Syrie : "La France a toujours su, dans l'histoire, exprimer une position ferme et autonome."

Marielle de Sarnez, présidente de la Commission des Affaires étrangères à l'Assemblée nationale, et première vice-présidente du Mouvement Démocrate, était l'invitée de France 24 ce samedi 14 avril à 17h00, et s'est exprimée sur les derniers événements concernant la Syrie. Nous vous invitons à revoir cette interview.


A l'instant on a entendu Florence Parly redire ce qu'elle avait dit : « il faut éviter toute forme d'escalade ». C'est un peu compliqué étant donné que la Russie est en train de présenter à l'ONU une résolution pour faire condamner ce qu'elle appelle une « agression sur un Etat souverain ».

La ministre a parfaitement raison : et le président de la République l'a dit et redit, et je le soutiens à cent pourcents. Il faut éviter toute forme d'escalade. Mais tout ce qui se passe en Syrie depuis sept ans n'est pas de notre responsabilité, et vous me l'accorderez. Les responsables sont là-bas, que ce soit Daech ou que ce soient les dirigeants syriens. Nous avons à faire à quelque chose qui est extraordinairement complexe, il faut maintenant un principe de responsabilité. J'entends bien que le représentant russe, va surement évidement parler au conseil de sécurité, que la France défendra sa position et qu'elle ne sera pas la seule à la faire. Il y a eu cette opération militaire, maintenant il faut ouvrir un chapitre diplomatique et un chapitre politique. Nous savons parfaitement bien que de toute façon nous ne sortirons pas de ce conflit abominable, de cette guerre atroce, avec des options purement et strictement militaires. Il fallait montrer qu'il n'y avait pas d'impunité. Que la ligne rouge était franchie. Ca a été montré et démontré, c'était aussi de la responsabilité du président de la République française. Maintenant, avançons sur la diplomatie et la politique, c'est là qu'on va nous attendre.

Alors justement au chapitre politique, vous êtes présidente de la commission des Affaires étrangères à l'Assemblée nationale, où il va y avoir un débat, quand va t-il se tenir ?

C'est bien qu'il y ait un débat. J'espère lundi, en tout début de semaine. De toute façon la constitution le prévoit : c’est une obligation, trois jours après le déclenchement, donc logiquement lundi. Je serais demain à Matignon avec le président de l'Assemblée nationale, les présidents de groupes et le président du Sénat, et avec les responsables des commissions affaires étrangères et défense, à l’invitation du Premier ministre. Je ne doute pas que nous passerons en revue toutes ces questions dès demain matin à Matignon.

Certaines personnalités politiques se sont exprimées contre ces frappes, dont elles ont critiqué notamment la légalité, au regard du droit international. Ce débat intervient après les frappes, quelle est son utilité ? 

D'abord, c'est prévu par la Constitution, donc c'est le respect de la Constitution. Après, nous avons débattu de ces questions en commission des Affaires étrangères, cette semaine j'avais organisé une réunion uniquement sur la question syrienne, nous avons longuement débattu, c'était de façon publique, mercredi matin. C'est notre rôle. Après on peut imaginer qu'il y ait peut-être des processus qui soient différents, que l'information au Parlement, sous réserve de garder une confidentialité, des secrets défense etc puisse être fait avant. Certaines démocraties le font. Je serais pour regarder ceci et pour pouvoir améliorer aussi l'information du Parlement et qu'elle n'ait pas lieu qu'après. Mais là, nous sommes dans le respect strict de la Constitution. Le Président est le chef des armées, article 15,  et le Parlement doit être tenu au courant, informé, et ceci peut être suivi d'un débat. Donc je souhaite évidemment qu'il y ait un débat. Est-ce qu'il y aura des expressions différentes ? Oui, bien sûr, on voit bien que dans les grands courants politiques français, il y aussi et je les entends, des expressions d'inquiétude, d'interrogation. Nous voulons tous l'éradication de Daech, réussir dans la lutte contre le terrorisme, stabilité et paix demain en Syrie... Après, chacun peut avoir des voix peut-être différentes dans le débat politique français, et ceci sera exprimé dans le cadre du débat à l'Assemblée et c'est bien normal.

Aucune alternative crédible à ces frappes, disait toute à l'heure Florence Parly, pourtant des attaques chimiques en Syrie il y en a eu plusieurs précédemment. Pourquoi aujourd'hui n'y a t-il plus d'alternatives à ces frappes alors qu'auparavant la France a eu une position plus attentiste ? 

D'ailleurs, et c'est ce qu'a dit le Président de la République : que les faits et la responsabilité étaient imputés sans aucun doute possible au régime syrien. Donc nous aurons je n'en doute pas demain auprès du premier ministre à revenir sur ces questions-là, et je suppose que ceci sera revu. Je pense que les renseignements que nous aurons, et ceux que nous avons à notre disposition aujourd'hui, l'ont démontré et le démontre. Je n'ai pas de doute sur la question, puisqu'elle est garantie et assurée de cette façon-là.

Lors du débat parlementaire, il sera sans doute aussi question de l'autonomie stratégique de la France. La France ne fait pas que suivre les Etats-Unis ?

C'est très important, notre autonomie française, stratégique en matière militaire, mais aussi notre autonomie tout court, politique, en matière de renseignement bien sûr, mais aussi en matière de stratégie, de penser le monde. Oui, nous devons parler avec tout le monde. La France a toujours su dans l'Histoire, exprimer une position forte et autonome, par elle-même. Nous l'avons fait avec le président Chirac sur la guerre en Irak. Nous avons à chaque fois une autonomie. Et nous voyons bien dans la manière dont le président de la République s'exprime : la différence d'expression entre lui-même et par exemple le président Trump pour ne pas le citer. Vous voyez bien qu'au fond les objectifs qui sont les nôtres, sont des objectifs de la France (lutte contre Daech, contre le terrorisme, paix, stabilité en Syrie, corridors humanitaires...) : rien pour nourrir l'escalade. C'est cela au fond la position française, et parler avec tout le monde. Ce n'est pas anodin que le président français ait eu Vladimir Poutine au téléphone vendredi. Ceci n'est pas anodin qu'il aille bientôt à Saint-Petersbourg, c'est un voyage qui est évidemment confirmé. C'est extrêmement important. Il va y avoir aussi un sommet Union Européenne – ONU à Bruxelles dans quelques jours en avril. Ce sommet doit aussi être l'occasion de pouvoir travailler et de se rencontrer autour de tables, et d'avancer enfin. Dans tous les cas je crois que cette stratégie, dont la ministre vient de parler, cette autonomie, est vitale et elle est vitale politiquement parlant aussi.

 

 

 

 

 

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