27 octobre 2009
Dans une tribune publiée sur le site lesechos.fr, mardi 27 octobre, Robert Rochefort, député européen du Mouvement Démocrate, se prononce contre la privatisation des services publics en France.
"Suite à la mobilisation citoyenne massive qu'a suscité la possible privatisation de la Poste, il est nécessaire de revenir sur les enjeux d'un tel changement de statut. Les questions de gestion, d'usages, d'efficacité, d'impact économique des entreprises publiques méritent qu'on s'y attarde. Quel service public, quels services privés, pour quel modèle de société ? (Lire la suite)
Comme beaucoup, je me réjouis du succès rencontré par la consultation citoyenne sur l'avenir de
la Poste. Peu de Français perçoivent les soi-disant avantages du changement de statut, alors que le
risque de privatisation que cette évolution recèle est évident pour tous. Et la privatisation, ils
n'en veulent pas! Quant aux garanties sous forme de promesse gouvernementale ? «Promis, juré, cela
ne se fera jamais», elles ne sont pas crédibles compte tenu des précédents constitués par France
Télécom et par Gaz de France. Pourtant, je crois aux avantages de l'économie de marché. Je pense
qu'il n'y a pas de moins mauvais système que celui de l'entreprise privée pour créer de la valeur,
pour s'adapter aux changements des préférences des clients et pour se moderniser continuellement.
Alors pourquoi faut-il, au grand dam des adeptes du néolibéralisme, conserver un secteur public
puissant et moderne, c'est-à-dire doté des moyens nécessaires à son efficacité? Il y a trois
situations où cela est indispensable.
D'abord lorsque la sécurité collective est en jeu. Prenons par exemple le secteur de l'énergie;
notre pays ayant privilégié l'électricité d'origine nucléaire, il serait irresponsable de confier
une partie de la gestion du système qui la produit à des sociétés privées. Assurer à tout moment
une sécurité maximale ne peut pas être en concurrence avec une augmentation des profits à court
terme que réclameraient des fonds privés s'ils étaient actionnaires majoritaires. Ce serait une
erreur, un grand risque à faire courir aux populations et plus largement à l'ensemble de la
planète. Au nom du même principe de sécurité, les essais expérimentaux sur les OGM, la gestion des
prisons ou bien encore la sécurité publique doivent strictement rester dans le secteur public ou y
retourner.
Vient en deuxième position l'exigence d'un égal traitement de tous face au service rendu, ce
que évidemment le marché, à lui seul, ne garantit pas. Dans un vaste pays comme la France, avec de
nombreux territoires ruraux, la distribution du courrier ou les grandes infrastructures de
transport en commun ne peuvent impunément être confiées à des opérateurs privés. C'est pourquoi la
Poste, comme la SNCF, doivent rester de statut public. Si la Poste hollandaise a été privatisée,
c'est parce que ce pays a un habitat très dense sur une surface peu étendue. A l'inverse, les
Etats-Unis ont
conservé une administration pour assurer le service postal jusqu'au fin fond du middle-west.
Quant à la privatisation thatcherienne des chemins de fer britanniques, elle constitue le plus
efficace repoussoir tant le service s'y est rapidement dégradé. L'égalité de traitement entre les
urbains et les ruraux, entre les plus aisés et les plus démunis doit rester un objectif absolu dans
de nombreux domaines au premier rang desquels figurent l'accès aux systèmes de santé et d'éducation
mais aussi le droit à la culture et aux pratiques sportives. Cela n'est malheureusement pas
suffisamment le cas. La situation se dégrade dans tous ces secteurs par une marchandisation
croissante que nous avons le devoir d'endiguer.
Enfin, troisième situation où le secteur public est nécessaire: lorsque le marché est
embryonnaire ou bien incertain alors que l'intérêt général justifie un effort volontariste de la
collectivité. Il en est ainsi pour la recherche scientifique appliquée. L'Etat doit garantir des
programmes pluriannuels donnant le temps nécessaire aux équipes de chercheurs, en intégrant la
possibilité de ne pas forcément déboucher sur des succès. Cela justifie la création, par les
universités et les grands organismes de recherche, de sociétés filiales qui pourront ensuite
s'autonomiser le cas échéant. En retour, quand cela est possible, l'Etat touchera directement les
bénéfices de l'argent public préalablement investi, par exemple grâce à des dépôts de brevets.
La tendance consiste malheureusement aujourd'hui à concéder la gestion du service public à
des entreprises privées. Cela ne devrait être fait qu'avec beaucoup de vigilance, dans des cas
assez limités, lorsque la prestation est technique, que le cahier des charges est simple rendant
quasi impossible la sélection de clientèle pour accroître la profitabilité et que le contrôle du
prestataire par l'administration donneuse d?ordres est aisée à réaliser. Cela se fait couramment
dans les communes pour la collecte des déchets ou encore la gestion des transports en commun. Mais
cela n'a plus de sens lorsque le volume des prestations ou le territoire couvert sont trop
importants.
Certains secteurs font coexister gestions publique et privée comme dans la santé avec les
hôpitaux publics et les cliniques. Il est regrettable que ces situations historiques anciennes
soient présentées comme un modèle que l'on tend aujourd'hui à dupliquer dans de nombreux domaines:
transport, courrier, accompagnement des chômeurs? Le risque est grand de favoriser des bénéfices
abusifs en faveur du privé en laissant au secteur public ce qui n'est pas rentable. Quant à l'idée
d'encourager la concurrence entre les opérateurs publics et privés, elle souligne l'incapacité du
gouvernement et des gestionnaires à inventer d'autres modèles dorganisation efficace que celui de
l'entreprise privée.
Il est révélateur à cet égard que l'on utilise à tout va le vocable de «client» là où l'on
disait avant: usager, passager, assuré-social? Ces mots n'ont-ils plus de sens? Le client est,
dit-on, celui qui a tous les droits. Il a surtout ceux que lui confère sa capacité à payer. En
revanche, il a peu de devoirs, ni à justifier de ses choix qui sont souvent très égoïstes. Veut-on
que l'usager des services publics se comporte ainsi? Ce dernier est au contraire un citoyen, membre
d'une collectivité, et cela lui intime des droits mais également des devoirs. On ne peut à la fois
constater les incivilités croissantes à l'égard des services publics et promouvoir une conception
consumériste et marchande de leur usage. C'est pour cela que nous devons renforcer l'éducation
civique à l'égard de l'utilisation des services publics.
Contrairement aux idées néolibérales, les dépenses des services publics ne nuisent pas par
principe à l'activité économique. Elles peuvent même la favoriser. Si la France s'avère être un
pays attractif pour les investissements étrangers? Ce que confirment les données les plus récentes.
Cela tient pour partie aux avantages dont notre pays dispose en matière d?infrastructures de
transports et de couverture sociale des salariés. La défense des services publics se comprend par
le modèle de société que l'on souhaite promouvoir, par le refus de voir l'argent être le moteur
exclusif de toute activité, le seul langage entre les hommes.
Malheureusement, quotidiennement, d'une façon ou d'une autre, le service public est
fragilisé. Cela se fait souvent d'une façon insidieuse comme ces derniers jours avec le
renouvellement du conseil d'administration d'EDF. On prête à Monsieur Proglio la ferme volonté de
cumuler la charge de président du conseil de surveillance de Véolia Environnement avec celle de
patron d'EDF. S'il devait y avoir une seule justification industrielle à ce cumul, elle serait dans
le rapprochement de ces deux grandes entreprises laissant planer un remake de ce que fut la fusion
entre GDF et le groupe Suez désormais majoritairement privé. Veut-on faire pareil avec
l'électricité? Qui a remarqué que le gouvernement n'a pas renouvelé le siège d'administrateur d'EDF
précédemment occupé par un représentant d'une association de consommateurs? Cette présence était le
signe que, dans un secteur si particulier, l'usager pouvait avoir son mot à dire sur la stratégie
générale de l'entreprise publique. Pense-t-on que désormais, il n'a plus qu'à être banalement un
simple client d'une entreprise condamnée peu à peu à se banaliser? En sera-t-il ainsi demain aussi
pour La Poste? Rien ne l'impose. La société française ne le veut pas."
Robert Rochefort
Député européen
Ancien directeur du CREDOC
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POSTE EUROPEENNE
Posté par : CHATBLEU | 3 novembre 2009 08:42Pourquoi personne ne propose la création d'une poste européenne ? j'entends par là un service public européen. Les différentes postes nationales fusionneraient pour former une entité plus vaste. Pourquoi le MoDem ne proposerait-il pas des solutions de ce genre ? Puisque l'Europe, semble-t-il, favorise les ouvertures de capitaux et incite au démantèlement des services publics, elle devrait se charger d'organiser des services publics européens. Voilà le genre de mesures qui pourrait raviver la confiance des citoyens. Une SNCF européenne, une armée européenne, une poste européenne, et pourquoi pas une sécurité sociale et des hôpitaux européens. Oui je rêve ! mais c'est bien de rêves que manque le projet européen.
@ coolfifi : cool !
Posté par : citizenet | 31 octobre 2009 21:02Bien sûr quon prend le TGV tous les jours pour bien dautres choses que partir en vacances, comme on nenvoie pas des cartes postales toute lannée en sortant du métro. Cétait juste un exemple pour distinguer la notion de services publics et qui doivent le rester, dintérêt général et accessibles à tous, sans exception, et les services que propose le secteur privé, qui nen sont pas moins utiles et souvent de qualité (comme La Poste prochainement ?), mais pas aussi « vitaux » que le maintien des hôpitaux de province, entre autres remises en cause actuelles de garanties sociales qui devraient rester inaliénables, et que les sbires « illuminés » de Sarko veulent fermer à tours de bras, sans même penser aux surcoûts inhérents aux déplacements supplémentaires des patients (bonjour les économies en CO2 !), qui même sils devront dorénavant y aller en TGV, nont jamais imaginé que lhôpital pouvait être une destination de vacances
N'en délaise à citiznet
Posté par : coolfifi | 31 octobre 2009 19:44On ne prend pas le TGV que pour partir en vacances, le travail aujourd'hui peut demander que l'on se déplace beaucoup et dans le train on peut travailler ce que l'on peut difficilement faire en conduisant...les députés européens se rendant à Bruxelles ou Strasbourg peuvent en témoigner. Sans compter les personnes âgées qui ont besoin de se rendre à l'hopital, au tribunal et n'ont d'autre moyen de déplacement que les transports en commun ou les plus jeunes qui n'ont pas davantage de choix. La Poste ne sert pas qu'à envoyer des cartes postales ou des cadeaux à la famille dont on est éloigné mais aussi à envoyer des chèques, régler des problèmes administratifs qui demandent que l'on garde une trace... Oui la liberté de se mouvoir ou de communiquer est aussi vitale aujourd'hui qu'elle l'était du temps de la malle poste...et si ces deux "services publics" se sont déjà marchandiser, on peut déjà remarquer qu'ils font plutôt moins bien leur service au public qu'il y a 20 ou 30ans, quand il y avait deux distributions de courrier par jour dans les grandes villes par ex. Pour avoir goûté à la poste bavaroise privatisée, je sais dores et déjà que c'est la mort de la carte postale assurée mais aussi du service postal tel qu'on le connaît encore en partie aujourd'hui
privatisation de l'accompagnement des chômeurs
Posté par : iskra | 30 octobre 2009 15:45Que le fonctionnement de l'ex ANPE laissât à désirer, nul ne le conteste. Encore faut-il dire honnêtement qu'ayant toujours été un instrument aux mains du pouvoir, son intervention ne pouvait être que chaotique, au gré des changements de politique, voire de ministres sans trop d'inspiration. Pour autant, l'effroyable dégradation née de la fusion -elle-même préfigurant sans illusion possible une évolution mercantile- s'apparente à une tentative d'euthanasie pratiquée sur un malade somme toute curable. Aujourd'hui, le doute n'est plus permis: la mise en concurrence à partir de 2007 de l'ANPE (équipes CVE) avec des prestataires privés a fait l'objet d'une observation menée par l'École d'économie de Paris, et d'un rapport repris par la presse. L'évaluation en termes de résultats et de coût s'est révélée largement favorable au service public. D'où, au terme d'une logique transparente, le démantèlement sournois des équipes qui ont assuré le succès de cette expérimentation, au profit de prestataires privés qui ne font même plus mystère de leur objectif prioritaire: maximiser les profits dégagés en recourant à du personnel dépourvu de qualifications et sous-payé, en incitant les demandeurs d'emploi à reprendre au plus vite n'importe quel travail disponible, en économisant sur les moyens matériels...
Concilier services publics et intérêts privés
Posté par : citizenet | 30 octobre 2009 11:08Daccord avec Robert Rochefort sur le fait « qu'il n'y a pas de moins mauvais système que celui de l'entreprise privée pour créer de la valeur, pour s'adapter aux changements des préférences des clients et pour se moderniser continuellement ». Mais plus que la nécessité de « sécurité collective », de « l'exigence d'un égal traitement de tous face au service rendu », cest la notion « dintérêt général » pour tous les citoyens SANS EXCEPTION, qui doit distinguer nos services publics des entreprises privées qui elles ne sont pas cautionnées par une majorité de contribuables, mais par une minorité dactionnaires qui visent dabord la réalisation dun maximum de profit pour rentabiliser leurs investissements privés, alors quen général ils proposent néanmoins à leurs clients des produits et des services de qualité, sûrs et équitables. Ainsi doit-on effectivement refuser de « négocier » tout ce qui relève du nécessaire, tout ce qui relève de nos besoins vitaux pour vivre et survivre en société, comme lécole, la santé, la justice et la sécurité des personnes et des biens, la défense nationale et les assurances sociales. Par contre, La Poste comme la SNCF nont pas attendu dêtre privatisés pour accéder de plain-pied à léconomie de marché afin de « marchander » leurs services comme nimporte quelle entreprise en concurrence avec dautres entreprises (la concurrence étant également vitale pour progresser en économie de marché), des services qui, pour être très utiles à la circulation des biens et des personnes, nen sont pas pour autant des intérêts aussi « vitaux » que ceux énoncés précédemment. Car partir en vacances en TGV et envoyer des cartes postales est plus SUPERFLU que notre NECESSAIRE Education Nationale et les services des urgences des hôpitaux publics ET privés