20 ans après, l’ombre du 11 septembre

Le 11 septembre 2001 a marqué le monde et l’a mis brutalement face à la réalité du terrorisme international. En 2021, la France et l’Europe font toujours face à la menace. Dans le contexte du retrait américain d’Afghanistan et de la préservation du souvenir des victimes du terrorisme en France, entretien avec Geneviève Darrieussecq, Ministre déléguée auprès de la Ministre des Armées.

Tout le monde sait où il était le 11 septembre 2001 et comment il l’a vécu. Qu’en est-il pour vous madame la ministre ?

Ce mardi-là je travaillais et avais une journée de consultations. C’est un de mes patients qui m'a dit dans l’après-midi qu’il se passait quelque chose de grave aux États-Unis. L’époque n’était pas aux smartphones et ce n’est qu’à la fin de ma journée de travail que j’ai allumé la télévision et que, sidérée, j’ai suivi les informations jusque tard dans la nuit.

Que reste-t-il du 11 septembre 2001 dans la mémoire collective des Français ?

Je pense que les attentats du 11 Septembre 2001 ont fait basculer le monde dans une nouvelle ère. Personne n’avait idée, à l’époque, de l’ampleur de la menace que constituait le terrorisme islamiste dans sa forme globalisée. Aux États-Unis, je pense qu’avant ce drame, la menace d’une attaque djihadiste était, pour les Américains, assez floue. Le terrorisme chez eux embrassait des causes nationales telles les suprématismes ou l’antifédéralisme.

L’ombre de cette menace se dessinait à bas bruit. Elle faisait par intermittence l’actualité mais toujours via les intérêts et présences américaines au Moyen-Orient ou en Afrique. Le 11 septembre le cœur du territoire américain qui était jusque-là resté intact, même pendant les deux guerres mondiales, fut atteint.

En France, notre rapport au terrorisme était différent. Rappelons que le pays avait déjà fait face à ce type de menace. Nous avons connu le terrorisme dit "d’extrême gauche" au XIXè et XXè siècle, puis ne l’oublions pas, la guerre d’Algérie. Sont ensuite venues les vagues d’attentats meurtrières des années 90, commis par le GIA.

Le fait que nous ayons eu conscience de la menace un peu plus tôt n’a en revanche pas atténué le choc. L’image des avions qui s’écrasent dans les tours du World Trade Center reste gravée dans les mémoires. C’est d’ailleurs malheureusement le but de ce type d’attaques meurtrières : marquer les esprits d’images et, par-là, distiller la peur. Rappelons également que le président français, Jacques Chirac, a été le premier chef d’État étranger à se rendre sur les lieux des attentats après le 11 Septembre.

Le terrorisme est toujours une menace pour la France et ses alliés. Quelles mesures sont prises par l’État pour lutter contre les nébuleuses terroristes ?

Le terrorisme, quelle que soit sa forme, est une menace pour la France, pour ses alliés, comme pour n’importe quel pays qui a pu être récemment endeuillé par ces attaques. Et les terroristes se rappellent régulièrement à nous par des attaques, soit de grande ampleur comme le 11 Septembre ou les attentats du 13 Novembre, mais aussi par des attaques plus ciblées, menées par ceux que l’on pourrait qualifier de « loups solitaires ».

Aujourd’hui, la riposte s’organise, avec notamment un suivi resserré de certains fichés S, la pérennisation du recours aux algorithmes pour que les services de renseignement aient une gestion plus facile des flux de connexion… C’est tout l’objet de la loi promulguée le 31 Juillet, qui renforce la lutte contre le terrorisme, qui vise à pérenniser des mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence. Notre mission première, en tant que gouvernement, est d’assurer la sécurité de nos concitoyens tout en garantissant leurs libertés individuelles, et c’est tout l’objet de ces mesures prises par le Président de la République. Reconnaissons que cette lutte est complexe et difficile.

Le retrait américain d’Afghanistan modifie-t-il la donne géopolitique pour la France ?

La situation en Afghanistan est forcément vecteur d’instabilité. Les talibans ont abrité une multinationale du terrorisme de 1996 à 2001, l’EI-K (État islamique au Khorassan) qui s’est illustré par les attentats de l’aéroport de Kaboul est aujourd’hui composée d’anciens compagnons d’armes des maitres de Kaboul et certains responsables talibans ont un très lourd passif terroriste, dont les membres du réseau Haqqani. Nous devons avant tout être très vigilants à ce que ce régime tienne sa parole et que le pays ne devienne pas un sanctuaire du terrorisme.

Ce qui est certain, c’est que tout se jouera en lien avec plusieurs acteurs internationaux dont la Russie, la Chine, la Turquie et l’Iran. Aujourd’hui, il nous est encore extrêmement difficile de nous projeter face à un régime taliban dont les contours sont encore flous.

La France a également connu des attaques terroristes qui ont fait énormément de victimes. En tant que ministre chargée, entre autres, de la Mémoire, quelles sont les actions que vous mettez en œuvre pour entretenir le souvenir de ces innocents ?

Les victimes d’attentats terroristes et les pupilles sont des ressortissants de l’Office national des anciens combattants qui leurs apportent une aide matérielle et psychologique importante.

Deux choses me paraissent extrêmement importante dans notre action. D’abord, l’engagement de nos soldats auxquels j’aimerais ici rendre hommage. Au Moyen-Orient comme au Sahel aujourd’hui, ils empêchent des groupes terroristes de se sanctuariser et compliquent grandement les projets d’attaques terroristes coordonnées sur l’Europe comme cela fut le cas avec Daesh en Syrie et en Irak. Leurs actes héroïques s’inscrivent aussi dans notre Mémoire, et nous devons honorer nos soldats morts pour la France dans cette lutte. C’est tout le sens du Monument aux morts pour la France en opérations extérieures dont j’ai accompagné la création, et qui a été inauguré en 2019 par le Président de la République.

Ensuite, et cela est souvent oublié, la mémoire et sa transmission constitue un vecteur de cohésion nationale et de déradicalisation de tout premier ordre. Par la transmission de notre mémoire nationale, nous rappelons l’engagement d’hommes et de femmes pour que la France demeure une démocratie. Nous transmettons nos valeurs républicaines et nous faisons de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, les discriminations et l’obscurantisme nos priorités. Bien sûr les cérémonies commémoratives sont essentielles, mais aussi les actions nombreuses que nous menons vers la jeunesse sur l’ensemble du territoire.

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