6 janvier 2009
Olivier Henno et Jean-Marie Vanlerenberghe s'expriment dans les Echos à propos du plan de relance.
"Les décideurs économiques et politiques français et étrangers ont enfin pris conscience de l'ampleur de la crise. Ils reconnaissent qu'elle dépasse largement les habituelles crises conjoncturelles et qu'elle va changer pour longtemps l'économie, la société et la politique. Malheureusement, très peu en ont mesuré les conséquences sociales et territoriales...
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N'en déplaise à Alain Minc, ce sont les personnes les plus modestes qui vont être touchées
par cette crise. La France « qui se lève tôt » va durement souffrir de la récession économique. Il
ne suffit pas de déclarer de manière méprisante : « Quand on est fonctionnaire, possesseur d'un
Livret A, on n'est pas touché par la crise », pour démontrer que seuls les gens riches vont perdre
de l'argent.
Les travailleurs pauvres, et notamment les intérimaires, sont les premières victimes des
plans sociaux. Raison de plus pour que l'Etat intervienne en faveur du pouvoir d'achat des plus
modestes, non seulement pour éviter que l'économie tourne au ralenti, mais aussi et surtout pour
des raisons élémentaires de justice et de solidarité.
L'impact de cette crise sera dramatique sur le plan social mais aussi sur le plan
territorial. Elle va en effet frapper les régions les plus pauvres comme le Nord-Pas-de-Calais, car
les secteurs en grave récession économique, le bâtiment et l'automobile, sont des industries de
main-d'oeuvre.
A elle seule, la crise de l'industrie automobile va engendrer une véritable fracture
territoriale. Cette industrie, qui fut l'outil de la reconversion industrielle des années 1970 et
1980, emploie directement ou indirectement 10 % de la population active de notre pays. Son poids
économique dans le Nord-Pas-de-Calais pèse plus lourdement encore. Elle représente 55.000 emplois
directs, plus de 20 % de l'économie régionale globale, et beaucoup plus encore dans certains
territoires comme le Douaisis, le Valenciennois ou l'Avesnois.
C'est un véritable tsunami social qui se profile dans notre région. Regardons la réalité
économique et sociale de ce début d'année en face. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : la Française
de Mécanique (3.800 salariés), PSA (2.300 salariés), Renault Douai (5.400 salariés), Toyota
Valenciennes (3.300 salariés), Maubeuge Construction Automobile (2.300 salariés) et beaucoup
d'autres ont arrêté leur activité pour quelques semaines. C'est en tout au moins 40.000 salariés de
l'industrie qui seront en chômage technique au mois de janvier. Au-delà des conséquences immédiates
en termes de pouvoir d'achat pour ces familles, il règne un grave climat d'incertitude sur les
conséquences de la crise en termes d'emploi. Les intérimaires et les sous-traitants sont déjà
touchés. A titre d'exemple :
- Sevelnord Hordain se sépare de 400 intérimaires.
- Valeo Etaples se sépare de 150 intérimaires après seulement huit jours d'ouverture en
décembre.
- MCA Maubeuge se sépare de 500 intérimaires et annonce l'arrivée d'un responsable social, ce
qui fait planer l'angoisse d'un prochain plan social.
Selon l'Association régionale de l'industrie automobile (Aria), personne ne mesure encore
précisément les conséquences de la crise. Les entreprises naviguent à vue, utilisent beaucoup le
chômage technique et la flexibilité jusqu'en février prochain. Mais après...
A cette crise de l'industrie automobile s'ajoutent aussi la crise de la VPC (La Redoute, Les
3 Suisses) avec encore plusieurs milliers d'emplois en danger, et, comme dans toutes les régions,
la crise du bâtiment, industrie de main-d'oeuvre. Il y a donc urgence à agir, à exiger de l'Etat
des mesures en faveur des régions qui vont être sinistrées. Une discrimination positive en faveur
des territoires plus impactés par la crise se justifiait et s'imposait. Malheureusement, il n'en
est rien : la solidarité territoriale est la grande oubliée du plan de relance.
En d'autres temps, les élus auraient hurlé pour exiger un plan de l'Etat pour mener cette
deuxième bataille de la reconversion industrielle. Aujourd'hui, ils sont étrangement silencieux. Le
silence des parlementaires UMP n'est pas en soi surprenant. Leurs propos et actions sont motivés
par le seul soutien au président de la République.
La timidité des parlementaires PS est plus surprenante. Est-ce un phénomène psychologique ?
Ceux qui ont mené la bataille de la première reconversion industrielle ont-ils encore assez
d'énergie pour mener ce nouveau combat pour une solidarité territoriale ? Ou alors est-ce tout
simplement une anesthésie qui résulte des combats internes du congrès de Reims ? Quelles que soient
les raisons de ce silence des élus, bonnes ou mauvaises, nous pensons qu'il est urgent de le
rompre. C'est pourquoi nous prenons délibérément l'initiative de demander un volet territorial du
plan de relance en faveur des régions qui seront les plus lourdement frappées par la crise.
Quelque 70 % des investissements publics sont financés par les collectivités. Cette ambition
repose sur l'impôt local ou sur l'emprunt. Le volet territorial d'un nouveau plan de relance
stimulerait l'investissement et accélérerait la mutation économique. Cette politique d'aménagement
du territoire tant attendue pourrait se traduire par un certain nombre de mesures :
- le renforcement temporaire de la dotation globale de fonctionnement pour les collectivités
des bassins les plus touchés par le chômage ;
- la création de zones franches ponctuelles et spécifiques pour certains territoires très
touchés comme ce qui s'est fait dans les Ardennes ;
- la réalisation d'équipements structurants financés à 100 % par l'Etat, comme de nouveaux
sillons ferroviaires pour le TER ou le fret (par exemple entre Arras, le bassin minier et la
métropole lilloise), des équipements portuaires sur la façade maritime pour la mise en place de «
l'autoroute de la mer » ou encore le canal Seine-Nord en choisissant de dispenser le conseil
régional du Nord-Pas-de-Calais, celui de Picardie ou les conseils généraux de participer à son
financement.
Cette crise est une épreuve douloureuse, redoutable pour la France et pour l'Europe. Nous
n'en sortirons qu'au prix d'efforts partagés, justes et équilibrés. Voilà pourquoi la question de
l'aménagement du territoire en France et plus encore en Europe est pour nous l'une des clefs qui
permettront de triompher de cette crise. "
Olivier Henno (Modem) est maire de Saint-André et premier vice-président de Lille Métropole.
Jean-Marie Vanlerenberghe (Modem) est maire d'Arras et président de la communauté urbaine
d'Arras.