François Bayrou, invité d'Europe 1

Nous vous invitons à réécouter l'interview de François Bayrou sur Europe 1, au micro d'Audrey Crespo-Mara.


Bonjour François Bayrou.

Bonjour.

Vous êtes à Mourenx, dans les Pyrénées-Atlantiques où Europe 1 a posé ses valises cette semaine. Mais hier soir, alors que vous présidiez, dans votre mairie de Pau, un conseil d’agglomération, une centaine de gilets jaunes ont manifesté devant le bâtiment pendant plus de deux heures, demandant à vous voir. Une poignée d’entre eux a fini par s’introduire dans la mairie. Vous refusiez de les recevoir ?

Pas du tout. J’avais même rendez-vous avec eux à 17h. Ce sont eux qui ont préféré que le rendez-vous soit reporté en début de semaine prochaine, parce que disaient-ils, ils voulaient une consultation. Ceux qui étaient à la séance ont naturellement été longuement entendus par les élus et par moi-même, car c’est la moindre des choses entre concitoyens de s’écouter et de se parler. Ce qui n’aurait pas été bien, c’est que le conseil soit interrompu, qu’on ne fasse pas le travail qui était nécessaire mais ils ont été longuement entendus.

Que vous demandaient-ils ? Et que leur avez-vous répondu ?

Je ne suis pas sûr qu’ils demandaient quelque chose de précis, il n’y avait pas de revendications immédiates et précises. Il y avait une revendication générale, c’est qu’ils soient entendus et qu’on entende, comprenne et réponde à la question principale qui est celle des difficultés de fin de mois - on va dire des difficultés de leur vie de tous les jours. Il y a une triple revendication : il y a un premier élément autour des taxes du carburant – c’est de là que le mouvement est parti. Il y a un 2ème élément qui est un élément qui tient à la situation sociale, aux difficultés qui sont celles des bas salaires, des retraites, d’un sentiment de décrochage de la part d’une partie des Français qui est réelle et qui doit être naturellement prise en compte. Et il y a une 3ème chose qui est : on veut être entendus. Je crois qu’en effet, il faut répondre autant que possible et Dieu sait que ce n’est pas facile.

On ne leur répond pas jusqu’à présent ?

Pour l’instant, c’est sans doute des réponses qui soit sont insuffisantes, soit ne sont pas encore trouvées.

Édouard Philippe doit recevoir des représentants des gilets jaunes. Quels sont vos conseils ? Les mesures jusque-là annoncées sont-elles suffisantes ?

Vous savez bien que ce n’est pas exactement mon sentiment encore que je sache que la tâche du Premier ministre n’est pas facile. Le mouvement que nous avons sous les yeux  vient de très loin. Mon sentiment, c’est qu’on doit prendre en compte une question qui est l’acceptabilité des décisions qu’on prend. Les charges, les taxes que l’on indique, est-ce qu’elles sont supportables par ceux à qui on les inflige.

Emmanuel Macron promet qu’il va changer de méthode. Ne croyez-vous pas que cette promesse serait beaucoup plus convaincante si Emmanuel Macron changeait de Premier ministre ?

Si on pouvait éviter de laisser tirer la question que nous avons devant nous vers des questions politiciennes, ce serait mieux !

« Changement de méthode », ce n’est pas moi qui utilise le mot… Édouard Philippe a longtemps été le bras droit d’Alain Juppé et on a l’impression qu’il se comporte jusque-là face aux gilets jaunes comme Juppé en 1995, lors de réforme des retraites, il est resté droit dans ses bottés sans changer de cap, c’est la bonne solution ?

Ne comptez pas sur moi pour ajouter de la polémique ou des divisons internes à toutes ces choses. Mais laissez-moi dire, premièrement, on est devant une question qui est celle des taxes annoncées pour le début de l’année et c’est une question qui mérite réflexion…

Vous avez demandez un moratoire la semaine dernière, vous réclamiez un moratoire sur la hausse des carburants. Si le gouvernement vous avait écouté, vous croyez que cela aurait apaisé la colère des gilets jaunes ?

Je ne crois pas aux solutions simples et qui résolvent tout donc je ne suis pas en train de vous dire que j’avais la clé, une baguette magique, parce que ce ne serait pas du tout à l’échelle de ce que nous sommes en train de vivre. Je pense qu’il y a une question : c’est qu’à un moment, on ne peut pas gouverner contre le peuple et qu’il faut de ce point de vue-là, ne pas ajouter des charges aux charges. Il y a un moment où il faut dire : il faut stabiliser les charges ou les prélèvements qu’on impose aux gens. Il y a une 2ème chose, c’est qu’on est devant une question de modèle. C’est la société tout entière qui est interrogée et même prise à partie par ceux qui sont en train de manifester et qui disent : c’est une société dans laquelle nous, on a pas de place, comme consommateurs car la vie et chère et on a pas de place comme citoyens : on ne nous écoute pas on ne nous entend pas. Et ces trois éléments-là : les charges immédiates, le modèle de société et le modèle démocratique, ces trois éléments-là méritent une réponse mais ça ne peut pas se faire du jour au lendemain.

Et est-ce que ça peut se faire – même si je sais que vous ne voulez pas diviser davantage – avec E. Philippe à Matignon, G. Darmanin et B. Le Maire aux finances, aux comptes publics, des postes clés tenus par des hommes venant de la droite : est-ce que ce n’est pas pour cela qu’il n’y a pas de fibre sociale ?

Je ne crois pas que ce soit une question d’étiquette. Mais vous savez bien - puisque c’est un débat que nous avons depuis des mois - que je pense qu’il ne peut pas y avoir en 2018, 2019, 2020, un projet politique qui ne soit pas en même temps un projet qui prenne en compte l’attente sociale. C’est impossible parce que tout va ensemble. Vous voyez bien lorsqu’une société se fracture comme la nôtre depuis 30 ans – j’entends des responsables politiques qui font des remontrances, qui donnent des leçons et qui ont été aux responsabilités il y a très peu de temps - vous voyez bien que cette question de l’unité de la société de la cohésion de la société, c’est la question la plus importante y compris pour notre production et notre économie.  

Depuis l’Argentine, E. Macron déclare écarter tout recul. Il donne l’impression qu’il y a plus important à faire ailleurs. Compte tenu de l’urgence de la situation, sa place n’est-elle pas auprès du peuple français ?

C’est une présentation qui est un peu exagérée. Le président de la République a des responsabilités internationales. Il faut qu’il les assume. Ce qui se passe en Argentine, c’est une réunion de tous les chefs d’État de la planète autour de questions très importantes.

Les gilets jaunes pourront attendre.

Non, pas du tout, puisque vous savez bien que cet après-midi le Premier ministre  les reçoit. Ce que le président de la République dit lorsqu’il dit « pas de recul », il veut dire que nous n’avons pas le droit, malgré la difficulté des questions à traiter, d’abandonner la questions du climat, de l’environnement, de l’écologie, qui a été une question constamment reprise et traitée dans le cadre de  toutes les élections précédentes et je comprends très bien que de ce point de vue-là il ne veuille pas abandonner le sujet.

Vous évoquiez les divisions dans cette majorité. Dans le Canard enchaîné, on peut lire cette semaine, qu’Édouard Philipe vous qualifierait d’ « emmerdeur ». Vous êtes le gilet jaune de la majorité ?

Non, je n’emploie pas des phrases de cet ordre. Ce que je sais c’est que l’écho de ce qui se passe dans le pays, des inquiétudes qui sont celles de nos concitoyens, nos amis d’enfance, de jeunesse et qui sont autour de nous puisque on est en Béarn ici, cette voix-là doit être relayée y compris à l’intérieur de la majorité. La majorité, ce n’est pas un syndicat de défense du pouvoir. La majorité, c’est l’expression du pays dans ce qu’elle doit, qu’elle a, dans ce qu’elle doit avoir de plus authentique. Si je suis cette voix-là, je ne crois pas que ce soit un moins. Je pense que c’est un plus pour la majorité.

Merci François Bayrou.

 

 

 

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