22 décembre 2008

Chronique de Corinne Lepage sur France Culture le 22 décembre

"N'est-il pas temps de changer de mode de calcul?
Le président de la République avait chargé deux prix Nobel : Amartya Sen et Robert Stiglitz de mettre en place un PNB vert. Plus personne n'en parle et ce projet peut apparaître aujourd'hui comme parfaitement obsolète compte tenu de la crise économique et financière. Cependant, et de manière paradoxale, l'adjonction d'un indice de bien-être économique à côté d'un PNB en berne présenterait de très nombreux avantages particulièrement dans l'année qui vient... (lire la suite)

De quoi s'agit-il ?
 
L'indice de bien-être économique n’est pas unique : il existe d’autres indices qui visent le même objectif, à savoir patrimonial. Partant du PNB, il ajoute et il retranche ce qui a amélioré le patrimoine collectif et ce qui l’a réduit. Ainsi, les services gratuits, l'amélioration du patrimoine naturel, les dépenses d'investissement pour préparer l'avenir, santé, recherche, éducation viennent en plus. A contrario, la réduction du patrimoine naturel, la maladie, la délinquance, l'augmentation des inégalités vienne en déduction. Ainsi, l'indice de bien -être économique offre une image beaucoup plus réelle de la progression de la société sur une année. C'est précisément parce que les perspectives pour 2009 sont particulièrement noires sur le plan économique que le mouvement est particulièrement bien choisi pour changer de grille de lecture. Le très récent rapport du laboratoire européen d’anticipation considère en effet que la fin du premier trimestre de l’année 2009 va être caractérisée par une prise de conscience générale de l’existence de trois processus déstabilisateurs majeurs de l’économie mondiale, à savoir :

1. la prise de conscience de la longue durée de la crise

2. l’explosion du chômage dans le monde entier

3. le risque d’effondrement brutal  l’ensemble des systèmes de pension par capitalisation.

Dès lors, les facteurs psychologiques vont jouer un rôle extrêmement important puisque les opinions publiques risquent de considérer que la crise échappe en réalité à tout contrôle avec donc un risque de chaos social. Les états s'avèrent incapables de gérer socialement la montée du chômage et de donner de réelles perspectives aux populations.

En effet, plus la crise durera plus elle sera porteuse d'instabilité socio-économique. S’y ajoute bien sûr  le risque d'effondrement brutal du système de retraite par capitalisation puisque l’OCDE estime à 4.000 milliards USD les pertes des fonds de pension pour la seule année 2008. La prise de conscience par les opinions publiques de ces tendances et de leurs conséquences pourrait constituer le grand choc psychologique mondial du printemps 2009. De même que les investissements hors la société post pétrolière apparaissent comme déraisonnables et irrationnels, de même le maintien, pour mesurer l'évolution de la société, du seul critère du PNB apparaît comme  un facteur d'accroissement de la crise, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il est certain que la crise et le chômage croissant  vont conduire a une augmentation importante des activités  non rémunérées mais qui constituent une création de valeur incontestable, comme les aides à la  personne, les activités d'entretien et de réparation, l’usage du potager pour nourrir sa famille. Tous ces activités ne sont pas comptabilisées dans le PNB mais sont évidemment extrêmement importantes pour la vie quotidienne, voire pour la survie d'un certain nombre de personnes.

Ensuite, le ralentissement économique va s'accompagner d'une réduction des pollutions et des émissions de gaz à effet de serre, d'une réduction de la circulation automobile améliorant ainsi la santé des habitants des villes même si  parallèlement les difficultés financières vont rendre plus difficile pour un certain nombre de personnes l'accès aux soins. Ces éléments sont à prendre en compte.
On peut aussi imaginer que la crise favorise le système D, l'entraide, la solidarité et conduisent ainsi à retrouver, par la force des choses, des relations humaines d'une qualité très supérieure.

Il est donc économiquement et socialement tout à fait faux de ne pas considérer que ces évolutions apportent un plus à la société et doivent à ce titre être comptabilisés dans l'indice de bien-être économique.
Cette transformation  permettra de mieux appréhender la réalité globale de la crise, de mesurer avec d’autres critères son impact et donc d’orienter différemment les politiques publiques pour favoriser le maintien d’une certaine cohésion sociale dans un esprit de justice qui est aujourd’hui totalement absent.
Elle permettra aussi d’améliorer le moral de nos concitoyens en donnant tout d'abord une valeur économique à ce qui est aujourd'hui n’en n’a pas et en cessant de considérer comme avantage  ce qui n'en est pas un. Rappelons par exemple que la finance virtuelle a été le principal moteur de la croissance du PNB au cours des dernières années.

On voit où cela nous a conduit !

Enfin surtout, la recherche d'un accroissement de l’indice de bien être économique donne un sens, une direction à la société  à un moment où précisément une menace de troubles sociaux existe, liée précisément à la disparition d'un modèle sans qu’aucune solution alternative ne soit réellement proposée. Le changement de critère de référence constituerait précisément un des symboles les plus  forts d’espoir. "

(Tribune France-Culture du lundi 22 décembre)

| Mots clés : corinne lepage  france culture  pnb vert 

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Pour un mieux-être économique

Posté par : citizenet | 3 janvier 2009 15:03

Oui, il faut baisser le feu qui fait surchauffer notre planète comme une cocotte-minute qui risque d'exploser. Il faut changer les indicateurs, les ratios et les tableaux de bord de la plupart des économistes qui n'ont pas encore compris que mieux vivre c'est faire des économies pour partager des richesses limitées qui n'ont rien à voir avec nos portefeuilles de monnaie de singe, et donner la pleine mesure à notre intelligence collective, une imagination au pouvoir qui ne connaît pas de limites ! De toute façon, si ce n'est pas la carotte qui nous fera changer, ce sera le bâton. Cela passe bien sûr par l'éducation, la formation, apprendre à lire et à calculer, à innover, à gérer de la façon la plus "économique" à long terme, en bannissant l'endettement excessif et les cadeaux somptuaires aux plus riches, contrairement au nain de jardin de l'Elysée, le roi des salades et des topinambours, qui lui, n'a jamais pris le temps de le cultiver, son jardin… Bonne année de mieux-être à toutes et à tous !


Merci Corinne !

Posté par : jojo22 | 29 décembre 2008 14:16

Je reçois cet article de Corinne Lepage comme un magnifique cadeau de fin d'année. Il m'apporte de l'espérance. Beaucoup de ses idées sont partagées, ici dans notre entourage, et ce, avant la "Crise Financière". Bloahvez Mat 2009 !


PIB Vert ou gouvernance économique mondiale?

Posté par : fightingspirit | 23 décembre 2008 22:53

Les contributions sur ce sujet ont déjà fleuri sur le site de Cap21, et je trouve que l'idée d'entrer par "la petite porte" en lançant un PIB vert dans la réforme de la gouvernance économique mondiale serait judicieuse, afin de permettre aux monomaniaques du "tout marché" de prendre conscience des conséquences plus ou moins bénéfiques de leurs actions au plan tant environnemental que social. Et pourquoi pas lui adjoindre un "PIB social" par la suite? Cela responsabiliserait tout le monde par la performance dans ces domaines, en changeant de cadre de référence pour mesurer l'effort d'un pays donné à atteindre certains objectifs qualitatifs, et pas seulement à l'entretenir dans l'illusion que le "toujours plus" de valeur ajoutée suffirait à infléchir notre manière de produire et de consommer pour un développement plus stable et plus durable des richesses. CQFD.



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