7 octobre 2011
Sylvie Goulard, députée européenne et responsable de l'Europe au sein du Shadow cabinet, a réagi sur la sommation du secrétaire au Trésor américain aux pays de l'Union d'augmenter leurs Fonds de secours pour les États en difficulté, dans une tribune du Plus Nouvel Obs du 7 octobre 2011. Il s'agit pour elle d'une manière de "tirer la sonnette d'alarme".
"Certains crient au "complot anglo-saxon". D’autres répliquent à Tim Geithner, secrétaire au
Trésor américain, qu’après la crise des "subprimes", il n’a pas de leçons à nous
donner.
Rien de nouveau. Déjà, dans Antigone, Sophocle montrait que le messager du malheur peine à se
faire entendre.
Mais le déni n’aidera pas les Européens à sortir de la situation très grave dans
laquelle ils se trouvent. Les développements des jours derniers, notamment les déboires de la
banque franco-belge Dexia et la hausse des "spreads" français créent une situation d’urgence.
La sonnette d'alarme plusieurs fois tirée
Bien sûr "les anglo-saxons" ne sont pas des petits saints. Certaines banques américaines
seraient ravies d’évincer des établissements européens concurrents, notamment sur le marché
du financement en dollars. Les fonds qui spéculent contre l’euro ont intérêt à prédire le
pire. Mais les autorités américaines sont à juste titre préoccupées par la crise de la dette
souveraine en Europe et son imbrication avec la viabilité des banques.
Les atermoiements des Européens peuvent précipiter le monde entier dans la récession. Les
États-Unis ne sont d’ailleurs pas les seuls à avoir réagi. Plusieurs pays émergents ont tiré
la sonnette d’alarme. Jean-Claude Trichet, Président de la Banque Centrale européenne, répète
à l’envi que nous vivons la crise la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, dont
l’épicentre se trouve en Europe.
Christine Lagarde a demandé une recapitalisation des banques européennes. Leurs analyses sont
peut-être contestables sur certains points. Il y a matière à débat mais ils n’ont pas
entièrement tort. Deux rappels s’imposent.
Erreur sur l'identification de "l'ennemi"
Pour corriger leurs erreurs passées, les Etats-Unis ont entrepris, depuis 2008, un certain
nombre de réformes de leur secteur bancaire et de la supervision financière. Nous verrons quels
seront leurs effets concrets.
Pendant ce temps, en Europe, la plupart des gouvernements se trompent d’ennemi. Ils
jouent encore contre "Bruxelles". Nous l’avons vécu au Parlement européen lors de la création
des nouvelles autorités de supervision des banques, assurances et marchés : pour affaiblir ces
instances, les Etats ont d’abord cherché à vider ces textes de leur substance puis ils ont
verrouillé les nominations. La légitimité de l’Autorité Bancaire Européenne, chargée de
procéder aux "stress tests", a été mise en cause par ceux qu’elle gênait, son action
entravée.
Malgré la gravité de la situation, certains gouvernements et superviseurs défendent leur
pré-carré, à courte vue, comme si le marché unique des services financiers et la monnaie unique
n’existaient pas ! Des établissements comme la Société Générale ou Unicredit pour ne prendre
que ces exemples, sont déjà des banques européennes. Les enfermer dans un cadre prudentiel national
n’a pas de sens.
Les Américains nous demandent seulement d’être cohérents avec nous-mêmes et de prendre
les mesures qu’imposent l’union économique et monétaire et le marché unique des
services financiers. Ils attendent des actes.
Un manque de volonté
En outre, la plupart des gouvernements nationaux ne sont pas objectifs. Les mises en garde
américaines les gênent car ils cherchent à minimiser leur propre responsabilité : la rechute de
Dexia prouve que la gestion de la crise, en 2008 n’a peut-être pas été si brillante
qu’on le prétend.
En France, des efforts de rigueur ont été faits récemment mais ce sont les autorités
françaises qui ont accru la dette en maintenant certaines "niches" fiscales, en baissant indûment
la TVA sur la restauration ou en échouant à restaurer la compétitivité de l’économie. Dès
2005, bien avant la crise des "subprimes", Michel Pébereau dénonçait déjà l’ampleur de la
dette, dans un rapport officiel au ministre de l’Economie. Et, François Fillon disait déjà,
en septembre 2007, un an avant la chute de Lehmann Brothers, être "le Premier ministre d’un
Etat en faillite".
Des voix nombreuses se sont élevées, depuis 2009, notamment au Parlement européen, pour
demander que soit instauré un mécanisme européen de résolution des crises bancaires. La Commission
européenne traîne les pieds. Les États n’en veulent pas. Des propositions innovantes, comme
celle d’une "fédération bancaire" prônée par l’économiste Nicolas Veron de Bruegel,
sont écartées.
Nul ne sait quelle sera la marge de manœuvre du Président qui sera élu en 2012. La
tourmente risque de bouleverser le paysage bancaire et financier européen, voire l’Union
européenne elle-même. Mais une chose est sûre : notre avenir dépend avant tout de nos propres
efforts."
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Pour une Europe jouant à égalité avec les autres blocs planétaires
Posté par : denton | 18 octobre 2011 09:06Bonjour Sylvie,
Merci pour votre action patiente pour l'Europe aux côtés notamment de Marielle de Sarnez et de Nathalie Griesbeck. Je partage avec vous et avec François Bayrou le constat que nous ne devons compter que sur nous-mêmes pour bâtir un avenir commun à nos 27 pays.
Cependant, vous me permettrez d'apporter quelques compléments à votre article concernant le rôle des Etats-Unis. Il me semble que nous vivons des moments historiques et que nous quittons peu à peu le monde tel qu'il a été reconstruit après la seconde guerre mondiale. Longtemps les pays européens ont vécu dans l'orbite du grand frère américain. Aujourd'hui que constatons-nous ?
- Les USA sont bien plus endettés que nous et ne survivent que grâce à leur planche à billets dont ils innondent le monde, créant un déséquilibre monétaire préjudiciable. Est-ce que l'UE a admonesté les USA en lui demandant de cesser cette politique ?
- Les 3 principales agences de notation sont américaines et celle qui s'est permise de baisser la note de son pays a vu son président débarqué dans les jours qui ont suivi ; ne parlons pas de l'agence chinoise qui a alerté depuis longtemps sur le déficit des USA et la situation des banques américaines, dont beaucoup disparaissent depuis 2008, mais les avis de cette agence pour le moment ne sont pas pris en compte dans le monde occidental.
Donc, oui pour une Europe forte qui met en place des institutions de régulation et une agence de notation propre, oui pour une politique de reconstruction à l'échelle de notre union, et oui à un partenariat sain avec les Etats-Unis. Ils ont leurs intérêts et nous les nôtres ; n'ayons pas de complexes de ce point de vue.
Bien fidèlement
100 pour cent d'accord
Posté par : fmeisart | 11 octobre 2011 18:34J-C TRICHET vient de le dire avec d'autant plus de force que son mandant à la BCE vient à expiration, il faut agir :
Vite,
Fort,
Ensemble.
C'est à l'aune de cette seule exigence que l'on devra juger les prétendants français à la présidentielle de 2012.
Le reste n'est que littérature (pour halls de gare).
Amitiés
Merci Sylvie pour votre vigilance !
Posté par : ivag | 9 octobre 2011 05:57Vous êtes très européenne et en même temps très lucide sur les freins internes qui rendent l'Europe peu gouvernable et peu efficace.
Pour garder la foie en cette Europe, il est utile de rappeler tout ce qu'elle nous a apporté, notamment en termes de paix et donc de vie... et c'est ce qu'il y a de plus important !
Bien que d'accord sur l'idée de pendre ce que le message des américains peut avoir d'utile pour nous ouvrir les yeux sur nos faiblesses, je pense qu'il faut cependant regarder au-delà : en focalisant sur les problèmes de l'Europe, les États-Unis influencent les prêteurs et banquiers du monde ; non seulement cela affaiblit l'Europe (et ceux qui ont prêtés à l'Europe, dont nos banques) mais cela donne aussi une disponibilité financière supérieure pour les États-Unis et pour le dollar. Conséquence : les US empruntent actuellement à un taux anormalement bas alors que leur situation est pire que celle de l'Europe.
Ce ne sont pas des enfants de chœur, ils ont construit ce monde des finances (avec nos amis anglais) et ils savent ce qu'ils font dans ce domaine même si je ne suis pas sûr qu'ils maîtrisent vraiment aujourd'hui cette "machine infernale"...
Attention donc aux manipulations financières qui aujourd'hui se font à tous les niveaux, y compris entre états.
Bravo Mme Goulard
Posté par : verseau | 8 octobre 2011 18:45Et merci : Vous êtes l'une des 6 rapporteurs du texte voté par le parlement européen le 29 septembre 2011 concernant le "paquet sur la gouvernance économique". Bien sûr que cela ne doit pas rester un bout de papier mais c'est un bon début pour que les États soient un peu plus solidaire en matière économique, surtout en cette période de crise de la zone euro.