28 janvier 2009

La mort programmée du Grenelle de l'environnement

"La décision de relancer le nucléaire, sans concertation et sans évaluation, est contraire à l'esprit et à la lettre du Grenelle de l'environnement. Elle risque de privilégier une consommation électrique tous azimuts, au détriment des objectifs communautaires en matière d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables. Et de compromettre l'émergence d'une industrie "verte" en France" estime Corinne Lepage, vice-présidente du Mouvement Démocrate, dans un article du journal "La Tribune".

(Cliquez pour lire la suite)

"L'annonce de la réalisation d'un deuxième réacteur nucléaire EPR, puis, pour être agréable à GDF-Suez, d'un troisième, constituerait de facto l'avis de décès du Grenelle. Quelle est profondément la philosophie du Grenelle ? Faire entrer, tout d'abord, la France dans l'économie de l'éco-efficacité en valorisant les bâtiments à faible consommation énergétique et les procédés industriels fondés sur le cycle de vie du produit permettant de réduire simultanément la consommation de matières premières, l'énergie et les déchets. Permettre, ensuite, à notre pays de récupérer un peu de son retard en matière d'énergies renouvelables pour se rapprocher des objectifs communautaires en la matière et développer un secteur industriel dans le domaine phare de l'économie du XXIème siècle. Changer, enfin, le mode de prise de décision en associant les acteurs de la société civile autour d'un projet de société qui s'inscrirait dans le développement durable.

Or, le retour au tout nucléaire et à une politique du passage en force qui a caractérisé la mise en place du programme électronucléaire dans les années 70 tourne en tout point le dos à cette politique et rend en réalité impossible la réalisation effective de la loi Grenelle. En effet, construire trois réacteurs EPR aboutit à augmenter considérablement l'offre d'électricité et à répéter le scénario précédent : pas de politique de maîtrise de l'énergie, des coûts astronomiques pour les logements chauffés à l'électricité, pas d'industrie du renouvelable.

On pouvait espérer que nos dirigeants avaient compris que le monde avait changé et les faux-semblants avec. La réalisation de trois EPR rend totalement virtuel l'objectif de 23% d'énergies renouvelables en 2020 et de 20% d'efficacité énergétique à cette date. En effet, pour vendre son courant, qui ne se stocke pas, et amortir le coût faramineux de réalisation des EPR (le prototype finlandais avoisine les 5 milliards d'euros et EDF a dû lui-même reconnaître que le coût de revient du kilowattheure nucléaire serait compris entre 55 et 60 centimes d'euro), les exploitants, aidés bien entendu par des pouvoirs publics devenus schizophrènes, vont devoir favoriser la consommation électrique, c'est-à-dire continuer à promouvoir le chauffage électrique et lutter contre l'efficacité énergétique.

Ils ont d'ailleurs commencé très activement à le faire avec l'amendement Ollier, pour éviter que les objectifs d'efficacité énergétique dans les bâtiments soient applicables aux bâtiments chauffés à l'énergie électrique d'origine nucléaire. Ils vont continuer en essayant de dissuader le législateur d'abord, les consommateurs ensuite, de construire des bâtiments à énergie positive a fortiori à énergie passive et d'investir dans l'isolation, politique qui aboutirait à réduire la demande électrique. C'est le secteur du BTP, celui des matériaux intelligents qui est menacé.

Et pour que l'énergie nucléaire soit vendue, il faut évidemment qu'elle n'ait pas de concurrents. Il est donc impératif de détruire le frémissement de développement de l'énergie éolienne et de tuer dans l'œuf l'essor d'une énergie solaire. D'où la bronca orchestrée contre l'énergie éolienne et la baisse de tarif de rachat de l'électricité solaire dans le tertiaire pour tuer la rentabilité des projets qui étaient en cours.

L'étape suivante sera la contestation du prix du rachat de l'électricité verte par EDF qui invoquera l'inutilité de cette électricité compte tenu de l'abondance d'électricité nucléaire. Ainsi, les projets seront de moins en moins rentables, aléatoires et les investisseurs les réaliseront partout, sauf en France. Nous n'aurons donc aucune industrie susceptible de jouer un rôle majeur dans le secteur des énergies renouvelables et aurons raté, de manière parfaitement volontariste, la chance de nous inscrire dans l'économie de demain.

Devenus pourvoyeur de nucléaire dans toute l'Europe et poubelle nucléaire du même coup, nous mettons en péril nos filières agricoles et agroalimentaires avec a minima un risque d'image immense. Il suffit de demander aux agriculteurs de la région du Tricastin ce qu'ils en pensent ! Dès lors, c'est exactement le contraire du mode de développement économique que promeut le Grenelle qui est très clairement programmé.

Pour imposer ce passage en force, il va de soi qu'il n'est pas possible d'appliquer les nouveaux modes de rationalité économique promus par le Grenelle, ni de suivre, dans l'esprit et dans les textes, les procédures de concertation, de participation prévues au niveau communautaire et transcrites dans les lois Grenelle. Une fois de plus, une décision industrielle majeure ne repose sur aucune évaluation indépendante des coûts comparés des différentes filières, des avantages et des inconvénients directs et indirects qu'elles génèrent, et a fortiori, aucune prise en considération des conséquences sanitaires et économiques des déchets n'est prévue. C'est le choix du nucléaire parce que c'est le choix du prince.

Ainsi, le modèle économique que construit cette orientation tourne délibérément le dos à tout l'effort mené dans le cadre du Grenelle et aux politiques suivies par les autres pays du monde, à commencer par les Etats-Unis. Malheureusement, une fois encore, pour des raisons idéologiques, la religion du nucléaire, notre pays se trompe d'époque, se trompe de choix industriels et pour satisfaire nos champions hexagonaux des lobbies, désormais tous rassemblés, condamne à mort les éco-industries du XXIème siècle qui avaient cru que le Grenelle leur ouvrait une nouvelle voie."

Corinne Lepage


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

Pollution Terrestre...Nucléaire ! Horreur Mondiale Absolue !

Posté par : bourbon | 13 février 2009 00:37

Vive la décroissance, la vie heureuse et le bonheur pour tous...Complètement idiot, n'est-ce pas ! Et bien, moi, je suis pour les énergies naturelles, renouvelables et libres, pour la réduction drastique du nucléaire sous toutes ses formes, puis de son élimination totale...Toutes nos terres de France " et de Navarre " sont polluées de sites et décharges sauvages ou non (de ci, de là, non indiquées par des panneaux et exprimant des becquerels en veux-tu, en voilà)...Bien entendu, pour les entités cauchemardesques Cogema, Areva, Cea et cie, ce ne sont que mensonges et parfaite désinformation, bien sûr (dans quel sens, dirons nous), et quand on sait que les gouvernements complices sont " au courant "....Au Secours ! la maitrise de l'atome et de l'infiniment petit est sacré dans des mains sages mais c'est l'horreur absolue dans sa possession par des gens dénués de sens moral, civique ou pire encore...Mais soyons optimistes, le monde changera bientôt, j'en suis persuadé ! Amitié Orange !


Un verre

Posté par : mekil | 10 février 2009 22:20

Je comprend la peur que peut susciter le nucléaire chez certains de nos concitoyens mais sachez une chose, une seule...un verre d'uranium suffit pour contenter toutes les dépenses énergétiques électriques d'un être humain, pour TOUTE sa vie! Alors en dehors de la part grandissante du nucléaire dans nos relations diplomatiques pour lasquelle je suis très critique, le nucléaire, est, et restera jusqu'à la fusion l'énergie la plus rentable, d'un rapport cout / abondance / intarissale, imbattable. On sait qu'à part le solaire...rien n'arrivera à battre le nucléaire. En effet l'éolien est déjà grandement critiqué par sa déperdition énergétique et ses coûts de fonctionnement unitaires prohibitoires! Alors oui les déchêts nucléaires sont une grande question à laquelle des fonds de recherches devraient petre allouées massivement...en attendant la fusion...rêvons un peu l'homme en est capable!


dans l' esprit de Kosciuscko-Morisset c' etait surtout ...

Posté par : akhenator | 10 février 2009 14:26

Un Grenelle du Paysagisme . amitiés démocrates


Propos de Corine Lepage

Posté par : mtkdr | 9 février 2009 11:03

Consternants sur le nucléaire, consternants sur l'Eolien


Non au nucléaire : La grande illusion de l'indépendance et de la propreté

Posté par : jbcheb | 7 février 2009 08:54

Je lis avec frayeur que certains membres du Modem "pro- nucléaires" ou "sceptiques" argumentent encore de manière inconsciente et insouciante avec des propositions qui relèvent totalement du mythe des années 1970 colportées par les ingénieurs des Mines jusqu'à maintenant (puisque c'est ce corps qui occupent les places ministérielles et de haute administration et de direction des entreprises dans ce domaine). Il serait bon de s'informer factuellement avant de prendre des positions déniant un caractère idéologique mais qu'il l'ont dans les faits puisqu'elles ne concordent pas avec la réalité. A part le monsieur qui travaille dans le secteur nucléaire, et qui se trouve incapable de prendre de la distance avec sa culture d'entreprise, les autres discours écrans sur la rhétorique nucléaire au sein du Modem posent question sur le niveau d'information réelle de certains membres du Modem. Ci-joint pour élever ce niveau d'informations, et permettre à certains de réviser leur position conservatrice (me semblant contraire à l'esprit progressiste du Modem) en revenant dans la réalité des pratiques et des effets de celles-ci en matière énergétique, je vous apporte ci-dessous les conclusions du numéro 25 de la revue Global Chance, une association d'experts indépendants basée à Meudon dans les Hauts-de-Seine (ingénieurs, chercheurs, économistes...), intitulé "Nucléaire : La grande désillusion. Promesses, déboires et menaces". Le numéro a été publié en septembre 2008 et est téléchargeable sur internet, en tapant le titre du numéro sur Google. En cas de problème, vous pouvez me le demander (jb_chebroux@club-internet.fr) : "En regard de ses ambitions initiales et des efforts considérables qu’il a nécessité aussi bien en termes techniques qu’économiques, le bilan de l’énorme programme nucléaire français développé entre 1975 et 2000 est particulièrement décevant. La proclamation toujours présente de « l’indépendance énergétique de la France » ne résiste pas à l’examen puisque la consommation de pétrole par habitant de la France est en 2007 supérieure à celle de ses grands voisins, que la contribution du nucléaire à la consommation finale n’y est que de 14 %, alors que les produits pétroliers en représentent 49 %. Certes l’apport du nucléaire permet réduire la dépendance de la France par rapport au gaz ou au charbon, mais la dépendance pétrolière est de loin le facteur le plus contraignant pour la sécurité énergétique. De plus, avec une production d’électricité à 80 % d’origine nucléaire et basée sur une seule technique, les réacteurs PWR, le système électrique français s’est créé une nouvelle vulnérabilité. En termes économiques globaux, le « tout électrique – tout nucléaire » qui a été la base de la politique énergétique française des trois dernières décennies et qui continue de l’être contre toute rationalité économique et énergétique avec le programme de construction du réacteur EPR n’a pas apporté un avantage particulier à la France, par rapport à l’Allemagne par exemple. La monoculture nucléaire a entraîné au contraire un retard considérable sur le développement des énergies renouvelables et freiné les efforts d’économies d’énergie, notamment sur l’électricité. Face aux conséquences de l’augmentation des gaz à effet de serre, le nucléaire est présenté comme une solution qui s’impose puisqu’il émet effectivement beaucoup moins de CO2 que la combustion de pétrole, de gaz ou de charbon. Mais à y regarder de plus près, ce remède miracle n’en n’est pas un. Il est exact que la production d’électricité d’origine nucléaire contribue à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais même dans le cas extrême de la France, cette réduction peut être estimée à 15 à 20 % maximum des émissions totales, ce qui n’est pas négligeable mais doit être mis en balance vis-à-vis de l’ensemble des risques et des pollutions que présente l’ensemble des installations complexes et dangereuses du système nucléaire de centrales, des usines du combustible, des transports de matières radioactives, actuellement et dans la durée (démantèlement des installations, gestion des déchets radioactifs). Le nucléaire est susceptible de générer des accidents graves pouvant affecter durablement de larges territoires. La gestion des déchets à vie longue n’a pas trouvé de solution satisfaisante. Enfin la prolifération reste un risque majeur pour la sécurité du monde et il est faux d’affirmer qu’on peut doter un pays de centrales civiles sans que ne soit possible un usage militaire. De plus, le nucléaire ne peut participer qu’à la production d’électricité, qui (toutes sources confondues) ne représente que 20 % environ de la consommation d’énergie finale d’un pays développé. Le reste, c’est le pétrole brûlé dans les voitures et les camions, le fuel ou le gaz pour chauffer les bâtiments et assurer la production industrielle mais aussi la biomasse et l’énergie solaire (l’hydraulique et l’éolien produisant de l’électricité). L’indispensable lutte contre les émissions de gaz à effet de serre passe donc d’abord par une politique d’économie et de recherche d’une plus grande efficacité énergétique. Elle passe ensuite par un plus grand recours aux énergies renouvelables. La poursuite des tendances actuelles de la consommation d’énergie au niveau mondial se heurte à des contraintes insurmontables et conduit à l’impasse du développement, accentue les inégalités entre pays riches et pays pauvres et contribue à la fracture sociale. Le développement économique et social ne peut être que freiné, voire rendu impossible, par l’insécurité énergétique (approvisionnement physique versus contraintes géopolitiques, augmentation des prix, raréfaction des ressources à moyen terme, risques technologiques et d’agressions extérieures de toutes natures), la dégradation de l’environnement local (pollutions, accidents) et global (changement climatique). La montée des prix du pétrole ruine d’ores et déjà les économies les plus fragiles. Les scénarios de prospective énergétique « laisser faire » (business as usual ») mettent d’ailleurs clairement en évidence l’impasse politique, économique et environnementale à laquelle ils conduisent. La sécurité énergétique et les contraintes environnementales sont un défi considérable pour le développement économique et social à l’échelle de la planète. La maîtrise des consommations d’énergie arrive au premier rang des politiques qu’il faut rapidement mettre en oeuvre parce que c’est elle qui possède le plus grand potentiel, qu’elle est applicable dans tous les secteurs et dans tous les pays, qu’elle est le meilleur instrument de la lutte contre le changement climatique, enfin qu’elle permet de ralentir l’épuisement des ressources fossiles et d’assurer qu’une part croissante de la consommation d’énergie soit assurée par les énergies renouvelables. Elle constitue en outre un facteur de développement économique par la diminution des dépenses énergétiques et aussi par la création de nouvelles activités et d’emploi. C’est un impératif de premier ordre des politiques énergétiques et économiques. Ce changement profond de paradigme énergétique qui substitue à la priorité de l’offre la priorité de la demande modifie profondément les rapports du citoyen aux systèmes énergétiques. La satisfaction d’un « service énergétique » à la place d’une « fourniture d’énergie » place au premier rang des acteurs nouveaux : entreprises, collectivités, ménages, professionnels du bâtiment, des transports, de la production industrielle ou agricole et du secteur tertiaire. Les villes et les collectivités territoriales deviennent des animateurs et des promoteurs essentiels de ces nouvelles politiques. S’ils appliquent une telle stratégie, les pays industrialisés peuvent réduire leur consommation d’énergie dans des proportions notables. Les pays en développement ont besoin d’augmenter la leur, mais ils peuvent le faire avec des taux de croissance bien inférieurs à ceux que les pays riches ont connu dans le passé avec les dégâts que l’on connaît. Pour la plupart des pays, y compris des grands producteurs d’énergie, la maîtrise des consommations d’énergie est la première ressource énergétique nationale pour les prochaines décennies. L’Europe peut jouer un rôle leader dans la promotion d’une telle politique : tant sa sécurité énergétique que la lutte contre le changement climatique l’y engagent. Les décisions de mars 2007 du Sommet européen sur les « trois 20 % » (effi cacité énergétique, énergies renouvelables, émissions de gaz à effet de serre), comme le « Paquet Énergie » présenté par la Commission européenne au niveau de constituent un signal encourageant pour l’Union Européenne. Il reste que le « partage des efforts » entre les États membres reste à faire et constituera la pierre de touche de la volonté politique de chacun. Dans un tel contexte, au regard des enjeux du risque climatique, de la sécurité énergétique et du développement économique et social, l’apport réel du nucléaire resterait marginal pour l’Europe. Par contre, les risques tant physiques que géopolitiques que comporterait un développement de cette technologie dans son état actuel sont tels que la balance « inconvénients versus avantages » penche très nettement en défaveur de ce développement. De plus, le nucléaire impose une centralisation massive du système énergétique, basée sur des unités de grande puissance, alors que le progrès technologique porte de façon croissante sur un système énergétique basé sur les actions et les initiatives décentralisées, dans les domaines de l’efficacité énergétique, des énergies renouvelables et des productions combinées de chaleur, de froid et d’électricité.