🎙Marc Fesneau : "On a le sentiment que les Turcs n'ont pas pris la mesure des conséquences de tout ça"

Marc Fesneau Sud Radio
(© Capture d'écran Sud Radio)

Marc Fesneau était l'invité de Sud Radio le 14 octobre dernier. Au micro de Patrick Roger, il a notamment abordé la question de l'offensive turque contre les Kurdes et celle de l'Europe mais aussi des questions de politique intérieure : laïcité, projet de loi de finances 2020...

PATRICK ROGER

Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU

Bonjour.

PATRICK ROGER

Christian JACOB a été élu à la tête des Républicains. Il est aussi le patron des troupes à l’Assemblée. Vous, le ministre justement en charge des relations avec le Parlement, quelle est votre réaction ce matin ?

MARC FESNEAU

Pas de réaction particulière. Je connais un peu Christian JACOB puisqu’effectivement j’ai été à la fois président de groupe avec lui et désormais ministre des relations avec le Parlement. Je crois qu’on a toujours réussi à nouer un dialogue assez républicain, au bon sens du terme, et démocratique. Il a la lourde charge de reprendre une famille politique qui est en difficulté. Au fond maintenant...

PATRICK ROGER

Vous avez une bonne relation avec lui, c’est ça.

MARC FESNEAU

Oui, oui, j’ai plutôt de bonnes relations avec lui. J’ai toujours eu de bonnes relations...

PATRICK ROGER

Non mais pour le parti des Républicains, c’est une bonne nouvelle ou pas ?

MARC FESNEAU

C’est toujours mieux en démocratie quand on a de bonnes relations y compris avec ses opposants. Je pense que c’est une saine démarche si je peux dire. Quant aux Républicains et pour Les Républicains est-ce que c’est une bonne nouvelle ? En tout cas, je connais les qualités de Christian JACOB qui a une longue carrière d’élu, de responsable agricole bien avant et donc c’est quelqu'un qui sait mener les hommes, je crois, et les femmes. En tout cas, je lui souhaite bon courage dans sa tâche, au bon sens du terme. Vraiment bon courage dans sa tâche nouvelle.

PATRICK ROGER

Oui. Venons-en à ce qui est préoccupant en ce moment, la Turquie et son offensive contre les Kurdes. Conseil de défense restreint hier soir à l'Elysée. Emmanuel MACRON est très préoccupé. Il a raison ?

MARC FESNEAU

Oui, parce que c'est une zone qui était déjà conflictuelle. Une incursion turque en territoire syrien avec les conséquences sur une partie de la population que sont les Kurdes qui ont beaucoup œuvré contre Daesh.

On a été très content de les trouver à ce moment-là pour lutter contre Daesh, sans compter qu'ils détiennent une partie des terroristes de Daesh de toutes nationalités, y compris française, depuis un certain nombre de mois ou d'années. Donc tout ça produit à la fois un risque de déstabilisation nouvelle ou supplémentaire avec des risques de flux migratoires importants. Deux, une conflictualité qui va se réactiver, entre la Turquie et la Syrie. Et trois, quid des personnes qui étaient détenues par les Kurdes. Je crois que l'ensemble quasiment de la communauté internationale a dénoncé cette incursion.

On a le sentiment que les Turcs n'ont pas pris la mesure des conséquences de tout ça. J’ajoute que tout ça démarre aussi, ne l'oublions pas, d'une déclaration du président TRUMP annonçant que les Américains allaient retirer leurs troupes et que finalement ils se délestaient de la question kurde avec des arguments étonnants. Et donc on voit bien que les relations internationales, ce sont des choses sérieuses, que ça ne peut pas se régler à coups de tweets, qu’il est important dans ces cas-là que chacun prenne ses responsabilités. Je regrette que les propos et l'aller-retour du président TRUMP disant "je me retire puis finalement je maintiens mes troupes" aient envoyé un signal aux Turcs.

PATRICK ROGER

Oui. Est-ce qu’il y a aussi d’ailleurs une crainte d'embrasement avec la Turquie qui est quand même un partenaire de la France ?

MARC FESNEAU

Ce n’est pas une crainte d’embrasement direct mais d’embrasement direct de la zone.

PATRICK ROGER

Mais ça peut arriver bien sûr aussi, non ?

MARC FESNEAU

On a des intérêts. On a éventuellement des gens sur ces territoires-là, donc on les protégera. D'ailleurs, c'est ce qui est sorti du Conseil de défense hier soir tard, donc ça c'est nos intérêts. Mais la question, c'est la question du feu aux poudres et il n’y avait pas besoin de cela parce que de la poudre, il y en a beaucoup dans cette zone.

PATRICK ROGER

Oui. En ce moment.

MARC FESNEAU

Ceci dit, la pression internationale peut œuvrer, peut jouer et peut faire en sorte que les Turcs reviennent à la raison.

PATRICK ROGER

Oui. Il y a des risques de débordements ce soir aussi pour le match France-Turquie ?

MARC FESNEAU

J’aimerais qu'il n'y en ait pas. Je pense qu'il faut laisser le sport à l'abri des vicissitudes géopolitiques. Je pense que le sport doit justement être comme un contrepoint, comme une parenthèse pacifique dans des moments qui parfois créent des tensions. Pas tant entre la France et la Turquie en tant que telles mais globalement. Et donc moi, j'espère que ce sera plutôt une parenthèse sportive et le sport doit être à l'écart et à l'abri des querelles internationales, sinon on ne fait jamais les Jeux olympiques et on ne fait jamais de match de foot. Si on n’est pas capable de se parler par la voix du sport d’une certaine façon... Si on n’est pas capable de se parler par la voix du sport, c’est à désespérer.

PATRICK ROGER

Oui. Venons-en à Sylvie GOULARD, votre collègue du MoDem, qui a vu sa candidature rejetée par le Parlement européen. C’est un véritable... Comment vous le prenez, vous ? C’est une sorte de revanche contre Emmanuel MACRON de la part de certains Européens ?

MARC FESNEAU

Difficile d'avoir une analyse - quand on n’est pas au Parlement européen - de ce qui s'est passé. Au fond deux commissaires avait déjà été rejetés ; de tête, le Hongrois et le Roumain. On sait qu'à chaque fois que la Commission se met en place, le Parlement après tout c'est dans ses prérogatives même si ce n'est pas agréable, fait ses choix. Manifestement, il y avait des jeux d'influence et des jeux d'influence entre les uns et les autres qui ont pu produire ce résultat. Maintenant, notre responsabilité, c'est à la fois de remplacer cette candidature et de garder le périmètre important qui était celui qui était proposé.

PATRICK ROGER

Mais c'est une déception pour vous par exemple, Marc FESNEAU ? Vous êtes quand même du MoDem, vous connaissez bien Sylvie GOULARD.

MARC FESNEAU

Sylvie GOULARD n'était plus au MoDem depuis un certain nombre d'années, mais ce n’est pas ça le sujet.

PATRICK ROGER

Oui, mais elle y a été.

MARC FESNEAU

Non, mais ce n’est pas pour me défausser de la question. Ce qui est une déception, c'est quand on porte une candidature et quand on a le sentiment, en tous les cas en termes de compétences,  qu'il y avait quelque chose qui pouvait se défendre. J'ajoute qu’il semblait que la présidente de la commission était plutôt à l'aise avec cette candidature. Par-delà les hommes et les femmes ceci étant, il faut qu'on arrive à trouver un équilibre dans cette commission. L'important pour nous, c'est que l'Europe reprenne sa souveraineté. L’important pour nous, c'est qu'on arrive à avancer sur les sujets du défi climatique, de l'autonomie si je peux dire commerciale, de défendre les intérêts des Européens c'est-à-dire les intérêts des Français. C’est ça le plus important et c'est la feuille de route qui avait été tracée avec la présidente de la Commission et c'est bien ça qui est le plus important pour moi, au-delà des hommes et des femmes. Passons par-dessus ces vicissitudes qui peuvent arriver mais faisons en sorte que la Commission et l'Europe se remettent au travail et au travail au service des citoyens.

PATRICK ROGER

Mais est-ce que vous n’avez pas le sentiment qu’il y a une petite brouille quand même aussi franco-allemande ? Qu’il y a des règlements de comptes ?

MARC FESNEAU

Je ne sais pas si c'est le sentiment puisque c'était une candidature qui avait reçue manifestement l'agrément. Le Parti populaire européen qui est dominé beaucoup par les Allemands, qui ne voyait pas dans le choix de la présidente de la Commission le choix qu'ils auraient fait eux-mêmes. Peut-être qu'il y a ça mais je ne crois pas qu'il y ait une brouille franco-allemande. D’ailleurs le président va recevoir la présidente de la Commission et il y a un conseil des ministres franco-allemand cette semaine.

PATRICK ROGER

Cette semaine, oui.

MARC FESNEAU

Mercredi, qui permettra de mettre les choses au clair et de préparer le Conseil européen.

PATRICK ROGER

Oui, qui aura lieu à Toulouse. Alors à partir d'aujourd'hui, les députés commencent à examiner aussi à l'Assemblée nationale la première partie du projet de loi de finances pour 2020. C'est en quelque sorte aussi normalement un budget, une réponse aux Gilets jaunes, à ce qui s'est passé. Visiblement, le déficit public va filer un petit peu. Vous allez le laisser filer ? Est-ce que ce n’est pas l’urgence ?

MARC FESNEAU

Il ne va pas filer. Je vous rappelle qu’il va se retrouver... Ce qui n'est pas en soi une satisfaction : on est quand même à 2,2 %, ce qui n'était pas arrivé depuis un certain nombre d'années. Simplement la tendance d'accélération de la diminution du déficit sera un peu stabilisée parce qu’il y avait besoin de répondre à l'urgence qui avait été exprimée par les Gilets jaunes, notamment en termes de pouvoir d'achat. Il y a une urgence aussi en termes climatique qui nécessite de dégager des moyens, donc c'est à la fois une forme de volonté d'être rigoureux dans la gestion budgétaire mais pas ultra rigoureux pour éviter qu'on se retrouve dans des situations parfois...

PATRICK ROGER

Exercice quand même particulièrement difficile.

MARC FESNEAU

Mais c’est un exercice délicat et difficile, oui. Avec une croissance qui n’est quand même pas extrêmement forte. Reconnaissons qu'elle est beaucoup plus forte en France qu'en Allemagne, d'ailleurs c'est un signal intéressant si je peux dire. Enfin, on préférerait qu'elle soit aussi forte en Allemagne à vrai dire. La compétition dans ce domaine n'est pas une bonne chose mais enfin, reconnaissons qu'on a une croissance qui est moins forte que ce qui avait été prévu. Pourquoi ? Parce que la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis etc etc...

PATRICK ROGER

Bon. En tout cas ce budget peut calmer un petit peu les...

MARC FESNEAU

En tout cas, il est de nature à envoyer un certain nombre de signaux.

PATRICK ROGER

Les mouvements sociaux quoi.

MARC FESNEAU

Oui. Enfin, on n’est pas là pour répondre aux catégorielles mais je crois que la volonté...

PATRICK ROGER

Si. Un peu quand même.

MARC FESNEAU

Catégorielle par catégorielle, non. Je crois que c'est répondre aux exigences globales des Français en termes de pouvoir d'achat. Cinq milliards d'impôts en plus qui sont supprimés, en plus de la taxe d'habitation et je pense que c'est un signal qui sera recueilli favorablement par les Français.

PATRICK ROGER

Oui. Marc FESNEAU quel est votre sentiment sur l'affaire de cette femme voilée prise à partie par un élu du Rassemblement national au conseil régional de Bourgogne ?

MARC FESNEAU

Il y a deux choses. Est-ce qu'elle respectait la loi ? Manifestement oui. Deux, je trouve que faire une forme de délation publique d'une femme voilée, et en particulier devant son fils qui plus est, d'ailleurs vous avez vu la réaction du fils qui s’est mis à pleurer parce qu'il y a une forme de stigmatisation. Ça dépend de ce que cherche ce conseiller régional du Front national ou du Rassemblement national. S’il cherchait à humilier quelqu'un, à l'enfermer dans sa communauté, il a œuvré utilement. Moi je pense que ce n'est pas comme ça qu'on sort ces questions-là et qu'on sort les gens de la question communautaire.

PATRICK ROGER

Oui mais alors donc du coup, on autorise le port du voile dans des établissements publics.

MARC FESNEAU

Mais la question, c'est est-ce que ça respecte la loi. La loi l'autorise. Alors certains disent qu’il faut...

PATRICK ROGER

Après il y a des règlements en fonction des...

MARC FESNEAU

Oui, mais le règlement l’autorisait.

PATRICK ROGER

Oui.

MARC FESNEAU

Donc dès lors que quelqu'un respecte la loi et le règlement, enfin je veux dire moi je veux bien tout, et deux je ne suis pas sûr que renvoyer quelqu'un de cette façon-là, publiquement, il y a une forme d'humiliation. Vous croyez que ça aide les gens, ceux qui seraient tentés de se replier sur leur communauté ou leur identité propre, vous croyez que ce genre d'attitude... Je pense que notre responsabilité, c'est de faire en sorte d'intégrer les gens à la communauté nationale et plutôt les attirer vers nous plutôt que de les enfermer. Donc je pense qu’on ne fait pas une œuvre utile... Evidemment, c'est une œuvre de communication, une œuvre de stigmatisation et d'utilisation d’un événement...

PATRICK ROGER

Mais Jean-Michel BLANQUER dit quand même qu’il ne faut pas encourager le port du voile.

MARC FESNEAU

Mais vous m'avez entendu encourager le port du voile ? Non. Je dis simplement que le port du voile dans cet espace-là et sous la forme où il était - c'est le voile intégral qui est interdit, celui-là n'était pas un voile intégral – ce n'est pas en soi satisfaisant. Mais en tout cas notre travail de politique, c'est un travail d'apaisement et un travail de convaincre, d'essayer que chacun se sente bien dans la République.

PATRICK ROGER

A l'Assemblée nationale, vous qui êtes en charge justement des relations avec le Parlement, ça ne vous choquerait pas qu’il y ait...

MARC FESNEAU

Mais j’ai déjà vu dans le public des femmes qui portaient un voile, et personne n'est allé dire "Madame, vous devez retirer votre voile". Donc je pense qu'il faut avec ces sujets-là faire respecter la loi. Je pense qu'il y a des tas d'endroits où il y a des sujets qui sont beaucoup plus lourds en termes de respect de la laïcité, des femmes qui ne peuvent pas rentrer dans un certain nombre d'établissements. Ça, ça me gêne. Il y a des collectivités qui parfois vont adapter des horaires dire distordants, si je peux dire, avec les questions de la laïcité. Déjà faisons appliquer la loi telle qu'elle existe. Et par ailleurs, faisons-le avec le souci d'être ferme sur ces formes de radicalisation, mais là ça n'était pas le cas, et deux d'essayer d'intégrer chacun à la communauté nationale. Ce n'est pas en stigmatisant les gens et en humiliant une femme devant son fils qu’on rend service à la République.

PATRICK ROGER

Marc FESNEAU, le mot de la fin avec Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS

Et moi je vais revenir sur ce fiasco sur l'affaire Dupont de Ligonnès et vous demander qui est le responsable finalement de ce sera raté. Est- ce que c'est la presse ou est-ce que c'est la police ?

MARC FESNEAU

C'est le monde dans lequel on vit qui est responsable. Je ne cherche pas à vilipender la presse ou la police. Cette espèce de mouvement permanent d'accélération qui fait qu’il faut qu'on cherche un scoop et puis les choses vont très vite.

CECILE DE MENIBUS

C'est quoi ? C'est une marchandisation du scoop ?

MARC FESNEAU

Je ne sais pas s'il faut dire ça comme ça. En tout cas l'accélération des processus qui fait que les déclarations de la police écossaise qui accrédite la thèse d'avoir arrêté Dupont de Ligonnès et tout ça se diffusant à grande vitesse après sur les réseaux sociaux. Imaginez sur les réseaux sociaux à quelle vitesse ça se serait développé : beaucoup moins vite d’une certaine façon. Donc je n'ai pas envie de charger la presse parce que c'est trop facile.

CECILE DE MENIBUS

Oui, mais quand on charge certains ministres de parler trop vite, est-ce que finalement...

MARC FESNEAU

Oui, mais je crois que c'est la même chose, c'est le même sujet. C'est-à-dire que quand vous parlez trop vite, on vous dit "vous parlez trop vite" et quand vous parlez trop lentement - c'est le cas de Rouen, de LUBRIZOL – on vous dit "vous cachez des choses parce que vous ne voulez pas dire les choses". Quand vous dites "j'attends les analyses sur LUBRIZOL", on vient vous faire le grief de "au fond, vous voulez cacher". Et quand vous parlez trop vite, on vous dit "vous parlez trop vite". C'est un équilibre à trouver. Mais dans le monde des réseaux sociaux et de l'envie permanente...

CECILE DE MENIBUS

C’est insoluble ?

MARC FESNEAU

Non. Je pense que c'est la responsabilité collective que nous avons, vous les médias, nous les responsables publics, globalement l'ensemble des institutions que de dire "attendez, on regarde." Et quand bien même ça ne plaise pas à monsieur Facebook ou madame Twitter, peu importe. Nous, nous sommes là pour dire les choses telles qu'elles sont et pas les choses telles qu'on voudrait qu'elles soient ou que le système dans lequel on est voudrait que ça soit. Et je pense que c'est ça notre responsabilité : c'est une responsabilité de donner de la temporalité et que chacun fasse son boulot. Après tout, il fallait donner le temps peut-être à la police d'aller en Ecosse et de vérifier que la personne était ou pas DUPONT DE LIGONNES. En l'occurrence, ce n'était pas DUPONT DE LIGONNES.

PATRICK ROGER

Oui. Merci Marc FESNEAU, ministre en charge des Relations avec le Parlement qui était l'invité ce matin de Sud Radio.

MARC FESNEAU

Merci à vous.

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