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3 juin 2010

"La véritable réforme des retraites, utile à notre pays, est encore devant nous", par Robert Rochefort

Robert Rochefort

Les travaux récents du Conseil d'Orientation des Retraites ont bien mis en évidence l'aggravation des prévisions financières produite par les effets de la crise économique et surtout par la montée du chômage. Comme nous le savons tous, il y a deux causes à l'origine des difficultés de financement liées à la démographie : l'allongement de la durée de la vie, qui est en soi une bonne nouvelle et qui devrait être pérenne ; la bosse démographique qui correspond au passage à la retraite des générations du baby-boom (naissances de 1945 à 1965) et qui elle n'est que temporaire, bien que durant au total près de 3 décennies. C'est pour contribuer à traiter ce deuxième défi qu'a été créé le fonds de réserve des retraites, c'est pour cela qu'il doit être préservé et renforcé jusqu'en 2020.

En tout état de cause, le constat est clair : la situation est très préoccupante et elle nécessite un très large dialogue, une remise à plat en toute transparence des différents éléments du système de retraite français. Il faut pour cela le temps nécessaire, or le calendrier annoncé par le gouvernement ne permettra pas cet échange approfondi. Cela est très regrettable ainsi d'ailleurs que la solution dessinée d'une réforme a minima, destinée à tenir quelques années seulement, incapable de rassurer nos concitoyens - en particulier les plus jeunes - sur la pérennité du système et donc sur l'avenir.


Dans cette situation, il convient tout d’abord de réaffirmer les valeurs sur lesquelles il convient de s'appuyer et de refonder en conséquence notre pacte intergénérationnel. C’est sur cette base que repose le principe de la retraite par répartition qui doit être préservé. C’est cela également qui force à mettre en place, « enfin » - aimerait-on dire -, l’assurance dépendance comme cinquième risque de la Sécurité Sociale. Ce sujet est lié à celui des retraites car il s’agit de garantir aux ainés d’aujourd’hui et de demain les moyens de faire face à leurs besoins et à vivre dignement. N’oublions jamais que l’angoisse de beaucoup de retraités d’aujourd’hui ne tient pas d’abord au niveau de leur pension du moment mais aux dépenses auxquelles ils auront à faire face plus tard en cas de survenance d’une perte d’autonomie voire à celle de l’un de leurs propres parents encore en vie. Plutôt que de distinguer les deux sujets comme cela est actuellement prévu, c’est à une recherche de solution commune, pouvant éventuellement comporter une contribution nouvelle qu’il faut s’atteler.

L’aversion de nos concitoyens à accepter de reporter en droit ou en faits l’âge de départ en retraite, s’explique par la lassitude et la fatigue ressenties dans la vie professionnelle. La France est dans une situation aberrante : une productivité horaire record mais éreintante pour ceux qui ont un emploi, destinée à compenser un chômage structurel trop élevé et un temps de travail tout au long de la vie inférieur à ce qui s’observe chez nos voisins. Le tout en ayant abandonné depuis trop d’années déjà l’ambition de former les salariés au-delà de 50 ans et parfois même avant. C’est cela et rien d’autre qui nous a mené à cet accord entre les pouvoirs publics et les partenaires sociaux en faveur des préretraites, et qui - bien qu'officiellement supprimé - perdure dans les faits sous d'autres formes.

Il n’y a pas de réforme possible et acceptable incluant un allongement des durées de cotisation sans une modification des rythmes, des conditions de travail et des méthodes de management pour que l’activité professionnelle devienne épanouissante pour le plus grand nombre. En s’inspirant de la flex-sécurité telle que mise en place dans certains pays du nord de l’Europe, on doit mettre en place tout au long de la vie – et surtout dès 40 ans – des formations requalifiantes destinées à permettre à chacun d’évoluer, si nécessaire, vers une seconde carrière. C’est ainsi également que doit être appréhendée la question de la pénibilité. Il est injuste de ne rien faire sur ce sujet mais il serait particulièrement cynique de n’envisager en la matière que des départs anticipés en retraite à ceux qui du fait de leur travail perdent des années d’espérance de vie. Ceux qui souffrent d’une telle pénibilité dans leur travail ne doivent l’exercer qu’un nombre très limité d’années et se voir ensuite proposer un autre travail.

Il faut donc ré-inventer le travail après 50 ans et y préparer les salariés dès avant avoir atteint cet âge pivot. C’est une réflexion globale qu’il faut entamer en prenant en compte par exemple les motivations qui varient au cours de la vie active. En règle générale, après 50 ans, on ne recherche plus d’abord des avancées rapides de carrière, des hausses de rémunérations, des responsabilités d’encadrement plus importantes. Les motivations s’orientent plutôt vers la qualité du travail « bien fait », un rythme plus choisi dans l’organisation du temps, une part de son temps destiné à transmettre ce que l’on a appris aux générations plus jeunes.

Il faut permettre également que l’exercice de l’activité puisse se faire à temps partiel. On observe souvent chez les salariés quinquagénaires un désir d’évoluer ainsi qui est contrecarré par la rigidité des entreprises – ou pire encore des administrations – mais aussi par l’inquiétude de ne pas assez cotiser pour la retraite. Il convient donc d’inventer des formules qui autorisent après un certain âge l’achat de droits contributifs à la retraite en complément de ceux que fournit un travail à temps partiel. Bref, si l’on ne réenchante pas le travail, si l’on n’y introduit pas davantage de respect, de capacité d’autonomie et de créativité, on ne rendra pas acceptable l’allongement de la vie professionnelle.

Ces éléments incitent à évoluer vers un système de retraite par points. C’est la seule façon de rétablir une lisibilité permanente sur les droits que chacun acquiert tout au long de sa vie professionnelle et donc de pouvoir choisir – au moins en partie – le moment de son départ. C’est également une façon simple d’envisager un rapprochement progressif entre les différents systèmes de retraite, d’intégrer les périodes de cotisations à l’étranger. La retraite calculée par la formule des « comptes notionnels » est une variante intéressante de la retraite par points qui permet de pondérer les droits en fonction de l’espérance de vie des différentes générations. Le basculement vers un tel système demandera un peu de temps. C'est pour cela qu'il faut le prévoir et l'annoncer dès maintenant. Je pense également qu’il convient de reconnaître l’action bénévole et de permettre qu’elle donne lieu à l’acquisition de points de retraite.

Le vieillissement démographique force à reposer la question des contributions que chacun peut apporter à l’intérêt général. Des seniors plus nombreux constituent une chance et un potentiel pour entretenir et réactiver le lien social. On doit réfléchir à des contrats pluriannuels passés entre des retraités et des associations d’intérêt général, r e c o n n u e s comme telles par la collectivité, dans des thèmes comme l’aide sociale ou humanitaire, le soutien scolaire ou la réalphabétisation, l’accompagnement des malades ou des personnes seules qui procurent à ceux qui s’y impliquent des suppléments de droits validés pour leur retraite. Une fois la question ainsi reposée dans toute sa globalité – mais seulement après que cela soit fait - il faut bien aborder les recherches de solutions financières à court terme et à moyen terme. Celles-ci peuvent intégrer un allongement très progressif de l'âge de départ à taux plein (plus juste à l'égard des jeunes générations que la seule augmentation de la durée de cotisation) mais il ne serait ni juste ni suffisant d’en rester là. Il convient également d’élargir l’assiette des cotisations liées au travail à tous les éléments qui y échappent ( intéressement, indemnités de départ « négocié », stock-options, etc … ) et je pense qu'il faut aussi correctement identifier dans les dépenses des caisses de retraite, ce qui ressort de la solidarité nationale et qui doit être financé comme tel, principalement par la CSG, plutôt que par les cotisations assises sur le travail.

Bref, la véritable réforme des retraites, utile à notre pays, est encore devant nous.

Robert Rochefort
Député européen, Vice-président du Mouvement Démocrate


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

scandales politiques

Posté par : gilco | 12 juin 2010 07:06

que fait la cour des comptes, pourquoi ne met elle pas les pieds dans le plat ?
Difficile non, la gauche et la droite sont concernés ?


réformette des retraites

Posté par : gilco | 11 juin 2010 13:55

c'est effectivement une nouvelle réformette vers laquelle on se dirige !
Comment peut on omettre dans laréforme, les retraites spéciales et celles des fonctionnaires (et bien sur des élus)
Sans alignement sur le régime général de toutes ces spécialités privilégiées, on n'aboutira rien
Je ne comprends pas M. ROCHEFORT, ni François BAYROU qui reportent aux calandres grecques ces privilèges.
Et pourtant c'est utile pour notre pays
La suppression de tous les privilèges et une bonne lutte contre la dette.
Personne ne la veut, sauf quelques uns qui n'ont pas de pouvoirs.
Cessons d'être REPUBLIQUE BANNANIERE...


LA REFORME de LA RETRAITE A FAIRE

Posté par : BONEVALJJ | 10 juin 2010 17:29

S.L.Démocrate RRochefort Comme j'avais apprécié le dictionnaire de l'€urope informateur des"jargons" mots & maux de l'organisation positive, pas forcément et simplement POLITIQUE qu'il faut pour ECE villages que Mme de SARNEZ a réussi à me faire acheter,j'ai découvert l'existence du DICTIONNAIRE de la RETRAITE (achat proposé par Sauvegarde des retraites 24€ à peine ouvert (& pourtant ça urge) tendant à expliquer les tenants et aboutissants du MIEUX PROGRESSIF pour l'avenir qui reste à préciser concrètement pour TOUS comme attendu de l'étude MoDem conduite par le mouvement démocrate


@canard_orange 07-06; 20h: tranche de vie

Posté par : cocobeloeil | 8 juin 2010 16:53

Parenthèse sur le comportement d'un syndicaliste en secteur privé (~250 salariés):
Je vous cite: [Les salariés sont perdus. Ils ne savent plus à qui faire confiance, surtout les jeunes.] et [On a vu en Allemagne dans la décennie qui vient de passer, l'exemple de la concertation, même de la cogestion, entre syndicats et patronat, aboutir à l'inculpation de syndicalistes pour prise illégalle d'intérêts]. Je confirme que ce comportement est de plus en plus celui de syndicalistes français. Un exemple: le mien. A 54 ans en 2008, j'ai été licenciée de mon poste sur une faute grave constituée de toutes pièces par la direction qui avait décidé de réduire la masse salariale sans coûteux plan social. D'autres ont été convaincus de prendre la porte de sortie de "leur plein gré" sur harcèlement d'un cadre recruté, chargé de faire le nettoyage (ce sale boulot). Non seulement, les syndicalistes (CFDT, FO, CGT) contactés par moi afin de m'aider à me défendre n'ont pas bouger le petit doigt, mais je suis persuadée qu'aucun signalement n'a été effectué auprès de la direction départementale du travail! L'omerta.
D'où, j'en ai tiré la conclusion tout comme vous, que (je vous cite encore): "Tant que la provenance principale de l'argent de fonctionnement sera le motif de pensée vitale du syndicaliste, les salariés seront perdus." Je n'ai pas une virgule à retirer. Pour l'avoir éprouvé, je fais désormais partie de ceux qui pensent que des syndicalistes vivent en autarcie en milieu industriel, et n'ont de la sorte, aucune nécessité de remplir la tâche à laquelle ils se sont voués. Quant-à laisser faire les entreprises dans de telles manoeuvres machiavéliques, en connaissance de cause, ils n'hésitent pas non plus!
Moi, en revanche, je me suis battue seule et bonne nouvelle; je viens de gagner mon combat après 2 ans de contentieux. Mon histoire aura, je l'espère, une fin heureuse: je me lance désormais dans une activité en solo et aurai la possibilité de décider de prendre une retraite lorsque je l'aurai décidé et non lorsqu'on me l'imposera.


Responsabiliser les salariés comme les retraités

Posté par : citizenet | 8 juin 2010 12:01

La réforme indispensable des systèmes de retraite ne se fera vraiment que si une majorité de citoyens « comprennent » les enjeux, et soient dès leur entrée dans la vie active impliqués dans la constitution progressive de leurs droits futurs.

Pour cela, il faudrait édicter quelques principes simples et clairement compréhensibles qui doivent « baliser » notre part de responsabilité personnelle pour bien délimiter ce qui est possible et ce qui ne l’est pas.

En ce qui concerne nos droits, et quoiqu’il advienne au cours des années actives, il s’agit de garantir un minimum de pension (par ménage et pas individuel) en fonction d’un calcul périodique de toutes les ressources patrimoniales privées, qui actuellement sont totalement « ignorées » au profit des plus nantis.

Il faut aussi garantir une retraite à taux plein à un âge (aujourd’hui 65 ans), avec la faculté de continuer si on le souhaite (mais sans bonification car travailler après 65 ans rapporte en salaire plus qu’une pension et « capte » la place d’un salarié plus jeune), ou arrêter avant (avec abattement de 5 pour cent par an).
Autre droit : partir à taux plein dès 60 ans, mais jamais avant, si un quota de, par exemple, 43 ans d’activité est atteint, modulé en fonction d’une grille de pénibilité objectivement établie cas par cas.

Après nous avoir rassurés sur nos droits, c’est au niveau de nos obligations que l’effort le plus important reste à faire, et à bien expliquer avant tout, pour être admis par la majorité des actifs, comme des retraités.

Ainsi, dès l’entrée en vie active : obligation de cotiser au système par répartition à un taux d’autant plus élevé que la date d’entrée en vie active est tardive, de façon à mettre en œuvre ces fameux comptes « notionnels » constitués d’une part d’un socle de base minimum de cotisations, et d’autre part d’une capitalisation « virtuelle » de droits (toujours par répartition) qui doivent compenser un déficit prévisionnel de chaque retraite future, suivant le parcours individuel de chacune et de chacun et prise en compte des périodes d'inactivité et de chômage, toujours au vu d’une situation patrimoniale qui prenne en compte toutes les ressources par « ménage ».

Au cours de la vie active, et quoiqu’en disent les opposants aux 35H, supprimer les heures supplémentaires pour contraindre les employeurs de partager une quantité limitée de travail et « engager » du personnel supplémentaire en prévision des pics d’activité, au lieu d’épuiser les autres en les gavant de sursalaires quand les demandeurs d'emploi n’ont que des allocations de chômage.

Et pour les retraités, alignement progressif des régimes spéciaux et fonctionnaires sur le régime général du secteur privé, plafonnement des retraites en fonction du même bilan patrimonial périodique de toutes les ressources individuelles cumulées (qui devient la véritable variable d’ajustement du calcul des pensions comme du parcours professionnel) et obligation de limiter leurs dépenses de santé aux « gros risques » avec cotisation obligatoire à une mutuelle en prévision de leur future « dépendance » liée à leur grand âge, ce risque majeur qui plombera bientôt notre sécurité sociale.



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