"Il faut construire une économie sociale de marché dans laquelle tout le monde se retrouve"

Marielle de Sarnez était ce matin l'invitée de l'émission Territoires d'infos sur Public Sénat et Sud Radio. Elle est revenue sur les grandes questions d'actualité comme la loi Travail, les rémunérations des grands patrons et l'accord UE-Turquie.

Bonjour Marielle de Sarnez. Vous êtes vice-présidente du MoDem et députée européenne. Pour vous interroger aujourd’hui, Christophe Bordet de Sud Radio et Michael Szames de Public Sénat. Marielle de Sarnez, un vol Paris-Le Caire a disparu avec 66 passagers dont 15 Français à bord. Il avait décollé hier soir de Roissy. Manuel Valls vient de dire qu’il ne faut exclure aucune hypothèse, même celle de l’attentat. J’imagine que vous pensez avant tout aux victimes. 

Oui, bien sûr. On pense avant tout aux victimes. Évidemment, comme l’a dit le Premier ministre, on ne peut exclure aucune hypothèse et on pense tous au pire. J’espère que les heures qui viennent nous donneront quelques éléments et que nous saurons exactement ce qui s’est passé.  

Manuel Valls dit également que la France est la cible numéro une de l’État Islamique. Évidemment aucune hypothèse n’est à exclure mais la France cible numéro une, cela vous inquiète-t-il ?

Je ne sais pas si c’est la cible numéro une. Dans tous les cas, il est évident que nous menons une bataille et une guerre contre l’État Islamique avec d’autres et que nous avons déjà eu à connaître des actes terrifiants dont nous avons tous la mémoire aujourd’hui. Nous savons que nous ne sommes pas sortis de cette séquence, que l’Europe n’est pas sortie de cette séquence et que le monde n’est pas sorti de cette séquence. 

Une voiture de police saccagée, brûlée, deux policiers légèrement blessés hier en marge de la manifestation contre la haine, qui était organisée par la police justement... Des images violentes que nous avons tous vues. Est ce que vous avez été hallucinée, choquée par les images que l’on a pu voir hier ? Comment avez-vous réagi ?

Oui. Mais je suis comme tous les citoyens français heurtés par cet excès de violence, j’allais dire quasi quotidien. Il n’y a pas un jour où on ne voit pas au fond des actes extrêmement violents…

Est-ce que l'on n'a pas atteint un stade supplémentaire ?

Nous sommes dans un moment difficile. Revenons deux secondes à ce que François Hollande ne cesse de nous dire : "tout va mieux, tout va bien". Non, tout ne va pas bien, non tout ne va pas mieux. Quand il y a comme ça tout ce potentiel de violence dans une société, c’est que la société ne va pas bien. Ce qui s’est passé hier est encore un évènement de plus qui nous fait dire que la société ne va pas bien.

Marielle de Sarnez, quatre jeunes mis en garde à vue, au moins l’un d’entre eux avait été interdit de manifester. Interdiction cassée par le juge administratif. Est-ce que le juge administratif est responsable quelque part de ce qui s’est passé ?

Non, je ne m’avancerai pas. La juge administratif prend ses décisions, il les prend en conscience. Après, je pense qu’il y a une stratégie pour prévenir, en amont. Je ne suis pas spécialiste mais quand des groupes de casseurs arrivent dans des gares, par exemple, je suppose qu’on peut les arrêter avant qu’ils ne commencent à agir. Je pense que ces groupes de casseurs sont identifiés et identifiables. Il faut donc faire davantage pour prévenir. Agir après est toujours plus difficile que prévenir. Cela fait des semaines qu’on a des groupes de casseurs et, je vous le répète, ils sont identifiés. Il faut les arrêter avant. 

Quand le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, dit hier soir « il faudra la prochaine fois que la décision du juge soit mieux motivée », cela laisse un questionnement certain…

Je dis au ministre de l’Intérieur pour qui j’ai du respect qu’il faut intervenir avant. Empêcher ces groupes de casseurs d’agir et je vous dit que nous avons les moyens de le faire.

Cela veut dire que l’on a pas fait le boulot là ?

Ce n’est pas ce que je dis, tout cela est complexe. J’ai de l’estime pour le Ministre de l’Intérieur, c’est une situation difficile. Rappelons aussi que notre police a vécu toute cette année un engagement extrêmement lourd, extrêmement fort après les attentats terribles qui ont touché en particulier Paris, notre capitale ; il n'y a presque, pour certains d’entre eux, pas eu un seul jour de repos. Est ce que tout cela est raisonnable ? Nous avons l’Euro qui va s’ouvrir dans quelques temps...

Vous avez un avis sur l’Euro ? 

On va avoir des problèmes de sécurité, on va avoir ces problèmes de « fan zone ». Je pense que la police a d’autres problèmes que les casseurs. 

Vous avez parlé de problèmes de fan zone, cela voudrait dire qu’il faudrait les interdire selon vous ?

Non, écoutez, on ne peut pas arrêter de vivre non plus, parce que c’est cela que les terroristes souhaitent. 

Pas seulement les terroristes, vous avez vu les images hier à la télévision ce ne sont pas forcément des terroristes.

Ce que souhaitent les terroristes, c’est effectivement que la vie dans une société démocratique s’arrête. Donc il faut continuer de vivre simplement, il faut prendre toutes les précautions de sécurité. Mais je préfèrerais que les forces de police de ce pays soient consacrées sur l’essentiel, assurer cette sécurité plutôt que d’aller chercher ces casseurs.

Peut être, comme le Premier Ministre vous demandez aussi aux syndicats, qui organisent ces manifestations de dire stop ?

Il y a un moment où, quand ça dégénère, il vaut mieux que cela s’arrête. 

Donc…

Oui, je vous dis qu’à un moment, il vaut mieux que cela s’arrête.

Il y a aussi cette petite musique qui monte sur le gouvernement laxiste, vous entendez cela ?

Je n’aime pas que l’on fasse de la politique politicienne ou partisane sur des questions lourdes de sécurité. La sécurité c’est un devoir de la République. La République a le devoir de protéger tous les citoyens, c’est pas une approche partisane qu’il faut avoir. C’est une approche - on a besoin de cette autorité, de cette sécurité - qu’il faut faire passer. 

Et là on a de l’autorité, on a de l’ordre et de la sécurité ?

Je pense qu’on en a la volonté. Je ne mets pas en cause le gouvernement sur cette question..

On a de la volonté mais derrière cela ne suit pas.  

On a de la volonté, c’est difficile, on voit bien que tout ce qui se passe depuis des semaines avec ces manifestations. On a eu ce qu'il s’est passé place de la République, on a les manifestations sur la loi El Khomri, on a ces bandes de casseurs, tout cela s’additionne. Il y a un moment où il faut que cela s’arrête. 

Marielle de Sarnez, les politiques étaient invités hier à manifester place de la République aux côtés donc des policiers, les syndicats les avaient invités. Au final très peu d’élus, quelques uns de droite, aucun du PS. Les politiques auraient dû montrer l’exemple hier, auraient dû être du côté des policiers. Est-ce que c’est normal ?

Je ne sais pas, il y a toujours les soupçons de « récupération ». C’était une manifestation de policiers hier pour dire : "il faut que cela s’arrête". Moi je pense que les Français ont du respect pour la police. Ils savent exactement ce qu’ils doivent à leur police et de ce point de vue là, il faut une forme d’union autour de nos forces de sécurité.

Sur la loi travail, François Hollande l’a répété cette semaine : « Je ne céderai pas ». Un François Hollande droit dans ses bottes. Cela peut se terminer comme en 95, comme pour Alain Juppé ?

On va voir. Il dit qu'il ne cédera pas mais, au fond, cette loi a été mal présentée au début, mal préparée, à peu près vidée de sa substance donc grosso modo c’est une posture de dire "je ne céderai pas". En réalité, ils ont déjà cédé, cette loi est détricotée. Sa substance n’est pas la même de départ. 

Vous avez vu il y a les cheminots, les routiers, les contrôleurs du ciel …

Ces manifestations, ces grèves pour, au fond, une loi dans laquelle il n’y a presque plus rien.

Est ce qu’on est dans un climat insurrectionnel ?

C’est un climat dans lequel il est très difficile de progresser. Et je pense que c’est un climat pour lequel le gouvernement a sa part de responsabilité. Quand on pose une loi comme ça sur la table, 150 pages, je le dis depuis le premier jour, sans concertation, ni avec la CFDT, ni avec les partenaires sociaux, ni même avec les forces politiques de ce pays, il y a quelque chose qui ne va bien évidemment pas dans la méthode.

Il y a aussi les symboles. Dans une tribune, ce matin, 40 personnalités de gauche demandent que les grands patrons ne puissent pas gagner plus de 100 SMICs, ont-ils raison ?

Je ne sais pas si 100 SMICs est un plafond raisonnable aux yeux de beaucoup de nos concitoyens… Bien sûr que ces affaires sont extrêmement choquantes, on ne peut pas les permettre. Donc l’idée de dire « il faut que ce que disent les assemblées des actionnaires ne soit pas à titre indicatif mais plutôt contraignant » me semble être la bonne. L’économie est faite pour créer des richesses pour tous. Quand Carlos Ghosn réussit, ce n’est pas seulement sa réussite, c’est aussi la réussite de tous les cadres, de tous les salariés, de tous les employés et de tous les ouvriers ! C’est la réussite de tous ! Si vous êtes dans un pays où vous ne savez pas reconnaitre aussi les travailleurs, ceux qui créent la richesse dans une entreprise, s’il n’y a pas de retour de bénéfices pour eux et s’il y en a exclusivement pour les patrons, il y a quelque chose qui dysfonctionne gravement.

Faut-il légiférer sur cette question ?

Bien sûr ! Puisque l’autorégulation des chefs d’entreprise ne marche pas.

N’avez-vous pas peur de la fuite des grands patrons à l’étrangers ?

Je ne crois pas du tout à cette argumentation car dans ces cas-là ça ne s’arrête jamais, c’est l’échelle de perroquet. Vous allez dire « non on ne peut pas payer ça, il faut payer encore plus parce qu’il y a un autre pays qui propose encore plus etc… ».

Si ces PDG ont envie d’aller au plus offrant, si la seule chose qui les intéresse c’est de gagner énormément d’argent et non la chose industrielle et les êtres humains, les brevets, les inventions, ce qui est utile, alors qu’ils aillent ailleurs.

Vous êtes pour ou contre la fin de l’ISF ?

Je souhaite avoir une réflexion générale sur ces questions là - retraites, 35h etc - je pense qu’il faut faire attention. C’est ce que nous redoutions avec François Bayrou, ce mécanisme de la primaire fait qu’au fond c’est le noyau dur qui peut peser le plus et qu’on peut avoir une surenchère dans le libéralisme. Il faudra faire attention. Les responsables politiques ne doivent pas seulement s’adresser à un électorat contraint, ils doivent penser à s’adresser à l’ensemble du pays et l’ensemble du pays c’est aussi des fonctionnaires, des salariés modestes, des gens pour qui par exemple les heures supplémentaires sont importantes et c’est pourquoi je suis contre la loi El Khomri. Le passage de 35h à 39h qui supprimerait la rémunération des heures supplémentaires est inacceptable. Cela veut dire baisse des salaires pour ceux qui ont des heures supplémentaires aujourd’hui. Cela n’est pas acceptable, pas plus dans la loi El Khomri que dans le programme de certains candidats à la primaire à droite.

Vous parlez de noyau dur, l’ISF supprimé, la suppression de 200 000 à 300 000 fonctionnaires, la suppression des 35h, c’est par exemple dans le programme d’Alain Juppé que vous soutenez.

Je soutiens Alain Juppé car je suis d'accord avec ce qu’il propose depuis le début de son engagement, à savoir, la volonté d’une France apaisée, rassemblée et réformée.

Mais sur ces questions êtes-vous d’accord avec lui ?

Je pense que le centre a à faire entendre quelque chose qui est de l’ordre d’une différence. Si je ne suis pas chez Les Républicains c’est que je pense différemment d’eux. Il y a beaucoup de Français qui pensent différemment. Oui il faut des réformes, nous le disons depuis longtemps avec François Bayrou. Cependant, il faut que ces réformes soient pour le progrès et non pas seulement pour faire des réformes. Il faut un cap, il faut construire une économie sociale de marché dans laquelle tout le monde se retrouve, pas seulement les grands patrons. Il faut des réformes pour le progrès de tous.

Parlons d’Europe, vous allez bientôt voter au parlement européen sur l’accord entre l’Union Européenne et la Turquie au sujet des migrants. Que voterez-vous ?

Je suis extrêmement embêtée. Bien sûr il faut parler avec la Turquie, il y a 2 500 000 réfugiés chez eux. Cependant, cela fait 4 ou 5 ans que je demande que l’Europe assume son droit d’asile et la sauvegarde de ses frontières car c’est très important. Or elle ne le fait pas aujourd’hui, comme les Américains le font. De plus, on n’a pas à déléguer ni notre droit d’asile ni la surveillance de nos frontières à la Turquie et en plus, en lui promettant d’adhérer. S’il y a dans l’accord, le début d’une promesse d’adhésion, alors je voterai contre. Je pense que l’Union européenne traverse un moment difficile et que ce n’est absolument pas le moment de s’élargir et en particulier avec la Turquie.

Une question personnelle, vous êtes députée européenne, femme, responsable de parti ; une femme sera probablement en finale de l’élection présidentielle américaine, je parle évidemment d’Hillary Clinton. Les Américains sont-ils en avance sur le fait de placer une femme aux avant-postes par rapport à nous ?

La politique en France a longtemps été vue comme quelque chose d’exclusivement masculin car on a une grande majorité d’hommes. Je pense que les femmes ont peur de se lancer car elles ont souvent peur de ne pas être au niveau. Or elles sont formidables et elles n’ont pas besoin de copier les hommes, elles peuvent être exactement ce qu’elles sont et elles sont quelques fois mille fois meilleures que les hommes, plus concrètes, moins dans l’apparence. Nous avons des institutions, un mode de scrutin qui fait régresser la parité. Nous sommes, au rang des assemblées du monde, en 55ème position pour la présence des femmes dans les assemblées. C’est une honte absolue. Il faut un changement du mode de scrutin, nous sommes le seul pays d’Europe continental à avoir ce mode de scrutin, il est régressif. Nous avons, je schématise, des hommes, tous pour la plupart blancs, soit fonctionnaires soit de profession libérale, très peu de femmes, peu de diversité et ceci ne peut pas fonctionner.

Vous ne serez pas candidate à l’élection présidentielle, ni à la primaire de la droite ?

Non.

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