n’est pas plutôt un progrès ?

Vous voyez que la langue vivante 2 pour la 5ème, si vous vous mettez devant la réalité du collège comme il est, alors franchement ça se discute beaucoup. Parce que le collège c’est 20 % des élèves qui ne savent pas lire au sens de déchiffrer, qui ne sont pas capable de suivre les mots, et 20 %  des élèves qui ne comprennent pas ce qu’ils lisent à leur entrée en sixième. Alors on peut finasser sur des « 0,.. » mais ça c’est 1/5, 1/5, et un élève qui ne sait pas lire, il n’a aucune chance de suivre. Et si en plus vous lui rajoutez une deuxième langue vivante en cinquième, il va être encore plus noyé.

Quand vous étiez ministre de l’éducation, justement, vous aviez fait remonter très haut dans la scolarité, l’apprentissage du latin. Alors pourquoi est-ce qu’il serait plus disponible pour le latin que pour une langue vivante 2 ?

C’était une option, c’était pas le latin obligatoire pour tous les élèves.

Donc il faudrait qu’il y ait une langue vivante 2 en option ?

C’était le cas. J’ai fait 3 ou 4 choses quand j’étais ministre de l’éducation sur le collège précisément. J’ai mis en 6ème 6 heures de cours de français, aujourd’hui c’est 4 heures et demie, il y avait 33 % d’heures de français en plus. Deuxièmement, j’ai mis des études dirigées pour tous les élèves, deux heures par semaine, on aurait peut-être pu mettre plus mais c’était important, troisièmement j’ai mis le latin en cinquième et le grec en troisième, avec des horaires dédiées à ces apprentissages : 3 heures pour chacun. Je dis au passage que par cette réforme les langues régionales sont autant sacrifiées que les langues anciennes. Alors que nous avions donné aux langues réiognales un statut de langue qu’on pouvait apprendre : le meilleur offert à tous.

Mais quand on se compare avec nos voisins, par exemple, on voit bien que cela n’a pas marché ?

Pour une seule raison : l’école primaire n’apprend à lire aux enfants que quand ils sont favorisés, l’école primaire n’apprend pas à lire aux enfants.

Donc avant de toucher au collège, il faudrait toucher à l’école élémentaire ?

Tout se joue à l’école primaire, quand vous entrez en sixième et que vous ne savez pas bien lire, il n’y a aucune chance que vous y arriviez. Les chiffes que je donne vous voyez 20 et 20, la ministre dit il y a 25 % d’élèves qui sortent du collège sans être au niveau, vous aurez beau leur ajouter des heures et des heures, si vous ne leur avez pas appris à lire, il n’y a aucune chance qu’ils y arrivent. Et vous voyez l’erreur de raisonnement : on plaque une vision idéoogique sur la réalité et sur le vivant.

Mais on a quand même l’impression que, vous parlez des réformes que vous avez faites, chaque ministre qui arrive bouge plus rapidement que vous, vous êtes celui qui êtes resté le plus longtemps dans ce ministère, mais pratiquement à chaque nouveau ministre qui arrive, il faut une nouvelle réforme et aucune d’elle n’aboutit vraiment.

La première phrase que j’ai prononcé en entrant au ministère, ça m’a nuit, c’était une erreur de communication

, j’avais dit « il n’y aura pas de réforme Bayrou. » Pourquoi ? Parce que chaque ministre veut porter une réforme à son nom, pour se dorer le bilan, pour qu’on ait l’impression que c’est formidable, que ça n’a jamais été fait, et d’ailleurs la communication c’est qu’on dit aussi que ça n’a jamais été fait avant. Mais j’avais dit ça.

Alors là vous réécrivez un tout petit peu l’histoire quand même François Bayrou, parce qu’il y a eu un million de manifestants dans la rue qui se sont  opposés à un certain nombre de choses que vous vouliez faire ?

Une chose. Cela n’était pas l’organisation des études, c’était un autre sujet qui était les collectivités locales qui ont le droit de financer les réparations ou les investissements des écoles privés.

Vous savez pour le coup que des manifestations peuvent arrêter une réforme ?

Je sais très bien qu’une manifestation peut arrêter une réforme, même quand la réforme est votée, parce que dans mon cas ce n’est pas un décret pris à la va-vite, mais c’était une loi.

En gros, ce que vous êtes en train de me dire c’est que ce n’est pas parce que les décrets ont été signés mercredi que cette réforme doit se faire ?

Et heureusement. Parce qu’au fond nous n’avons le choix aujourd’hui qu’entre l’acceptation résignée, on courbe le dos, on baisse la tête, les centaines de milliers de personnes en France  qui disent « ça ne va pas, ça me heurte, je suis blessé par ce qui se passe », ils laissent faire ou bien ils se mobilisent.

Alors justement vous avez appelé à la mobilisation ça veut dire quoi, pour l’instant on a l’impression que ça ne prend pas franchement ?

Ecoutez, je n’ai pas tout à fait le même sentiment. Je vois bien que des appareils politiques, ou certains leaders politiques n’ont pas envie de se mettre à contester cette affaire.

Alors on va essayer d’être un peu plus précis et concrets, Nicolas Sarkozy a dit mercredi soir qu’il estimait que ce n’était pas son rôle d’appeler à la manifestation, et François Fillon et Bruno Le Maire ont tous les deux dit également qu’ils n’estimaient pas que la meilleure réponse soit une manifestation.

Et bien c’est une manière de botter en touche. Car Nicolas Sarkozy a dit « je cherche tous les moyens juridiques pour que cette réforme soit retirée ». Je ne vois aucun moyen juridique possible.

C’est un leurre ?

Je crois que c’est une manière de botter en touche, de considérer que ce n’est pas un sujet principal. Or pour moi c’est un sujet principal : à partir du moment où on raye ces disciplines d’excellence, cet appel vers l’excellence, cette manière d’aller plus loin pour certains élèves, et ou on dit il faut le moule unique pour tous les élèves, le moule uniforme pour tous les élèves, non pas seulement le collège unique, mais le collège uniforme. Dès cet instant-là, on a rompu la promesse de l’éducation nationale. Le nombre de consciences, de sciences, d’hommes et de femmes qui ont construit un destin personnel, qui se sont arrachés aux contraintes de leur naissance, simplement parce qu’ils ont trouvé ça. Jaurès, Blum, si on veut remonter plus loin dans les icônes, Voltaire, tous ces gens-là, c’est parce qu’ils avaient eu cette chance formidable d’être initiés à la langue, manière d’exprimer ça les a sauvés.

Je vois bien que cela vous tiens énormément à cœur, mais cela dit vous pouvez dire que Nicolas Sarkozy, François Fillon, Bruno Le Maire, s’en lavent les mains, mais il y a quand même un moment où vous ne pouvez pas aller manifester tout seul avec votre petite pancarte ?

On verra tout ça.

Donc comment vous allez créer cette mobilisation ?

Je vais tout faire pour ça. Je vais prendre des contacts. Il y a des responsables politiques qui se sont déjà exprimés dans le même sens, Nicolas Dupont-Aignan a dit ça, des associations de spécialistes d’enseignants blessés, désespérés, et meurtris.

Et vous pourriez sortir de la logique politique du coup ?

Mais il faut sortir de la logique politique, parce que ce n’est pas une question politique. Toute la ruse de la gauche a été de faire croire qu’il s’agissait d’une question de gauche contre droite, il ne s’agit pas d’une question de gauche contre droite, il s’agit des enfants et de leur égalité à rencontrer la chance de s’en sortir.

Je voudrais qu’on s’arrête un instant là-dessus, parce qu’effectivement l’accélération du processus, le fait même que Manuel Valls et Najt Vallaud-Belkacem aient décidés de publier les décrets dès mercredi, sachant que cette semaine…

Vous me permettez de vous interrompre en une phrase ?

Allez-y.

Parce que tout le monde répète en boucle il y avait une loi votée et c’est un décret d’application, mais c’est absolument faux. Il y a eu une loi qui s’appelait « refondation… » il y a deux ans, où on a jamais abordé cette question de la suppression des options, des classes à deux langues, de la suppression des classes européennes.

Donc ça veut dire quoi, que c’est un tour de passe-passe de la part de Najat Vallaud-Belkacem ?

Oui, c’est une mystification. Ils se promènent sur tous les plateaux en disant que ça avait été voté et longuement discuté à l’assemblée. On n’en a pas discuté un mot vous le savez bien.

Vous auriez trouvé ça normal que cela passe au minimum par un débat devant les représentants de la Nation ?

Au minimum cela aurait dû être discuté par les députés, les sénateurs, au minimum, concerté par ceux qui sont les premiers intéressés, les enseignants, parce que ce sont eux qui portent sur leurs épaules les classes dans lesquelles les élèves ne savent pas bien lire ou parler, ont du mal à s’exprimer, sont plus souvent dans des explosions de rage, parce qu’ils ne peuvent pas exprimer leurs émotions.

Est-ce qu’il y a un cynisme politique de la part de Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem ?

Il y a une chose que je trouve scandaleuse, mais ce n’est pas le premier gouvernement qui s’expose à ce reproche. Ce que je trouve scandaleux, c’est que on prend une décision, et après on utilise des mots destinés à dissimuler la décision. Par exemple, François Hollande a fait un discours en disant « l’excellence partagée », mais il fait exactement le contraire. Les mots qu’il utilise, vous savez il y avait autrefois de très grands écrivains qui avaient décrit la « Novlangue », des mots pour dire le contraire de la réalité. Et là c’est exactement le cas. Toute la communication du gouvernement n’est pas faite pour révéler pour prouver ou pour donner des éléments précis, elle est faite pour dissimuler ce qu’il est réellement en train de faire. Et donc de ce point de vue-là, je trouve que qu’il y a quelque chose qui heurte ce que la démocratie exige, c’est-à-dire, la transparence, que au moins on ne nous raconte pas d’histoires. Si vous voulez assumer des décisions, ayons des débats durs mais au moins que tout le monde sache ce dont il s’agit.

Plus globalement, au-delà de la question de l’école, comment jugez-vous les trois ans de mandat de François Hollande ?

Je crois que le mot qui domine c’est « déception ».

Déception parce que l’on rappelle que vous aviez quand même appelé publiquement à voter pour lui en 2012 ?

J’ai choisi l’alternance. Et je suis à cet égard comme 3 ou 4 millions de français qui n’étaient pas de gauche. Et j’ai choisi l’alternance.

Vous n’avez d’ailleurs jamais exprimé de regrets ?

En général j’assume ce que je fait. Quand je dis que j’assume, la moindre des choses à comprendre c’est que je ne regrette pas. J’assume parce que la France était sur une mauvaise pente. Elle était partie sur un mauvais chemin. Et ce mauvais chemin où Nicolas Sarkozy avait choisi d’aller, notamment pendant sa campagne électorale, c’était un chemin de division des français, d’opposition très rude, dure, des français entre eux. Entre les bons français qui avaient des drapeaux tricolores et les autres. Nicolas Sarkozy avait divisé les français, et la campagne électorale plus encore. La campagne électorale de 2012 était une campagne électorale d’excitation de ce que notre peuple a de plus agressif en lui. 

Est-ce qu’il a changé de ce point de vue-là Nicolas Sarkozy ?

Si vous connaissez des hommes qui changent beaucoup, je serais heureux de les rencontrer.

Quand Nicolas Sarkozy est en meeting, il y a une chose sur laquelle il excite clairement les militants, il chauffe sa salle, et il le reproduit quasiment à chaque meeting, c’est en parlant de vous, en parlant du MoDem. Vous comprenez que les militants vous en veuillent ?

Nous avons été en désaccord politique majeur. Nous avons fait un choix différent. Le droit du citoyen, et même le devoir du citoyen quand il y a une élection, c’est d’utiliser son bulletin de vote. Et pour l’élection présidentielle, une fois tous les cinq ans, il y a un droit de motion de censure, vous ne votez pas vous censurez.

Donc en gros ce que vous êtes en train de dire c’est que vous avez voté contre Nicolas Sarkozy et non pas pour François Hollande ?

Mais ce n’est pas un mystère. Bien sûr que j’étais en désaccord avec la politique de Nicolas Sarkozy. Mais j’avais dit que j’allais espérer que François Hollande se rende compte très vite que son programme économique était incensé, et qu’il serait obligé d’en changer. Et que il changerait de méthode politique, il serait de ce bipartisme dans lequel nous baignons.

Et ça n’a pas été le cas ?

Cela n’a pas été le cas. C’est pourquoi je dis que oui la déception est importante, et même s’agissant de sujets comme de ceux que nous traitons aujourd’hui, pour moi, c’est impardonnable.

Qu’est-ce qui vous plaît chez Alain Juppé ?

Ce qui me plaît c’est qu’il y a en lui un aspect fédérateur.

Donc l’inverse de la division dont vous parliez à l’instant ?

Exactement l’inverse. Je pense que la France a un très grand besoin de trouver une expression politique différente, une expression politique qui soit plus rassembleuse, dans laquelle on puisse, même quand on est en désaccord, cela m’arrive assez souvent d’être en désaccord avec alain Juppé, mais que l’on puisse parler, être pris en compte pour ce que l’on est, c’est-à-dire des citoyens ayant des idées. Nous avançons avec estime réciproque. L’estime manque tant en politique, le sentiment de pouvoir de dire de quelqu’un, bon écoutez nous ne sommes pas toujours du même avis, mais c’est quelqu’un de bien. Cette phrase–là est une phrase qui n’existe pas en politique.

Cette amitié entre deux personnes de ce niveau-là ça s’appelle aussi un ticket ?

Non. Il n’y a pas de ticket sous la cinquième république. Et même la seule fois où ça a été essayé, ça a été une catastrophe absolue. C’était pour l’élection présidentielle de 1969 et ils ont fait 5 %, le parti socialiste avec deux figures emblématiques a fait 5%. Pourquoi ? Parce que la responsabilité ne se divise pas. On peut être dans des relations de convivialité, d’amitié, de respect, d’estime et de volonté partagée.

En gros ce que vous dites c’est que si jamais un jour vous êtes le premier ministre d’Alain Juppé, ce sera une décision qui aura été prise, en tout cas officiellement, au lendemain des élections, et ce ne sera pas une promesse ?

Et je n’ai pas du tout l’intention d’entrer dans cette voie-là. Je ferai des négociations sur d’autres sujets mais je ne suis pas là pour me placer. Mon idée à moi c’est que l’on puisse avoir quelqu’un à la tête du pays en qui on puisse mettre une confiance et pas être tout le temps en confrontation et en agressivité.

Vidéo 2 - Entretien face à Fabrice Lundy 

Au-delà de la bataille politique et de ce dramatique constat que vous avez rappelé à l’instant – un collégien sur cinq qui ne connaît pas les connaissances de base en français. On voit la France qui continue de dégringoler dans les classements internationaux – OCDE, Pisa -. Est-ce que l’on a tout essayé ? Je ne sais pas. Est-ce que l’on s’est posé toutes les questions ? Je ne sais pas. Mais il y a un système qui a l’air de marcher en Allemagne, c’est l’apprentissage. Trois fois plus de fonds publics pour l’apprentissage, trois fois plus d’apprentis dans les entreprises, trois fois moins de chômeurs en Allemagne chez les 15-24 ans. Pourquoi l’apprentissage en France a-t-il aussi mauvaise presse ? Pourquoi l’éducation nationale ne vend pas as

sez l’apprentissage ?

Il y a deux raisons principales. La première de ces raisons est que plus personne ne veut être maître d’apprentissage. Et pourquoi plus personne ne veut être maître d’apprentissage ? Parce qu’accueillir un apprenti, c’est très souvent recevoir des vagues, des cascades de règlements, de normes, qui font que vous n’avez pas le droit de laisser monter l’apprenti sur l’échelle - parce qu’au cas où il tomberait ce serait une catastrophe -, des contraintes de toutes sortes, administratives, des contrôles… En tout cas c’est ce que les maîtres d’apprentissage que je rencontre à Pau ont comme sentiment. La deuxième chose, qui est plutôt interne à l’éducation nationale, c’est que trop souvent et encore récemment on présente la voie d’apprentissage comme une voie de relégation. On dit « la voie de l’apprentissage est faite pour ceux qui ne sont pas bons », « ils ne peuvent pas suivre donc on va les mettre en apprentissage ». C’est la menace ! « Si tu ne travailles pas à l’école, tu iras en l’apprentissage ! ». Or je ne crois pas que ce soit un bon moyen, pour reprendre votre expression, de vendre ou en tout cas de populariser l’apprentissage, de le rendre désirable, que de faire ainsi de la voie de l’apprentissage une voie de relégation.

Est-ce parce que l’on ne connaît pas assez bien l’entreprise dans l’éducation nationale ? L’économiste Bertrand Martinot qui a signé un très bon rapport pour l’Institut Montaigne propose de remettre en cause le concept de collège unique. Il faudrait développer une filière de pré-apprentissage – aux alentours de la quatrième -, y seriez-vous favorable ou non ?

Cela a été fait pendant des années. Mais, permettez-moi de signaler puisque cela n’arrive pas souvent d’avoir l’occasion de m’expliquer sur les décisions que j’ai prises quand j’étais il y a longtemps ministre de l’éducation. Vous savez, tous les élèves de troisième, chaque année, ils vont passer une semaine dans les entreprises et ils sont très heureux. Chaque fois que j’en rencontre un, ils ouvrent des yeux comme des soucoupes, je comprends pourquoi. Ils disent « il devait vraiment être très bien le ministre qui a pris cette décision ». Je dis cela avec le sourire, parce que ça me fait plaisir de voir que 22 ans après, non seulement cela continue, mais les élèves y sont profondément attachés et c’est quelque chose de très positif dans la rencontre avec l’entreprise !

Les services d’orientation, est-ce qu’ils sont toujours au fait de ce qu’il se passe dans l’entreprise ? Est-ce qu’il ne faudrait pas les passer sous statut privé comme le proposait par exemple l’ancien premier ministre François Fillon cette semaine ?

Bien sûr que cela ne suffit pas. La proposition selon laquelle, la loi, le théorème que vous essayez d’écrire selon lequel le privé c’est toujours mieux que le public, ce théorème n’est pas le mien. Je pense que le public, ça peut être très bien ! À condition de l’entraîner, de changer les choses, de discuter, de s’ouvrir. Mais dire « on va mettre des entreprises privées qui feront l’orientation… mais il y a beaucoup de problème y compris quand il s’agit de trouver un emploi, on a essayé de faire appel à des entreprises privées, on n’a pas été ébloui par les résultats. En revanche il est vrai que les services d’orientation devraient avoir pour mission d’initier chacun des élèves – j’avais fait cela à Pau il y a très longtemps, on avait fait près de 200 petits films qui montraient ce qu’était un métier. Parce que les élèves aujourd’hui ne rencontrent plus jamais un métier. Autrefois ils voyaient fonctionner le maréchal-ferrant, le menuisier…

L’OCDE, à propos du système français, dénonce régulièrement le creusement des inégalités. Lorsque l’on appartient à un milieu défavorisé, on a moins de chance que dans un milieu favorisé. Cette question des élites qui se reproduisent, et que l’on retrouve ensuite dans l’entreprise, dans la haute fonction publique… L’ex-présidente de l’Institut national de l’audiovisuel, Agnès Saal, qui prenait un malin plaisir, alors qu’elle a un chauffeur, à utiliser des taxis : 42000€, avec votre argent Monsieur Bayrou, avec le mien, et son fils en profitait. On a appris cette semaine qu’elle avait été repêchée comme chargée de mission au ministère de la culture. Sur le fond, ce n’est pas inégal, mais simplement est-ce que cela ne donne pas un mauvais signal, est-ce que le contribuable n’a pas été méprisé ?

Pour les Français, c’est insupportable. Le sentiment d’impunité assorti de protection absolue, c’est insupportable. Le sentiment – je vais essayer de choisir les mots avec soin – que la société française est une société de réseaux dans laquelle des agissements souterrains, dans un monde opaque, font et défont les questions d’État, sans qu’on sache pour quelles raisons, c’est quelque chose qui est insupportable.

Mais on a l’impression presque que vous parlez de complot ?

Je ne parle pas de complot, je parle d’inacceptables conduites. Je vais en prendre une qui concerne votre maison : on a donné un réseau télévisé à un promoteur de chaines, c’est un réseau télévisé qui appartient au public, on lui a donné pour qu’il bâtisse une chaine à la télévision, la numéro 23 en disant « attention pendant deux ans, vous ne pouvez pas y toucher ». Deux ans et un jour après, il la vend 90 millions d’euros. 90 millions d’euros !

La loi lui donne raison.

Mais je m’en fiche que la loi lui donne raison, parce que c’est une manière de tourner la loi ! Vous voyez bien que les principes sont atteints, sont touchés, par des conduites qui sont à ce point exorbitantes du droit…

Est-ce que vous voulez dire qu’il y a des individus qui utilisent le système ?

Oui, il y a des individus, des groupes, des protections qui ne sont pas transparentes. Et tous ici sur le plateau, nous savons de quoi il s’agit !

Je vous demande pardon : vous dites « tous ici sur le plateau, nous savons de quoi il s’agit », mais les téléspectateurs eux ne peuvent pas forcément comprendre ce que vous dites. J’aimerais que vous soyez très précis. C’est la franc-maçonnerie ? C’est des réseaux ? Est-ce un fantasme derrière ?

Non, ce n’est pas un fantasme. Il y a des décisions d’État qui devraient relever de la transparence et qui relèvent de l’opacité. Et donc c’est des influences diverses et variées. Et je trouve que ce n’est pas bien !

Marine Le Pen parle, elle, du système. Elle dit qu’il y a un système, que l’on ne voit pas forcément, mais qui fonctionne derrière. Est-ce que vous estimez qu’il y a une partie des décisions qui échappent totalement au peuple, aux Français, et y compris à vous ?

La majorité des décisions sont prises derrière le rideau. J’ai souvent expliqué cela, je crois même l’avoir écrit. La démocratie, c’est quand les cartes sont sur la table. On peut prendre des décisions, on peut être en désaccord, on peut être en confrontation les uns avec les autres mais les cartes sont apparentes sur la table ! On joue à jeu découvert ! Or, en France, s’est installée avec le temps une manière de vivre dans laquelle les cartes sont sous la table ! Et on voit apparaître des nominations dont on ne sait absolument pas d’où elles viennent, que ne justifient pas les arguments invoqués, et ça se multiplie partout et c’est devenu un système de gouvernement à la française.

L’hôpital, il faut faire des économies. Les RTT, on n’y touche pas théoriquement demande le gouvernement. Martin Hirsch, le patron des hôpitaux de Paris, veut qu’on y touche. Réduire ce régime assez généreux de 24 RTT par an à une quinzaine… Comment est-ce que l’on fait ?

On vient de le faire à l’hôpital de Pau, peut être pas exactement avec les mêmes règles. Cela a été fait, ça a été un peu difficile à accepter pour le personnel, mais je crois au bout du compte qu’ils sont satisfaits que l’on ait pu sortir du déséquilibre budgétaire et financier dont l’hôpital souffrait.

Donc il y a une solution pour l’hôpital.

Vidéo 3 - François Bayrou face à Christophe Ono-Dit-Biot

Ave Franciscus Bayrou !

Franciscus, je ne suis pas absolument certain que ce soit le bon cas.

Magister ?

Magister, ça va !

Satin salve, magister Bayrou ?

Vous n’allez pas me faire une interro en latin.

C’était évidemment du latin…

De cuisine en l’occurrence.

Non, pas de cuisine, d’émission politique du dimanche soir ! Pourquoi cette fermeté sur l’enseignement du latin et du grec, au fond ?

Parce que la France s’est faite autour de cette culture. La longue chaine des philosophes, des écrivains, des politiques, des honnêtes hommes qui ont fait la France ! Ils se sont bâtis sur cette culture !

Oui, mais ce n’est pas fini, moi j’entends Manuel Valls qui dit qu’il va démocratiser le latin et le grec, donc c’est bon signe !

C’est exactement ce que je vous expliquais : ce qu’il y a de plus irritant dans ce gouvernement, c’est que non seulement ils font des choses inacceptables mais ils choisissent après de les peindre avec le vernis de la générosité, de la démocratie, ou de la démocratisation ?

Les enseignements pratiques interdisciplinaires, ce sont des ateliers où tout le monde pourra s’initier au latin et au grec. Pourquoi ce serait mal ?

C’est de la poudre aux yeux ! Pourquoi ? Parce que déjà, si vous avez besoin d’un sigle pour dire les choses, c’est qu’il y a quelque chose de dissimulé…

Pourquoi de la poudre aux yeux ?

Pour apprendre un peu de latin et de grec, en cinquième, quatrième, et troisième, il faut en faire au moins tous les ans, quelques heures par semaine ! Or, ce qui a été mis en place dans les EPI, c’est que l’on vous désigne huit sujets dans lesquels il y a la santé, le développement durable, l’économie, l’entreprise parmi lesquels il faut en choisir six et vous en ferez deux par an. Donc, si je compte bien – parce que l’arithmétique élémentaire fait aussi partie des fondamentaux – il y aura un semestre pour chaque EPI. Donc vous ferez au maximum de l’initiation aux langues anciennes et aux cultures de l’antiquité pendant deux heures par semaine – au maximum – sur une demi-année. Et ils viennent vous raconter qu’avec cela du latin et du grec ! Un vernis de latin et de grec ! On vous raconte des histoires ! On vous bourre le mou !

Au moins, cela a le mérite d’être clair.

Mais encore une fois, je demande à tout le monde, sur le site mouvementdemocrate.fr, j’ai mis les textes ! Vous allez voir de quoi il s’agit ! Sur les huit sujets proposés, il faut en choisir six pour les trois ans, donc au moins deux par an, donc les EPI seront des bribes.

Les téléspectateurs iront vérifier. C’est un vieux combat que vous menez depuis 1993. On vous écoute, c’est chez Jean-Pierre Elkabbach dans l’émission « Repères » sur France 3, vous étiez alors ministre de l’éducation nationale :

 [Vidéo]

 « Je referai un vrai parcours classique, un vrai parcours des humanités classiques ! Pour que l’on puisse à nouveau faire du latin et du grec au lycée. Vous savez, en  France aujourd’hui – je vais vous surprendre – des élèves qui font du latin et du grec comme on fait depuis cinq siècles en France – il y en a moins que d’élèves qui font chinois. Est-ce que vous trouvez que cela est normal ? ».

 [Fin de la vidéo]

Est-ce que ce n’est pas le mauvais argument par excellence d’opposer le latin et le chinois ? Est-ce que ce n’est pas tomber dans le même manichéisme que ce que fait aujourd’hui le gouvernement, c’est-à-dire opposer ce qui est censé servir et ce qui est censé être exotique ?

Je ne suis pas là pour resservir un argument qui était un argument numérique uniquement. Je suis là pour défendre le fond ! J’ai donc remis le latin en cinquième à la suite de cette orientation, le grec en troisième et la première année il y a eu plusieurs centaines de milliers d’élèves qui ont choisi l’option latin.

Mais est-ce que vous n’avez pas loupé le coche ? C’est-à-dire que quand on vous entend dire que grosso modo le chinois est moins intéressant…

Ne me faites pas un procès qui serait totalement infondé. Apprenons les langues, les langues étrangères, apprenons-les dans des classes bilangues, apprenons-les dans des classes européennes, si on peut en apprendre davantage, apprenons-en davantage, mais ne venez pas me dire que…

Mais c’est parce que vous disiez cela qu’on vous le demande.

Mais j’ai dit cela en 1993, il y a 22 ans, je défends le fond et l’argument était uniquement un argument chiffré. Mais je vais vous dire quelque chose qui va dans le sens des chiffres. Savez-vous quelles sont les trois premières langues apprises en Allemagne aujourd’hui dans l’enseignement secondaire ? La première c’est l’anglais évidemment, la deuxième c’est le français, et avec le même nombre d’élèves la troisième c’est le latin. Le grand nombre des élèves allemands dans les lycées apprend le latin ! EN Grande-Bretagne, c’est un système tout à fait particulier puisque c’est le système vers lequel on veut nous entrainer, c’est dans les écoles privées que l’on appelle à tort « public schools », les écoles de réputation, c’est là que l’on apprend le latin.

Vous avez eu des grandes manifestations au moment de la révision de la loi Falloux. À l’époque je me souviens d’une phrase de Rocard qui disait : « c’est une gifle à l’éducation publique ». Est-ce que ce n’est pas compliqué pour vous aujourd’hui de défendre l’éducation publique puisque vous parliez des « public schools » anglaises alors que l’on vous a accusé à l’époque de favoriser justement le système privé ?

Je pense que c’était une accusation infondée. Je suis un élève de l’école publique, un professeur de l’école publique, j’ai plusieurs enfants qui sont des professeurs de l’école publique et j’en suis très fier.

Comment vous avez – vous qui êtes fils d’agriculteur – pris les phrases de Najat Vallaud-Belkacem sur l’enseignement des langues anciennes comme un enseignement qui est réservé aux privilégiés, une sorte d’usine à reproduire les élites comme le disait Bourdieu ?

Je pense qu’elle n’a pas réfléchi avant de parler, parce que précisément il y a aujourd’hui dans les ZEP – les quartiers en difficulté – beaucoup de classes de lettres. C’est un moyen pour ces établissements de conserver les élèves qui autrement fuient pour aller vers l’école privée. Le résultat de tout cela est très simple, c’est que les familles qui voudront continuer à transmettre ce qui est au fond simplement un pilier de l’apprentissage de la langue et de la transmission de la culture, ils vont aller les chercher dans les cours particuliers ou dans les écoles privées. Et ça, c’est la ségrégation sociale. La décision que le gouvernement a prise, c’est vers cela qu’elle va.

Vers l’inégalité. Vous vous en êtes pris justement à la rapidité avec laquelle le décret a été voté. Najat Vallaud-Belkacem vous a répondu : on l’écoute.

« François Bayrou semble méconnaitre les règles de la démocratie donc je vais lui rappeler à nouveau quel a été le parcours de ce texte. La loi de refondation de l’école adoptée par le Parlement prévoyait la réforme du collège dans tous ses principes. Aujourd’hui, plus d’un mois après, nous publions ce texte qui a été adopté le 10 avril dernier."

Vous méconnaissez les règles de la démocratie ?

Oui, sans aucun doute ! (Rires). Mais je prends les leçons avec humilité.

Elle vous explique ce qui s’est passé.

Oui, c’est normal, il faut toujours accepter les leçons. Alors je répète ce que j’ai dit tout à l’heure à Apolline de Malherbe : ce n’est pas parce que ce texte est passé au journal officiel qu’il y restera !

Et vous êtes confiant là-dessus ?

J’en ai assez vu pour penser que s’il y a une mobilisation suffisante, le gouvernement changera son fusil d’épaule. Et il fera bien ! Donc je répète pour que tout le monde entende : la loi d’orientation qui était évoquée, jamais elle n’a précisé que la réforme du collège, ce serait la suppression de ces options, qui étaient des options d’excellence. Tout à l’heure, vous avez dit « Bo

urdieu » qui est le sociologue qui a tellement critiqué la reproduction. Il est né dans un village à côté du mien, et s’il a pu faire ce parcours incroyable c’est parce qu’au lycée Louis Barthou à Pau il a appris les humanités classiques, il est entré à l’École normale supérieure, il a été très brillant et il faut rappeler tout cela !

Vidéo 4 - François Bayrou face aux question sur Alain Juppé et sur la situation internationale 

Un mot de ce sondage, ce matin Odoxa, pour Le Parisien, qui montre que vous êtes la chance d’Alain Juppé, puisque visiblement les électeurs du Centre se reporteraient très largement sur Alain Juppé qui battrait du coup Nicolas Sarkozy aux primaires de 2016. Cela veut dire donc que vous, vous ne seriez pas, dans ces cas-là, candidats vous-même à ces fameuses primaires.

Oui, si Alain Juppé est choisi pour représenter son camp, je l’aiderai.

C’est sûr, gravé dans le marbre ?

18 mois avant, il faut toujours s’exprimer avec prudence mais ma détermination est de l’aider parce que l’on a besoin de sortir de cet affrontement que l’un et l’autre souhaitent – Hollande-Sarkozy Sarkozy-Hollande – avec Marine Le Pen comme épouvantail.

Alors, justement, quand on regarde ce même sondage, il estime qu’au premier tour, si on prend effectivement grosso modo les mêmes candidats qu’en 2012, Marine Le Pen arriverait en tête avec 30% des voix, Nicolas Sarkozy 25, François Hollande 17 et vous 12%. Cela veut quand même dire, d’abord,  qu’il y a toujours 12% d’électeurs qui aujourd’hui voteraient pour vous mais que, si vous vous mettiez d’entrée de jeu avec Alain Juppé alors là, ce n’est plus Marine Le Pen qui serait en tête.

Je pense que c’est une donnée très importante des mois quo viennent, de la réflexion qui va être menée sur ce sujet. C’est que, s’il y a une personnalité rassembleuse fédératrice, avec qui on puisse travailler c’est à dire l’opposition classique et ce grand courant central qui est à la fois modéré passionnément.

Là vous parlez de vous, vous parlez du MoDem. Que les choses soient très claires.

Je parle des 12% que vous évoquez à l’instant.

D’électeurs qui seraient prêts à voter au Centre.

Ce ne sont pas tous des MoDem, ce sont des gens qui se reconnaissent dans ce que je porte. Et donc ce courant-là – qui est réformiste, modéré, qui a envie que l’on arrête d’être dans la guerre de tranchées dans la politique française, d’un camp contre l’autre, un camp voulant seulement faire échouer l’autre – ils sont très importants, cruciaux et ils faut qu’ils comptent dans l’avenir. Donc, je suis persuadé, oui, qu’avec Alain Juppé – bien sûr on discutera, on parlera de la manière dont les choses pourraient être organisées – cela pourrait se faire.

Un mot sur l’alliance éventuelle aux régionales, notamment en Ile-de-France, Claude Bartolone sera donc le candidat du Parti socialiste, est-ce que Marielle de Sarnez – qui a priori devrait porter les couleurs du MoDem – pourrait s’allier dès le premier tour autour de la candidature de Valérie Pécresse ? Est-ce que c’est souhaitable ?

Si Valérie Pécresse et ses amis ont une démarche qui est une démarche de compréhension de ce que nous portons, de volonté partagée et d’équilibre des forces – parce qu’il faut un minimum d’équilibre des forces – alors oui, cela pourra se faire. S’ils ne le souhaitaient pas, on irait au premier tour et on verrait au 2e tour.

Mais en gros vous êtes ouvert à l’idée.

Oui, je suis ouvert à l’idée, parce que, chaque fois que je vois une candidature je me demande si cette candidature est compatible avec – même pas nos idées – ce que nous croyons de plus profond. Je pense que l’on pourrait le traiter de cette manière.

Sur ces équilibres, justement, de forces politiques, aujourd’hui même il y a des élections en Espagne – on n’a pas encore tout à fait les résultats puisque les bureaux de vote espagnols erment à 20h – il semble – tous les sondages le montrent – que la force centre en Espagne – Ciudanados – puisse arriver en tête notamment dans la plupart des grandes villes y compris à Barcelone. En gros, cela bouleverse le jeu habituel droite-gauche, donc vous en rêviez, l’Espagne le fait.

Oui, mais c’est une journée très importante mais c’est un message très significatif. Parce que ce qui est en train de se passer en Espagne, je crois que c’est en gestation dans beaucoup de pays européens et singulièrement en France.

Vous croyez ou vous l’espérez pour la France ?

Je l’espère, et je le crois. Mais vous avez raison, d’abord c’est un espoir. Vous savez, quand j’évoquais dans notre conversation précédente le fait qu’il y avait une opacité de la vie politique et des décisions en France, je disais qu’il y a une cause à cela. Cette cause est que les 2 appareils des 2 partis principaux ont le monopole de l’alternance, c’est à dire que si l’on ne veut pas voter pour un, on est obligé de voter pour l’autre. Et il y a beaucoup de gens qui sont découragés de ce mouvement de balancier obligatoire. Vous savez, chez les prestidigitateurs on dit c’est la carte forcée.

Grosso modo UMP ou PS.

Voilà. Et je pense qu’il y a beaucoup de gens qui ont envie de sortir de ce monopole-là, de ce monopole à 2.

Mais comment vous expliquez justement que beaucoup de gens qui veulent sortir de ce monopole soient plutôt tentés par le vote FN que par votre vote ?

Parce que le Front national fait flamber des sentiments qui existent dans tous les peuples, singulièrement dans les moments de crise et qui sont des sentiments de recherche de responsables, de boucs-émissaire en les désignant à la vindicte publique et au sentiment de rancœur, et c’est plus facile de faire des voix de cette manière. Mais moi, je ne crois pas que le succès du Front national soir irrémédiable. Si l’on présentait quelque chose qui soit réellement novateur comme démarche politique, réellement plus constructif, réellement plus attentif à ce que les gens sont, dans leur vie de tous les jours alors je suis persuadé que l’on peut tout à fait changer ces rapports de force.

Un petit mot sur la GPA – la gestation pour autrui – Christiane Taubira a défendu cette semaine le fait de donner un état-civil aux enfants qui sont nés par GPA à l’étranger mais de parents français. Est-ce que vous y êtes favorables ?

Il y a 2 choses dans la question : est-ce que je suis favorable à la GPA ? Non.

Mais est-ce que vous êtes favorable à reconnaître des situations de fait ?

C’est très souvent une location de ventre, je crois qu’une philosophe a dit « C’est une chosification du corps des femmes », je n’y suis pas favorable.

Mais est-ce que reconnaître un état-civil aux enfants, de fait, autorise la GPA ou, en tout cas, justifie, permet la GPA ?

Mais quand les enfants sont là, on ne va pas en faire des sans-papiers en France. De ce point de vue-là, pour moi, leur reconnaître un état-civil – même s’ils sont nés par des procédures que l’on n’approuve pas et même que l’on réprouve mais les enfants sont là -  il faut leur reconnaître un nom, un prénom, une nationalité, non ? Il me semble que cela ne soit pas du tout la même chose que de prendre parti pour la GPA comme une procédure que je considère comme très blessante pour les femmes y compris pour les femmes qui sont ainsi instrumentalisées – on a vu des drames autour de cette affaire. Mais les enfants sont là et pour moi, les enfants sont à prendre en compte il faut leur donner un statut dans la société.

Un mot sur les morts de la grippe, on vient d’apprendre qu’il y avait eu 18 000 personnes en sur mortalité cet hiver dû à la grippe. Est-ce que les autorités sanitaires ont été débordées ? Je rappelle simplement les chiffres, c’est plus que les morts dus à la canicule, alors que l’on en avait énormément parlé en 2003.

Les morts dus à la canicule, c’était très choquant parce que c’était sur une très courte période. Il y eu une grippe particulièrement rude et particulièrement dure.

Et à un moment, il ne faut pas toujours blâmer l’Etat.

Et puis il y a eu des organismes fragiles qui ont été emportés par cette grippe, je ne crois pas du tout que l’on puisse faire un procès ni à l’hôpital ni au Ministère, je pense que ce qui pouvait être fait a été fait. Mais il arrive qu’il y ait des endémies comme cela, des contagions et ces contagions, bien sûr, frappent les plus fragiles et un grand nombre d’entre eux n’y survivent pas. Je ne crois pas qu’il faille en faire une affaire de polémique politique.

Un mot sur l’étranger, Daech qui a mis la main sur Palmyre, menacée y compris sur les sites archéologiques. Est-ce qu’il faut quand même qu’à un moment ou à un autre la France s’engage davantage ?

Il y a quelque chose que je ne comprends pas dans cette affaire. Vous avez vu comme moi les images, on a vu des caravanes de pick-up, de 4x4 – on le voit sur l’écran – et aucune intervention aériennes ? Ni des Américains, ni des soutiens … On prétend qu’on lutte contre cette barbarie sans limite et on ne fait rien quand ils sont ainsi en train de se rapprocher de Palmyre ? Je n’arrive pas à comprendre.

Donc, en fait, vous voulez dire qu’il y a une responsabilité quand même des occidentaux à avoir laissé tomber Palmyre ?

Oui, il y a une responsabilité des occidentaux qui acceptent d’être sans réaction et pour des raisons qui m’échappent. Si je comprends bien, ils veulent laisser la balance égale entre Bachar al-Assad et Daech.

Et c’est quoi ? Une forme de lâcheté ?

Je ne laisse pas la balance égale entre les 2. Je n’approuve pas grand chose de Bachar al-Assad – ce n’est pas moi qui l’ait invité au défilé du 14 juillet.

Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Mais je n’ai jamais approuvé l’idée qu’il fallait le bombarder, idée qui était commune à Nicolas Sarkozy – qui est le premier qui avait appelé à ce bombardement -, François Hollande et même Alain Juppé. Tous les 3 partageaient ce sentiment. Moi, je ne partageais pas ce sentiment, je l’ai dit, vous vous souvenez.

Mais aujourd’hui, François Bayrou, on fait quoi ?

Je pense qu’il faut aider ceux qui luttent contre Daech.

Aider ceux qui luttent contre Daech, cela veut quand même, de fait, aider les forces syriennes au pouvoir.

Peut-être y a-t-il des moyens d’interventions aériennes, en particulier, dont les Etats-Unis disposent facilement, que nous pouvons aider à mettre en batterie – nous sommes nous-mêmes engagés sur d’autres fronts comme vous savez, mais cette affaire syrienne est en effet très préoccupante et très intrigante.

Intrigante ? Je reprends juste votre mot. Intrigante ? Cela veut dire quoi ? Que vous pensez que derrière il y a un accord tacite de ne rien faire ?

Oui, en tout cas il y a une espèce de prise de distance comme si, au fond, c’était bien que les 2 s’équilibrent.

Là-dessus, vous n’êtes pas d’accord.

Je ne partage pas ce sentiment.

Vidéo 6 -  L'after RMC 

Bonsoir Monsieur Bayrou.

Bonsoir François Bayrou.

Bonsoir.

Vous m’avez un peu inquiété tout à l’heure et vous m’avez intrigué. Je me suis dit : mais que dit-il de la manière dont, aujourd’hui, les décisions se prennent dans ce pays. On vous écoute :

La majorité des décisions sont prises derrière le rideau (…) Les cartes sont sous la table (…) et c’est devenu un système de gouvernement à la française.

Alors qu’est-ce qu’il se passe, François Bayrou ? A quel moment, comme cela, les cartes sont sous la table ? A quel moment des décisions se prennent sans que le citoyen ne soit vraiment au courant de la manière dont elles se prennent ? Vous avez des exemples concrets à nous donner ?

Non, je ne vais pas entrer dans des exemples parce que je ne veux pas faire – comme on dit en latin – ad hominem, contre une personne.

Sauf que vous parlez d’une chose assez obscure et je pense que ce que vous reprochez avec le système c’est que les Français ne puissent pas vois de quoi il s’agit.

Je pense qu’un très grand nombre de nominations, à des postes très importants – on vient d’en voir un certain nombre d’exemples qui ont des suscités des réactions.

On parle évidemment d’Agnès Saal tout à l’heure qui avait été présidente de l’INA, précédemment il y avait eu Monsieur Gallet. Est-ce que c’est à ce genre de personnages que vous pensez ?

Ce n’est pas à ce genre de personnages, je ne me permets pas de penser de personnages, je parle de ce genre de mécanismes de nomination. On a choisi un président pour France Télévisions – qui est une présidente – je ne sais pas combien il y avait, environ 70 candidatures.

C’est le CSA quand vous dites « on » qui a choisi officiellement.

Oui, et on a éliminé 90% de ces candidats dont quelques uns qui étaient présentés comme les candidats les plus sérieux et les plus expérimentés sans dire un mot des raisons pour lesquelles les uns avaient été choisis et les autres éliminés.

Vous auriez voulu que cela soit transparent ?

Oui, je pense que la transparence est une vertu essentielle en démocratie.

Donc ils ont été choisis pour quoi ?

Je ne sais pas mais il y a eu beaucoup de papiers sur le sujet.

Mais vous, François Bayrou, vous subodorez quoi ?

Je pense qu’il y a des pouvoirs d’influence qui sont à l’intérieur des pouvoirs politiques qui influencent les décisions, qui pèsent sur les décisions.

Et comment on y met fin ?

En ayant des mécanismes – je viens de citer le CSA -, je trouve que l’on aurait du savoir pourquoi 90% de ceux qui se présentaient pour cette fonction ont été écartés sans que l’on dise pourquoi. Je trouve que cela aurait été bien qu’il y ait un minimum d’éléments communiqués pour que l’on sache pour quelles raisons  - j’ai 2 ou 3 noms en tête et vous aussi j’imagine – des gens compétents qui avaient l’expérience ont été écartés sans que l’on ne sache pourquoi. Je trouve que cela n’est pas normal.

On va arriver à quelqu’un qui, selon vous, d’après ce que vous dites, incarne un peu cette transparence, la courtoisie en politique, c’est Alain Juppé…

Courtoisie n’est pas le mot que j’utilise.

Vous l’avez dit tout à l’heure. Mais est-ce que finalement quand on vous demande « Etes-vous prêt à faire un ticket », vous répondez cela :

Non.

Non, ce ne sera pas un ticket ? Vous ne ferez pas de ticket ?

Non

(…)

Je n’ai pas du tout l’intention d’entrer dans cette voie-là.

Alors, comment vous comptez travailler avec Alain Juppé ?

Il n’y a pas de ticket. Un ticket cela veut dire que l’on va devant les Français, à 2, et qu’on dit « Mesdames et Messieurs, vous en aurez 2 pour le prix d’un ». L’élection présidentielle n’est pas cela, on n’élit pas des tickets, ni des groupes, ni des réseaux, on élit une personne à qui on fait confiance en disant : « Voilà, nous pensons, nous, peuple français, que vous avez les qualités nécessaires pour exercer cette fonction », et ces qualités sont en effet des qualités d’attention de capacité à rassembler les gens et de capacités à porter un projet politique, à être courageux. Donc on élit une personne, on n’élit pas un ticket. Je n’ai aucune intention de faire ticket avec qui que ce soit.

Ni Alain Juppé ni un autre.

Ni Alain Juppé ni un autre.

Vous avez dit je l’aiderai, comment vous allez l’aider ?

Je l’aiderai, je serai son soutien après que nous aurons eu une discussion sur la manière dont il voit l’avenir du pays, de la majorité, dont je la vois, mais il faut d’abord, naturellement, qu’il s’engage dans cette compétition difficile et dont vous savez que j’ai beaucoup de réticences sur le principe.

On a assez peu de temps donc on va passer à la réforme des collèges. Vous dites « Rien n’est joué, on peut encore à peu près tout changer », voilà ce que vous disiez tout à l’heure à propos du décret :

On peut aller voir ce texte.

Et ce n’est pas parce qu’il est passé, disiez-vous, ce n’est pas parce qu’il est au Journal officiel…

Ce n’est pas parce qu’il est au Journal officiel qu’il y restera. 

Alors comment vous allez le faire sauter ce décret ?

S’il y a une mobilisation suffisante de tous ceux qui savent qu’on leur raconte des bobards – parce que c’est cela, on fait de la mousse pour que la réalité n’apparaisse pas -, je ne demande pas de grève, je dis une mobilisation – vous avez vu le nombre d’intellectuels, la Ministre a dit, c’est une phrase un peu imprudente, « Ce sont des pseudo intellectuels » alors j’imagine que Michel Onfray, Alain Finkelkraut, Jean D’Ormesson, Jacques Julliard …

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