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23 septembre 2011

"Pourquoi Barroso doit partir"

Sylvie Goulard

Afin de sortir de la crise de l'euro, Sylvie Goulard, eurodéputée et responsable de l'Europe au sein du Shadow cabinet, plaide "pour une Union renforcée" dans une tribune publiée le 15 septembre dans L'Express. Il s'agit du "seul moyen de retrouver la confiance des investisseurs".

"La crise des dettes souveraines est en train de devenir une crise de confiance dans l'Europe. Les gouvernements européens ont beau dépenser des milliards pour assister les Etats défaillants, la situation s'aggrave. Et elle s'aggravera encore s'ils s'obstinent à nier que l'euro est venu couronner des décennies de construction communautaire fondée sur des institutions originales.

Au lieu de se replier sur les nations, nos dirigeants devraient oser miser enfin sur ce qui nous unit ; il faut redonner à la Commission un président fort, s'appuyer sur le Parlement européen, fixer un horizon commun.

Depuis 1950, la Commission européenne incarne l'unité. Malgré le dévouement de plusieurs commissaires, elle est aujourd'hui à bout de souffle. Ce n'est toutefois pas une fatalité. Si Angela Merkel et Nicolas Sarkozy cessaient de faire semblant d'accorder à M. Barroso une confiance qu'ils lui ont retirée depuis belle lurette, un nouveau départ de l'institution serait possible. Il est ahurissant que cette option n'ait pas été envisagée.

Nous avons moins besoin de 17 "règles d'or" nationales que d'une main d'acier, impartiale, pour faire respecter les engagements déjà pris par tous les Etats membres. Un président de la Commission imprégné de la culture de stabilité qui a inspiré la création de l'euro et d'indépendance d'esprit nécessaire pour libérer la croissance serait plus crédible. Pourquoi pas un Allemand ? Le dernier dans cette fonction a été Walter Hallstein, au début des années 1960. Remettre en selle la Commission serait un signal plus efficace et moins onéreux que de créer une seconde bureaucratie autour du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, comme nos dirigeants s'apprêtent à le faire !

Nul ne peut non plus croire, en 2011, que des sociétés avides d'interactivité vont accepter que le Conseil européen fasse à huis clos des choix économiques et sociaux majeurs. L'unité ne peut naître du diktat. Elle procède du débat public. Aussi est-il dangereux d'appeler "gouvernement" des réunions du Conseil européen, qui, en tant que tel, ne rend de comptes à personne. L'abus de langage ne dupera ni les analystes financiers ni les opinions publiques.

La Cour constitutionnelle allemande vient de rappeler qu'en démocratie le pouvoir exécutif doit être soumis au contrôle parlementaire. Or, les parlements nationaux ne peuvent, à eux seuls, être les garants de l'unité. La Finlande vient de le prouver en exigeant unilatéralement des garanties pour aider la Grèce. Le Parlement européen élu au suffrage universel direct a vocation à jouer progressivement ce rôle, en bonne intelligence avec les gouvernements. Encore faut-il que ceux-ci jouent le jeu, au lieu de contester ses prérogatives.

Enfin, nous avons besoin d'un calendrier précis vers l'unité. Il est aussi désastreux de laisser l'horizon dans le vague que de faire miroiter pour demain le "Grand Soir fédéral". Nul ne nous demande de brûler les étapes, mais nous devrions nous rappeler où nous allons et comment.

Ce ne sont pas les effets d'annonce sans suite, les menaces d'expulsion de certains pays membres ou le mépris pour les instances supranationales qui vont aider l'euro. Si nos propres gouvernements ne croyaient plus à une communauté de destin, pourquoi les investisseurs étrangers devraient-ils y croire ?"


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

Bravo mais action

Posté par : JeanBrochier | 5 novembre 2011 01:21

Bravo, excellent papier. Donc, au Parlement Européen de jouer, à vous d'organiser la chute de Barroso. Action. www.europelibre.typepad.com


Un homme de rigueur "imprégné de stabilité"

Posté par : ellica02 | 25 septembre 2011 09:06

L'Europe des décisions est loin des citoyens. Elle n'est pas à l'image de ce que veulent les Européens : trop vite élargie, avec une monnaie commune mise en place sans les contrôles et garanties nécessaires. Ils ne savent plus où elle va. C 'est la réalité d'aujourd'hui. Chacun y a sans doute sa part de responsabilité. Il n'y a plus maintenant une seconde à perdre pour prendre le "Taureau" par les cornes et faire appliquer des mesures énergiques. Ce que vous proposez, Sylvie, semble aller dans le bons sens. Je pense qu'on peut vous faire confiance.


www.europelibre.typepad.com

Posté par : JeanBrochier | 24 septembre 2011 17:31

Idée rafraîchissante mais pourquoi tout à coup nos Grands Princes Électeurs voudraient se départir de leur pouvoir et enterrer leur euroscepticisme ? Ils ont choisi et confirmé Barrosso pour sa nullité et l'adorent pour cela. Ne confondons donc pas nos rêves et la triste réalité.

Et puis la Commission peut-elle être l'administration de l'Eurozone ? Dans l'absolu oui, mais là aussi je n'y crois plus. Je deviens pour ma part partisan de la création d'un noyau dur, autour d'une fédération fondée sur une gestion enfin rigoureuse, conséquente et démocratique de l'Euro. Que ceux qui n'en veulent pas nous quittent. Assez tergiverser. Le Président de cette Fédération devra avoir l'étoffe d'un DSK par exemple, et le reste de l'Union Européenne aura le droit de végéter avec tous les Barrosso ou autres van Rompuy.

Mais pour préparer notre fédération à venir, il faudrait que la France rentre dans le débat européen qui fleurit enfin en Allemagne. Merci d'y contribuer.


Pourquoi ?

Posté par : coolfifi | 24 septembre 2011 15:06

Quand j'ai vu la prestation ridicule de ce pauvre Estrosi lors de l'émission de Calvi sur la 2 consacrée à la crise et à la dette, je me suis demandée pourquoi Sylvie Goulard n'était jamais invitée pour représenter à la fois le MoDem et les partisans de l'Europe pour parler d'économie dans les émissions de débat. Elle est tout de même autrement plus compétente que Christian Estrosi prétendant que la dévaluation de notre monnaie si nous revenions au franc entraînerait le départ d'Airbus en Allemagne à cause de leur monnaie forte ou que Marine Lepen dont on sent le vernis économique et européen assez fragile pour ne pas dire pire. Sylvie Goulard a une connaissance, une expérience au niveau européen et une profondeur économique qui lui permettraient de faire bien mieux face à des propos soit idiots, soit tendencieux ou imprécis, que la plupart de nos représentants politiques.
Alors pourquoi ne pas lui donner enfin la chance de faire connaître au grand public l'éventail et le sérieux de notre équipe?


Bravo Sylvie Goulard

Posté par : gilco2 | 24 septembre 2011 08:46

j'applaudis votre déclaration. Elle va tout à fait dans le sens de ma demande, il faut qu'un homme des chefs d'état ne soit pas à la tête pour conduire la politique politique cacophonique des chefs d'état. Il doit avoir des pouvoirs d'indépendance vis à vis de ces chefs d'état et des devoirs, une feuille de route demandée par ces chefs d'état et approuvée et controlée par le parlement.
Merci



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