Discours de clôture du Congrès 2017 de François Bayrou

Retrouvez ci-dessous le discours de François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate, lors de la clôture de notre Congrès 2017, ce matin.

Mes chers amis, ce congrès de notre dixième anniversaire en tant que Mouvement Démocrate, ce congrès n'est pas un aboutissement, mais c'est un commencement.

Je suis très fier d'avoir mené tous ces combats pendant dix ans et de pouvoir, aujourd'hui, vous présenter cette équipe qui s'est exprimée tout au long de ces deux jours, cette équipe qui est formée de ceux qui ont pris la responsabilité des grands choix que nous avons faits et ils viennent de s'exprimer, de ceux qui sont aujourd'hui la voix de notre mouvement à l'Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen, quelques 60 parlementaires.

Cette équipe est également formée de vous, vous qui avez participé au congrès, vous les milliers de militants qui nous écoutent peut-être à l'instant, des citoyens engagés, des responsables civiques qui ont montré l'idée qu'ils avaient de l'avenir et qui ont montré quelque chose d'encore plus important, et Marielle le mentionnait à l'instant, à savoir que l'on peut avoir un idéal et faire entrer cet idéal dans la réalité.

On a pris l'habitude, au travers du temps -ceux qui s'intéressent aux mouvements politiques- de croire qu'il existe des idéaux dans un ciel lointain, mais que la réalité est, au contraire, faite de demi-mesures, de reculades et d'arrangements pas toujours brillants, pas toujours présentables.

Nous, nous avons montré exactement le contraire, à savoir que l'on peut avoir un idéal et s'appuyer sur cet idéal pour changer la réalité, pour changer le monde.

Permettez-moi de le dire, c'est une bonne nouvelle pour nous, mais, sans vouloir exagérer, c'est une bonne nouvelle pour tous ceux qui croient à la démocratie en France et, peut-être, à la démocratie même au-delà de nos frontières.

C'est ce que vous avez fait par cet engagement, qui ne s'est jamais démenti, qui n'a jamais faibli et qui, au contraire, s'est affirmé avec l'idée que nous pouvions aller plus loin que beaucoup ne croyaient que nous pouvions aller.

(Applaudissements…)

Cette équipe a montré cette force et cette force était ouverte.

J'étais très heureux qu'Alain Juppé nous ait envoyé un message au début du congrès. J'étais très heureux que le Gouvernement, chère Jacqueline, chère Geneviève, soit là en force et en puissance. J'ai beaucoup aimé le discours d'Édouard Philippe hier, beaucoup parmi vous l'ont fait et peut-être pouvons-nous le lui dire par nos applaudissements...

(Applaudissements...)

Et j'étais très heureux que Pierre Moscovici, en tant que Commissaire européen français, avec les différences de parcours qui sont les nôtres, vienne ce matin nous dire ce que nous avions de plus précieux en commun et qui nous unissait.

C'est donc une force pour la reconstruction du pays et une force ouverte. Il n'existe pas beaucoup de formations politiques qui peuvent affirmer cela. Jean-Louis Bourlanges a dit hier quelque chose d'absolument important pour moi et essentiel : nous sommes une force aujourd'hui, mais en vérité nous sommes une force car nous avons un patrimoine, une vision, une histoire. Nous savons d'où nous venons. À chacune des époques de cette histoire, nous avons des inspirateurs. Ils ne sont pas là physiquement, car la vie change les choses, mais ils sont là par la pensée, par la volonté. Permettez-moi de dire que ceux qui, de notre famille politique -je pense à Robert Schuman- ont construit l'Union européenne d'aujourd'hui, la communauté européenne, ils sont là. Pour nous, ils sont là.

Je le disais hier, comment se sentir étranger à ceux de notre famille politique, presque seule dans la vie politique française, qui ont su dire non aux accords de Munich le jour des accords de Munich ?

Ce n'est pas du passé et ce n'est pas de l'Histoire. Je citerai cette phrase absolument admirable du jeune éditorialiste de moins de 30 ans de ce petit journal qui s'appelait l'Aube et qui sera plus tard président du Conseil national de la résistance, qui s'appelait Georges Bidault… et je sais très bien que par la suite beaucoup de choix nous ont opposés. Au terme de son éditorial dans l'Aube, le jour des accords de Munich, il dit : "Lorsqu'il s'agit de dire non, le meilleur moment, c'est le premier."

(Applaudissements…)

Je veux vous dire ceci : le congrès, c'est tous les trois ans, donc je me porte par la pensée à 2014, je me porte par la pensée à 2020, mais point n'est besoin de remonter si loin. Il y a un an, à cette même date, qui aurait dit que nous allions vivre ce que nous avons vécu ?

Je peux vous dire que les choix successifs que nous avons été amenés à faire, les aventures incroyables de la démocratie française ont fait que, aujourd'hui, quelque chose a changé en profondeur, pas seulement dans notre équilibre politique, mais dans l'image que la France assume vis-à-vis d'elle-même et vis-à-vis du monde.

Vous vous souvenez tous, je suis sûr, de cette admirable chanson de Barbara, qu'elle a d'ailleurs regrettée, paraît-il, quelques années après l'avoir chantée, car l'histoire est comme cela, mais elle a dit : "Quelque chose a changé, c'est indéfinissable !"

J'ai le sentiment aujourd'hui que quelque chose a changé qui peut parfaitement être défini dans le climat de la démocratie en France, dans le climat de la vie civique dans notre pays.

Qu'est-ce qui a changé ? Des choses très simples.

Premièrement, il y a un an, tout le monde, en France, en Europe et au-delà de nos frontières, avait le sentiment que la France était précisément le creuset du pessimisme et des rejets. Si l'on avait mené une enquête en Europe et peut-être au-delà, il y a un an, beaucoup de citoyens, beaucoup d'observateurs, beaucoup de penseurs avaient le sentiment que, peut-être, en France, il était possible que le pire se produise, c'est-à-dire la victoire de l'exclusion, le rejet de l'idée européenne, le renfermement de la France sur elle-même et l'organisation de la division entre Français. C'était cela que le monde voyait en nous.

Il se trouve que c'est exactement le contraire qui s'est produit. C'est exactement le contraire qui s'est produit par l'engagement de centaines d'abord, de milliers après, de millions ensuite de citoyens qui ont voulu adhérer à un autre projet.

J'écrivais, dans le livre que je consacrais au mois de janvier 2017, à l'approche des élections présidentielles : "Il y a un moment où les peuples se lassent de la lassitude elle-même !" Je sentais monter cette fontaine-là, cette jouvence-là. Je sentais qu'une sève venait et cette sève, c'est Emmanuel Macron qui en a été le porteur et le défenseur devant les Français jusqu'à la victoire.

(Applaudissements…)

Alors, nous, nous sommes venus en soutien, bien sûr parce que nous avons identifié le risque et il était important, bien sûr parce que, dans les propos, les idées et la vision d'Emmanuel Macron, nous avons reconnu notre projet, car « c'est notre projet disait-il ». Mais c'est le nôtre aussi. Nous nous sommes donc engagés avec enthousiasme, avec efficacité, sans que dans nos rangs quelles qu'aient été les analyses préalables des uns et des autres, les convictions préalables des uns et des autres, une seule réserve s'exprime à l'égard du choix que nous avions fait.

Cela vient aussi de la personnalité du nouveau Président de la République, et je veux le dire ici, car nous sommes quelques-uns à croire, au contraire de ce que les pessimistes nous ont enseigné au travers du temps, que ce sont les hommes qui font l'Histoire.

C'est étrange, car on est, depuis longtemps, habitué à cette idée que, au fond, c'est l'économie qui décide de tout et il s'agit de mouvements profonds mondiaux. Nous avons vérifié en 2017 qu'il arrive que les hommes fassent l'Histoire. Emmanuel Macron, avec sa jeunesse, avec l'enthousiasme qu'il a su focaliser, avec quelque chose qui n'est pas souvent dit et que je veux dire devant vous, avec la liberté d'esprit qui est la sienne, avec son originalité d'approche et de pensée et son audace - le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'en a pas manqué pendant l'année 2017 -, a su faire naître un monde nouveau. Nous sommes heureux de l'y avoir aidé, mais il est juste de dire que c'est lui, par son élan, par sa volonté, par son anticonformisme, qui a réussi à faire naître un monde nouveau et je crois que c'est une gratitude que nous devons exprimer à son endroit.

(Applaudissements…)

Il était dépeint par un grand nombre d'acteurs et d'observateurs, et par nous aussi parfois, comme un homme du moule, du moule du pouvoir en France. Et bien, ce que nous avons vérifié pendant l'année, ce que je vérifie tous les jours et ce que je veux dire spécialement, c'est qu'il n'est pas prisonnier du moule et que c'est pour cela qu'il est en capacité de porter, d'entraîner et, au bout du compte, de changer la situation du pays.

(Applaudissements…)

Par exemple, ce n'était pas être prisonnier du moule et des habitudes que de nommer un Premier Ministre qui venait précisément du parti le plus opposé à la vision que lui-même, Président élu, portait. C'était un bon choix et nous avons vérifié qu'Édouard Philippe, avec ses idées, ses convictions, sa liberté d'esprit, puis son style a, lui aussi, montré une manière d'être. Il existe une vieille expression française qui dit : "Le style, c'est l'homme", mais le style, c'est aussi la politique, une manière non agressive et, en même temps, pas dupe, avec l'humour qui fait que l'on se remet en question soi-même et avec l'ironie qu'il faut quand on veut mordre, tout cela, cette manière de mener l'équipe gouvernementale répond à la promesse implicite qui était celle de la campagne d'Emmanuel Macron. Pour nous, c'est une fierté de soutenir et de participer.

Pendant des mois et des mois, nous avons vécu dans le scepticisme général autour de la proposition que nous faisions de changer la majorité du pays, pas seulement d'obtenir une alternance, mais, comme nous le disions à l'époque, d'obtenir « la » grande alternance, pas seulement l'alternance qui vise à remplacer un camp par un autre, mais l'alternance visant à remplacer les deux camps en même temps au pouvoir.

Le nombre de ceux - et je dis cela avec une toute petite délectation - qui nous ont expliqué que les institutions de la Vème République étant ce qu'elles étaient, il était impossible qu'un homme du centre, un homme de ce terreau central du pays soit élu Président de la République - il y avait beaucoup de raisons de le penser, puisque, nous-mêmes, nous avions échoué dans cette bataille - et que, en tout cas, si jamais il arrivait que cette élection fût acquise, alors on pouvait être certain d'une chose, c'est qu'il ne pourrait pas avoir de majorité : "Comment auriez-vous une majorité ? Vous n'avez aucun sortant !"

Eh bien, nous avons montré de quoi ceux qui n'ont aucun sortant sont capables, lorsque les peuples veulent que les choses changent.

(Applaudissements…)

Si l'on fait des additions, depuis vingt ans, jamais l'addition des deux forces principales qui exerçaient ensemble le monopole du pouvoir dans notre pays n'avait comptabilisé moins de 400 ou 500 députés à l'Assemblée Nationale. Cette fois-ci, ces deux forces ont moins de 130 députés ! C'est dire la dimension de l'événement qui a eu lieu, l'effondrement de ces deux tours jumelles du monopole français et le surgissement d'une force nouvelle, puissante, originale, pas encore tout à fait organisée. Il faut que tout le monde y travaille pour que la démocratie se renouvelle de l'intérieur.

C'est une manière de se souvenir que ceux qui ont voulu le quinquennat pour l'élection présidentielle et le rétablissement du calendrier républicain, que la présidentielle précède les législatives, alors que d'autres voulaient l'inverse, ce rétablissement du calendrier républicain qui écartait ce que j'appelais à l'époque le « calendrier dingo » a permis que la vague de changements portée par l'élection présidentielle emporte toutes les digues pour obtenir le paysage nouveau que la démocratie française méritait. C'est une logique, c'est une stratégie, c'est un plan et je suis très heureux que nous l'ayons porté.

Alors pourquoi ? Parce qu'il y a une chose que tout le monde ou presque tout le monde niait et qui, pour nous, était une évidence, à savoir qu'il n'y avait en France qu'une majorité cohérente possible, une : c'était la majorité centrale.

Les autres nous disaient : "Il faut une majorité de droite ou de gauche pour qu’elle soit cohérente." En réalité, ils mentaient, ils s'aveuglaient eux-mêmes pour les plus honnêtes ou ils essayaient de nous aveugler pour les autres, car les deux majorités latérales, on a vérifié 10 fois depuis 20 ans qu'elles étaient totalement incohérentes, fracturées qu'elles étaient entre les extrêmes de chaque camp et les modérés de chaque camp. Pas d'unité à droite, pas de cohérence à droite, pas d'unité à gauche, pas de cohérence à gauche. Il n'y avait qu'une cohérence possible, c'était la grande majorité centrale, l'arc central comme nous disions, que nous avons finalement imposé dans la vie politique du pays.

(Applaudissements…)

Pour une raison profonde -et vous allez retrouver des accents qui étaient les nôtres pendant toutes ces années- c'est qu’en réalité, sur le fond, sur les options majeures, nous pensons la même chose. Ceux qui étaient sur les deux rives de cette vie politique artificielle, en réalité, ils veulent la même chose, ils veulent une vie économique restaurée, rétablie, réhabilitée, revivifiée et ils veulent que cette vitalité économique soit au service d'un projet social, c'est-à-dire que nous portions un modèle pour nous et pour le monde. Ils savent bien que, si l'on veut vraiment affronter cette question du changement en profondeur, si l'on veut avoir une politique de lutte contre l'évasion fiscale, si l'on veut avoir une politique de défense, si l'on veut avoir une politique d'environnement –Yann (Wehrling) !- alors, il est nécessaire que se construise une Europe qui ne soit pas seulement une institution, mais une démocratie au service des citoyens.

(Applaudissements…)

C'est donc la première fois depuis deux décennies qu'il y a une majorité fondée sur un accord profond : la majorité centrale du pays, celle que nous avons construite, c'est la seule majorité cohérente, et les majorités latérales -je les appelle ainsi- majorités d'un bord ou de l'autre sont totalement incohérentes. Nous avons rendu à la vie politique française la vertu essentielle qui est de mener une politique avec une cohérence dans la pensée et dans l'action.

(Applaudissements…)

Je voudrais vous dire que ce mouvement de reconstruction compte éminemment pour les Français. Marielle l'a dit. Ce qui est frappant, c'est que sept mois après l'élection présidentielle -je vais avancer une proposition probablement hardie- je pense qu'il y a plus de Français qui espèrent le succès d'Emmanuel Macron et de ceux qui l'entourent qu'il n'y en avait le jour du deuxième tour de l'élection présidentielle.

(Applaudissements…)

Ce jour-là, les personnes votaient, car elles pensaient que ce n'était pas possible. Il y avait, dans ce vote, un refus d'un danger, d'un risque et d'une insuffisance qu'elles avaient clairement identifiés, mais, aujourd'hui, il y a quelque chose d'autre, pas partout, pas dans tous les milieux, pas dans toutes les sensibilités, mais cela monte. Chaque jour, un peu plus de Français espèrent que le travail entrepris par Emmanuel Macron, et déjà accompli en partie, réussisse pour le pays, réussisse pour leurs enfants, et ce n'est pas le moindre des succès que nous avons remportés en 2017.

Toutefois, cet espoir, cette aurore sur la vie politique sont importants pour nous, Français, mais également pour le monde. Avec quelques-uns d'entre nous, avec Marielle, avec Jean-Louis, avec Jacqueline, avec Geneviève, avec Frédéric, nous étions au sommet du Parti démocrate européen à Rome, Parti démocrate européen (PDE) que nous avons fondé avec Romano Prodi il y a quelques années et qui est présidé par Francesco Rutelli et moi-même. Il y avait des délégations de tous les pays européens.

Ce qui est extraordinaire, c'est que, dans chacun des sujets abordés, il y avait l'expression de l'espoir qu'Emmanuel Macron faisait naître au-delà de nos frontières, faisait naître en Europe. Si nous regardons cela, nous apercevons quelque chose qui est extrêmement important pour nous tous et pour la réflexion sur les choix que nous avons faits. Si nous regardons les grands pays du monde et les chefs d'États de ces grands pays du monde, si nos regards se tournent vers les États-Unis et M. Trump, ou bien vers la Russie, vers la Chine ou vers les zones les plus dangereuses de la planète, comme le Moyen-Orient, ou vers les pays européens, il y a une chose que nous pouvons dire sans risque de nous tromper : le Président de la République française est aujourd'hui dans le monde un des leaders les plus entraînants, et peut-être au premier rang des leaders les plus entraînants, pour faire naître dans la vie de l'univers politique, une force, une volonté, un projet qui change les choses, y compris à l'échelon international.

Si nous voyons ce qui a été fait récemment au Liban, ce qui a été fait dans les injonctions à la Libye, ce qui est fait dans l'affirmation d'une proposition face à M. Trump, qui soit une proposition de fidélité à la défense de notre patrimoine naturel, à la lutte contre le changement climatique, alors on voit que la bonne nouvelle pour les Français a été aussi une bonne nouvelle pour beaucoup de démocrates dans le monde, beaucoup de personnes qui espèrent que, un jour ou l'autre, les citoyens du monde vont reprendre la main sur leur propre destin.

(Applaudissements…)

Dans cet espoir-là, le Président de la République et ceux qui l'entourent au Gouvernement ont une immense responsabilité, mais nous avons, nous aussi, une responsabilité éminente, nous, comme citoyens, comme force politique. Car j'ai toujours affirmé que la responsabilité de l'avenir d'un pays appartenait évidemment aux gouvernants mais n'appartenait pas seulement aux gouvernants, et même appartenait à la majorité mais n'appartenait pas seulement à la majorité, et que nous avions tous une coresponsabilité dans l'avenir du pays. Et même, si nous voulons réfléchir philosophiquement trente secondes, cette coresponsabilité-là est précisément la définition de la démocratie.

Nous sommes, dans cette famille politique, très attachés à un penseur, un homme d'engagement qui s'appelait Marc Sangnier, lequel a donné de la démocratie une définition que je veux rappeler devant vous. Il a dit : "La démocratie, c'est l'organisation sociale qui porte à son plus haut la conscience et la responsabilité des citoyens".

Cette conscience et cette responsabilité nous enjoignent à participer à l'effort de reconstruction que portent le Président de la République et le gouvernement.

Alors, nous voyons bien la responsabilité qui est la nôtre. J'ai évoqué, même si c'est en quelques phrases, la responsabilité de gestion. Le rappel qui a été fait que nous avons été la première famille politique française à mettre en garde contre les déficits excessifs et contre l'explosion de la dette, nous donne une responsabilité pour que cette politique continue et s'affirme. Vous avez entendu Pierre Moscovici rappeler que, désormais, les déficits dans la zone euros étaient inférieurs à 1 % et que, heureusement, nous avons réussi à vivre le passage au-dessous de 3 %, mais qu'en vérité cela ne suffira pas car le seuil où la dette n'augmente plus, qui devrait être la première étape que nous nous fixons, est inférieur à 2 % de déficit, et encore faut-il prendre en considération les taux d'intérêt dont -et je dis cela à voix basse- nous ne sommes absolument pas assurés qu'ils restent au niveau minimal qu'ils connaissent aujourd'hui, pour la plus grande chance de ceux qui empruntent, particuliers et États… je dis cela je ne dis rien… quoi qu'il en soit je pense qu'une menace de cet ordre existe, cette responsabilité-là, qui a été heureusement assumée ces dernières années par la Banque Centrale Européenne, et je veux répéter ici notre conviction qui est minoritaire pour l'instant dans le débat politique européen, que si l'on regarde les grandes banques centrales du monde, celles qui ont la responsabilité de la création de monnaie, de la lutte contre les risques principaux qui viennent des crises -la banque centrale américaine, la constitution lui fixe deux objectifs, dont le premier est la lutte contre l'inflation- c'est le cas aussi pour la Banque centrale européenne.

Le deuxième de ces objectifs, et j'invite, comme Marielle la fait, à réfléchir à l'opportunité ou au devoir que nous devrions avoir d'ajouter au mandat de la Banque centrale européenne le mandat de gestion de la monnaie pour obtenir le plein emploi. C'est l'une des raisons pour lesquelles les États-Unis sont aujourd'hui à un chômage extrêmement bas et que l'Europe demeure avec un chômage hélas trop haut.

Il y a aussi, dans les institutions, une capacité de réponse aux crises sociales et même familiales que nous rencontrons.

Banque centrale, objectif plein emploi autant que lutte contre l'inflation, c'est un élément évidemment central et nous connaissons le projet économique, le projet de gestion, c'est de libérer la créativité du pays, de faire en sorte que tous ceux qui ont à l'esprit d'inventer, d'adapter, de créer, de faire naître des entreprises, des innovations, ils puissent le faire sans avoir le sentiment qu'une chape de plomb de normes, de contrôles excessifs s'abat sur eux et paralyse au fond leur volonté de faire, et de ce point de vue les choix du Gouvernement, je le dis, ont été des choix qui méritaient d'être soutenus et que nous avons eu raison de soutenir.

Toutefois, au-delà de la responsabilité de gestion, il y a une perspective que je voudrais défendre devant vous. Notre responsabilité n'est pas seulement d'adapter la France aux réalités économiques du monde. Cela compte, car les réalités économiques du monde s'imposent à tous, et celui qui voudrait les ignorer serait inéluctablement drossé, comme l'on dit pour les bateaux, sur les écueils. Cependant, nous ne sommes pas une force d'adaptation de la France, nous sommes une force de révélation ou d'aide à la révélation du projet de société que doit porter la France dans ses frontières et dans le monde, auprès de ses citoyens et auprès des citoyens du monde.

Je veux m'arrêter une seconde à ce point, mais, pour nous, pour moi, c'est très important.

Toutes les études, il en est encore sorti plusieurs cette semaine, montrent le mouvement que nous avons dénoncé -avec d'autres- depuis longtemps, que j'ai appelé dans un livre qui avait fait un peu de bruit autrefois et intitulé Abus de pouvoir « le mouvement des inégalités croissantes ». Nous vivons dans un univers dans lequel la concentration continue des richesses entre les mains d'un nombre toujours plus étroit de puissants devient quelque chose d'absolument effrayant.

Je vais vous donner les chiffres que cette étude récente a indiqués, sachant qu'il y a deux ans la même étude indiquait que l'équivalent de la richesse détenue par la moitié la plus pauvre des citoyens du monde, 50 % des citoyens du monde, était détenu par 62 milliardaires dans le monde. Or, l'étude sortie cette année indique que, pour arriver à ce seuil de richesse-là, il suffit aujourd'hui de 8 milliardaires sur la planète !

3,5 ou 4 milliards d'hommes, de femmes, de familles d'un côté et, de l'autre, 8 personnes !

Ce mouvement, et pardon de le dire, car je ne m'arrête pas du tout aux richesses ou à l'argent, mais je veux aller plus loin, ce mouvement d'inégalités croissantes, étant donné l'état des sociétés de la planète, ne retentit pas seulement sur l'avoir, mais également sur le pouvoir !

Ce sont les mêmes qui, parce qu'il ont concentré les richesses, réussissent à offrir à leurs enfants, à leurs descendants, les meilleures écoles, les meilleures universités, les diplômes les plus flatteurs, tout ce que le savoir permet, dans sa transmission, d'offrir à des générations plus jeunes.

La concentration perpétuelle de l'avoir, du pouvoir, de l'influence dans les mêmes mains est un danger pour la société ou pour les sociétés, où qu’elles se trouvent. C'est un danger pour les sociétés du monde, c'est un danger pour les sociétés que l'on présentait hier en émergence et dont on voit que l'écart devient tellement insupportable qu'il menace même leur existence.

C'est un danger pour le monde, c'est un danger pour l'Europe et, mes amis, c'est un danger pour la France.

Nous avons la chance d'être les plus préservés de ce mouvement-là, et je vais en particulier citer deux raisons.

La première, c'est que chez nous l'école est gratuite et je tiens à ce que l'on défende cette gratuité y compris à l'université, je tiens à ce que l'on ait des universités de qualité qui permettent leur accès à des jeunes venus d'autres milieux que ceux habitués à ces pratiques. L'école est gratuite, l’université est gratuite, la santé est gratuite.

Et donc cela empêche l'écart de grandir.

Mais d'une certaine manière, parce que nous avons développé ce modèle-là, il revient à la France de montrer que dans la proposition que dans sa logique historique notre pays fait au monde nous accordons autant d'importance à la libération ou au projet économique que nous en accordons au projet social, c'est-à-dire au projet de solidarité et au projet d'émancipation.

La France a la responsabilité de proposer au monde un projet de société qui ne repose pas seulement sur la loi du plus fort, mais qui affirme que ce que nous voulons en même temps c'est la loi du plus juste.

C'est la loi du plus juste qui est notre raison d'être, notre raison de construire et d'avancer, la loi du plus libérateur ou émancipateur.

Le monde qui court vers un gouffre d'inégalités, il gagnera à savoir qu'il y a au moins un grand pays dans le monde qui considère que son but est au contraire un projet de justice.

C'est ainsi que la France sera elle-même. C'est un besoin de notre pays.

Alors, il y a des gens qui croient qu'un pays, c'est une succession de générations et à chaque génération, indépendamment de celles qui précèdent, ses propres visions, ses propres obsessions. Nous ne le croyons pas.

Je crois, c'est un peu bizarre, je crois qu'il y a dans les peuples un « inconscient », comme le XXème siècle et la psychanalyse nous ont appris qu'il y avait un inconscient chez chacun d'entre nous. Nous pensons qu'il y a un inconscient dans les peuples comme il y a un inconscient dans les personnes.

Et, dans l'inconscient du peuple français, on va le dire autrement, dans la mémoire immémoriale du peuple français, il y a ce besoin de porter un projet qui ne ressemble à aucun autre : refuser un projet de soumission aux pays les plus puissants, aux pays les plus forts, aux forces matérielles et de l'argent, un projet de soumission y compris à ce que nous voyons de plus risqué dans la société au surgissement immédiat que nous voyons sur les réseaux, dans les médias.

Aucune soumission, une résistance, une volonté de dire : « Ne vous trompez pas, vous êtes forts, mais nous voulons construire autre chose ».

Et ceci passe évidemment par un certain nombre de choix que je voudrais évoquer devant vous.

Alors, ces choix existent en politique étrangère, ces choix existent en politique économique. Par exemple il est du devoir de la France, y compris en matière de gestion, de proposer une politique de lutte contre les monopoles ou une politique de lutte contre la puissance toujours démultipliée des monopoles, même si ces monopoles sont dans des domaines de technologies nouvelles dont il apparaît qu'il est extrêmement difficile de les contrôler et même extrêmement difficile de leur parler.

Mais cette lutte contre les monopoles, elle est un besoin de notre pays. Je crois qu'elle est un besoin de l'Europe. Et d'ailleurs, c'est très simple si nous posons la question : quel est l'instrument politique qui nous permettra un jour de lutter contre les monopoles si nous en décidons ainsi ? Cela s'appelle l'Union européenne et il n'y a pas d'autre possibilité.

Je veux préciser encore un peu le projet social. Le projet social n'est pas seulement un projet d'allocations.

Pour deux raisons : la première est que les allocations sont nécessaires dans beaucoup de situation. Et le gouvernement en a tenu compte puisque, sur le minimum vieillesse, par exemple, ou sur l'allocation adulte handicapé, par exemple ou sur la taxe d'habitation, entre nous, le gouvernement a proposé une augmentation de ces allocations qui sont des allocations de solidarité, de présence auprès de ceux qui en ont le plus besoin dans la société française. Mais nous savons très bien d'abord que de l'argent pour des allocations, forcément il y en aura moins dans l'avenir qu'on ne croyait qu'il y en avait dans le passé et ceux qui disent le contraire racontent, je crois, des histoires et donc nous avons le devoir de penser différemment le projet social qui a été pensé dans les années précédentes.

Il y a une deuxième raison : dans une politique sociale qui ne serait fondée que sur l'idée ou le principe des allocations, il y a quelque chose que l'on n'aperçoit pas, c'est qu'il arrive assez souvent que les allocations, elles aussi, soient une dépendance, surtout quand rien n'est fait pour lutter contre cela.

J'ai été très frappé par l’histoire qu’Alain Cazabonne, sénateur de la Gironde aujourd'hui après avoir été maire de Talence pendant des années, a racontée et qu'il venait de vivre. Il y avait, devant sa mairie, huit jeunes SDF et, parmi ceux-là, il y en avait un avec qui il a parlé, qu'il a essayé de sortir de sa situation.

C'est très simple, on avait fait à ce jeune homme une proposition de travail partiel, quelque 500 euros par mois, et il n'a pas pu accepter ce travail partiel qu'on lui offrait parce que cela lui faisait perdre les autres allocations qu'il recevait. Et, ceci, ne vous trompez pas, c'est par centaine de milliers que les Français sont soumis à cette "désincitation-là". J'ai un cas très précis en tête : "Je ne peux pas accepter le travail que l'on me propose parce que je vais y perdre l'allocation d'adulte handicapé qui me permet de vivre".

Et un pays qui aurait cette perspective-là, cette vision-là, alors ce pays-là, probablement il chercherait à concilier le maintien d'une partie de l'allocation d'adulte handicapé avec l'incitation à prendre un travail qui changerait les conditions d'existence d'un certain nombre de ses concitoyens.

Politique de libération, d’émancipation. Je veux citer un autre exemple cité hier par Patrick Mignola.

L'idée que je défends devant vous, c'est qu’une politique sociale, cela doit être une politique de libération d'un certain nombre des déterminismes, d'un certain nombre des écrasements qui sont imposés aux citoyens, par exemple par la naissance, par le milieu social dont on est originaire, ou culturel, par ses origines ou l'origine de ses parents ou l'origine de sa famille, les discriminations en fonction du nom, les discriminations en fonction du quartier, de son adresse, et ces discriminations-là, qui s'y attaque ? Je ne veux pas dire personne, mais je veux dire pas grand monde !

Ce que Patrick Mignola a raconté hier, c'est que, pour les enfants d'un certain nombre de quartiers, lorsque vient le moment des stages de troisième en entreprise… Je connais bien les stages de troisième en entreprise, c'est moi qui les ai créés et, à l'époque dans un charivari, l'idée que des enfants pourraient découvrir une entreprise c'était les soumettre à la logique de l'entreprise privée, et moi je pensais que c'était une chose utile que de découvrir le monde du travail… C'est devenu une réalité universelle, mais il y a des enfants pour qui c'est facile de trouver des stages, ce sont les enfants dont les parents ont l'habitude ou peuvent décrocher le téléphone pour appeler un copain, un artisan, un chef d'entreprise, un responsable d'administration pour obtenir un stage. Mais ceux qui n'ont pas les parents qui connaissent quelqu'un, ceux qui n'ont pas le réseau, ceux-là, comment font-ils pour trouver un stage ?

Eh bien, moi, je crois qu'il est de la responsabilité de la puissance publique de conduire une politique en direction de cela, de s'adresser aux entreprises en disant : "Madame, monsieur le chef d'entreprise, vous avez pris 4 stagiaires l'an dernier, est-ce que vous acceptez d'en prendre 6 ? On va vous en présenter deux autres."

Je suis persuadé qu'il y a beaucoup d'entreprises, d'administrations, d'associations qui accepteraient de faire cet effort supplémentaire à condition qu'il leur soit garanti que cet effort va s'adresser à ceux qui, autrement, n'ont pas d'autre solution disponible pour leurs enfants.

Je trouve que c'est un choix très important.

Puis, une politique sociale, pour lutter contre ces déterminismes ou ces contraintes ou ces poids qui viennent de l'origine, d'où l'on vient, par l'Éducation.

C'est pourquoi j'ai été extrêmement heureux que Jean-Michel Blanquer vienne et à notre université de rentrée et à notre congrès, au nom du même principe :

Si l'on veut que les enfants ou que les jeunes se trouvent libérés de cette injustice qui leur tombe dessus sans qu'évidemment ni eux ni leurs parents ne soient pour rien dans cette mauvaise distribution des cartes ou des atouts, alors il faut que l'École leur apporte ce qu'ils ne pourraient pas trouver ailleurs ; et ce qu'ils ne pourraient pas trouver ailleurs, je vais le dire sans esprit corporatiste, la première chose que l'école doit apporter c'est la maîtrise de la langue !

Parce que la langue, ce n'est pas une discipline comme les autres, la langue française, l'expression écrite et orale, la réflexion, la capacité à dire, y compris à dire par son corps, les comédiens savent cela très bien, la capacité à traduire ce que l'on sent, ce que l'on pense, ce sont deux choses qui sont essentielles l'une et l'autre.

La première, c'est que l'on vous donne donc accès au pouvoir réel. Vous avez un interlocuteur dans une administration, il entend à la première seconde, sans même aucune présentation, « qui » est en face de lui. Il sait quel est celle ou celui qui s'adresse à lui et cette puissance d'affirmation. L’École devrait l'offrir.

Cela, c'est la première chose et la première nécessité.

La deuxième nécessité, ou en tout cas la deuxième conséquence, c'est que cela permet de lutter contre la violence, notamment la violence dans les cours de récréation, notamment la violence dans les cités. Il se trouve que la violence est assez souvent l'expression d'une impuissance insupportable, car on a, au fond de soi-même, quelque chose qui bout, une volonté de faire sortir quelque chose, alors on y va à coups de poings.

Et le jour où l'on apprendra à traduire ces sentiments-là, on désamorcera, d'une certaine manière, la violence.

La langue, la culture générale… Nous sommes dans un monde où Internet offre tout, toutes les bibliothèques de la planète, toutes les connaissances de la planète, tout. Simplement, il y en a qui savent se repérer dans cette jungle et d'autres qui ne sont pas capables, ce qui constitue une extraordinaire inégalité.

Je soutiens donc la politique qui, à l'École, veut revenir aux fondamentaux, à la transmission de la langue, de tout ce qui peut permettre de maîtriser la langue, au nombre desquels je range l'humanité et la culture générale, qui sont la boussole et la carte pour se retrouver dans la jungle du monde.

Toutefois, l'éducation, projet social, ne doit pas s'arrêter à l'École et au plus jeune âge.

L'éducation tout au long de la vie devrait être une obsession des gouvernements du XXIème siècle et je voudrais que ce soit une obsession du Gouvernement de la France et des gouvernements européens aujourd'hui.

C'est très évident pour tout ce qui touche à la formation professionnelle, avec des dizaines de milliards mobilisés chaque année, sans que l'on ait la certitude qu'ils s'adressent à ceux qui en ont le plus besoin et notamment sans que l'on ait la certitude qu'ils s'adressent à ceux qui, au chômage, en ont le plus besoin.

De ce fait, la réforme de la formation professionnelle qui va être portée représente évidemment un pas décisif dans cette formation tout au long de la vie, mais je veux aller plus loin. J'ai toujours été fasciné par la formation des États-Unis au début du XXème siècle.

La formation des États-Unis, pays où tant d'immigrants venaient nourrir le tissu américain, s'est fondée pour une très grande part sur une réalité à laquelle je voudrais que l'on réfléchisse dans le projet social français, et qui est « l'école du soir ».

L'idée que tout le monde, où qu'il soit, peut trouver la formation dont il aura envie pour sa vie professionnelle, pour sa maîtrise de la langue du pays ou pour son épanouissement personnel. Il se trouve qu'en 2017, nous sommes au temps où ce rêve, qui a fait les États-Unis, est possible chez nous. Pourquoi ? Car il existe ces instruments nouveaux, ces outils nouveaux que l'on appelle -c'est un terme barbare anglo-saxon- les MOOC (Massive open online courses).

Il s'agit de cours offerts par Internet avec les plus grands professeurs de la planète, qu'il est un peu ardu de découvrir tout seul, mais qu'une société moderne devrait permettre de découvrir à tous ceux qui en ont besoin, en ajoutant à ces instruments universels des moniteurs de proximité qui pourraient guider, là encore, dans la richesse ou dans la jungle des offres.

Je trouve que, dans la formation, dans l'école tout au long de la vie, il y a là quelque chose qui ouvre un horizon à ceux qui n'en ont pas.

Je veux ajouter une ou deux autres idées sur ce que le projet social pourrait être non-fondé sur les allocations. Il y a quelque chose qui m'a toujours profondément dérangé, comme maire ou comme élu de proximité. C'est que toute la solidarité est incitatrice ou porte à la solitude.

Mes amis de Pau savent que nous sommes en train de préparer un grand plan anti-solitude pour la ville, car la ville est le lieu où l'on devrait être le moins seul, mais en réalité c'est assez souvent le lieu où l'on est le plus seul, y compris à ne pas connaître son voisin de palier.

Nous, nous estimons que c'est le devoir d'une cité que de proposer un grand plan anti-solitude pour tous les milieux sociaux et pour tous les âges : en effet, des collégiens de la ville de Pau viennent d'avoir le prix national avec un film qu'ils ont produit sur le harcèlement, pour raconter ce que ce dernier est dans la cour de récréation et qui conduit parfois au suicide.

Le harcèlement, c'est de la solitude.

Le jeune qui entre à l'université et qui n'est pas extraverti, qui n'aime pas faire la fête, ne sait pas faire la fête ou n'ose pas faire la fête ou bien qui découvre le maquis des formations et comment on doit étudier à l'université, là aussi ressent de la solitude.

La jeune mère de famille qui a deux enfants et qui ne peut pas sortir le soir, car elle ne gagne pas assez, elle ne rencontre personne et c'est de la solitude.

Quand on avance en âge, ceux qui sont frappés par le veuvage, femmes ou hommes, se retrouvent seuls, car les êtres humains sont ainsi qu'ils ne vont pas spontanément vers qui connaît le malheur. C'est de la solitude.

Quand on avance en âge, au moment de la retraite, de nombreuses personnes perdent leur vie sociale, pas tous bien sûr, mais quelques-uns. Il ne faut pas non plus oublier le grand âge.

Ainsi, toutes les générations sont donc frappées par la solitude et, ce qui m'a toujours frappé, c'est que l'État, la puissance publique, sociale, etc., étaient incitateurs à la solitude.

Par exemple, vous êtes tout seul, vous avez une allocation logement et un certain nombre de minima sociaux ou vieillesse, vous avez un ami ou un copain avec qui vous pourriez vous installer, car 800 € tout seul, c'est la misère. Mais 800 € quand on est deux, cela fait 1 600 € et, quand on est trois, cela fait 2 400 € et c'est une famille qui devrait pouvoir vivre, car les personnes se répartissent les charges et les obligations.

Toutefois, à l'instant où vous vous installez avec quelqu'un, vous perdez vos allocations ! Je dis que c'est un gâchis et une blessure que nous devrions corriger. Il faut imaginer, dans les politiques publiques, une incitation à ce que les êtres humains se retrouvent pour partager le destin que la vie leur a offert.

Toujours concernant le projet social, puis je vais m'arrêter là, car je pourrais égrener d'autres idées, mais ce sera l'objet de notre réflexion, je considère comme infiniment progressiste et méritant d'être soutenu…

Ainsi, dans le projet qu'Emmanuel Macron a proposé aux Français, je considère que l'idée de la deuxième chance, à savoir vous avez raté quelque chose mais pour vous l'histoire n'est pas finie, et l'on vous dit que ce n'est pas parce que vous avez raté quelque chose que l'on va vous en tenir rigueur toute la vie, et ce n'est pas car vous avez fait une bêtise que l'on va vous mettre toute votre vie à l'écart, ce n'est pas car quelque chose s'est cassé à un moment que l'on ne va pas vous aider à saisir une autre chance, une deuxième chance.

Vous voyez tous ce que cela signifie du point de vue juridique, du point de vue des juridictions, ce que cela signifie pour le futur. La deuxième chance et même la troisième chance si on en a besoin, c'est infiniment progressiste, c'est un projet infiniment social et cela ne demande pas d'allocations, mais cela libère et cela permet de voir l'avenir différemment.

Voilà des idées pour le projet social du pays et vous voyez toute la démonstration que j'ai essayé de faire devant vous. Elle a une signification profonde : ce n'est pas parce qu’il n'y a plus ou qu’il y a moins d'argent public que la porte est fermée à un projet social pour la France.

C'est exactement le contraire. Nous savons qu'il n'y aura plus d'argent ou pas autant d'argent public que nous le voudrions ou le pourrions, mais je pense que cela doit déclencher l'imagination de ceux qui sont profondément acquis à un projet social pour le pays.

Je vais finir cet exposé avec une nécessité, c'est que nous bâtissions non seulement le projet économique et le projet social, mais également le projet démocratique pour la France.

Vous voyez naturellement où conduit cette idée-là. Nous avons rendu vie à la perspective d'un centre indépendant et d'une majorité centrale pour le pays.

Qu'est-ce que le Centre ? Oh, c'est une chose très simple et Jean-Louis l'a rappelé hier en quatre idées lapidaires, mais je vais n'en retenir qu'une seule. Le Centre, c'est la reconnaissance du pluralisme dans la démocratie.

Le Centre, cela signifie une chose : vous n'êtes pas obligés d'être d'un côté ou de l'autre, spécialement quand les deux côtés se trompent. Vous avez la liberté d'affirmer un autre chemin, une autre voie, d'autres convictions et, parce que vous refusez cette contrainte ou cette suggestion d'être d'un côté ou de l'autre, du même mouvement vous libérez tous ceux qui sont inconfortables, insatisfaits et qui n'acceptent pas qu'on leur impose des idées qui ne sont pas les leurs.

Nous sommes la garantie du pluralisme. Nous sommes la garantie du pluralisme pour nous, et Dieu sait que nous n'avons pas l'intention de baisser pavillon sur ce point, mais nous sommes également la garantie du pluralisme pour les autres en même temps, car nous considérons que le pluralisme est une richesse.

Personnellement, je ne suis pas choqué qu'il y ait des personnes de gauche à gauche, je ne suis pas choqué qu'il y ait des personnes de droite à droite. Je me suis toujours battu simplement contre l'idée que le Centre et la droite étaient la même chose, personne n'ayant jamais soutenu que le Centre et la gauche étaient la même chose, sachant qu'ils auraient pu et que je me serai battu de la même manière.

Ceux qui soutenaient que le Centre et la droite étaient la même chose parlaient du « parti unique de-la-droite-et-du-Centre » avec des traits d'union entre chacun de ces mots… Ce sont les traits d'union qui sont mon ennemi. Le Centre a sa logique, sa vision, sa philosophie, son histoire et son projet, et c'est bien pour tout le monde.

Si la droite a son projet, si la droite a sa vision, si la droite a son affirmation, cela ne me surprend pas et la gauche pareil. J'ai toujours soutenu une maxime qui a souvent fait rire et que je considère au contraire comme absolument juste et qui est la suivante : les partis se tiennent par leur noyau dur.  (rires). Or, si vous réfléchissez à cette maxime, alors vous vous apercevrez que la vie politique française l'a constamment vérifiée.

Ainsi, si l'on veut qu'il y ait un Centre, il faut un noyau dur du Centre, car contrairement à ce qu'un certain nombre de personnes vous disent, le Centre, ce n'est pas mou, le Centre, c'est dur. Enfin, cela doit être.

Ne croyez pas que ce soit une idée provocatrice, c'est la réalité même de la démocratie quand elle est vivante en France, en Europe -vous voyez ce que j'ai en tête- et c'est une nécessité. Or, si c'est une nécessité, alors cela signifie qu'il doit y avoir des institutions pour que ce pluralisme soit vivant et en bonne santé.

Et la promesse qu'Emmanuel Macron a faite aux Français, c'est qu'il allait précisément garantir que le pluralisme puisse s'exprimer dans notre vie publique, en particulier par la re-légitimation des assemblées, c'est-à-dire la diminution du nombre de leurs membres, engagement qui a été pris, et par l'introduction d'un mode d'une loi électorale qui garantisse un mode de scrutin juste, c'est-à-dire proportionnel, où chacune des forces du pays aura désormais la légitimité de se faire reconnaître pour ce qu'elle est. En effet, une voix est une voix et une voix donne les mêmes droits à quelque courant politique que ce soit.

Ce combat-là, car, si je ne me trompe pas, va être un combat très important pour le rétablissement d'une vie démocratique normale, dans laquelle chacun des citoyens aura sa place pour ce qu'il est. J'ai souvent dit : "À quoi servirait-il de voter à gauche à Neuilly-sur-Seine ? Ou à droite à Saint-Denis ?"…

Ce ne sont pas des citoyens de deuxième zone, mais des citoyens à qui la vie publique ne reconnaissait pas leur place, à qui la vie publique ne reconnaissait pas leurs droits et je m'adressais aux deux parties du monopole qui exerçaient le pouvoir alternativement depuis des décennies et je leur disais : "Mais qui êtes-vous pour refuser le droit de vote, c'est-à-dire le droit d'être représentées à des personnes, simplement car elles ne pensent pas comme vous ?"…

Nous avons rompu avec cette malédiction. Nous avons brisé cette malédiction et nous allons, dans les mois qui viennent, combat très difficile, faire passer dans la Loi, en tout cas nous ferons tout pour cela, ces engagements et cette vision que le Président de la République a défendus devant le pays.

Dernier point, et je m'arrêterai-là, avec deux phrases…

Nous avons reconstruit et rétabli la possibilité pour notre pays d'une majorité cohérente centrale, mais il nous faut maintenant l'organiser. Chacun doit s'organiser pour soi-même et il se trouve que j'ai beaucoup de sympathie pour la démarche de En Marche et ceux qui vont essayer de la faire vivre.

Pourquoi ? Je vais vous faire une confidence, car nous avons essayé la même démarche d'ouvrir largement à des origines politiques et à des sensibilités différentes pour construire un parti de transformation de la société.

Nous avons essayé, en 2007, avec le même impact et les mêmes difficultés. Ce n'est donc pas moi qui regarderai cela de loin, au contraire. Si je peux aider, j'aiderai. Si nous pouvons aider, nous aiderons, ne serait-ce que par les meilleures relations possibles que nous devons avoir sur le terrain avec les représentants de ce mouvement.

Il n'en demeure pas moins que nous avons le devoir de nous organiser, chacun pour notre compte, mais également ensemble et cet ensemble, cette maison commune, comme je dis, pour rendre plus solide la démarche de ceux qui défendent la majorité centrale, pour préparer les élections accessoirement, mais pas uniquement.

Hier, des amis journalistes me disaient : "Mais, au fond, vous voulez cette organisation pour les européennes ou pour les municipales qui viennent". Non, nous voulons cette organisation, car nous voulons que ce grand courant qui porte aujourd'hui la politique et l'avenir du pays soit vivant, fort et enraciné pour les décennies qui viennent, pour l'avenir de la France.

Ainsi, si nous avons une claire conscience de ce qui a changé, si nous avons une idée nette du projet que nous devons porter pour le pays, si nous comprenons que les trois grands chapitres (projet économique et de vitalité, projet social de nouvelles solidarités et de nouvelles attentions, avec l'émancipation du plus grand nombre possible de ceux qui forment avec nous la société, projet démocratique pour que le pluralisme trouve sa place) sont importants, alors nous aurons durablement changé, non seulement la vie politique, mais également le visage de la France et nous aurons rempli notre vocation !

Merci de votre présence et de votre amitié.

 

 

 

 

 

 

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