7 septembre 2010
Sylvie Goulard, députée européenne (MoDem-ADLE), a réopndu aux questions du quotidien "Libération" relatives à la supervision financière européenne.
Le 1er janvier 2011, l'Union européenne (UE) sera enfin dotée d'un système de supervision financière capable de détecter les risques systémiques. Aujourd'hui, le Conseil des ministres des finances des Vingt-Sept, réuni à Bruxelles, va adopter formellement le compromis auquel il est parvenu jeudi avec le Parlement. Celui-ci fera de même à la fin du mois. Il aura fallu deux ans à l'UE pour combler le vide existant. La supervision des services financiers, pourtant libéralisés au niveau européen, était jusque-là exercée au seul niveau national. Explications de Sylvie Goulard, députée européenne (Modem) et rapporteur du Parlement pour la directive sur le Comité européen du risque systémique.
Libération : Le système de supervision financière, dont l'UE va se doter, comble-t-il le vide existant ?
Sylvie Goulard : C'est une étape importante qu'il ne faut ni survaloriser, ni sous-estimer. Si l'on compare avec ce qui existait jusque-là, l'Union a franchi une étape majeure en créant quatre autorités européennes, à la fois macro et micro-économiques, dotées de pouvoirs conséquents. Les Etats estimaient, avant la crise financière, que la supervision devait être exercée au seul niveau national et qu'une simple coordination technique européenne suffisait. Même là, le Parlement a dû se battre pour revenir aux propositions de la Commission, elles-mêmes issues du rapport remis en janvier 2009 par Jacques de Larosière, les Etats les ayant revues à la baisse. Mais on n'est pas au bout du chemin, car il faut étendre les pouvoirs de ces nouvelles institutions, notamment à l'égard des entités transfrontalières, comme les agences de notation, les chambres de compensation ou encore les grandes banques.
Libération : Comment va s’exercer cette supervision européenne ?
Sylvie Goulard : Un comité européen du risque systémique (CERS), composé de banquiers
centraux et d’experts, sera chargé de détecter les menaces qui pèsent sur le système
financier, comme la formation d’une bulle immobilière, et de lancer l’alerte. Le
Parlement a obtenu que le CERS soit présidé par le président de la Banque centrale européenne
(BCE). En revanche, les Etats ont imposé, contrairement à ce que voulaient la Commission et le
Parlement, que ce soient eux qui déclarent la «situation d’urgence»,donnant aux autorités
européennes le pouvoir d’ordonner aux régulateurs nationaux de prendre des mesures à
l’égard des établissements transfrontaliers, ceux qui présentent le plus grand risque
systémique. Il y a là une vraie menace de marchandage entre les capitales. Néanmoins, le président
de la BCE aura les moyens de peser sur la décision du Conseil des ministres, si jamais il constate
que les ministres des finances s’apprêtent à ignorer l’avis du CERS.
Libération : Trois agences européennes vont aussi voir le jour…
Sylvie Goulard : La première, à Londres, sera chargée du contrôle des banques ; la deuxième,
à Paris, des marchés financiers ; la troisième, à Francfort, des assurances. Les Etats se sont
opposés à ce que ces agences aient des pouvoirs directs (pourtant prévus par Maastricht), sur les
entités transfrontalières. Le Parlement va essayer d’imposer leur contrôle, lors de la
discussion des futurs textes sur les agences de notation et les chambres de compensation. Ces
autorités pourront déjà décider de règles communes et veiller à ce que les autorités nationales de
régulation les interprètent de la même façon, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent
: on avait libéralisé le marché intérieur des services financiers, mais chacun faisait ce
qu’il voulait. En matière de protection des consommateurs, le Parlement a imposé que ces
autorités puissent interdire des produits dangereux. Enfin, les superviseurs de l’Union
pourront intervenir et imposer leur arbitrage lorsque deux superviseurs nationaux seront en
désaccord, comme dans l’affaire Fortis. Avec ce système, on devrait éviter la défaillance des
autorités nationales, dont on a assisté ces dernières années.
Libération : La crise n’a pas désarmé la résistance des Etats face à la
communautarisation des contrôles…
Sylvie Goulard : A chaque étape de la négociation, nous nous sommes heurtés aux Etats. Ainsi,
nous n’avons pas réussi à faire sauter l’article qui prévoit qu’un pays peut
s’opposer à une décision des autorités européennes si elle a des conséquences pour son
budget, comme la nécessité de recapitaliser une banque.
Libération : La loi Dodd-Frank, promulguée cet été aux Etats-Unis, va-t-elle plus loin en
matière de supervision financière que le nouveau système communautaire ?
Sylvie Goulard : La comparaison avec les Etats-Unis n’a guère de sens puisque
l’Union n’est pas un Etat fédéral. Cependant, il est clair qu’ils ont été plus
loin en matière de protection des consommateurs, en créant une agence dotée de forts pouvoirs. Mais
pour le reste, notre système, certes différent, me paraît aussi efficace que ce qui existe
désormais aux Etats-Unis.
Propos recueillis par Jean Quatremer.
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Détecter et agir
Posté par : Andalousie | 9 septembre 2010 12:31"L'Union européenne (UE) sera enfin dotée d'un système de supervision financière capable de détecter les risques systémiques. "
Espérons surtout que ce système de supervision financière puisse être non seulement capable de détecter les risques systémiques mais aussi et surtout de réagir à temps pour prendre et faire prendre par les Etats membres de l'UE les mesures nécéssaires (cf la crise grecque).
Pardonnez mon ironie de constater qu'il semble que l'on ait découvert en 2008 -grâce à Mme Lagarde?- le phénomène de "risques systémiques", alors qu'il est connu de longue date par les économistes et enseigné dans toutes les Ecoles Supérieures de Commerce un peu sérieuses depuis plus de 30 ans.
L'Europe progressera à nouveau le jour où les citoyens pourront comprendre aisément les principes de fonctionnement des institutions et organismes européens. Plus simplement dit: "Qui fait quoi et pourquoi".