4 novembre 2009

"La candidature Blair à la tête de l'Europe est révélatrice des dérives de l'Union", par Sylvie Goulard

Sylvie Goulard

Dans une tribune publiée dans le quotidien "Le Monde" daté du 4 novembre, Sylvie Goulard, députée européenne du Mouvement Démocrate, réagit sur la proposition de la candidature de Tony Blair pour le poste de la présidence de l'Union européenne :

"Le diable n'est pas toujours dans les détails. Parfois, il perturbe les choix essentiels, comme en ce moment dans l'Union européenne (UE). Celle-ci n'est pas seulement un grand marché. Les traités successifs n'ont cessé de rappeler les valeurs qui la fondent : la suprématie du droit, la liberté, la démocratie, la solidarité. (Lire la suite)

À ce stade de sa construction, dans un monde qui se rétrécit, l'Union doit défendre ses intérêts sans sacrifier ces valeurs : ce n'est pas la gestion conjointe du charbon et de l'acier, pas plus le Marché commun qui ont permis aux Européens de transformer un continent belliqueux en un espace de coopération supranationale sans équivalent. C'est le respect de la personne humaine et la volonté de bâtir une société pacifiée, équitable. Le défi des années à venir consiste à mettre plus de droit et de justice dans la jungle mondiale, conformément à ces valeurs. La tâche est immense, surtout quand le changement climatique s'accélère, quand la raréfaction des ressources aiguise les rivalités.

Or, au moment de choisir le premier président du Conseil européen, les valeurs européennes semblent soudain secondaires. Il est assez incroyable que le nom de Tony Blair ait circulé. L'homme est brillant, nul ne le conteste ; il "communique" bien mais, des années durant, dans ses discours sur l'Europe à Varsovie, Oxford ou Bruxelles, il a reproché à l'UE de parler au lieu d'agir, de ne pas obtenir assez de résultats ("The EU has to deliver ", "l'Union doit obtenir des résultats", a-t-il répété, maintes fois). Nous pouvons donc légitimement le juger non sur ses paroles, mais sur son bilan qui en dit long sur les dérives de l'Union européenne.

Le chef de gouvernement qui a négocié une dérogation à la Charte des droits fondamentaux n'a pas vocation à être notre porte-parole. Partout dans le monde, l'universalité des droits de l'homme est mise à mal par l'intégrisme religieux et le souverainisme. Le Royaume-Uni a une tradition démocratique qui l'honore, mais les travaillistes britanniques n'en ont pas moins contribué à relativiser les valeurs européennes de façon dangereuse.

La question n'est pas théorique : le président du Conseil européen sera amené à rencontrer les gouvernants de pays candidats à l'entrée dans l'Union, à discuter avec les dirigeants de grandes puissances qui ne s'embarrassent guère de droits de l'homme. On a vu, la semaine dernière, comment le président tchèque, Vaclav Klaus, a utilisé le précédent britannique pour se dérober à la Charte, non sans mauvaise foi. Le Conseil européen a cédé ; la brèche dans le droit s'est élargie.

L'attachement à la paix, aux procédures multilatérales et au respect du droit international n'est pas moins important. Dans le monde entier, Tony Blair reste associé à une expédition militaire hasardeuse, justifiée au nom d'armes de destruction massives inexistantes. Au moment où Barack Obama est revenu sur ces errements, l'Union ne peut pas choisir, pour la représenter, l'acolyte de George W. Bush. Ce serait catastrophique pour notre image à l'étranger. Sans compter les réactions hostiles qu'a suscitées, en Europe même, l'aventure militaire irakienne : non seulement en Belgique, en France ou en Allemagne, mais aussi à Madrid, Londres ou Rome où, en 2003, de grandes manifestations ont rassemblé des centaines de milliers de personnes. Une pétition de plusieurs députés européens, autour de Jo Leinen, député socialiste allemand, insiste à juste titre sur la nécessité, pour le futur président, de jouir de la confiance des Européens.

Enfin, alors que la régulation des marchés financiers constitue l'un des dossiers les plus épineux du moment, il serait étrange de faire appel au premier ministre qui, des années durant, a encouragé une dérégulation à tout-va. Au Royaume-Uni, des voix fortes se sont élevées pour dénoncer les politiques qui ont mené à la crise actuelle : la reine s'est émue de l'aveuglement qui a généré ces excès. Lord Turner, président de l'autorité de régulation britannique, a déploré l'hypertrophie du secteur financier, le manque de règles et la cupidité érigée en système. Enfin, et ce n'est pas mineur, après avoir promis un référendum pour rejoindre la zone euro, Tony Blair a capitulé devant une presse outrancière. La monnaie unique mérite mieux.

L'hypothèse Blair semble écartée. Elle a au moins permis de dessiner "en creux" le profil du poste : un homme ou une femme qui a montré, en actes, la vigueur de son engagement européen ; une personne attachée aux valeurs européennes, respectueuse du droit international, favorable à un juste équilibre entre régulation et marché ; une autorité morale capable de rassembler les Européens, de leur redonner confiance dans l'Union.

Après le choix de José Manuel Barroso, candidat par défaut à la présidence de la Commission, ce second cafouillage doit tout particulièrement nous alerter. Il démontre d'abord que, en dépit de leurs beaux discours, les gouvernants européens actuels sont incapables d'élaborer une vision stratégique de l'Europe et d'en tirer les conséquences en termes de ressources humaines, de moyens financiers ou de respect des engagements mutuels. Ils recyclent des "copains" qui ont perdu leur "job" plus qu'ils ne s'attachent à chercher la personne la plus apte. Ils demandent aux institutions européennes de faire preuve de transparence, mais s'en affranchissent allègrement.

À moins qu'une autre hypothèse, plus glaçante encore, ne soit exacte : celle de l'acte manqué. Certains, notamment à Paris et Berlin, pourraient d'autant mieux soutenir un Britannique qu'ils se satisfont fort bien d'une Europe intergouvernementale, sans grande ambition, cantonnée à des tâches de gestion économique. Une Europe "à l'anglaise", quelle que soit la personne qui l'incarne."

Sylvie Goulard


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europe

Posté par : kerrian | 20 novembre 2009 06:25

Avec la nomination de mr van rompuy à la tete de l'europe ,son programme annoncé au bilderberg institurait un nouvel impot européen ,une super tva en plus de la nationale merci nous ne payons pas assez ,un élargissement de l'union mais jusqu'ou s'arreteront ils je veux une europe du peuple et non ere un porte monnaie sur patte


EUROPE 2009 - Mary Robinson a t-elle une Chance !

Posté par : bourbon9 | 19 novembre 2009 15:09

L'idéal serait qu'elles soient deux femmes d'un caractère bien trempé à être désignées sur ces deux postes clefs européens...L'irlandaise Mary Robinson, d'une grande compétence et à qui la vérité ne fait pas peur, comme présidente du Conseil Européen et quant à la deuxième, trouvez-là...C'est une élection qui est ordonnée par ses pairs, je crois ainsi que par les gouvernements des 27 (là, c'est plus problématique !)....Il est bien entendu que Sarkozy et Berlusconi ainsi qu' à degré moindre Merkel et quelques autres vont donner dans le van rompuy ou autre agent secret du libéral-mondialisme à tout crin. Salutations Orangées !


parler de l'europe des peuples

Posté par : kerrian | 16 novembre 2009 08:06

je viens de lire sur un article que mr van rompuy ministre belge candidat à la présidence avait exposé sa vision de l'europe au groupe bildeberg mais qu' est ce que ce groupe ?,les futurs présidents européens doivent il etre aux ordres ou plaire à ce groupe ,c'est à nous qu'ils doivent rendre des comptes ,cette europe nie la démocratie et est aux ordres de groupes louches ,j'espère que l'europe ne deviendra pas une dictature ,cela en prends le chemin ,réveillez vous peuples d'europe ,l'avenir de vos enfants ne s'annoncent pas lumineuses


Désignation du Président du Conseil européen

Posté par : rmt13 | 12 novembre 2009 11:14

Que pense Le MODEM de la candidature de Vaira Vike-Freiberga? Sinon, quel est le candidat actuel qui parait le meilleur pour les instances du modem?


MARY ROBINSON ou J.C JUNCKER ou...!

Posté par : bourbon9 | 8 novembre 2009 13:40

La Fraicheur, une bonne part de vérité, l'enthousiasme et le Changement ou la douloureuse expérience du pouvoir et de l'argent....Choix trés, trés important que celui de premier ou première présidente de l'Union Européenne. Salutations Orangées !