9 décembre 2011
Invité sur le plateau de I-télé, Marielle de Sarnez, eurodéputée, a regretté le manque d'ambition de l'accord passé entre 26 pays de l'Union Européenne, sur la stabilisation de la zone euro, vendredi 9 décembre.
I-télé - Marielle de Sarnez, une réaction par rapport à ce qui se passe en ce moment même à
Bruxelles, accord soi-disant à 17, puis à 23 et peut-être même aujourd'hui à 26, il ne reste plus
que le Royaume-Uni, pour vous est-ce que c'est satisfaisant ?
MDS - Non, il y a des zones d'ombre, des zones d'inquiétude. D'abord, je ne suis pas sûre
qu'en période de crise très lourde que nous vivons, il faille rajouter des incertitudes aux
incertitudes. On a déjà, les incertitudes du marché, les incertitudes quand on empreinte tout les
jours, rajouter une forme d'incertitude institutionnelle juridico-politique, je ne suis pas sûre
que ça soit de bon aloi pour rassurer les marchés comme on dit, entre guillemet. Est-ce qu'on va
faire finalement une Europe à 26 ? À 25 ? À 24 ? À 23 ? À 17 ? Cette Europe, qu'on nous annonce
comme inter-gouvernementale, parce qu'on nous parle d'un nouveau traité inter-gouvernemental, c'est
très compliqué pour ceux qui nous regardent. Mais un traité inter-gouvernemental ça veut dire
simplement un traité entre pays, et donc, qui sorte au fond des institutions européennes. Et donc
un traité intergouvernemental quelle légitimité démocratique ? Quel contrôle démocratique ? Quel
rôle pour le Parlement européen qui représente les citoyens de l'Europe ? Quel rôle pour la
commission ? Ceci c'est encore de nature, peut-être, à rajouter de l'incertitude.
I-télé - Que pensez vous de la collaboration franco-allemande ?
Ce que j'attendais de cet axe franco-allemand, de cette intimité franco-allemande qui est
nécessaire, c'est qu'il y ait la confrontation des deux thèses. La thèse allemande qui dit "On veut
absolument mettre dans les traités les sanctions, donc constitutionnaliser les sanctions, contre
ceux qui ne font pas le bon travail", et puis la thèse qui aurait dû être celle de la France qui
est de dire : "Oui à des sanction, mais, à ce moment là, il y a une solidarité, et la BCE peut être
prêteur en dernier recours." Tout ce volet là n'est pas dans l'accord. On a un accord qui est
uniquement sur la partie "sanctions". Donc, est absent un rôle éventuellement nouveau pour la BCE.
Est absent aussi, c'est au moins aussi grave, la perspective de convergence économique, budgétaire
et fiscale. Non seulement on vit une crise de la dette, mais on vit peut-être un moment où on va
rentrer en récession, et donc, ne pas mettre de perspective de convergence économique. Je pense que
c'est vraiment une erreur.
I-télé - Si on vous écoute, alors que Paris et Berlin se réjouissent presque de cet accord,
en vous entendant, on met fin à l'idéal européen ?
MDS - Oui, on y met fin par la petite porte, sans nous avoir annoncé au fond ce qu'on allait
faire à la place. Tout ça pour constitutionnaliser, mettre dans les traités les sanctions que les
États membres qui ne respecterait pas les temps de rigueur budgétaire pourront encourir. Moi, je
pense quelque chose de fondamental, qu'on a besoin d'une Europe forte, politique et solidaire et
qu'il faut que les États membres fassent le boulot chez eux. Et ce n’est pas à l'Europe de
leur dire, c'est aux États membres eux-mêmes à prendre leurs responsabilités. Je ne suis pas pour
les déresponsabiliser et au fond, cette crise, elle finira quand il y aura une réponse politique
d'une Europe unie et stable. Et en même temps nous devons mener dans les États membres le travail
nécessaire, en particulier par exemple chez nous en France, le travail nécessaire de rééquilibrage
des finances publiques qui n'a pas été mené. Et puis je dois ajouter un dernier point. Il y a
quelque chose d'un peu surréaliste. Vous savez qu'on va créer un autre organisme après le FESF, qui
est mort-né quasiment. On va créer le MES, le Mécanisme Européen de Stabilité. Et pour le doter
qu'est-ce qu'on va faire ? On va faire appel au FMI. Et le FMI qu'est-ce qu'il va faire ? Il s'est
tourné vers les Chinois, il s'est tourné vers les Américains, ni les uns ni les autres ne veulent
mettre d'argent parce qu'ils n'ont pas confiance dans cette zone Euro et, donc, il va se tourner
vers les Européens, le FMI. Donc les Européens qui refusent que la BCE prête aux États membres en
difficulté, il vont aller aborder le FMI qui ensuite va aller prêter aux Etats membres, il y a
quelque chose qui ne fonctionne pas dans tout ça.
I-télé - Donc finalement, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont-ils fait le job ? Ce qu'on
attendait d'eux ?
MDS - Je ne suis pas à regarder le problème de personnes. Ce n’est pas ça qui
m'importe et qui m'intéresse. Ce que je pense, c'est que dans les moments de crise, il faut une
vision claire, il faut un horizon clair, il faut de la stabilité. Rajouter une forme d'incertitude
à l'incertitude c'est un problème. Que décider, d'un coup de trait, de rayer l'Europe
communautaire, ce qu'on a créé, fondé, porté depuis des décennies, l'inspiration même de l'esprit
Européen, tout d'un coup, en passant uniquement dans des relations entre pays, c'est quelque chose
qui historiquement nous met dans l'embarras.
I-télé- Vous pro-européenne convaincue, est-ce que ça vous fait mal ce que vous voyez
aujourd'hui ?
MDS - Ce n’est pas l'Europe que j'aurais aimé. Ce n’est pas l'Europe dont les
peuples européens ont besoin. Ils ont besoin d'une Europe qui défende des valeurs, qui défende en
commun des valeurs et je n’ai pas le sentiment que les dirigeants européens soient à ce
rendez-vous là aujourd'hui.
I-télé - Je ne sais pas si vous avez vu cette image. Le croisement Nicolas Sarkozy et de
David Cameron, sans un mot, même pas un regard. Est-ce que la germanophobie qu'avaient certains
socialistes vis-à-vis de l'Allemagne, aujourd'hui, ne peut pas devenir le risque d'une anglophobie
?
MDS - Il faut toujours faire attention, et ça vaut chez nous aussi, aux boucs émissaires
qu'on désigne, comme ça, du doigt. Un jour c'est l'Allemagne, là, dans les jours qui viennent ça va
être la Grande Bretagne. Je ne crois pas qu'on fasse avancer le monde de cette façon là, je ne
crois pas qu'on renforce l'Europe de cette façon-là.
Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
Remarques
Posté par : fmeisart | 20 décembre 2011 18:24Les manques de ce projet de traité sont clairs : il suffit de se référer à l'avertisssement de ce jour de JP JOUYET, un homme peu suspect de partialité, mais très averti des réalités financières.Quelques remarques d'un citoyen européen pas très au fait du marché financier mondial :A/ L'euro en lui-même ne se porte pas si mal que çà. Le problème, ce sont les pays de la zone euro qui ont croqué la grenouille.B/ Les attaques contre les pays de le zone euro ne sont pas innocentes. Au mieux, on attaque les faibles, au pis, on tape sur une Union régionale qui vous gêne.C/ En période de tempête, il faut aller au plus simple : un chef exécutif qui pourrait être JC TRICHET, un organe de contrôle, qui pourrait être JC JUENCKER, à charge pour lui de convoquer les ministres des finances de la zone, pour avis.D/ Plus question donc de sommets indécents entre la République fédérale et la France.Ce n'est plus tout-à-fait la méthode communautaire théorique, mais la base de cette méthode est respectée.Et si on disait haut et clair aux citoyens européens : nous avons tous profité de l'euro; sans lui, tout serait plus cher, à commencer par notre pétrole. Alors, défondons le !Amitiiés
traités européens
Posté par : Gpere | 13 décembre 2011 04:57Gpere. Notre balance commerciale est déficitaire d'environ 50 milliards (en dollars). Il est donc nécessaire de produire comme dit M. BAYROU pour au moins combler ce déficit. Cependant il faut avant déterminer si l'Europe ne nous pénalise pas.
L'Europe communautaire, vite !
Posté par : Tarrou | 12 décembre 2011 10:05D'abord, enlevez ces fautes d'orthographe, l'entretien mérite mieux. De Sarnez a raison de valoriser la méthode communautaire. C'est à la fois la plus démocratique et la plus efficace. En tout cas, il serait temps qu'on arrête avec ces sommets intergouvernementaux innombrables, solennels mais confus, dont on dit toujours qu'ils sont ceux de la "dernière chance" et qu'on y a "sauvé l'Europe"... jusqu'au prochain psychodrame. A la longue, les citoyens n'y croient plus. Il faut changer de système.
Tant que nous ne serons pas crédibles ????
Posté par : gilco2 | 11 décembre 2011 07:49Tant que nous ne serons pas crédibles, nous n'aurons aucun poids pour donner à l'Europe des recommandations ni lui demander "d'être pure" Commençons donc par donner à la France l'égalité sociale fiscale et pénale qu'elle attend ! Réduisons la charge publique à un niveau "satisfaisant" (rappel la France est à 55 pour cent du PIB contre 45 pour cent en Allemagne) Si nous réduisons cette charge, que peut il se faire d'équitable ? Nous allons donnons de l'oxygène aux entreprises locales...d'ou, diminution du prix de revient d'ou amélioration de la compétitivité... Si, nous réduisons les différences sur les salaires et les retraites pour donner aux plus faibles un "peu" de pouvoir d'achat en supprimant tous les privilèges et, l'égalité sociale pour tous les travailleurs autour d'une classification et d'une grille de salaires identiques pour tous en fonction du travail effectué, de sa pénibilité, de la conscience professionnelle déployée, nous rétablirons la confiance ! si, parallèlement nous supprimons tous les régimes spéciaux ? Si nous appliquons une réforme fiscale draconienne consistant à la suppression de toutes les niches fiscales à l'exclusion de celles qui sont créatrices d'emplois directs (ex.aide à la personne) et, si nous appliquons des tranches supérieures et dissuasives des hauts salaires....si nous appliquons une retenue à la source pour les versements effectués à des français domiciliés à l'étranger et qui y paie leurs impôts...; nous pourrons réduire notre dette. Enfin, si nous appliquons aux frontières européennes un contrôle de la qualité et des prix (notamment sur les importations des entreprises délocalisées afin que cette taxe viennent payer le chômage qu'elles ont créé ! En supprimant ces zones d'ombre et d'inquiétude sur notre territoire, nous nous donnerons les "biscuits" pour peser sur une vraie réforme de l'Europe !
talk orange
Posté par : basquette | 10 décembre 2011 10:55Bravo à Marielle sur tous les plans: précision des propos, élégance du style, conviction et modération à la fois- Elle a tout d'une grande! (femme politique)